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Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney (Avant-première)

Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney (Avant-première)

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Film de John Lee Hancock (Etats-Unis - 2013 - 2h05) avec Tom Hanks, Colin Farrell, Emma Thompson, Paul Giamatti, Jason Schwartzman....


Avant-Première au profit de l'association "Espoir en tête"


Tarif unique : 15 €


Dans l'ombre de mary affiche fr uneWalt Disney chercha à adapter le roman Mary Poppins dès les années 40 après l’avoir promis à ses deux filles. Lorsque, en 1961, l'auteure Pamela Lyndon Travers quitte enfin Londres pour se rendre à Hollywood afin de discuter avec Disney de son projet si longtemps porté, celui-ci rencontre une sexagénaire intransigeante qui se méfie de lui et de sa conception du film, mais aussi une femme qui lutte avec son passé. Au cours de son séjour en Californie, Pamela Lyndon Travers se penche sur son enfance en Australie en 1906, une époque éprouvante pour sa famille qui a nourri son désir d’écrire, et qui a aussi inspiré les personnages du livre qu’elle écrira en 1934.

La personne qu’elle aimait et admirait le plus fut son père aimant et attentionné, Travers Goff, un banquier contrarié qui, avant sa mort prématurée, lui procura affection et instruction. Il sera l’inspiration du patriarche de l’histoire, Mr. Banks, le personnage solitaire auquel la célèbre nounou apportera son aide. Même si elle rechigne à accorder à Disney les droits de son livre, Pamela Lyndon Travers finira par prendre conscience que le célèbre conteur de Hollywood a des motifs personnels de vouloir faire le film – des motifs qui, tout comme pour l’auteur, ont trait aux relations qu’il entretenait avec son propre père, au début du XXe siècle, dans le Midwest.

 



 

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Fruitvale Station (VOST)

Fruitvale Station (VOST)

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Film de Ryan Coogler (Etats-Unis - 2013 - 1h25) avec Michael B. Jordan, Octavia Spencer, Melonie Diaz, Ahna O'Reilly, Kevin Durand, Chad Michael Murray....


 

Prix du Regard vers l'Avenir au Festival de Cannes 2013

Film proposé en VOST


Fruitvale affiche uneLe 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, 22 ans, croise des agents de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco. Cette rencontre va transformer un inconnu en fait divers.
Le film raconte les vingt quatre heures qui ont précédé cette rencontre.

 

Critique "La Croix"


Le 1er janvier 2009, Oscar Grant, un jeune Noir de 22 ans non armé, meurt d’une balle dans le dos, tirée par Johannes Mehserle ; ce policier de la baie de San Francisco le maintenait au sol, face contre terre, dans la station de métro Fruitvale. La scène, filmée par de nombreux passagers et aussitôt mise en ligne, provoque une vague d’indignation.

Du même âge que Grant et habitant la même région, Ryan Coogler, étudiant en cinéma, suit le procès de Johannes Mehserle : « Selon l’appartenance politique des uns et des autres, Oscar était présenté comme un saint qui n’avait rien fait de mal de toute sa vie, ou comme un monstre qui n’avait eu que ce qu’il méritait cette nuit-là. J’ai eu le sentiment que ce phénomène lui faisait perdre son humanité. » Son film relate les vingt-quatre dernières heures d’Oscar Grant, ni ange ni démon.

Le 31 décembre 2008 est une double journée de fête : c’est l’anniversaire de la mère d’Oscar qui réunit tous ses enfants et petits-enfants chez elle, et bien sûr la Saint Sylvestre. Après le grand repas familial, Oscar et sa compagne Sophina confieront leur fillette à une parente et iront voir le feu d’artifice de San Francisco avec des amis. La journée se passe en préparatifs et courses pour le dîner.

Se remémorant la visite de sa mère alors qu’il était en prison trois ans auparavant, Oscar décide de s’amender. Il jette la drogue qu’il s’apprête à vendre, avoue à Sophina avoir été licencié de son emploi dans un supermarché et demande à son patron de le réembaucher. Il voudrait épouser sa compagne, lui offrir la bague et la vie qu’elle mérite.

Ryan Coogler entend prendre ses distances avec le manichéisme qui a entouré le procès et présente Oscar en garçon attachant à la recherche d’une rédemption après des faux pas. En racontant cette ultime journée, il donne une épaisseur tangible au nom cité dans les faits divers et à la vidéo de sa mort postée sur le Web. Parce que la scène du drame a été saisie sur des téléphones portables et qu’Oscar communiquait beaucoup par SMS, le cinéaste accorde une place particulière sur l’écran à ces messages.

Aux États-Unis, le film a reçu un accueil enthousiaste de la critique et du public. Récompensé par deux prix au Festival de Sundance, Fruitvale Station est sorti dans les salles au moment de l’acquittement de George Zimmerman, un agent de sécurité qui avait tué par balle Trayvon Martin, un jeune Noir non armé. Difficile de ne pas faire le parallèle entre les deux affaires.

Johannes Mehserle n’a été reconnu coupable que d’homicide involontaire et a été libéré dès juin 2011. Qu’un réalisateur noir, soutenu à la production par l’acteur noir Forest Whitaker, ait ressenti la nécessité, par ce film, de rendre « son humanité » à Oscar Grant dit beaucoup de la ségrégation raciale encore vivace aux États-Unis.

Critique "20minutes"


Deux prix à Sundance, deux prix à Deauville et un prix à Cannes dans la section Un certain Regard ont fait de Fruitvale Station l’un des favoris des festivals cinématographiques de l’année 2013. Public et jury ont récompensé ce premier film de Ryan Coogler, jeune réalisateur de 27 ans revenant sur une bavure policière tragique. «Il me semblait important que ce terrible fait-divers qui m’a traumatisé ne soit jamais oublié», dit-il.

Dans la nuit de la Saint-Sylvestre 2008-2009, Oscar Grant, un Afro-américain de 22 ans, rentre chez lui en métro avec des amis. Il sera froidement abattu par un policier après un contrôle qui tourne au cauchemar. «J’avais le même âge que lui et ça aurait donc pu être moi si je m’étais trouvé, comme lui, au mauvais endroit au mauvais moment», explique Coogler qui n’hésite pas à montrer de véritables images de la fusillade prises au moment des faits. «Je veux que le spectateur ressente un choc, qu’il comprenne à quel point tout cela a été brutal…»

«Il aurait été facile de jouer la carte du mélodrame, mais cela n’a pas été mon choix, précise Coogler. Les faits sont suffisamment terribles pour qu’il ne soit pas nécessaire de rajouter du pathos. J’ai préféré rester le plus proche possible de la réalité». Les comédiens, notamment Michael B. Jordan, découvert dans la série «Sur écoute», se mettent au diapason de cette sobriété pour faire partager les 24 heures précédant le drame. «L’action de mon film se déroule aux Etats-Unis, mais j’ai bien peur que son sujet soit universel», conclut Coogler. On assiste au drame d'Oscar Grant avec la gorge serrée et le cœur en miette.

 

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Qui voilà ?

Qui voilà ?

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Film d'animation Jessica Laurén narré par Hippolyte Girardot (Suède - 2010 - 0h32)


Cycle "Ciné-Mômes" - Tarif unique : 4 euros


 

Qui voila affiche unePetits films et grands sentiments
Qui voilà ? est un film très attachant destiné aux tout petits, composé de huit histoires de 4 minutes chacune.
Au sein d’un univers aux couleurs pastels, la petite Nounourse et ses amis s’amusent, jouent, se bagarrent et se réconcilient les uns avec les autres. Les histoires abordent chacune un thème différent en lien avec la vie réelle : dormir pour la première fois chez un ami, gagner un concours de saut en longueur dans le bac à sable, avoir un petit frère...
Les films sont basés sur les très populaires ouvrages jeunesse suédois du même nom et produits en étroite collaboration avec leur auteure Stina Wirsén. Chaque épisode représente un livre et dresse le portrait des questions quotidiennes auxquelles sont confrontés les plus jeunes enfants : Qui est seul ? Pourquoi le Chat est-il tout jaune alors que ses parents non ? Qui n’arrive pas à dormir ?

 

 

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Belle et Sébastien

Belle et Sébastien

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Film de Nicolas Vanier (France - 2013 - 1h44) avec Félix Bossuet, Tchéky Karyo, Margaux Chatelier, Dimitri Storoge, Urbain Cancelier...


 

BelleEtSebastien affiche uneÇa se passe là-haut, dans les Alpes. Ça se passe là où la neige est immaculée, là où les chamois coursent les marmottes, là où les sommets tutoient les nuages. Ça se passe dans un village paisible jusqu'à l'arrivée des Allemands. C'est la rencontre d'un enfant solitaire et d'un chien sauvage. C'est l'histoire de Sébastien qui apprivoise Belle. C'est l'aventure d'une amitié indéfectible. C'est le récit extraordinaire d'un enfant débrouillard et attendrissant au coeur de la Seconde Guerre mondiale. C'est l'odyssée d'un petit garçon à la recherche de sa mère, d'un vieil homme à la recherche de son passé, d'un résistant à la recherche de l'amour, d'une jeune femme en quête d'aventures, d'un lieutenant allemand à la recherche du pardon. C'est la vie de Belle et Sébastien...

 

 

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Les Garçons et Guillaume, à table !

Les Garçons et Guillaume, à table !

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Film de Guillaume Gallienne (France - 2012 - 1h40) avec Guillaume Gallienne, André Marcon, Françoise Fabian, Charlie Anson, Nanou Garcia...


 

les garcons et guillaume affiche une"Le premier souvenir que j'ai de ma mère c'est quand j'avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" Et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t'embrasse, ma chérie".
Et bien, disons qu'entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus."

 

 

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Philomena (VF & VOST)

Philomena (VF & VOST)

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Film de Stephen Frears (Angleterre - 2012 - 1h38) avec Judi Dench et Steve Coogan....


 

Film proposé en VOST

Philomena affiche uneIrlande, 1952 : Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Considérée comme une « femme déchue », elle est envoyée au couvent de Roscrea. Alors que l’enfant est encore un nouveau-né, il est arraché aux mains de sa mère pour être adopté par des américains. Philomena passe les quinze années suivantes à essayer de le retrouver, en vain. Elle rencontre ensuite Martin Sixsmith, un journaliste désabusé, aussi cynique qu’elle est naïve. Ensemble, ils partent pour l’Amérique, au cours de ce voyage ils découvriront l’extraordinaire vie du fils de Philomena et tisseront une relation à la fois drôle et profondément émouvante.

 


Critique "Le Parisien"


Le réalisateur des « Liaisons dangereuses » et de « The Queen », le Britannique Stephen Frears, qui achève le tournage d’un biopic sur Lance Armstrong, revient aujourd’hui sur les écrans avec ce « Philomena », film surprenant, attachant et bouleversant tiré d’une histoire vraie*. Celle d’une vieille dame, Philomena, à la recherche d’un fils perdu depuis cinquante ans, et d’un journaliste, Martin Six-smith, désabusé par son métier, auquel elle raconte son incroyable histoire.

Le reporter, au départ perplexe, flaire le scoop, charmé par la vieille dame qui le persuade de l’accompagner aux Etats-Unis pour retrouver son enfant disparu. Très vite, les deux vont faire la paire, bien qu’ils soient très éloignés et différents.

On est rapidement conquis par ces deux personnages lancés à la recherche quasi impossible d’un fils que Philomena, une Irlandaise bon teint, a dû abandonner à l’âge de 3 ans à des religieuses d’un couvent, et qui a été adopté par des Américains.

Conquis d’abord par une histoire vraiment bien écrite par l’acteur comique Steve Coogan lui-même, qui incarne remarquablement le journaliste. Séduit aussi par la formidable interprétation que livre Judi Dench, grande dame du théâtre et du cinéma anglais, dans la peau de Philomena. Malgré le caractère dramatique de l’histoire, Stephen Frears, grâce à des dialogues souvent drôles, humour anglais oblige, et de quiproquos crédibles, ne tombe jamais dans le pathos, tout en réussissant à nous émouvoir. C’est la force de ce voyage à la recherche de l’enfant perdu que raconte le cinéaste. Il est d’ailleurs très possible que l’on retrouve bientôt cette « Philomena » dans la course aux Oscars.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Il y a de cela plusieurs années, le comédien britannique Steve Coogan (24 hour party people et Tournage dans un jardin anglais tous deux de Michael Winterbottom) tombe par hasard sur un article de journal évoquant l’extraordinaire histoire d’une vieille dame à la recherche de son fils qui lui a été enlevé une cinquante d’années auparavant par des religieuses afin d’être revendu à de riches américains. Bouleversé par cette nouvelle étonnante, le comique décide de prendre une option sur le livre du journaliste Martin Sixsmith et de commencer à en écrire une adaptation cinéma. Généralement cantonné aux rôles désopilants, Steve Coogan souhaite ainsi s’attribuer un emploi plus dramatique qu’à l’accoutumée et gagner en quelque sorte une respectabilité artistique qui lui fait encore parfois défaut, surtout dans son pays d’origine. Très tôt impliquée dans le projet, Judi Dench apporte non seulement son expérience, mais aussi une amitié certaine avec le réalisateur Stephen Frears. Ce dernier a été emballé à l’idée de pouvoir tourner un film à la fois puissant sur le plan émotionnel, tout en gardant de nombreuses pointes humoristiques.
© Alex Bailey

Toujours difficile à obtenir, le savant dosage entre moments vraiment désopilants – Steve Coogan incarne ce journaliste condescendant et prétentieux avec toute la verve comique qu’on lui connaît – et instants dramatiques qui nous laissent au bord des larmes constitue la plus grande réussite de cette œuvre. La confrontation entre les classes sociales (d’un côté une vieille dame très respectueuse des traditions et issue du prolétariat, et de l’autre un intellectuel bourgeois qui se veut progressiste) donne lieu à une réflexion échappant aux conclusions binaires. De même, l’attaque non dissimulée contre certaines institutions religieuses est contrebalancée par un respect réel et sincère envers la religiosité du personnage principal. Stephen Frears et Steve Coogan, tout en dénonçant certaines pratiques scandaleuses, sont suffisamment intelligents pour ne pas se laisser enfermer dans un discours simpliste et peuvent ainsi toucher plus juste. Parce qu’ils respectent tous leurs personnages, ils arrivent à rendre crédible leur évolution, leurs confrontations et aussi leur rapprochement.
© Alex Bailey

Parfois proche par sa thématique des Magdalene Sisters de Peter Mullan, Philomena se révèle finalement supérieur par sa capacité à éviter la complaisance dans le sordide. Le rapprochement final entre la mère et son fils inconnu, par-delà la mort, devrait même bouleverser durablement les spectateurs, sans que cela soit ressenti comme un chantage à l’émotion. Avec une suprême élégance toute britannique, ce nouveau jalon dans la carrière de Stephen Frears et de ses acteurs (tous formidables) parvient à susciter l’empathie et la réflexion sans jamais accabler le spectateur. Ce qui, vu le thème de départ, tient vraiment du miracle.

 

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Le loup de Wall Street (VF & VOST)

Le loup de Wall Street (VF & VOST)

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Film de Martin Scorsese (Etats-Unis - 2013 - 2h59) avec Leonardo Dicaprio, Jonah Hill, Jon Favreau, Jean Dujardin, Kyle Chandler....


 

Interdit aux moins de 12 ans

Film proposé en VOST


Loup de WS affiche uneLe nouveau film de Martin Scorsese raconte l’histoire de Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio), courtier en Bourse à New York à la fin des années 80. Du rêve américain à l’avidité sans scrupule du monde des affaires, il va passer des portefeuilles d’actions modestes et de la droiture morale aux spectaculaires introductions en Bourse et à une vie de corruption et d’excès. En tant que fondateur de la firme de courtage Stratton Oakmont, son incroyable succès et sa fortune colossale alors qu’il avait à peine plus de vingt ans ont valu à Belfort le surnom de « Loup de Wall Street ».

L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

 

Critique "Kritikat.com"


Avec ce remake des Affranchis en milieu boursier, personne ne s’étonnera de voir Scorsese revenir au sommet de son art – cet art de la narration polyphonique hallucinée, de la fresque bouillonnante et euphorique. Du haut de ces cimes qu’il n’a en vérité jamais quittées, il est en revanche plus surprenant que le réalisateur ait laissé échapper farce aussi insolente. Un film somme et centrifuge, qui dévale pour la mettre sens dessus dessous une filmographie depuis toujours aimantée par deux horizons : celui, intimiste et christique, du mâle blanc face à l’hubris ; celui, épique et ironique, de l’Amérique face au capitalisme.

Ces horizons – qui sont en fait les mêmes pour qui, comme « Ace » Rothstein à Las Vegas (Casino), comme Henry Hill à Brooklyn (Les Affranchis), comme Howard Hugues à Hollywood (Aviator), veulent faire de leur vie une grande tranche de gloire – sont ici noyés dans la brume, évanouis dans l’incertitude. Les héros de Scorsese étaient ces êtres immenses que l’histoire, en accaparant in fine leur mégalomanie, venait rendre dérisoires et pathétiques. Mais le programme de cette nouvelle cuvée – qui est celui d’un broker de haut vol, Jordan Belfort, synthèse dégénérée et lisse des grandes crapules scorsesiennes – se déroulera sans expiation ni héroïsme. Un destin bigger than life tiraillé entre démesure et régression, sniffé comme un rail de coke, traversé en courant d’air, extraordinaire et pourtant cousu de fil blanc. Nombriliste et auto-satisfait, Le Loup de Wall Street est de ce fait d’autant plus tragique. C’est qu’ici l’histoire, cette juste créance de la morale, ne reprendra rien à Belfort. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus d’histoire. Et parce qu’il n’y a plus rien à reprendre. Deux raisons terribles, qui valent bien cette satire sans ironie, implacable et monstrueuse.

Avachi dans son yacht, Belfort discute avec l’inspecteur en charge d’enquêter sur son étrange et fulgurante réussite. À l’orée de cette conversation délicieusement hypocrite, ce dernier fait part de sa surprise – qui est plutôt une consternation : au lieu d’un habituel "fils de" perpétuant les vicissitudes familiales, il se trouve en face d’un homme devenu une enflure par lui-même – diablotin sans origine, création ex nihilo. Dans Les Affranchis, Henry Hill ne faisait guère mystère de son désir de carrière (« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster »), mais pour ce petit Irlando-Américain né de parents anodins, il s’agissait avant tout d’intégrer une tradition, une culture, une mythologie : raffinement du vêtement, immutabilité du code d’honneur, ivresse de l’outlaw. Au début du Loup de Wall Street, Belfort est un travailleur simple et logique, sans idéal et plein de bonnes volontés, complètement hermétique au laïus délirant de son supérieur (Matthew McConaughey), qui avait pourtant le mérite de parfaitement résumer la situation : à Wall Street, ce qui compte, c’est la superposition perpétuelle de toute pulsion-addiction – gicler et engranger, en même temps. Au diapason de cette philosophie, le film ne sera que ça : une débauche mirobolante de stupre et de psychotropes.

Sans jamais y croire une seule seconde, Belfort se retrouve pourtant aspiré par cette pompe à turpitudes. Affublé de la pire panoplie de la décadence nineties (coke, cash, partouze), il parcourt la vie à la façon d’une gigantesque fête. Et c’est précisément au milieu d’une d’entre elle, célébrée en l’honneur d’un associé tout juste sorti de prison, que Belfort s’étonnera en off de penser à Mozart, mort exactement au même âge que l’associé en question – qui croule, à l’image, sous deux couches de dollars et trois call girls. Il s’étonne de ce rapprochement incongru et il a raison : roi d’un monde sans loi, Belfort n’a pas encore le recul pour comprendre qu’il trône au zénith d’une Babylone sans culture (le monde réduit à des orgies et des bureaux, à des orgies dans des bureaux). C’est ce grand vide historique et culturel qui, au fond, favorise la maintenance de cette machine à crise perpétuelle – inexorable logique de Sisyphe qui, malgré une décennie de recul, confère au film sa désespérante actualité.

Si Scorsese aime les bandits depuis ses débuts, cet intérêt teinté d’admiration s’est toujours entendu à l’aune d’un tropisme très américain pour les grands fondateurs (Casino, Gans of New York, Aviator). Le gangster, le criminel, l’affairiste ne sont que la face sombre du pilgrim, un mal nécessaire sur le terreau duquel prospère le mythe du rêve américain. C’est un circuit parallèle, au-dessus des lois, mais une histoire alternative toujours remise dans le rang un jour ou l’autre. Pris au piège de sa propre démesure, le wiseguy (ce revers crâneur du citizen) finit invariablement par faire profil bas. On se souvient de la chute éminemment moraliste de Henry Hill : en étirant jusqu’à l’excès son american dream, il se retrouvait condamné au modeste perron de l’american way of life. Aucun réalisateur n’a su mieux que Scorsese figurer cette maturation lente, tangente, extralégale du capitalisme américain, ce jeu de masque entre law et outlaw – un relais tacite qui était du reste la trame littérale des Infiltrés, sa série B faustienne.

Sauf qu’à Wall Street, rien ne se perd et rien ne se créé, tout circule et se confond, s’oublie et se répète, disparaît puis repousse. Comment récupérer ce qui n’existe pas ? Belfort, moins loup que champignon, intègre cette aporie et la claironne face caméra. Il ne lui en coûtera d’ailleurs pas grand chose d’avoir joué à découvert jeu aussi cynique : vingt-quatre mois de prison, une grosse amende ponctionnée sur ses futurs revenus. Et puisque nul code d’honneur bafoué, nulle dignité à recouvrir. Si la justice ne peut plus faire main basse sur ces fossoyeurs de l’ombre, c’est parce que ces criminels sont devenus des guignols. Prisonnier d’un cercle vicieux et parodique, l’histoire multiplie donc les ironies : avant même sa sortie, les droits d’adaptation du livre de Belfort s’arrachaient aux enchères ; livre qui lui même deviendra best-seller ; adaptation sur laquelle, évidemment, l’intéressé touchera des royalties. À l’aube du XXIe siècle, les téléphones et ordinateurs ayant définitivement remplacés les flingues, la purge régulatrice (ce grand dénouement scorsesien) n’est plus possible et les rats (ceux dont Jack Nicholson appelait de ses vœux à l’extermination) continuent de pulluler : puisque Wall Street d’Oliver Stone inspira Belfort dans son entreprise de turpitude, on peut s’assurer que son biopic saura provoquer de nouveaux épigones. Crises et naufrages ne font plus quitter le navire, ils sont la fontaine de jouvence de ces rongeurs dépravés : la Rota Fortunae se mue tranquillement en ruban de Möbius.

Elle se mue d’autant plus que c’est devenu une bonne habitude chez les champions de la décadence business que de ne pas regarder les films jusqu’au bout (on ne compte plus les caïds libertaires érigeant Scarface en Sainte Bible). D’où une double défection dans Le Loup de Wall Street ; et qui, de la part d’un réalisateur comme celui de La Dernière Tentation du Christ, ne doit pas s’envisager comme un détail. Primo : la désertion de toute velléité transcendante. Secundo : un déficit de croyance définitif en la justice. Ni grâce, ni châtiment. En prenant le pli d’une true story si aberrante qu’elle en ferait presque craquer les coutures de sa mise en scène (un peu comme le No Pain No Gain de Michael Bay, son jumeau west coast beauf), Scorsese renverse subtilement son schéma habituel – ce terminus moraliste au devant duquel il lançait ses récits de rise and fall. Et au Loup de Wall Street de ressembler au déraillement d’un train qui ne s’écroulerait jamais.

Substituant à la tragédie la farce et renouant ainsi avec une de ses meilleures veines (celle de La Valse des pantins), Scorsese préfère rire ; mais ce rire est trop grinçant, trop appuyé, trop unilatéral pour ne pas faire affleurer l’angoisse. À ce titre, il ne faudrait pas mal interpréter la troublante et presque gênante complicité entre la fiction et son personnage : si la caméra hystérique et ubiquiste du réalisateur accompagne Belfort au plus près de son délire, c’est pour mieux rester imperturbable aux tréfonds de vulgarité qu’il est capable de creuser (l’escapade paralytique sous psychotrope, ironique morceau de bravoure voué à devenir culte). Cette complicité n’est pas de la mansuétude : c’est de l’indolence. Et c’est ce que peut faire de plus fort Scorsese, chrétien devant l’éternel, mais pas devant pareil bouffon : ne faire aucun sentiment, n’accorder aucune rédemption. C’est dire si, malgré les apparences, sa cruauté envers son personnage est énorme ; c’est dire surtout si, à ses yeux, notre monde est clairement perdu.

Au terme de cet épuisant carnaval, il suffit d’ailleurs d’un incongru plan de métro et de ses quelques quidams vivotant leur quotidien pour que tout d’un coup, l’on prenne conscience que jamais il ne fut question de contrechamp dans ce récit maintenu tête dans le guidon. Ce contrechamp, c’est-à-dire ces victimes qui, à l’autre bout du téléphone, ont accepté l’arnaque ruineuse des nervis de Belfort, on en retrouvera une trace encore un peu plus loin. Fraîchement sorti de ses vacances en prison, le loup se présente en coach professionnel lors d’une conférence à sa gloire. En face de lui, une audience de moutons attentifs et stupéfiés, incapable de renvoyer autre chose qu’une contenance débile. Ce contrechamp, qui est aussi le dernier plan du film, pourrait être parfaitement risible si, pour le spectateur, il n’avait pas valeur de potentiel miroir. C’est un plan terrible qui semble dire : « Pardonnez-nous. Pardonnez-nous d’être aussi cons. »

 

 

Critique "Regards"


Bien que quelques voix l’aient déploré aux États-Unis, on peut difficilement accuser Martin Scorsese d’avoir, avec Le Loup de Wall Street, péché par excès de complaisance avec le personnage de Jordan Belfort, même si son film est totalement centré sur lui, présent dans la quasi-totalité des scènes, dont il est aussi le récitant en voix off. Le parti pris est connu, c’est celui d’une large partie de ses films : suivre un parcours, de l’ascension jusqu’à la chute, de la conquête des autres à la perte de soi. À ceci près que, cette fois, l’empathie pour le Henry Hill des Affranchis ou le Howard Hugues d’Aviator est à peu près aussi impossible pour le réalisateur que pour le spectateur.

L’ambition est présentée comme un état de transe, une transe artificiellement entretenue : lorsque Belfort déjeune avec son éphémère mentor Mark Hanna – trader de L.F. Rothschild interprété par Matthew McConaughey dans une scène brillante qui donne le ton au film et le voit entonner une sorte de chant tribal –, il est encore un peu embarrassé par le regard des autres clients, décline l’invitation à boire de l’alcool et s’étonne de l’ostensible consommation de cocaïne de son interlocuteur. C’est le début de la ligne blanche que le héros converti va suivre, avec une phénoménale consommation de drogue qui va au-delà de la simple addiction.

Cette ouverture suggère qu’il n’y a pas d’état de nature dans la sauvagerie des appétits de notre animal, même s’il a d’évidentes prédispositions, mais plutôt qu’il a été l’objet consentant d’une sorte de dressage. Hanna explique au jeune Belfort qu’il faut s’adonner aux stupéfiants, avoir une sexualité multi-quotidienne, désirer gagner toujours plus d’argent afin de rester dans un état d’insatisfaction – et donc de conquête – permanent. Au départ, il n’y a pourtant que l’ambition un peu puérile d’un gamin du Queens d’appartenir au monde des courtiers, brisée prématurément avec le Black Monday de 1987 qui le renvoie à la rue, loin de downtown Manhattan. Son surnom ne sera même pas de sa propre initiative, mais résulte d’un article très critique à son encontre dans Forbes Magazine, qu’il prend initialement mal, avant d’en mesurer l’impact lorsque débarquent dans ses bureaux une meute de... jeunes loups attirés par cette paradoxale publicité. "Wolfie" est né.

La leçon inaugurale comporte cependant un autre précepte : le trading, c’est le vol des clients, fondé sur leur propre addiction et leur volonté irraisonnée de devenir encore plus riches. Sa renaissance et sa réussite, Belfort les construit sur une découverte simple : les gens modestes sont tout autant enclins à croire en des gains faciles et immédiats, et ses talents de commercial virtuose (d’abord capable, avec une violence verbale particulièrement bien restituée, de vendre son projet à ses employés) sont aussi efficaces auprès d’eux. Il ne s’agira, ensuite, que de parvenir à ferrer des poissons de plus en plus gros. L’aspect le plus sympathique du film cohabite, à ce moment, avec l’expression du cynisme le plus complet. Devant la bande d’aimables tocards qu’il réunit pour monter sa société et qu’il entraînera dans son ascension, hameçonner un client crédule est une partie de rigolade collective qui doit être exécutée sans l’ombre d’un scrupule.

Le film n’est finalement choquant qu’au travers d’un choix cependant parfaitement cohérent, celui de voir la trajectoire de Belfort depuis son point de vue à lui... qui consiste à littéralement escamoter l’humanité des clients mystifiés. Ses victimes restent invisibles, à l’autre bout du fil qui transmet, parfois, leur voix. Leur existence est maintenue constamment hors-champ, condition indispensable pour endiguer toute résurgence morale chez le héros. Le même principe est à l’œuvre dans la façon dont sa première femme Teresa disparaît de l’intrigue, dès lors qu’il décide du divorce, dans les débats "éthiques" sur les nains qui vont être proposés au lancer au cours d’une fête, ou dans le malaise suscité par la tonte d’une secrétaire contre 10.000 dollars (sans parler du recours frénétique à des prostituées).

Sa chute tient alors bien plus de la descente d’acide que de la prise de conscience, à l’image de ce réveil brutal par les agents du FBI et de sa sortie sur le perron de sa demeure, où il découvre la Lamborghini accidentée qu’il pensait avoir ramenée en bon état la veille. Une fois désintoxiqué, il semble victime d’une sorte de castration chimique (sa sublime compagne le laisse lui faire l’amour une dernière fois sans éprouver le moindre plaisir), mais il continuera à animer des séminaires de vente en usant des mêmes ficelles de motivational speaker, devant un public crédule.

Il n’y a pas de propos politique, de critique explicite dans Le Loup de Wall Street, ce qui n’en empêche en rien une lecture de cet ordre, quitte à en trouver les traces à l’arrière-plan : une mention de Lehmann Brothers, la préfiguration (dans l’arnaque légale des petites gens) de la crise des subprimes, l’aveu par le héros de "l’obscénité" de sa vie, le passage insensible des années Reagan-Bush sr aux années Clinton (dont le portrait, flou, apparaît sur le mur des locaux du FBI) [1] Avec la force de l’exemple, fut-il à ce point repoussant, Scorsese dépeint le basculement dans la démence du rêve américain de la réussite individuelle [2] en même temps que le développement d’un capitalisme cannibale dont Jordan Belfort n’est qu’un éphémère passager, vite débarqué.

Notes


[1] Une opposition classique s’exprime aussi dans la confrontation entre Belfort et l’agent fédéral Denham (Kyle Chandler), son adversaire qu’il renvoie, avec tout le mépris dont il est capable, à la misère relative de ses revenus de fonctionnaire. Scorsese n’insiste pas, mais joue d’un parallèle muet lorsque Belfort se dirige vers le pénitencier dans un fourgon grillagé, tandis que Denham regagnant son domicile (et peut-être la "femme moche" que lui prête celui qu’il a vaincu), balaye du regard les autres occupants de son wagon de métro.

[2] Dans la scène ou Belfort revient sur sa décision de cesser son activité pour échapper aux poursuites, il fait scander "Fuck USA" à ses troupes. Sur un mode plus explicitement ironique, les "clips" qui ponctuent l’ascension du héros en montrant ses acquisitions (Ferrari, villa, yacht...) semblent tout droit extraits de l’émission Lifestyles of the Rich and Famous.


 

 

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Le loup de Wall Street (VF & VOST)

Le loup de Wall Street (VF & VOST)

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Film de Martin Scorsese (Etats-Unis - 2013 - 2h59) avec Leonardo Dicaprio, Jonah Hill, Jon Favreau, Jean Dujardin, Kyle Chandler....


 

Interdit aux moins de 12 ans

Film proposé en VOST


Loup de WS affiche uneLe nouveau film de Martin Scorsese raconte l’histoire de Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio), courtier en Bourse à New York à la fin des années 80. Du rêve américain à l’avidité sans scrupule du monde des affaires, il va passer des portefeuilles d’actions modestes et de la droiture morale aux spectaculaires introductions en Bourse et à une vie de corruption et d’excès. En tant que fondateur de la firme de courtage Stratton Oakmont, son incroyable succès et sa fortune colossale alors qu’il avait à peine plus de vingt ans ont valu à Belfort le surnom de « Loup de Wall Street ».

L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

 

Critique "Kritikat.com"


Avec ce remake des Affranchis en milieu boursier, personne ne s’étonnera de voir Scorsese revenir au sommet de son art – cet art de la narration polyphonique hallucinée, de la fresque bouillonnante et euphorique. Du haut de ces cimes qu’il n’a en vérité jamais quittées, il est en revanche plus surprenant que le réalisateur ait laissé échapper farce aussi insolente. Un film somme et centrifuge, qui dévale pour la mettre sens dessus dessous une filmographie depuis toujours aimantée par deux horizons : celui, intimiste et christique, du mâle blanc face à l’hubris ; celui, épique et ironique, de l’Amérique face au capitalisme.

Ces horizons – qui sont en fait les mêmes pour qui, comme « Ace » Rothstein à Las Vegas (Casino), comme Henry Hill à Brooklyn (Les Affranchis), comme Howard Hugues à Hollywood (Aviator), veulent faire de leur vie une grande tranche de gloire – sont ici noyés dans la brume, évanouis dans l’incertitude. Les héros de Scorsese étaient ces êtres immenses que l’histoire, en accaparant in fine leur mégalomanie, venait rendre dérisoires et pathétiques. Mais le programme de cette nouvelle cuvée – qui est celui d’un broker de haut vol, Jordan Belfort, synthèse dégénérée et lisse des grandes crapules scorsesiennes – se déroulera sans expiation ni héroïsme. Un destin bigger than life tiraillé entre démesure et régression, sniffé comme un rail de coke, traversé en courant d’air, extraordinaire et pourtant cousu de fil blanc. Nombriliste et auto-satisfait, Le Loup de Wall Street est de ce fait d’autant plus tragique. C’est qu’ici l’histoire, cette juste créance de la morale, ne reprendra rien à Belfort. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus d’histoire. Et parce qu’il n’y a plus rien à reprendre. Deux raisons terribles, qui valent bien cette satire sans ironie, implacable et monstrueuse.

Avachi dans son yacht, Belfort discute avec l’inspecteur en charge d’enquêter sur son étrange et fulgurante réussite. À l’orée de cette conversation délicieusement hypocrite, ce dernier fait part de sa surprise – qui est plutôt une consternation : au lieu d’un habituel "fils de" perpétuant les vicissitudes familiales, il se trouve en face d’un homme devenu une enflure par lui-même – diablotin sans origine, création ex nihilo. Dans Les Affranchis, Henry Hill ne faisait guère mystère de son désir de carrière (« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster »), mais pour ce petit Irlando-Américain né de parents anodins, il s’agissait avant tout d’intégrer une tradition, une culture, une mythologie : raffinement du vêtement, immutabilité du code d’honneur, ivresse de l’outlaw. Au début du Loup de Wall Street, Belfort est un travailleur simple et logique, sans idéal et plein de bonnes volontés, complètement hermétique au laïus délirant de son supérieur (Matthew McConaughey), qui avait pourtant le mérite de parfaitement résumer la situation : à Wall Street, ce qui compte, c’est la superposition perpétuelle de toute pulsion-addiction – gicler et engranger, en même temps. Au diapason de cette philosophie, le film ne sera que ça : une débauche mirobolante de stupre et de psychotropes.

Sans jamais y croire une seule seconde, Belfort se retrouve pourtant aspiré par cette pompe à turpitudes. Affublé de la pire panoplie de la décadence nineties (coke, cash, partouze), il parcourt la vie à la façon d’une gigantesque fête. Et c’est précisément au milieu d’une d’entre elle, célébrée en l’honneur d’un associé tout juste sorti de prison, que Belfort s’étonnera en off de penser à Mozart, mort exactement au même âge que l’associé en question – qui croule, à l’image, sous deux couches de dollars et trois call girls. Il s’étonne de ce rapprochement incongru et il a raison : roi d’un monde sans loi, Belfort n’a pas encore le recul pour comprendre qu’il trône au zénith d’une Babylone sans culture (le monde réduit à des orgies et des bureaux, à des orgies dans des bureaux). C’est ce grand vide historique et culturel qui, au fond, favorise la maintenance de cette machine à crise perpétuelle – inexorable logique de Sisyphe qui, malgré une décennie de recul, confère au film sa désespérante actualité.

Si Scorsese aime les bandits depuis ses débuts, cet intérêt teinté d’admiration s’est toujours entendu à l’aune d’un tropisme très américain pour les grands fondateurs (Casino, Gans of New York, Aviator). Le gangster, le criminel, l’affairiste ne sont que la face sombre du pilgrim, un mal nécessaire sur le terreau duquel prospère le mythe du rêve américain. C’est un circuit parallèle, au-dessus des lois, mais une histoire alternative toujours remise dans le rang un jour ou l’autre. Pris au piège de sa propre démesure, le wiseguy (ce revers crâneur du citizen) finit invariablement par faire profil bas. On se souvient de la chute éminemment moraliste de Henry Hill : en étirant jusqu’à l’excès son american dream, il se retrouvait condamné au modeste perron de l’american way of life. Aucun réalisateur n’a su mieux que Scorsese figurer cette maturation lente, tangente, extralégale du capitalisme américain, ce jeu de masque entre law et outlaw – un relais tacite qui était du reste la trame littérale des Infiltrés, sa série B faustienne.

Sauf qu’à Wall Street, rien ne se perd et rien ne se créé, tout circule et se confond, s’oublie et se répète, disparaît puis repousse. Comment récupérer ce qui n’existe pas ? Belfort, moins loup que champignon, intègre cette aporie et la claironne face caméra. Il ne lui en coûtera d’ailleurs pas grand chose d’avoir joué à découvert jeu aussi cynique : vingt-quatre mois de prison, une grosse amende ponctionnée sur ses futurs revenus. Et puisque nul code d’honneur bafoué, nulle dignité à recouvrir. Si la justice ne peut plus faire main basse sur ces fossoyeurs de l’ombre, c’est parce que ces criminels sont devenus des guignols. Prisonnier d’un cercle vicieux et parodique, l’histoire multiplie donc les ironies : avant même sa sortie, les droits d’adaptation du livre de Belfort s’arrachaient aux enchères ; livre qui lui même deviendra best-seller ; adaptation sur laquelle, évidemment, l’intéressé touchera des royalties. À l’aube du XXIe siècle, les téléphones et ordinateurs ayant définitivement remplacés les flingues, la purge régulatrice (ce grand dénouement scorsesien) n’est plus possible et les rats (ceux dont Jack Nicholson appelait de ses vœux à l’extermination) continuent de pulluler : puisque Wall Street d’Oliver Stone inspira Belfort dans son entreprise de turpitude, on peut s’assurer que son biopic saura provoquer de nouveaux épigones. Crises et naufrages ne font plus quitter le navire, ils sont la fontaine de jouvence de ces rongeurs dépravés : la Rota Fortunae se mue tranquillement en ruban de Möbius.

Elle se mue d’autant plus que c’est devenu une bonne habitude chez les champions de la décadence business que de ne pas regarder les films jusqu’au bout (on ne compte plus les caïds libertaires érigeant Scarface en Sainte Bible). D’où une double défection dans Le Loup de Wall Street ; et qui, de la part d’un réalisateur comme celui de La Dernière Tentation du Christ, ne doit pas s’envisager comme un détail. Primo : la désertion de toute velléité transcendante. Secundo : un déficit de croyance définitif en la justice. Ni grâce, ni châtiment. En prenant le pli d’une true story si aberrante qu’elle en ferait presque craquer les coutures de sa mise en scène (un peu comme le No Pain No Gain de Michael Bay, son jumeau west coast beauf), Scorsese renverse subtilement son schéma habituel – ce terminus moraliste au devant duquel il lançait ses récits de rise and fall. Et au Loup de Wall Street de ressembler au déraillement d’un train qui ne s’écroulerait jamais.

Substituant à la tragédie la farce et renouant ainsi avec une de ses meilleures veines (celle de La Valse des pantins), Scorsese préfère rire ; mais ce rire est trop grinçant, trop appuyé, trop unilatéral pour ne pas faire affleurer l’angoisse. À ce titre, il ne faudrait pas mal interpréter la troublante et presque gênante complicité entre la fiction et son personnage : si la caméra hystérique et ubiquiste du réalisateur accompagne Belfort au plus près de son délire, c’est pour mieux rester imperturbable aux tréfonds de vulgarité qu’il est capable de creuser (l’escapade paralytique sous psychotrope, ironique morceau de bravoure voué à devenir culte). Cette complicité n’est pas de la mansuétude : c’est de l’indolence. Et c’est ce que peut faire de plus fort Scorsese, chrétien devant l’éternel, mais pas devant pareil bouffon : ne faire aucun sentiment, n’accorder aucune rédemption. C’est dire si, malgré les apparences, sa cruauté envers son personnage est énorme ; c’est dire surtout si, à ses yeux, notre monde est clairement perdu.

Au terme de cet épuisant carnaval, il suffit d’ailleurs d’un incongru plan de métro et de ses quelques quidams vivotant leur quotidien pour que tout d’un coup, l’on prenne conscience que jamais il ne fut question de contrechamp dans ce récit maintenu tête dans le guidon. Ce contrechamp, c’est-à-dire ces victimes qui, à l’autre bout du téléphone, ont accepté l’arnaque ruineuse des nervis de Belfort, on en retrouvera une trace encore un peu plus loin. Fraîchement sorti de ses vacances en prison, le loup se présente en coach professionnel lors d’une conférence à sa gloire. En face de lui, une audience de moutons attentifs et stupéfiés, incapable de renvoyer autre chose qu’une contenance débile. Ce contrechamp, qui est aussi le dernier plan du film, pourrait être parfaitement risible si, pour le spectateur, il n’avait pas valeur de potentiel miroir. C’est un plan terrible qui semble dire : « Pardonnez-nous. Pardonnez-nous d’être aussi cons. »

 

 

Critique "Regards"


Bien que quelques voix l’aient déploré aux États-Unis, on peut difficilement accuser Martin Scorsese d’avoir, avec Le Loup de Wall Street, péché par excès de complaisance avec le personnage de Jordan Belfort, même si son film est totalement centré sur lui, présent dans la quasi-totalité des scènes, dont il est aussi le récitant en voix off. Le parti pris est connu, c’est celui d’une large partie de ses films : suivre un parcours, de l’ascension jusqu’à la chute, de la conquête des autres à la perte de soi. À ceci près que, cette fois, l’empathie pour le Henry Hill des Affranchis ou le Howard Hugues d’Aviator est à peu près aussi impossible pour le réalisateur que pour le spectateur.

L’ambition est présentée comme un état de transe, une transe artificiellement entretenue : lorsque Belfort déjeune avec son éphémère mentor Mark Hanna – trader de L.F. Rothschild interprété par Matthew McConaughey dans une scène brillante qui donne le ton au film et le voit entonner une sorte de chant tribal –, il est encore un peu embarrassé par le regard des autres clients, décline l’invitation à boire de l’alcool et s’étonne de l’ostensible consommation de cocaïne de son interlocuteur. C’est le début de la ligne blanche que le héros converti va suivre, avec une phénoménale consommation de drogue qui va au-delà de la simple addiction.

Cette ouverture suggère qu’il n’y a pas d’état de nature dans la sauvagerie des appétits de notre animal, même s’il a d’évidentes prédispositions, mais plutôt qu’il a été l’objet consentant d’une sorte de dressage. Hanna explique au jeune Belfort qu’il faut s’adonner aux stupéfiants, avoir une sexualité multi-quotidienne, désirer gagner toujours plus d’argent afin de rester dans un état d’insatisfaction – et donc de conquête – permanent. Au départ, il n’y a pourtant que l’ambition un peu puérile d’un gamin du Queens d’appartenir au monde des courtiers, brisée prématurément avec le Black Monday de 1987 qui le renvoie à la rue, loin de downtown Manhattan. Son surnom ne sera même pas de sa propre initiative, mais résulte d’un article très critique à son encontre dans Forbes Magazine, qu’il prend initialement mal, avant d’en mesurer l’impact lorsque débarquent dans ses bureaux une meute de... jeunes loups attirés par cette paradoxale publicité. "Wolfie" est né.

La leçon inaugurale comporte cependant un autre précepte : le trading, c’est le vol des clients, fondé sur leur propre addiction et leur volonté irraisonnée de devenir encore plus riches. Sa renaissance et sa réussite, Belfort les construit sur une découverte simple : les gens modestes sont tout autant enclins à croire en des gains faciles et immédiats, et ses talents de commercial virtuose (d’abord capable, avec une violence verbale particulièrement bien restituée, de vendre son projet à ses employés) sont aussi efficaces auprès d’eux. Il ne s’agira, ensuite, que de parvenir à ferrer des poissons de plus en plus gros. L’aspect le plus sympathique du film cohabite, à ce moment, avec l’expression du cynisme le plus complet. Devant la bande d’aimables tocards qu’il réunit pour monter sa société et qu’il entraînera dans son ascension, hameçonner un client crédule est une partie de rigolade collective qui doit être exécutée sans l’ombre d’un scrupule.

Le film n’est finalement choquant qu’au travers d’un choix cependant parfaitement cohérent, celui de voir la trajectoire de Belfort depuis son point de vue à lui... qui consiste à littéralement escamoter l’humanité des clients mystifiés. Ses victimes restent invisibles, à l’autre bout du fil qui transmet, parfois, leur voix. Leur existence est maintenue constamment hors-champ, condition indispensable pour endiguer toute résurgence morale chez le héros. Le même principe est à l’œuvre dans la façon dont sa première femme Teresa disparaît de l’intrigue, dès lors qu’il décide du divorce, dans les débats "éthiques" sur les nains qui vont être proposés au lancer au cours d’une fête, ou dans le malaise suscité par la tonte d’une secrétaire contre 10.000 dollars (sans parler du recours frénétique à des prostituées).

Sa chute tient alors bien plus de la descente d’acide que de la prise de conscience, à l’image de ce réveil brutal par les agents du FBI et de sa sortie sur le perron de sa demeure, où il découvre la Lamborghini accidentée qu’il pensait avoir ramenée en bon état la veille. Une fois désintoxiqué, il semble victime d’une sorte de castration chimique (sa sublime compagne le laisse lui faire l’amour une dernière fois sans éprouver le moindre plaisir), mais il continuera à animer des séminaires de vente en usant des mêmes ficelles de motivational speaker, devant un public crédule.

Il n’y a pas de propos politique, de critique explicite dans Le Loup de Wall Street, ce qui n’en empêche en rien une lecture de cet ordre, quitte à en trouver les traces à l’arrière-plan : une mention de Lehmann Brothers, la préfiguration (dans l’arnaque légale des petites gens) de la crise des subprimes, l’aveu par le héros de "l’obscénité" de sa vie, le passage insensible des années Reagan-Bush sr aux années Clinton (dont le portrait, flou, apparaît sur le mur des locaux du FBI) [1] Avec la force de l’exemple, fut-il à ce point repoussant, Scorsese dépeint le basculement dans la démence du rêve américain de la réussite individuelle [2] en même temps que le développement d’un capitalisme cannibale dont Jordan Belfort n’est qu’un éphémère passager, vite débarqué.

Notes


[1] Une opposition classique s’exprime aussi dans la confrontation entre Belfort et l’agent fédéral Denham (Kyle Chandler), son adversaire qu’il renvoie, avec tout le mépris dont il est capable, à la misère relative de ses revenus de fonctionnaire. Scorsese n’insiste pas, mais joue d’un parallèle muet lorsque Belfort se dirige vers le pénitencier dans un fourgon grillagé, tandis que Denham regagnant son domicile (et peut-être la "femme moche" que lui prête celui qu’il a vaincu), balaye du regard les autres occupants de son wagon de métro.

[2] Dans la scène ou Belfort revient sur sa décision de cesser son activité pour échapper aux poursuites, il fait scander "Fuck USA" à ses troupes. Sur un mode plus explicitement ironique, les "clips" qui ponctuent l’ascension du héros en montrant ses acquisitions (Ferrari, villa, yacht...) semblent tout droit extraits de l’émission Lifestyles of the Rich and Famous.


 

 

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