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Gravity 3D (VF et VOST)

Gravity 3D (VF et VOST)

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Film de Alfonso Cuarón (États-Unis - 2013 - 1h30) avec Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris...


Film en 3D proposé en VF ou en VOST selon les séances

 

gravity affiche unePour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Le silence assourdissant autour d'eux leur indique qu'ils ont perdu tout contact avec la Terre - et la moindre chance d'être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d'autant plus qu'à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d'oxygène qu'il leur reste.

Mais c'est peut-être en s'enfonçant plus loin encore dans l'immensité terrifiante de l'espace qu'ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre...

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Tout ce que vous avez pu lire ici et là depuis sa présentation en ouverture du festival de Venise, est vrai. Gravity est de loin une expérience sensorielle inoubliable qui s’impose immédiatement parmi les plus grands films américains proposés cette année sur nos écrans. Mieux, à l’instar d’un Inception de Nolan en 2010, c’est enfin un scénario original de blockbuster qui nous fait grimper au firmament des étoiles, sans être dans la redite geek (le très sympa Pacific Rim) ou la surenchère maîtrisée de formules (Conjuring). Gravity est, avant d’être une grosse production Warner, un film d’auteur à part entière, et dans ce sens, il se détache immédiatement des impératifs commerciaux qui ont plus ou moins bien réussis aux films de SF en 2013 (du décevant Elysium au fascinant, mais partiellement abouti Oblivion).

Le concept de nous plonger dans l’espace, en apesanteur, avec deux seuls protagonistes pendant 1h30, relève du défi. Peu de rebondissements possibles à l’horizon, a priori, tant les partis pris dramatiques et psychologiques sont posés comme exigus dans l’immensité spatiale où dérivent Sandra Bullock et George Clooney, à la suite d’un accident survenu lors de la réparation d’un satellite. Une pluie de débris volants tournoyant à toute vitesse autour de notre globe les propulse tous les deux loin de leur navette, de leur station, dans l’infiniment grand, à la fois si loin et si proches de la Terre dont ils peuvent toutefois contempler la beauté, alors que les heures passant lui insufflent un caractère poétique évident (le coucher de soleil crépusculaire...).

Livré à un exercice de survie insolite, dont on n’imagine pas, sur le papier, les périls, les péripéties et l’incroyable force de caractère des 2 protagonistes, les égarés de l’espace deviennent des satellites en perte de contrôle, alors que menace toujours le retour de cette pluie de déchets aériens, prêt à déchiqueter n’importe quel véhicule spatial sur leur passage... En gravité, sans accroche, ils deviennent des marionnettes qui auraient perdu le fil, celui d’un grand prestidigitateur qui aurait coupé les liens avec son engeance. Livrés à eux-mêmes, à leur persévérance pour s’extirper de cette situation sans issue apparente, à leur intelligence qui pourra seule les tirer d’un naufrage sidéral, les personnages de Gravity affirment leur caractère dans des combinaisons qui pourraient au premier abord les déshumaniser, mais qui les met à nue dans leur vulnérabilité quasi fœtale.



Alfonso Cuaron, qui est désormais, on peut le dire, un cinéaste immense (on lui doit le meilleur Harry Potter, le numéro 3, qui a redonné un sens artistique à la saga, mais aussi le film d’anticipation humaniste Les fils de l’homme, c’est-à-dire une pure bombe) s’intéresse principalement au personnage féminin, interprété par Bullock. Pour sa première sortie dans l’espace, le docteur qu’elle incarne, est ainsi livré à ses propres démons qui tendraient à la faire céder à la fatigue, le deuil impossible vient accentuer le grand vide ressenti par son personnage, dont soudainement tout s’écroule sous ses pieds, alors qu’elle flotte en pesanteur au-dessus de nos têtes. L’une des scènes les plus spectaculaires, probablement unique dans l’histoire du cinéma, alors que le spectateur est plongé dans une immersion totale (aucun plan terrestre, réduction radicale du nombre de personnages, recours à une 3D enivrante, bande-son hypnotique avec bande-originale émotionnelle épique), montre l’espace s’effondrer sous nos yeux, aspirant le peu de matière qui flottait sous nos yeux.

La perfection faite science-fiction ? Gravity est sans nul doute une oeuvre magnifique, qui consacre le vide comme objet ultime de fascination ; elle souligne l’impuissance humaine face à ce nouveau western, indomptable, imprévisible, qui nous resitue dans notre humble finitude. Le choix de Bullock, au physique et à la voix atypique est peut-être audacieux. Si la comédienne a été révélée dans l’action flick (Speed 1&2, c’est surtout dans des rôles comiques qu’elle a fait carrière, principalement aux USA. Elle est réellement formidable, seule, face à un défi de survie impossible qui la fait flirter avec le fantastique lors d’une scène assez surprenante qui pourrait déconcerter. Aussi grandiose qu’il est, Gravity n’est sûrement pas exempt de menus défauts, mais sa radicalité qui pourrait confiner l’ensemble à un gigantesque exercice de style, fait surtout de ce spectacle à découvrir sur l’écran le plus large de votre ville, un thriller spatial où la solitude extrême des errants nous renvoie à nos propres méditations sur la vie, et surtout nous pétrifie dans notre fauteuil devant un suspense entier et viscéral. Du grand art, donc, qui consacre Cuaron parmi les plus grands cinéastes de ce début de siècle.

 

Critique "Kritikat.com"


Jusqu’alors, on pouvait encore rester de marbre devant le style de plus en plus emphatique d’Alfonso Cuarón, cinéaste mexicain touche-à-tout et polyvalent, dont les plans-séquences virtuoses laissaient poindre une part d’esbroufe et une emprise techniciste sur la vie des images – en gros, un fâcheux surmoi kubrickien. Mais Gravity vient à point résorber ces doutes et nous montre que Cuarón, difficile à cerner, aussi étonnant dans le blockbuster (le meilleur épisode de la série des Harry PotterLe Prisonnier d’Azkaban) que lourd dans la SF (les messages politiques fumeux, placardés dans Les Fils de l’Homme), cherchait certes à nous en mettre plein la vue, à nous impressionner, mais pour atteindre à une certaine forme – totale, globalisante, panoptique – de sidération.

Le plaisir qui se dégage de la vision de Gravity est, d’abord, purement enfantin, c’est-à-dire forain : celui d’être ballotté, comme dans un grand huit, dans toutes les coordonnées de l’espace euclidien, happé par les profondeurs du vide, entraîné par une accélération exponentielle, lancé en l’air comme un projectile, débarrassé des notions de haut et de bas, de gauche ou de droite. Le premier plan est un ahurissant morceau de près de vingt minutes où l’on découvre deux astronautes – Sandra Bullock et George Clooney – travaillant en apesanteur à réparer le système informatique d’un module spatial en orbite autour de la Terre. Les deux acteurs déclinent chacun leur partition : lui, celle du briscard jovial qui fait des blagues ; elle, celle de la professionnelle un peu terne, trop sérieuse et trop conforme au code de conduite. La caméra décrit alors un hypnotisant mouvement de rotation, d’abord tranquille, dont le pivot est la station spatiale et l’horizon la Terre : son rayon de courbure, quelques milliers de kilomètres au loin, revient ponctuellement traverser notre champ de vision, dans une mesure enivrante. Bientôt, les débris d’un satellite lancés dans l’espace à haute vitesse viennent percuter la station et perturber la mission des deux scientifiques, les propulsant dans le vide et vers cette mort immense qui les entoure.

En bon survival, Gravity fonctionne à la course, à la fuite en avant, dans un environnement hostile à l’homme, dont les fonctions vitales sont pressées par la pénurie (d’oxygène principalement). Mais le parcours d’obstacles, extrêmement serré, que Cuarón oppose à ses personnages n’a rien d’une ligne droite – et c’est de là que le film tire son originalité frappante : le décor des diverses stations orbitales ressemble à un mobile géant qui évolue en permanence, dont les parties s’escamotent et se combinent, se détachent ou se percutent. Sauter de l’une à l’autre, c’est se confronter à chaque fois à un nouveau problème de géométrie dans l’espace : appréhender une forme avec toutes ses aspérités, comprendre son fonctionnement, en trouver l’entrée, en briser le code. Mais le plus grand danger, qui donne son caractère à la fois abstrait et hypnotique à l’action, c’est la vitesse d’inertie : les corps en suspension y sont soumis absolument et doivent à chaque instant composer avec sa loi d’airain, souveraine, incompressible, esquiver les objets lancés sur eux, ou toute forme contondante qui vient à leur rencontre. Ainsi abstraite de tout ancrage terrestre, l’action devient un pure problématique de trajectoire et d’accrochage, pour résister à la dérivation et au lent engloutissement par l’espace, cette matrice sans fond et sans visage (les personnages semblent carrément plongés dans la mort elle-même). Ce grand problème de physique, magistralement posé dans un grand étouffoir à trois dimensions, rejoint assez miraculeusement le sujet du film, simple et efficace comme un courant d’air : jusqu’où va l’affirmation du vouloir-vivre, le désir de s’accrocher, d’en découdre avec la matière ou, à l’inverse, de s’abandonner, de se livrer corps et âme à l’anti-matière (le caractère dépressif du personnage de Sandra Bullock – on apprend qu’elle a perdu sa fille – est souvent tenté de s’abandonner à la mort ambiante, flottante et douce comme une caresse) ?

À terme, Gravity se révèle un beau film sur la sensation, sur la nature haptique de l’image. Combien de fois, coincés derrière leur visière comme des spectateurs de leur propre impuissance, la survie des personnages dépend-elle d’une petite barre de fer, d’une mince anfractuosité de matière, sur laquelle leur main va pouvoir se crisper afin de freiner leur élan ? Combien de fois, au contraire, les harnais qui sanglent leurs combinaisons les ramènent-ils, comme un cordon ombilical infernal, vers le danger qu’ils essaient de fuir ? Agripper, lâcher. Il faut savoir prendre, puis rendre, dans un deuxième temps. À la fin du film, après avoir traversé le vide, le chaud et le froid, l’écrasement et l’étouffement, le choc des tôles et la caresse de l’apesanteur, la main de Sandra Bullock se referme sur une petite motte de glaise originelle, un petit coin de boue qui lui glisse entre les doigts comme un dernier souffle de vie.

 

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Fonzy

Fonzy

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Film de Isabelle Doval (France - 2013 - 1h43) avec José Garcia, Audrey Fleurot, Lucien Jean-Baptiste...


 

 

Fonzy affiche uneFonzy, le pseudonyme sous lequel Diego Costa a fourni il y a 20 ans du sperme à maintes reprises dans le cadre d'un protocole de recherche.
Aujourd'hui, à 42 ans, il est livreur dans la poissonnerie familiale et mène une vie d'adolescent irresponsable et gaffeur. Alors que sa compagne Elsa, lui apprend qu'elle est enceinte, son passé ressurgit.
Diego découvre qu'il est le géniteur de 533 enfants dont 142 souhaitent savoir qui est Fonzy…

 

 

Critique "Le Parisien"


Fonzy? On a envie de dire en jouant les César de la compression : foncez-y! Autant « Starbuck », le film père, nous avait laissés mitigés — un peu sombre, un peu long, sans réelle empathie avec les personnages —, autant sommes-nous ici séduits par la force du propos et l’énergie festive que tout cela dégage au final. Avec ce charisme inné qui lui coule dans les veines, José Garcia, en géniteur masqué rattrapé par sa nombreuse descendance, en est la cheville ouvrière. Mais ce qu’on aime aussi ici, c’est ce qui manque à notre époque craintive et déprimée : une énergie à tout casser, une vraie envie de s’ébrouer. Mention spéciale à Lucien Jean-Baptiste en avocat de José. Dans cette histoire de père, les deux font la paire.

 

 

Critique "Télérama"


Vingt ans après avoir vendu son sperme, un homme est pris d'assaut par ses très nombreux enfants biologiques. Voilà une idée de comédie très fertile : la paternité en appartient au Québécois Ken Scott, dont le film Starbuck a obtenu un joli succès international en 2011. En attendant le remake hollywoodien (Delivery Man, avec Vince Vaughn), la version française est presque aussi drôle que l'original. Dans le rôle du super-reproducteur malgré lui, José Garcia tient l'équilibre entre tendresse et clowneries. Fonzy, fils d'immigrés espagnols, livreur de poisson pour le magasin familial, est un personnage attachant, immature, partant incognito à la découverte de ses cent quarante-deux rejetons — ceux qui veulent le connaître, sur les cinq cent trente-trois qu'il a engendrés.

Frôlant parfois la mièvrerie, ces rencontres conçues comme autant de sketchs (il y a le gothique, la révoltée, le footballeur, etc.) retiennent moins l'attention que la vie privée de Fonzy. De ce côté-là, José Garcia est très bien entouré : Lucien Jean-Baptiste est désopilant dans le rôle du meilleur copain gaffeur, et la rousse Audrey Fleurot compose une petite amie enceinte (elle aussi !) délicieusement sur les nerfs. Fable sur les affres de l'âge adulte — les responsabilités, la paternité —, le film réussit en douceur sa mutation génétique, de la gouaille québécoise à une fantaisie plus mélancolique.

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Omar (VOST)

Omar (VOST)

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Film de Hany Abu-Assad (palestine - 2013 - 1h37) avec Adam Bakri, Waleed Zuaiter, Leem Lubany...


Film proposé en Version originale sous-titrée


Prix du Jury "Un Certain Regard" au Festival de Cannes 2013

 

Omar affiche uneOmar vit en Cisjordanie. Habitué à déjouer les balles des soldats, il franchit quotidiennement le mur qui le sépare de Nadia, la fille de ses rêves et de ses deux amis d'enfance, Tarek et Amjad. Les trois garçons ont décidé de créer leur propre cellule de résistance et sont prêts à passer à l'action. Leur première opération tourne mal.
Capturé par l'armée israélienne, Omar est conduit en prison. Relâché contre la promesse d'une trahison, Omar parviendra-t-il malgré tout à rester fidèle à ses amis, à la femme qu'il aime, à sa cause?

 


Critique "aVoir-aLire.com"


Sélectionné à Cannes, dans la catégorie Un Certain Regard, le nouveau film d’Hany Abu-Assad s’installe au cœur des territoires occupés, en Cisjordanie, dans une Palestine émiettée où s’érigent des murs gigantesques qui séparent amis et jeunes amoureux, mais ne parviennent pas à contrer les vents de révolte qui se font l’écho de la colère. Cette rébellion apparaît ici sous la forme d’assassinats terroristes que fomentent Omar et ses deux amis pour une cellule de résistance palestinienne.
Au-delà l’aspect politique du combat de ces révoltés contre la présence de l’occupant, l’amour est l’autre préoccupation majeure de ce film où les forces masculines bouillonnent de contradictions et d’utopies d’une société sans barrière. Omar, héros romantique qui ne remet pas en question son engagement pour une cause à ses yeux juste, est aussi un amoureux transi, de ceux qui sont capables de déplacer des murs pour parvenir jusqu’à leur bien-aimée. Ses escapades de l’autre côté de la frontière de béton étonnent par la puissance physique du jeune homme, qui prend son destin en main, au risque d’une rafale de balles qui peuvent l’emporter à chaque traversée... Omar, peu bavard mais au regard expressif, aime passionnément et rêve d’une vie auprès de la sœur de son meilleur ami terroriste. Pas prêt à mettre ses songes romantiques au second plan, il se plie pourtant au moule conjugal voulu par une société étouffée par les dogmes, jusqu’à en être manipulé, par ses proches ou les forces secrètes israéliennes qui vont l’utiliser pour parvenir à faire tomber des têtes...


Le poids du destin et des manipulations machiavéliques auront-elles raison de sa force de caractère et de son idéalisme ? Le ténébreux Omar, incarné par un acteur qui crève l’écran, le jeune Adam Bakri, n’est jamais présenté comme une victime naïve qui se laisse abattre. Son évolution vers toujours plus de détermination, avec une prise en charge implacable de son destin, en fait un incroyable personnage de cinéma, tout comme sa jeune bien-aimée, jouée par la belle Leem Lubany, qui irradie l’écran à chacune de ses apparitions.


Leur beauté, dans un décor lumineux magnifiquement soigné par le réalisateur de Paradise Now, ainsi que le recours aux métaphores un peu lourdes, pourront peut-être rebuter certains cinéphiles exigeants. Elles n’enlèvent pourtant rien à la pertinence du constat dramatique du réalisateur qui sait brillamment éviter le manichéisme d’un cinéma faussement engagé pour mieux saisir le parfum de confusion générale qui agite les mentalités locales.

 

Critique "La Croix"


Interprété par des acteurs impressionnants, ce nouveau fim de Hany Abu-Assad, le réalisateur de Paradise Now (2005), est tranchant comme une lame. Il avance sans fléchir comme le mécanisme implacable d’une machine infernale qui broie les sentiments et les amitiés, détruit sournoisement la confiance, mité par le soupçon. Au-dessus des personnages, la force occupante s’emploie à briser toute forme de résistance, par tous les moyens.

Film oppressant et réaliste, Omar est à la fois une dénonciation de la situation actuelle des Palestiniens et une tragédie intime qui atteint tous les protagonistes, de chaque côté du mur.

Cinématographiquement, Hany Abu-Assad, ancien ingénieur aéronautique, ajuste des mécanismes de précision pour enclencher le thriller psychologique, en alternant scènes tragiques et comiques, sans jamais relâcher le rapport de forces qui règle la vie quotidienne de ses personnages. Jusqu’à la dernière scène de ce film, tiré au cordeau, efficace et percutant qui a reçu le prix du jury au Festival de Cannes, dans la sélection « Un certain regard ». Il pénètre dans la complexité des situations, avec sa part de désespoir, enfermant tous les protagonistes de cette guerre dans un cycle sans fin de violence et de radicalisation.

 

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Depuis Michel Khleifi, on sait que le cinéma palestinien existe, et pas seulement sous la lumière d’une empathie géopolitique ou d’un militantisme qui passerait le cinéma par pertes et profits. Comédiens, réalisateurs de grand talent (Elia Suleiman, Hiam Abbas…) et bons films proviennent de ce peuple qui attend toujours d’avoir un Etat. Le cinéma est d’ailleurs en avance sur la géopolitique puisque de nombreux films labellisés palestiniens se fabriquent avec capitaux, producteurs et techniciens israéliens, à l’image de l’excellent Ajami, coréalisation palestino-israélienne.



Avec ce tout aussi excellent Omar, prix spécial du jury Un certain regard 2013, Hany Abu-Assad a veillé en revanche à constituer un casting et une équipe majoritairement palestiniens. L’imbrication inégale entre les deux peuples est d’ailleurs l’un des sujets du film. Omar, la vingtaine, constitue une cellule de résistance armée avec deux amis d’enfance. Pour rejoindre ses compères qui vivent côté israélien, Omar a pris l’habitude de franchir clandestinement le Mur. Au cours d’une des opérations, il est arrêté, torturé, puis emprisonné. Un officier israélien lui propose alors un marché : contre sa libération, il devra livrer ses compagnons.

La première grande qualité d’Omar est sa complexité psychologique, digne des romans de le Carré ou des grands films d’espionnage hollywoodiens. Omar va-t-il trahir ses amis et sa cause ? Ou va-t-il faire mine de jouer le jeu en manipulant ceux qui veulent le manipuler ? Ces dilemmes cornéliens sont enrichis par une donnée sentimentale : il y a une fille, enjeu de rivalité amoureuse entre Omar et ses copains, situation qui épaissit le réseau de loyautés contradictoires et de duplicités potentielles au sein même du camp palestinien.

Dans ce mikado de choix à faire, qui privilégier, qui sacrifier ? Sa cause politique, son peuple, son amour, ses amis, ses intérêts personnels ? Abu-Assad retient les informations puis les distille au bon moment, jouant avec les attentes du spectateur, ménageant le suspense avec un sens du timing impeccable, maintenant une tension dramaturgique et morale constante. L’autre qualité du film, c’est que tous ces nœuds scénaristiques ne se réduisent pas à leur seule fonction dramaturgique mais revêtent aussi une dimension politique. Le violent clivage généré par la situation israélo-palestinienne contamine tout, telle une maladie contagieuse : amours, amitiés, vie quotidienne sont progressivement infectées à cause de la mère de tous les virus qu’est l’état de domination permanent d’Israël sur les populations palestiniennes.

On se demande si Omar le passe-Mur ne serait pas prêt aussi à jouer à saute-mouton avec ses amis, ses engagements et ses fidélités. Pour autant, Abu-Assad évite la caricature manichéenne. En plus de montrer que la duplicité existe aussi chez les Palestiniens, il semble avoir retenu une leçon cardinale d’Hitchcock : plus séduisant est le méchant, meilleur est le film. Loin d’être une brute épaisse et raciste, l’officier israélien qui tente de manipuler Omar et ses amis est un être sophistiqué, intelligent, rusé, parlant parfaitement arabe. La première fois qu’il apparaît dans le film, c’est sous l’apparence d’un imam intégriste, piégeant autant Omar que le spectateur. Façon aussi pour Abu-Assad de dire que Juifs et Arabes sont cousins, se ressemblent, ce qui rend le conflit d’autant plus absurde et douloureux. Ce personnage de méchant suave et fascinant est joué par le remarquable Waleed Zuaiter (par ailleurs coproducteur du film), qui domine par son élégante ambiguïté un très beau casting où l’on remarque aussi le jeune premier Adam Bakri ou la convaincante et superbe Leem Lubany.

Après Paradise Now, Hany Abu-Assad prouve avec Omar qu’il est possible d’avoir un point de vue engagé sans chosifier l’adversaire, et qu’il est loisible de traiter le conflit israélo-palestinien par le biais de récits prenants et d’un cinéma au meilleur de sa complexité et de son efficacité.



 

 

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La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2

La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2

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Film d'Abdellatif Kechiche (France - 2013 - 2h59) avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche...


 

Interdit aux moins de 12 ans


Palme d'Or au Festival de Cannes 2013



vie d'adele affiche uneÀ 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

 


 

Critique "aVoir-aLire.com"


Trois ans après l’extraordinaire Vénus Noire, c’est avec une romance lesbienne qu’Abdellatif Kechiche signe son grand retour. La vie d’Adèle est l’adaptation de Le bleu est une couleur chaude, une bande-dessinée de Julie Maroh qui obtint notamment le Prix du public au Festival d’Angoulême en 2011. Selon les propres dires de la dessinatrice/scénariste, le projet de Kechiche mit de nombreux mois avant de se concrétiser. Renommé La Vie d’Adèle, le long métrage fut finalement sélectionné in extrémis au dernier Festival de Cannes – on parle d’une première version de cinq heures –, où il fit l’effet d’une bombe : Palme d’or incontestable, le film a totalement éclipsé ses concurrents, illuminant la compétition de son génie. Et c’est peu dire.

La vie d’Adèle ose la longueur – près de trois heures – et offre ainsi à ses personnages les moyens d’exprimer la complexité de leur existence, que l’on suit sur plusieurs années. Adèle est une lycéenne, Emma une étudiante aux Beaux-arts. Au croisement d’un passage piéton, les deux jeunes filles se rencontrent, se contemplent. Plus tard, elles se retrouveront par hasard au comptoir d’un bar lesbien. La mécanique est enclenchée, l’amour, affiché par des regards qui en disent long, a déjà frappé. Les évènements s’enchainent, happant le spectateur par des dialogues vivaces et des situations saisissantes. La vie d’Adèle sait rendre l’ordinaire d’une discussion en extraordinaire moment de vie.



 

C’est de cette capacité à capturer le réel, à le rendre beau, à le faire cinéma, que La vie d’Adèle tire toute sa grâce. Comme toujours chez Kechiche, la caméra à l’épaule se fait absente des situations qu’elle saisit en gros plans, décrivant sans pudeur les êtres et leurs expressions, ces regards qui veulent tout dire, la tendresse de corps en ébullition, la rage de cris qui viennent déchirer les silences. Les gueules rient, étouffent, embrassent, sont aspergées de larmes et de sueur, et viennent souligner une extraordinaire fascination de la chair, coutumière dans la filmographie sans fausse note de l’immense réalisateur. La méthode Kechiche – Adèle Exarchopoulos évoque des prises de quarante minutes – fait ainsi des merveilles dans la retranscription d’une jeunesse essoufflée par un monde aux chemins emmêlés, mais dans lequel l’amour a toute sa place.

Au milieu du film, une scène sexuelle, à l’intensité qui n’a d’égale que sa beauté, vient donner au récit la puissance des plus grandes romances – on pense évidemment à La vie de Marianne, de Marivaux, auquel le titre fait écho. Le montage est sophistiqué, mais invisible à l’œil nu : pas de musique, seuls les souffles rythment la fusion de deux jeunes femmes en apprentissage du sexe, du désir. Lors de la diffusion cannoise, la salle entière applaudit pendant cette longue scène de sept minutes, qui décrit sans truquer les vibrations des corps et l’extase des esprits. Les deux actrices, sublimes, fusionnelles, s’abandonnent à la pulsion de leur personnage, guidé par la seule lumière de la passion. Un télescopage d’émotions, venant bousculer les consciences, et dont on ne peut sortir sans fracas.



 

Il y a tellement à dire sur finalement pas grand-chose, le long métrage n’étant qu’une représentation de ce que la vie offre de plus beau – l’amour, évidemment –, et de plus tragique – la mort des sentiments, terrible fatalité. La Vie d’Adèle est la mélodie d’un amour désaccordé, rendu impossible par ces disparités sociales qui, par la force des petits riens du quotidien, dévorent les sentiments, les détruisent. Ses personnages y parlent existentialisme, identité sexuelle et rapport aux autres sans jamais tomber dans l’excès trompeur du spectaculaire. Son regard n’est jamais faussé.

Ne voyons pas uniquement le film comme l’œuvre politique dont beaucoup se réjouissent, même s’il paraît évident que son engagement est une réalité. La vie d’Adèle reste d’abord une histoire d’amour, terrible mais sublime, qui vous attrape le cœur, l’embrasse puis l’écrase. Difficile de ressortir indemne de ses magnifiques images, de la vie qui en découle, de ses sentiments qui nous perforent à jamais.

 

Critique "EcranLarge.com"


Adèle a 15 ans. Elle mange des spaghettis à la bolognaise avec ses parents devant Questions pour un champion. Peu ou pas de dialogues sinon un « C'est bon ! » ou « Tu en veux encore ? ». Une scène de la vie de tous les jours au sein d'une famille ordinaire. En fait non. Les plans sont courts, la séquence s'étire, la caméra est à hauteur de visages, les cadrages sont serrés, très serrés même quand il s'agit de montrer la bouche pleine de sauce tomate d'Adèle. Déjà une invitation à autre chose et une déclaration d'amour à son actrice. On retrouve Adèle en classe de français. Elle étudie La vie de Marianne de Marivaux qui retrace les déboires amoureux d'une jeune orpheline déterminée et pleine de courage dans la France du XVIIIe siècle. Un dédoublement narratif que Kechiche va reprendre pour sa Vie d'Adèle qui s'inscrit d'ailleurs comme une constance dans sa filmo, lui qui utilisait déjà la pièce Le Jeu de l'amour et du hasard du même Marivaux comme fil rouge de L'Esquive. Adèle est encore étrangère aux choses de l'amour mais n'envisage pas de sortir autrement qu'avec un garçon jusqu'au jour où elle rencontre la fille aux cheveux bleus.

En adaptant la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh parue en 2010 qui raconte l'histoire d'amour absolu entre deux femmes dont l'une devient institutrice, Kechiche se donne la possibilité de revenir en partie sur un scénario original qui n'a jamais abouti et qui a germé au moment du tournage de L'Esquive. Le récit d'une enseignante qui accomplissait son travail passionnément avec la volonté de transmettre son savoir chevillée au corps malgré une vie privée faite de joies, d'amours et de ruptures. C'est d'ailleurs lors des nombreuses scènes de classe où Adèle est entourée d'enfants dissipés ou attentionnés que le film prend toute sa résonnance et sa profondeur. On y voit passer tour à tour les sentiments et les ressentis d'une femme finalement seule avec son besoin amoureux dévorant. Car Kechiche a beau filmer des scènes de sexe très explicites où le charnel se dispute à la réelle excitation, les corps ne sont au final que physiquement imbriqués et soudés. La jouissance restant une affaire de jardin secret. En fait, c'est quand il filme ces mêmes corps repus par tant d'orgasmes que la magie opère à plein impliquant de fait et totalement le spectateur. La beauté est alors véritablement sans tabous, douloureusement magnifique à l'image de cette mise en image immersive, toujours étouffante, organique et particulièrement destructive.

De cette éducation sentimentale à la Choderlos de Laclos aux accents rohmériens pour ses nombreux dialogues en apparence perchés mais qui dans le système Kechiche prennent une dimension au-delà du réel, les deux actrices s'y fondent avec un naturel apparent confondant. À tel point que rien ne semble « joué ». Tout est magnifié par ce que l'on ne peut plus appeler ici une direction d'acteurs mais un travail en profondeur, au plus près des affects respectifs, propre à mettre en avant ce qu'il y a de plus intime. Se mettre à nu n'aura donc jamais été aussi vrai qu'ici. L'ingénue Adèle Exarchopoulos, plus encore que Léa Seydoux, y déploie un talent qui semble inné et qui bouleverse. Elle fait d'Adèle (le film et son personnage) un morceau de cinéma magistral et élégiaque qui va chercher au plus profond de nous un sentiment de bonheur immédiat et sans réserves.

 

Critique "La Croix"


La voilà donc, cette Vie d’Adèle, qui a suscité tant de commentaires depuis sa présentation au Festival de Cannes, en mai dernier. Pour la première fois dans l’histoire de la manifestation, un jury – en l’occurrence celui du cinéaste américain Steven Spielberg – décernait la Palme d’or de manière conjointe au réalisateur, Abdellatif Kechiche, et à ses deux interprètes principales, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux.

Passé le choc de la découverte, le temps de la récompense suprême, vinrent les polémiques. La première fut suscitée par le sujet même du film – une passion amoureuse entre deux jeunes femmes, filmée au plus près des visages et des corps –, en une période de débats aigus sur la place de l’homosexualité dans la société. La seconde polémique a fissuré la belle image de cette palme collective, mettant en cause les méthodes de travail du cinéaste et tournant à l’affrontement Seydoux-Kechiche par médias interposés. Le réalisateur en a lui-même fait le constat : ce déballage, alimentant les arrière-pensées, ne pourra que nuire à la découverte de son film.

C’est pourtant bien à l’œuvre elle-même qu’il faut revenir pour tenter d’en appréhender la véritable puissance. Librement inspiré d’une bande dessinée de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude (Éd. Glénat, 2010), La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2 évoque, dans le nord de la France, la rencontre, l’amour passionné et la lente, déchirante séparation d’Emma et d’Adèle.

Au début du récit, Emma est étudiante aux Beaux-Arts, désireuse de s’inventer un avenir d’artiste-peintre ; Adèle, lycéenne, se rêve institutrice. L’une a les cheveux bleus, de l’assurance, de l’ambition et assume son orientation sexuelle. L’autre, plus jeune, plus terrienne, moins égocentrée, se découvre, reçoit de plein fouet cette passion « hors norme » qui la plonge dans un indicible trouble, au milieu de ses amis comme de sa famille.

La quête de jouissance qui accompagne cette relation donne lieu à deux longues scènes particulièrement explicites qui, elles aussi, ont suscité et susciteront la discussion. On peut les trouver crues, extrêmement appuyées, choquantes (le film, en salles, est interdit aux moins de 12 ans). Il en va ainsi du cinéma – aussi intransigeant que dérangeant – d’Abdellatif Kechiche, expérience émotionnelle, sensorielle, travail d’imprégnation progressive du spectateur, plutôt que de suggestion ou de démonstration.

De La Faute à Voltaire à La Graine et le Mulet en passant par Vénus noire , le cinéaste a toujours fait du temps son allié : sur le plateau pour obtenir de ses comédiens ces moments d’abandon qui atteignent une vérité d’être, dans la salle pour laisser ces moments éclore et amener le spectateur à accueillir pleinement ce qui se manifeste (quitte, parfois, à obtenir l’inverse, provoquant repli et résistance).

Cependant, La Vie d’Adèle va au-delà de cette paroxystique grammaire des corps. Ce film de trois heures, intense, haletant, frappe par sa richesse et la subtilité des thèmes abordés. L’histoire d’Emma et Adèle, superbement interprétée, offre une vertigineuse plongée au cœur de sentiments extrêmes. Mais c’est aussi un fascinant portrait d’une jeunesse d’aujourd’hui, saisissant dans la manière dont l’auteur de L’Esquive en retient la véracité de langage et de comportement.

C’est encore la rencontre de deux milieux sociaux très différents, avec leurs codes tacites, leurs choix culinaires, leurs non-dits, leurs « champs du possible » aux angles plus ou moins ouverts. C’est enfin deux chemins d’existence dont l’accomplissement prendra deux formes différentes de la vocation. De ce point de vue, le parcours de la jeune Adèle, cherchant à s’épanouir auprès d’enfants auxquels elle tente d’apporter ce que l’école lui prodigua jadis, mériterait à lui seul une analyse approfondie. Au regard de ce choix, l’itinéraire artistique d’Emma, humainement plus destructeur, suscite moins l’adhésion. Et pourtant, rien n’autorise à douter de la nécessité intérieure qui la pousse à vouloir naître en tant que peintre.

Ces deux trajectoires réunies puis violemment séparées par les effets de la passion font de La Vie d’Adèle un film très juste sur le devenir, sur ces forces souterraines qui oblige l’être à se révéler en dépit des barrières sociales, familiales ou intimes, en dépit de la peur, de la solitude, des rejets et des souffrances redoutées.

À travers cette dislocation intérieure à laquelle conduit leur histoire commune, Emma et Adèle accèdent toutes deux à un aspect de leur réalité intime, fût-elle parfois déroutante. De quoi – ou de qui – se nourrit-on ? Que veut-on transmettre ? Comment ? Le film apparaît, au-delà du récit lui-même et plus encore que par le passé, comme une œuvre extrêmement personnelle d’Abdellatif Kechiche, qui avoue continuer de vivre longtemps avec tous ses personnages, à la manière d’un François Truffaut avec Antoine Doinel. Ces chapitres 1 & 2 auront peut-être un jour une suite, à moins que la discorde ne soit venue tuer toute envie de prolongement.

 

 

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Das kind (VOST)

Das kind (VOST)

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Documentaire de Yonathan Levy (France - 2010 - 1h33)


 

Dans le cadre du mois du film documentaire : soirée mémoires D'Europe


Ce film sera couplé avec "La poussière du temps" à 20H30


Buffet et rafraichissement entre les deux films


Tarifs : deux films et buffet : 10 euros ou un film au tarif normal



das-kind affiche uneIrma et son fils André entreprennent un voyage à travers l'Europe, à la recherche de souvenirs d'événements qui se sont produits il y a bien longtemps.

 

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La poussière du temps (VOST)

La poussière du temps (VOST)

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Un film de Théo Angelopoulos (Grèce - France - 2007 - 2h05) avec Willem Dafoe, Bruno Ganz, Michel Piccoli...



 

Dans le cadre du mois du film documentaire : soirée mémoires D'Europe


Ce film sera couplé avec "Das kind" à 18H30


Buffet et rafraichissement entre les deux films


Tarifs : deux films et buffet : 10 euros ou un film au tarif normal



poussiere du temps affiche uneL’histoire d’un amour à travers le grand royaume de l’Histoire, des années 50 jusqu’à nos jours.
Un réalisateur américain d’origine grecque réalise un film sur le destin tragique de ses parents et leurs amours contrariés par l'Histoire au temps de la guerre froide. Pour son film, son enquête le mène en Italie, en Allemagne, en Russie, au Canada et aux États-Unis. Véritable voyage à travers le monde du XXème siècle et travail de Mémoire sur l’Histoire, une élégie sur la destinée humaine et l’absolu de l’amour... Que seule vient troubler la Poussière du Temps...

 

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Présenté en compétition au Festival de Berlin en 2009, La Poussière du temps est le dernier film de Théo Angelopoulos, mort il y aun an après avoir été renversé par une moto dans une rue du Pirée, pendant le tournage de ce qui aurait dû être son film suivant.

La Poussière du temps est un film éclaté – dans l’espace et dans le temps.
Il raconte, sur plusieurs décennies, à coups de flash-backs ou flash-forwards incessants, comme le flux et le reflux qui ramèneraient les souvenirs à la mémoire, l’histoire d’une femme, Eleni (Irène Jacob, la plupart du temps), tiraillée entre deux hommes, un Grec, Pyros (Michel Piccoli), et Jacob, un Juif russe (Bruno Ganz) qui migrera vers Israël, laissant Eleni rejoindre son mari Pyros aux États-Unis.

Il met aussi en scène un metteur en scène américain, A (Willem Dafoe), le fils de Pyros et d’Eleni, venu à Rome tourner un film qui semble problématique. Ses parents et son “oncle” Jacob lui rendent visite, sa femme l’a quitté (il l’aime encore), sa fille a fugué, semble-t-il.

On voyage dans tous les sens de la Russie de la fin du stalinisme à Berlin aujourd’hui, mais le passé ne passe pas, les blessures ne cicatrisent jamais (Jacob âgé, retrouvant Eleni vingt ans après leur liaison, ne peut s’empêcher de continuer à lui crier absurdement “Ne t’en va pas”), c’est très beau, Angelopoulos maîtrisant toujours aussi bien son cinéma, les mouvements de foule comme les scènes plus intimes, raccourcissant aussi, semble-t-il, ses fameux plans séquences qu’on avait pu par le passé juger pesants, très pesants. À 76 ans, il semblait opter pour plus de fluidité, de légèreté dans le trait, de liberté dans le récit aussi.

Il y a dans Poussière du temps, peut-être aussi grâce à ses acteurs, des plans qui rappellent le meilleur Ferrara, étrangement. Et puis des images, des plans, des scènes d’une puissance émotionnelle dont on a du mal à saisir la raison pour laquelle ils nous bouleversent autant, comme ce décor désolé, jonché de restes de statues abattues après
la mort de Staline, où l’on retrouve un orgue en parfait état de marche alors que personne n’en a joué depuis très longtemps, et sur lequel un organiste tout d’un coup fait revivre un air de Bach. Miracle des guerres, qui détruisent tout, mais justement pas tout : avec le temps, la beauté repousse toujours à travers le bitume.

C’est le dernier film, le dernier soupir, la dernière confession de Théo Angelopoulos : la poussière du temps recouvre le présent, pour le meilleur et pour le pire.

 

Critique "La Croix"


Il y a un peu plus d’un an, le 24 janvier 2012, Theo Angelopoulos était victime d’un accident de la circulation, en plein tournage de son dernier film, resté inachevé, L’Autre Mer. Il était décédé de ses blessures, quelques heures plus tard, dans un hôpital du Pirée, à 76 ans.

Cette fin tragique d’un des plus grands cinéastes européens intervenait alors que son film précédent, La Poussière du temps, présenté hors compétition en ouverture du Festival de Berlin en 2009, n’avait toujours pas été distribué en France. Omission d’autant plus regrettable que le film était sorti partout ailleurs en Europe, et que la France joua naguère un rôle essentiel dans la reconnaissance du cinéma d’Angelopoulos.

Il aura donc fallu attendre quatre longues années pour que cette dernière œuvre achevée soit enfin proposée au public français, rappelant l’étrange malédiction dont fut victime l’un des derniers films d’Ingmar Bergman, En présence d’un clown, sortie en salle en 2010 – douze ans après sa projection au Festival de Cannes et trois ans après la mort de son auteur.

L’Autre Mer devait être, à l’origine, le troisième volet d’un triptyque commencé en 2003 avec Eleni, et dont La Poussière du temps peut être vu comme le second panneau. Le cinéaste hellène y met en scène… un réalisateur américain (Willem Dafoe) venu tourner dans les studios italiens de Cinecitta l’histoire mouvementée de sa famille d’origine grecque.

Cet être tendu, visité par un passé qui lui échappe en partie et effrayé par le mal-être de sa fille, se confronte fébrilement à des questions que son quotidien vient faire résonner de manière brutale.

Comme toujours chez Angelopoulos, les frontières temporelles s’effacent, laissant apparaître un récit à la structure complexe, tout en allées et venues entre les lieux et les époques, entre évanescence du réel et persistance souvent très douloureuse du souvenir qu’il engendre.

De ce passé, trois figures dominantes émergent rapidement : celle du père de cet homme, Spyros, émigré aux États-Unis (Michel Piccoli) ; celle de sa mère Eleni (Irène Jacob) ; celle de Jacob (Bruno Ganz), l’homme qui partagea des années de captivité avec Eleni et conçut pour elle un déchirant amour.

Lorsqu’ils purent enfin franchir le rideau de fer à la faveur d’un échange, Jacob et Eleni durent se séparer. Elle partit retrouver son mari aux États-Unis. Lui émigra vers Israël. La Poussière du temps repose avant tout sur cette histoire d’amour dont la triangulation aura traversé les décennies sur une passerelle fragile au-dessus de l’abîme.

Lorsque Spyros, Jacob et Eleni se retrouvent à Berlin à l’automne bien avancé de leurs vies, en compagnie du fils retrouvé, le vent de l’Histoire souffle encore en chacun d’eux.

À travers l’intimité de ce récit familial, Theo Angelopoulos propose une relecture de la deuxième moitié du XXe siècle, de ses grands rêves idéologiques tombés en éclats. « J’ai l’impression qu’on essaie d’être sujet de l’Histoire mais que finalement, on en est l’objet», confiait le cinéaste, en 2008, au critique de cinéma Michel Ciment (dans un entretien paru dans le numéro de février 2013 de la revue Positif).

Plans d’une grande force visuelle, présence appuyée de la neige et de l’hiver, scènes à l’onirisme puissant ou au symbolisme frappant (comme cette collection de bustes de Staline réunis dans un bâtiment désaffecté et signifiant la fin d’une ère soviétique) : tous les ingrédients du cinéma de Theo Angelopoulos sont réunis dans La Poussière du temps, même si le rythme du récit tend à s’accélérer quelque peu par rapport à certaines de ses œuvres antérieures.

Ce long-métrage de deux heures, aux multiples degrés de lecture, est aussi baigné de nombreuses références mythologiques. Si le milieu du récit se fait moins porteur que le mystère de son début et la magie de sa fin, l’œuvre est par moments envoûtante.

Le film trouve aussi sa grâce dans l’interprétation de ses comédiens. On pourra regretter le registre étroit réservé par le cinéaste à Willem Dafoe, mais le trio formé par Irène Jacob, Bruno Ganz et Michel Piccoli donne sa pleine puissance à l’élan lyrique du film.

 

 

 

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Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

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Film d'animation de Marc Boreal et Thibaut Chatel


(France - 2013 - 1h15) avec les voix de Marc Lavoine, Julie Depardieu...


Mention spéciale au Festival du Film d'Animation d'Annecy 2013


Cycle "Ciné-Mômes" - Tarif unique : 3 euros


 

Ma maman est en amerique affiche uneUne petite ville de province. Les années 70. Jean a 6 ans, il fait sa rentrée à la grande école. Quand la maîtresse demande à chaque enfant la profession de son père et de sa mère, Jean réalise qu'il n'est pas comme les autres, s'inquiète et invente une réponse : "ma maman est secrétaire". En fait, elle est tout le temps en voyage sa maman, alors elle envoie des cartes postales à Michèle. Cette petite voisine, qui sait déjà lire, les lit à Jean et celui-ci se prend à rêver. A moins que la réalité ne soit toute autre. Et ça, entre septembre et Noël de cette année-là, Jean commence tout juste à le comprendre...

 




 

Critique "aVoir-aLire.com"


A la fois drôle, émouvant et toujours juste sur le plan psychologique, ce très joli dessin-animé sur l’enfance confrontée à la disparition d’un proche sait bouleverser sans faire de chantage à l’émotion.

L’argument : Une petite ville de province. Les années 70. Jean a six ans, il fait sa rentrée à la grande école. Quand la maîtresse demande à chaque enfant la profession de son père et de sa mère, Jean réalise qu’il n’est pas comme les autres, s’inquiète et invente une réponse : "ma maman est secrétaire". En fait, elle est tout le temps en voyage sa maman, alors elle envoie des cartes postales à Michèle. Cette petite voisine, qui sait déjà lire, les lit à Jean et celui-ci se prend à rêver. A moins que la réalité ne soit toute autre. Et ça, entre septembre et Noël de cette année-là, Jean commence tout juste à le comprendre...

Notre avis : Publié en 2007, le roman graphique Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill raconte avec beaucoup de pudeur et de retenue l’enfance de son auteur, Jean Regnaud, marqué par l’absence ô combien intrigante de sa mère. Grâce aux coups de crayons à la fois simples et efficaces d’Emile Bravo, la bande-dessinée touchait au plus profond par sa capacité à saisir l’esprit d’un enfant de 6 ans, sans jamais lui attribuer des réflexions hors de sa portée. La grande force du long-métrage animé ici présent est d’avoir su conserver cet état d’esprit sans pour autant paraître simpliste. Ainsi, les enjeux narratifs tournent autour des préoccupations d’un petit gamin dont l’univers se résume à la maison familiale et à l’école du quartier.
Tandis qu’un mystère plane quant à l’absence de la mère de famille, remplacée par une nounou plutôt rigolote, le petit Jean est également confronté au harcèlement moral exercé par un gamin forte tête qui fait régner la terreur sur la cour de récréation. Autant de thèmes universels qui feront assurément l’effet d’une madeleine de Proust pour une large majorité des spectateurs, tout en interrogeant avec beaucoup de tact et de pudeur nos chères têtes blondes sur un sujet ô combien délicat, à savoir la disparition de nos proches. Alors que l’ombre de la mort plane sur l’ensemble du long-métrage, les auteurs ont opté pour un traitement plutôt léger, le rêve servant d’exutoire vis-à-vis d’une réalité trop lourde à porter. C’est d’ailleurs ce ton volontairement évasif qui fait tout le charme de cette plongée au cœur de l’enfance.
Ceux qui ont vécu la fin des années 70 éprouveront un plaisir supplémentaire en se replongeant dans cette période reconstituée avec fidélité. La présence d’objets et même de jouets de l’époque vient d’ailleurs ajouter une note de réalisme qui crédibilise un peu plus cette histoire à la première personne du singulier. Chargé de nostalgie – et parfois de mélancolie – ce très joli dessin-animé bénéficie en plus d’une musique inspirée de Fabrice Aboulker (ancien complice de Marc Lavoine que l’on retrouve d’ailleurs au casting voix), décidément très à l’aise pour napper de ses notes vaporeuses des atmosphères rêveuses. Totalement en phase avec l’esthétique et la thématique du film, sa musique est un atout de plus faisant de Ma maman est en Amérique une vraie réussite.

 

Critique "Télérama"


C'est une maman bien aventureuse qui caracole dans les rêves de Jean, 6 ans. Elle arpente le Far West, la muraille de Chine, elle est partout, sauf auprès de lui... Mélancolique, jamais mélo, ce dessin animé, tiré de la BD autobiographique d'Emile Bravo et Jean Regnaud, nous plonge dans la France des années 1970. A l'intérieur de la 4L de la baby-sitter, face à sa télé noir et blanc ou devant son chocolat Poulain, le petit Jean entame une enquête : où est-elle, cette maman qui manque tant ? Qui écrit vraiment les drôles de cartes postales qu'elle envoie des quatre coins du monde ? En mettant au jour le secret qu'on lui cache, Jean s'en va là où le Père Noël, la Petite Souris, et même Buffalo Bill n'ont plus vraiment leur place. Le sujet est plutôt grave, mais les réalisateurs le traitent avec fantaisie. De cours de récré en batailles de boule de neige, le ton est vif, drôle, charmant. Quelque part entre Benoît Brisefer et le Petit Nicolas, la bouille toute ronde du héros donne le sourire.

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