Film de Steve Mc Queen (Etats-Unis – 2013 – 2h13) avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Brad Pitt….

– Prix du Public au 38ème Festival International Du Film De Toronto 2013

– Prix du Meilleur Film Dramatique aux Golden Globes 2014

– Prix – ex aequo – du meilleur film aux Producers Guild Awards 2014

– Prix de la Meilleure Actrice dans un second rôle pour Lupita Nyong’O aux Screen Actors Guid Awards 2014

12 years a slave affiche uneLes États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession.
Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave.
Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité.
Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

L’esclavage aux Etats-Unis reste un pan de l’histoire américaine toujours compliqué à aborder, et qui s’est souvent soldé par des films plutôt médiocres où le sentimentalisme l’emportait. Mais en un an à peine, deux cinéastes s’y sont essayés avec réussite, en proposant des traitements radicalement différents : Django Unchained, où Quentin Tarantino revisite de manière jouissive cette histoire américaine, et aujourd’hui 12 Years A Slave de Steve McQueen.
L’audace de Brad Pitt, entre autre producteur du film, est d’avoir demandé au plasticien britannique Steve McQueen de se confronter à ce sujet. Ce n’est en effet pas une idée si évidente à la vision des films précédents de ce dernier, dont les mises en scène souvent puissantes restent particulièrement âpres, et annihilent toute émotion. Dans 12 Years A Slave, Steve McQueen n’abandonne pas cela mais c’est ce qui finalement va servir le sujet.
Soustrayant tous les excès de ses films précédents, il propose ici une mise en scène classique, dans le bon sens du terme, car il se permet un langage cinématographique qu’on ne voit que très rarement dans le cinéma populaire américain. Il n’a pas peur de la longueur (quelques plans-séquences), des gros plans sur son personnage principal… Et finalement l’émotion passe non par les larmes et le sentimentalisme, mais par une souffrance physique, que va ressentir aussi le spectateur. En sortant du film, on ne peut que se remémorer cette scène insoutenable lors de laquelle Solomon est laissé pendu plusieurs heures.
La caméra de McQueen est collée au destin de cet esclave affranchi qui se retrouve enchaîné pendant 12 années après avoir été kidnappé. Cette trajectoire fascine car c’est un personnage qui est peu évident à aborder en tant que spectateur car il exprime assez peu ses émotions, ne tombe jamais dans l’affliction, ne s’apitoie pas… C’est un homme qui se définit par l’action, et sa volonté de survie. Mais malgré une telle force d’âme, le réalisateur montre que face au système la résignation l’emporte, car l’humain se fait broyer physiquement mais également moralement.
Ce film marquera évidemment les esprits car il reste un choc quoi qu’on en pense. En tout cas, le film a le mérite de proposer un regard différent sur cette histoire de l’Amérique et n’a pas peur de concrétiser la souffrance. Un grand film !

 

Critique “La Croix”

Tout impressionne dans le parcours de Steve McQueen, dont on ne sait si l’homonymie avec le célèbre acteur américain disparu en 1980 est le résultat d’une facétie parentale. Ce colosse noir né à Londres en 1969 s’est d’abord fait connaître en tant que vidéaste auprès des amateurs d’art contemporain, grâce à une série d’œuvres désormais inscrites dans les collections les plus prestigieuses.

En 2008, l’artiste faisait son entrée au Festival de Cannes avec Hunger , premier long métrage de cinéma qui lui valait de recevoir la prestigieuse Caméra d’Or. Dans ce film éprouvant, implacable, remarquable de maîtrise, il évoquait la résistance carcérale menée par l’Irlandais Bobby Sands et d’autres prisonniers de l’IRA, face à l’intransigeante Margaret Thatcher.

En 2011, son second long métrage, Shame , était récompensé à la Mostra de Venise par un prix d’interprétation décerné à son acteur principal, Michael Fassbender, dans le rôle d’un jeune cadre new-yorkais incapable de vaincre sa dépendance à la pornographie pour s’engager dans une réelle relation affective.

Auréolé du Golden Globe du meilleur film dramatique, considéré comme l’un des favoris aux prochains Oscars, 12 Years a Slave confirme ces débuts tonitruants et montre, s’il en était besoin, que Steve McQueen a l’étoffe des très grands. Dans ce long film de souffrances humaines endurées au cœur des magnifiques décors naturels de la Louisiane, le cinéaste raconte l’histoire vraie de Solomon Northup, Américain noir, homme libre, musicien marié et père de famille, enlevé en 1841 dans le nord des États-Unis pour être vendu dans le sud et réduit en esclavage dans les plantations.

Solomon Northup raconta ses douze années de captivité dans un récit méconnu auquel le film emprunte son titre (que l’on peut traduire par « Douze ans d’esclavage ») (1). Presque oublié avant que le film ne l’exhume, l’ouvrage, publié en 1853, avait suscité un grand intérêt en témoignant de la réalité de la condition d’esclave, y compris dans les dimensions morales et spirituelles.

Portée par un comédien britannique jusqu’ici inconnu du grand public, Chiwetel Ejiofor, cette longue et ample adaptation historique est une œuvre d’une force et d’une densité saisissantes. Produit, entre autres, par l’acteur Brad Pitt qui endosse un petit rôle de charpentier dans le film, Steve McQueen réussit la prouesse de ne rien perdre de sa puissance d’évocation, de son identité profonde de cinéaste, tout en tournant son premier film en costumes d’époque sous le regard de Hollywood.

On pourrait croire, en découvrant l’époustouflante beauté des paysages filmés, à un paradoxe entre la forme et le fond de l’œuvre. Au contraire, le cinéaste a fait de cette opposition l’un des axes forts de sa réflexion : « Oui, des choses horribles peuvent se passer dans les plus beaux endroits, confie-t-il. Le monde est pervers, y compris sur le plan esthétique et je tenais, avec ce film, à montrer la perversité du monde. »

De Hunger à 12 Years a Slave en passant par Shame, certains thèmes reviennent avec insistance. Le corps occupe une place prépondérante, symbole physique, individualisé, du supplice social ou politique, épicentre évident de la douleur mais aussi du refus de la soumission. Ce corps contraint, enfermé, aliéné, témoigne aussi, bien sûr, d’une infranchissable distance entre les êtres (qui ne peut, dans le cas présent, se limiter à la distance maître-esclave).

Une fois de plus, Steve McQueen montre qu’il a des choses à dire, et il les formule sans détour. Comme les précédents, son dernier film empoigne sans faire semblant les questions profondes que le sujet appelle. En s’emparant – à rebours de la tradition narrative – de la figure d’un Américain libre réduit en esclavage par d’autres Américains, il offre un nouveau point de vue – qui n’a rien d’anecdotique – sur un des épisodes les plus douloureux de l’histoire du pays.

« Je veux vivre, pas simplement survivre », dit Solomon, homme éduqué, sachant lire et écrire, à ceux dont il partage la condition. La différence entre l’esclave né libre et celui qui n’a connu que la captivité est considérable : le premier sait exactement quelle part d’humanité lui est niée.

 

Critique “L’Humanité”

La liste des nominations aux oscars n’annonce pas automatiquement celle des vainqueurs mais elle est un indice qui témoigne fortement du goût des votants. C’est ainsi que, après avoir déjà été couronné du trophée du meilleur acteur dramatique (attribué à Chiwetel Ejiofor) lors des récents golden globes, 12 Years A Slave vient d’empocher neuf nominations pour les prochains oscars (verdict le 2 mars prochain), ce qui est pour le moins considérable pour un drame d’époque sans effets spéciaux faisant appel à la connaissance historique, à la sensibilité et non à l’adrénaline. Du poids lourd donc, ce qui n’étonnera pas qui a déjà vu les deux premiers chefs-d’œuvre de l’auteur, Hunger et Shame.

Une nouvelle fois le ton a changé, encore davantage puisque, après avoir côtoyé les grévistes de la faim en Irlande et les yuppies avides de sexe, de coke et de dollars de Wall Street, nous voici immergés dans le Sud profond de l’esclavagisme, film d’époque donc, qui nous renvoie à celle de la guerre de Sécession, de surcroît une adaptation littéraire plutôt fidèle d’un livre bien connu aux États-Unis, pas encore chez nous, pour avoir été le premier témoignage écrit par un Noir – ce qui implique en l’occurrence par quelqu’un sachant lire et écrire – témoignant d’une évidente qualité littéraire. Il s’agit de ce 12 Years A Slave signé Solomon Northup en 1853. Nous voici donc dans le grand sujet, ce sujet fondamental qui a débouché sur des récits créateurs de mythe qui vont de Naissance d’une nation à Autant en emporte le vent, pour ne citer que les plus connus mais qui vont aussi bien de l’Esclave libre, de Raoul Walsh, à Lincoln, de Steven Spielberg.

L’originalité de l’histoire est que les hasards de la biologie ont choisi de faire naître Solomon Northup dans une famille certes « de couleur » comme on dit à l’époque mais aussi parmi les musiciens new-yorkais donc protégés de l’esclavage… jusqu’au jour où deux négriers le font boire puis l’entraînent en territoire ségrégationniste pour le monnayer, d’où ces douze ans d’esclavage annoncés par le titre, jusqu’au jour où le pauvre hère finira par être pris en pitié par un abolitionniste canadien.

L’histoire est magnifique, haute de dignité, donnant foi en l’homme tout en n’en cachant pas les penchants les plus sordides. Dans ce récit qui prend le temps de respirer, on appréciera aussi la qualité de l’interprétation des protagonistes comme une composition qui laisse au format large sa pleine justification. C’était le moins pour rendre hommage aux quatre millions de descendants d’Africains en provenance d’Europe dont un, et un seul, a pu exprimer ce qui s’avéra être sa tragique condition.

 

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