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Les Tontons Flingueurs

Les Tontons Flingueurs

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Film de Georges Lautner (France - 1963 - 1h45) avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Claude Rich, Robert Dalban...


 

Dans le cadre du cycle "Patrimoine"


 

tontons_flingueurs affiche uneUn ex-gangster retiré des affaires promet à un ami mourant de prendre en charge sa fille, une donzelle qui ne pense qu’à l’amour. Il doit également mettre de l’ordre dans les affaires louches de son ami – tripot, distillerie clandestine et maison close – convoitées par sa bande. Aidé du notaire, de son majordome et de son garde du corps, le truand repenti a bien du mal à jouer à la fois les papas et les chefs de bande !

 

Critique "Libération (1963)"


C'est dans le genre "film de détente" (dans tous les sens du mot) une manière de chef-d'œuvre.

 

Critique "Télérama"


Y a pas moyen de devenir honnête. Fernand, gangster rangé, en fait la pénible expérience. Juste avant de rejoindre le paradis des arsouilles, Louis, dit le Mexicain, lui confie sa « mouflette », une remuante bachelière. Honnie à sa sortie, cette bouffonnerie déguisée en polar, franchouillarde et franchement décousue, ne cesse de se bonifier. Le rouge qui tache est aujourd'hui devenu un grand cru. Pas grâce à l'intrigue ni à l'action : quelques baffes, deux ou trois coups de feu et une séance de beuverie dans la cuisine, ça ne fait pas un film. Mais comment rester insensible aux trognes impavides de Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre, terreurs pour rire, apaches mythiques, entre superbe et ridicule ?

Pour cet extraordinaire ballet d'acteurs, Michel Audiard compose la meilleure de ses partitions, enchaîne les aphorismes brillants et bidonnants. De « Touche pas au grisbi, salope ! » à « Vos opinions sur la musique contemporaine, je vous conseille de les utiliser en suppositoires », les truands inspirés de Lautner se sont immiscés dans les conversations et sont devenus les piliers de l'humour collectif.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


"C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule". Le conseil de Michel Audiard tombe à plat car il y a beaucoup à dire justement. La sortie en salles de ce classique du rire en version intégralement numérisée et remasterisée constitue l’un des événements de cette rentrée. Les inconditionnels d’Audiard peuvent enfin se réjouir. L’attente a été longue (seuls un laser-disc, puis un DVD sont sortis à la fin des années 90). Mais la patience des cinéphiles est récompensée à sa juste valeur. Presque quarante-cinq ans après leur sortie en salles, Les tontons flingueurs n’ont rien perdu de leur fraîcheur. Cette adaptation du roman Grisbi Or Not Grisbi d’Albert Simonin a été l’occasion pour le scénariste d’écrire des dialogues aux petits oignons. Evidemment, la bande du Lipp (Blier et Blanche notamment) s’en donne à cœur joie (un peu moins Lino Ventura habitué - au début de sa carrière - aux rôles tout en muscles).
"Je crois que le dialogue est essentiel", déclarait ce dernier. Ses mésaventures dans le rôle de Fernand Naudin, aux prises avec Mademoiselle Patricia (Sabine Sinjen) et son fiancé Antoine (Claude Rich), ne sont donc qu’un prétexte pour des bons mots qui appartiennent déjà à l’histoire du 7e Art : "Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît" ; "Mais moi, les dingues, je les soigne, j’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère. Je vais lui montrer qui c’est Raoul." Fraîchement accueilli à sa sortie, ce film reste une référence absolue en matière de parodie et de délire. Un film-culte indispensable dans toute DVDthèque, même si rien ne remplace l’expérience en salle. Audiard avait raison : "Vivant, je veux bien être modeste, mais mort, il me paraît naturel qu’on reconnaisse mon génie..."

 

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Le dernier des injustes

Le dernier des injustes

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Film de Claude Lanzmann (France - 2013 - 3h40)


 



Film Coup de Coeur : tarif découverte : 5 euros


 

 

Dernier des injustes affiche une1975. À Rome, Claude Lanzmann filme Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt, seul « doyen des Juifs »* à n’avoir pas été tué durant la guerre. Rabbin à Vienne, Murmelstein, après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938, lutta pied à pied avec Eichmann, semaine après semaine, durant sept années, réussissant à faire émigrer 121.000 juifs et à éviter la liquidation du ghetto.

2012. Claude Lanzmann, à 87 ans, met en scène ces entretiens de Rome en revenant à Theresienstadt, la ville « donnée aux juifs par Hitler », « ghetto modèle », ghetto mensonge inventé par Adolf Eichmann pour leurrer le monde. On découvre la personnalité extraordinaire de Benjamin Murmelstein : doué d’une intelligence fascinante et d’un courage certain, d’une mémoire sans pareille, formidable conteur ironique, sardonique et vrai.

Confrontant ces 3 époques, de Nisko à Theresienstadt et de Vienne à Rome, le film éclaire comme jamais auparavant la genèse de la solution finale, summum de la perversité nazie, démasque le vrai visage d’Eichmann et dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils Juifs.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Lorsque Claude Lanzmann tourne son documentaire-phare Shoah, l’un de ses premiers entretiens se déroule en présence de Benjamin Murmelstein qui était alors le dernier survivant des doyens des juifs, ces gens qui ont veillé à l’encadrement des populations juives des ghettos durant la période nazie. Après avoir passé une semaine à interroger cet homme avec qui il a tissé de réels liens d’amitié, Claude Lanzmann décide que ses propos ne s’accordent aucunement avec celui du film Shoah. Il laisse donc ce témoignage pourtant extraordinaire sur la table de montage. Il aura donc fallu attendre presque 40 ans pour pouvoir découvrir aujourd’hui une grande partie de cette entrevue à travers une œuvre complète entièrement dédiée à l’histoire du ghetto modèle de Theresienstadt. Pour mémoire, ce camp qui regroupait environ 50 000 juifs avait été désigné par Adolf Hitler comme une vitrine de sa propagande. Souvent appelée la ville des juifs, ce lieu qui fut pourtant un véritable enfer, a été filmé afin de montrer à quel point les juifs étaient bien traités par le régime en place. Un document d’époque inséré dans Le dernier des injustes nous rappelle notamment les ravages d’une propagande qui proclamait que tous les habitants de ce ghetto étaient heureux. Tout simplement odieux !

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Tout d’abord, Claude Lanzmann accomplit son devoir de mémoire en revenant arpenter les lieux-mêmes de Theresienstadt. Il filme ainsi les gares qui ont servi de plate-forme à l’arrivée et au départ des juifs, les forteresses et les prisons, tout en expliquant la vie des juifs de l’époque au spectateur. Ce sont ces scènes additionnelles qui fonctionnent le moins. Si elles se révèlent nécessaires pour expliquer le contexte de l’époque, Claude Lanzmann n’arrive pas à leur insuffler un rythme enthousiasmant. Il s’attarde parfois un peu trop longuement sur certains lieux et ses interventions souffrent de la monotonie de sa voix. Il y avait ici matière à couper, d’autant que le cœur réel du film est constitué par le fameux entretien tourné en 1975 avec Benjamin Murmelstein.

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C’est effectivement lors de cet entretien que l’on retrouve toute la saveur qui faisait le prix de Shoah, son chef d’œuvre indétrônable en matière de documentaire historique. Il faut dire que la figure même de Murmelstein est très contestée jusque dans le monde juif – l’homme fut considéré comme persona non grata en Israël – puisqu’en tant que doyen des juifs de fin 1944 à mi-1945, l’homme a collaboré avec les nazis. Murmelstein, figure charismatique qui bouffe littéralement l’écran, revient donc en détail sur ses relations avec Eichmann qu’il décrit comme un monstre (et donne ainsi une version totalement différente de celle d’Hannah Arendt pour qui il était l’incarnation de la banalité du mal), mais aussi sur l’organisation du camp et son rôle dans la propagande nazie. Toute l’argumentation de Murmelstein tourne autour de la nécessité d’amoindrir les souffrances de ses concitoyens alors qu’il a souvent été accusé d’abus de pouvoir. Claude Lanzmann n’épargne d’ailleurs pas son interlocuteur qu’il pousse à se dévoiler. Il cible notamment sa tendance à se réfugier derrière des aspects techniques afin d’éviter de parler de l’essentiel – argumentation typique des bourreaux du monde entier. Toutefois, l’homme ne cache aucunement son goût du pouvoir, ni sa volonté de s’en sortir vivant, pas plus que ses choix personnels qui l’ont amené à collaborer.

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L’importance majeure du Dernier des injustes – et son aspect polémique du coup – vient du regard bienveillant du cinéaste sur un homme qui n’a pas forcément fait les bons choix et dont l’action a pu être occasionnellement positive et plus globalement négative. Le réalisateur pose ainsi à chacun la question essentielle de savoir ce que l’on aurait fait dans des circonstances aussi exceptionnelles. Au lieu de se placer en juge, Lanzmann préfère laisser parler son interlocuteur que seule l’Histoire jugera. Le dernier des injustes a le mérite de rappeler que la mémoire – en l’occurrence d’un individu – ne constitue en aucun cas la vérité historique, mais qu’il est nécessaire d’écouter tous les points de vue pour se faire son avis. On regrette simplement que Lanzmann ne nous ait pas épargné quelques longueurs dans la partie contemporaine. Sur une durée de 3h40, cela risque de se révéler fatal pour bon nombre de spectateurs moins endurants. Les passionnés d’histoire, eux, ne se feront pas prier.

 


 

Critique "La Croix"


En 1975, alors qu’il se lançait dans la préparation de Shoah, sorti dix ans plus tard, Claude Lanzmann interviewa à Rome un vieux monsieur à l’esprit brillant, aux réparties mordantes et au passé très contesté : Benjamin Murmelstein. Une semaine durant, après de difficiles tentatives d’approche, le cinéaste posa ses questions, sans le ménager, à l’ancien président du Conseil juif du ghetto de Theresienstadt (Terezin, aujourd’hui en République tchèque), seul « doyen des juifs », selon la terminologie utilisée par les nazis, encore en vie dans l’après-guerre.

Ce matériau incroyable – des heures et des heures d’enregistrement – ne trouva pas sa place dans l’œuvre en préparation et fut confié, pour conservation et mise à disposition des chercheurs, au Holocaust Memorial Museum de Washington, aux États-Unis.

Près de quatre décennies plus tard, Claude Lanzmann, qui aura 88 ans à la fin du mois, a ressenti la nécessité de s’emparer pour de bon de ce témoignage de première importance. Il lui fallait, par devoir de mémoire envers l’homme qui lui avait accordé sa confiance, tirer de ces entretiens un film à part entière. Un film qui aide à mieux comprendre l’engrenage ayant mené à la mise en œuvre de la solution finale, qui permette de mieux cerner, sans concession, le rôle intenable des présidents de conseils dans les ghettos juifs, confié à des notables – Benjamin Murmelstein était rabbin. Un film, aussi, qui rende justice à celui qui se surnommait lui-même le « dernier des injustes » et qui, dès 1938, se trouvait en contact régulier avec Adolf Eichmann sur la question de l’émigration forcée des Juifs d’Autriche.

Le Dernier des injustes tient de front tous ces engagements. Sans dissimuler sa fatigue, Claude Lanzmann parcourt les lieux au sinistre passé, éprouve leur permanence. Il lit, énumère, désigne, ajoute de nouvelles pièces à l’immense puzzle de la mémoire. Raconte comment les nazis envisagèrent de déporter les juifs à Madagascar et, devant l’impossibilité d’une telle entreprise, entreprirent de créer de véritables « réserves » juives (notamment à Nisko), après l’annexion de la Pologne…

Présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, ce passionnant documentaire, d’une stupéfiante densité, offre une vision éclairante du cas particulier de Theresienstadt. Ce « ghetto modèle » – ou « ghetto pour la montre », comme le dit Claude Lanzmann – fut utilisé par les nazis pour abuser la Croix-Rouge internationale et leurrer les Alliés. Cent quarante mille juifs y furent envoyés entre 1941 et 1945. Soumis aux mêmes ignominies qu’ailleurs, ceux de Theresienstadt durent en plus jouer le jeu du mensonge et de la propagande, contribuer à faire croire que le ghetto était « une sympathique station thermale ».

Considéré par certains comme un traître à la solde de l’oppresseur – l’historien et philosophe juif Gershom Scholem réclama sa pendaison alors même que la justice l’avait innocenté après-guerre –, Benjamin Murmelstein fut le dernier des trois « doyens » de Theresienstadt. Les deux premiers furent exécutés d’une balle dans la nuque par les nazis.

« Je considère comme évident le fait que j’étais une marionnette, mais il fallait que cette marionnette puisse influer sur le cours des choses en tirant elle-même sur ses fils », dit-il. Celui qui avait la réputation d’être un méchant, un dur, se voit plus en Sancho Panza qu’en Don Quichotte. « Un chirurgien ne pleure pas sur son patient pendant l’opération », lance-t-il. L’embellissement mystificateur du ghetto ? « Il fallait se prostituer, participer à la farce, dit-il, pour amener Eichmann à le montrer. S’il le montrait, il ne pouvait plus le faire disparaître. » Et de fait, Theresienstadt fut, à la fin de la guerre, le seul ghetto à n’avoir pas été « liquidé ». « J’ai survécu parce que j’ai fait comme Shéhérazade », explique encore cet homme de grande culture, spécialiste des mythologies, qui dessine un Eichmann fanatique, violent, corrompu et s’en prend vertement à la théorie de la banalité du mal développée par Hannah Arendt au cours du procès de ce dernier, en 1961.

Si Le Dernier des injustes est un film remarquable, c’est aussi parce qu’au-delà de tout, le spectateur ne peut rester insensible à la personnalité de Benjamin Murmelstein, dont Claude Lanzmann, question après question, tente d’appréhender toute la complexité. Vertigineuse entreprise visant à percer les mystères d’une existence, à s’approcher de la vérité d’un être confronté à l’impensable et finalement réhabilité par le cinéaste. « Notre échange d’aujourd’hui est un épilogue tardif à mes activités publiques de l’époque. » Ainsi l’ancien « doyen » amorçait-il le dialogue, trente ans après la fin de la guerre et quatorze ans avant sa mort, en 1989, sans jamais avoir pu se rendre en Israël.

 

Critique "L'Humanité"




Quelques rares cinéphiles ont eu l’occasion de voir (pour nous ce fut au Goethe Institut il y a bien longtemps) un film de propagande nazie répondant au titre le Führer donne une ville aux juifs, tourné à partir du mois d’août 1944. Le film demeura inachevé dès le mois suivant mais c’est lui qui nous rendit familier le camp de Terezin ou le nom de Kurt Gerron, artiste juif allemand, star du cabaret berlinois des années 1920 qui ouvrit à Terezin un cabaret vantant le nazisme avant d’y finir gazé lui-même. Rappelons que c’est ce même Gerron qui créa le rôle de Mack le Surineur dans l’Opéra de quat’sous ou qu’il joua au côté de Marlene Dietrich dans l’Ange bleu. Quant à ce camp de travail de Terezin (en langue tchèque Terezin, en allemand on dit Theresienstadt), 7 000 personnes y périrent et 88 000 furent déportées, en particulier à Auschwitz, mais on y a fait de la musique et on s’y esclaffa aux répliques de ce grand comique. L’échange de courrier avec l’extérieur y était encouragé, même si surveillé. Il faut dire qu’il s’agissait du camp modèle, on n’ose dire « cinq étoiles », en bref celui qu’on faisait visiter à la Croix-Rouge ou à un ambassadeur dès que ces autorités respectables s’émouvaient des rumeurs qui les rejoignaient concernant l’éventuel sort des populations juives. C’est donc là par exemple, au cœur de l’horreur, que fut créé Brundibar, l’opéra pour enfants de Hans Krasa, livret de Adolf Hoffmeister, qu’on a pu réentendre il y a quatorze ans à l’Opéra Bastille. Une belle œuvre faut-il dire.

Maintenant la question est : Quel juif a bien pu accepter de diriger un tel camp ? Tenta-t-il de sauver des prisonniers ou ne s’intéressa-t-il qu’à sa propre peau ? C’est à cette passionnante question que s’est attelé Claude Lanzmann, le documentariste qui réalisa Shoah en 1985. Déjà, à Rome en 1975, il avait rencontré et filmé Benjamin Murmelstein, le dernier président du Conseil juif du ghetto de Theresienstadt, seul « doyen des juifs » à n’avoir pas été tué durant la guerre. Claude Lanzmann n’avait pas alors voulu divulguer le contenu de cette rencontre. Ce n’est donc que l’an dernier, alors que le cinéaste affiche ses quatre-vingt-sept printemps, que ce travail mémoriel se fit jour et ce n’est qu’à Cannes cette année que ce très long film a été dévoilé au cours d’une séance officielle hors compétition. Le réalisateur a repris son bâton de pèlerin, sans rien dissimuler du temps qui s’est écoulé. Il suffit de voir comment, notes à lire à la main, il a du mal à trouver sa voix, perdu dans le vacarme des trains contemporains qui défilent à grande allure alors qu’il se trouve sur le quai de la gare où il va nous appeler au souvenir. Quant à la rencontre de 1975, elle est inoubliable, vécue à la fois dans la complicité entre juifs et dans un jeu du chat et de la souris où le questionné ne veut pas perdre la face devant les questions d’inquisiteur du questionneur. Voici ce qu’on appelle un moment inoubliable de cinéma.

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The lunchbox (VOST)

The lunchbox (VOST)

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Film de Ritesh Batra (Inde - 2013 - 1h42) avec Irrfan Khan, Nimrat Kaur, Nawazuddin Siddiqui...


 

Film proposé en VOST

Film Coup de Coeur : tarif découverte : 5 euros


 

 

Lunchbox affiche def uneIla, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. En réalité, la Lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu'une erreur de livraison s'est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l'espoir de percer le mystère.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Auteur de nombreux courts-métrages sélectionnés dans plusieurs festivals, le réalisateur indien Ritesh Batra passe pour la première fois le cap du long avec The Lunchbox qui se pose en rupture par rapport au cinéma commercial de Bollywood. Effectivement, ici point de genre dont on respecterait les règles à la lettre, ni même de numéro musical puisque le cinéaste semble plutôt s’inspirer des œuvres sociales d’auteurs aussi prestigieux que Satyajit Ray ou plus récemment Mira Nair. Ritesh Batra préfère s’attarder sur le quotidien morne de la classe populaire à travers une histoire d’amour épistolaire séduisante, lui permettant ainsi de dire deux ou trois choses importantes sur la société de son pays. Durant le premier quart d’heure, il décrit le système très étonnant des lunchbox qui offre à des milliers d’Indiens l’opportunité de se faire livrer le repas préparé par leur épouse directement à leur travail. Ce boulot qui occupe pas moins de 5 000 livreurs tous les jours est un modèle d’organisation, tant et si bien que rares sont les erreurs de livraison.

© AKFPL


Le cinéaste s’engouffre pourtant dans une des brèches du système pour effectuer un rapprochement inattendu entre une jeune femme mariée, cloîtrée à la maison, et un employé de bureau à la veille de la retraite. Par le biais d’une erreur de livraison, les deux êtres qui ne se seraient jamais rencontrés vont peu à peu se lier d’amitié (et plus ?) par une relation épistolaire. Les lettres, dissimulées dans la fameuse lunchbox, sont d’abord laconiques, avant d’être l’occasion pour les personnages d’épancher leur cœur et de soigner le mal qui les ronge tous les deux : la solitude. Si Ritesh Batra n’hésite pas à recourir à l’humour pour faire passer certaines situations, il signe un script d’une rare finesse où rien n’est appuyé. La tonalité d’ensemble est donc celle d’une œuvre assez mélancolique où l’individu apparaît comme négligeable au sein d’une collectivité écrasante (l’Inde est actuellement le deuxième pays le plus peuplé du monde et devrait arriver en tête d’ici une quinzaine d’années).

© AKFPL


Sans jamais s’appesantir, l’auteur nous montre avec beaucoup de recul le tourbillon infernal dans lequel sont plongés beaucoup d’Indiens, voués à travailler toute la journée pour parvenir à développer un pays en pleine émergence. Au passage, il égratigne aussi le modèle familial indien et dénonce l’air de rien la condition des femmes, dont beaucoup sont enfermées à la maison pour servir leur mari et leurs enfants. S’immisçant doucement, l’émotion gagne progressivement le spectateur qui est emporté par cette belle histoire, contée avec simplicité et efficacité. Il faut dire que l’ensemble est servi par d’excellents acteurs dont un Irrfan Khan (le conteur de L’odyssée de Pi) tout en intériorité. Venez donc goûter ce mets indien raffiné, vous ne le regretterez certainement pas.

 
 

Critique "Critikat.com"


On pourra certainement souligner les similitudes entre In the Mood for Love et The Lunchbox. De fait, les enjeux et la dynamique globale des deux films sont similaires. Cependant, nous sommes ici en présence d’une espèce rare : un film qui s’inspire d’un autre, mais ne le pille pas, qui trouve sa propre personnalité et son propre discours. Car, il faut bien le dire, le réalisateur Ritesh Batra n’a que faire de la préciosité ciselée de Wong Kar-Wai : au contraire, le Bombay de The Lunchbox pétille d’une vie foisonnante et irrépressible.

Déterminé à capturer le monde autour de ses deux protagonistes, Ritesh Batra prend son temps, observe et prend un plaisir manifeste à filmer un quotidien apparemment futile : une terrasse solitaire, une voisine du dessus invisible avec laquelle on communique en criant par la fenêtre, un voisin de bureau au regard lourd... Ses deux personnages sont enfermés dans ce quotidien, dans le rituel, et le réalisateur parvient à en saisir l’essence avec légèreté. Ce ronronnement agréable est aussi l’expression d’une prison : celle de la résignation face aux évènements, qui entrave autant le mûr Saajan que la jeune Ila.

Le fameux échange de lunchbox entre le mari de cette dernière et Saajan devient une liaison épistolaire clandestine : l’occasion de laisser le champ libre à une double voix off – celle-ci serait-elle un moyen de saisir ce que la caméra ne saurait pas capturer ? Ritesh Batra voit plutôt ça comme une opportunité narrative à utiliser. Il parvient à faire résonner ce quotidien qu’il a si bien su saisir, et la teneur idéaliste, rêveuse, des lettres échangées.

Bientôt, on se rend compte que The Lunchbox a fait de nous, spectateur, le voyeur suprême : témoin de l’intimité d’êtres solitaires, lecteurs de leurs lettres par-dessus leur épaule, nous avons depuis longtemps abandonné toute distance, emportés par une peinture précise d’un quotidien qui nous est pourtant exotique. Plus qu’une fine comédie bien troussée et feel-good sur la misère sentimentale, The Lunchbox pointe avec pertinence la solitude absolue des humains. Et, avec la même délicatesse qui préside à son doux regard sociologique, il choisit d’y croire malgré tout – et nous avec lui. La pure magie du cinéma.

 

Critique "La Croix"


Voilà une petite perle qu’il serait bien dommage de laisser filer ! Le réalisateur Ritesh Batra signe ici son premier long-métrage, qui fut dévoilé au mois de mai dernier à Cannes, dans le cadre de la sélection « off » de la Semaine de la critique.

The Lunchbox (littéralement : « le panier-repas ») place au cœur de l’histoire une tradition vieille de 120 ans et toujours très vivante à Bombay, celle des Dabbawallahs qui livrent aux employés et ouvriers, sur leur lieu de travail, un déjeuner le plus souvent préparé, dans la matinée et à domicile, par leurs épouses (ou commandé dans une petite échoppe). Chaque jour, cinq mille Dabbawallahs distribuent environ 175 000 repas, en privilégiant le réseau ferroviaire pour échapper à une circulation infernale, et en se jouant du labyrinthe des rues et immeubles dans chaque quartier de départ ou d’arrivée.

Souvent illettrés, les livreurs utilisent un système de codage spécifique, qui leur permet d’œuvrer avec une efficacité redoutable. Comme le rappelle une des répliques du film, une étude de l’université américaine d’Harvard a calculé que le taux d’erreur de livraison était estimé à une lunchbox sur un million, ce qui place le service des Dabbawallahs au niveau des entreprises internationales considérées comme les plus fiables.

Ila, délaissée par son époux, mère d’une petite fille, entreprend sur les conseils de sa voisine et amie, de reconquérir son mari en mettant tout son cœur et ses talents de cuisinière dans la confection de repas délicieux. Et voilà qu’une erreur, justement, offre à Saajan, comptable public sur le point de prendre sa retraite, de découvrir les saveurs envoûtantes d’un plat qui ne lui était pas destiné.

Jour après jour, le taiseux Saajan, enfermé dans la solitude d’un deuil encore très douloureux, goûte une nouvelle recette, bientôt accompagnée d’un petit message plié en quatre sur le naan…

Originaire de Bombay, Ritesh Batra a su trouver un angle très original pour dépeindre le quotidien de cette ville gigantesque de douze millions d’habitants. Ce qui n’empêche pas The Lunchbox de se parer des charmes d’une jolie fable, culinaire et épistolaire, contant la rencontre improbable de deux solitudes, luttant à pas timides pour dépasser leurs appréhensions. Ce beau film, sensible et délicat, non dénué d’humour, n’a qu’un inconvénient : il risque bien d’inciter les spectateurs, sur le chemin du retour, à faire halte dans un restaurant de spécialités ad hoc.



 

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16 ans… ou presque

16 ans… ou presque

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Film de Tristan Séguela (France - 2013 - 1h28) avec Laurent Lafitte, Christophe Malavoy...


 

16 ans ou presque affiche uneA 34 ans, Arnaud Mustier, avocat et philosophe, est un symbole de réussite et d'excellence. Pour son frère Jules, 16 ans, il est surtout chiant, très très chiant ! Jusqu'au jour où Arnaud est pris d'étranges pulsions et se découvre quelques boutons d'acné. Le diagnostic tombe : il souffre d'un syndrome rare de puberté tardive.
Emporté par un tourbillon hormonal, et en compagnie de son frère et sa bande, il va découvrir la jeunesse qu'il n'a jamais eue.

 

 

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Suzanne

Suzanne

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Film de Katell Quillévéré (France - 2012 - 1h34) avec Sara Forestier, Adèle Haenel, François Damiens, Anne Le Ny...


 

Suzanne uneFille-mère à l'adolescence, Suzanne vit avec son père routier et sa sœur dont elle est inséparable. Sa vie bascule lorsqu'elle tombe amoureuse de Julien, petit malfrat qui l’entraîne dans sa dérive. S'ensuit la cavale, la prison, l'amour fou qu'elle poursuit jusqu'à tout abandonner derrière elle...

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Suzanne, c’est une héroïne en manque... d’amour. Après un premier long-métrage très remarqué, Katell Quillévéré revient à son poison préféré : l’émotion. A mi chemin entre l’épique et la chronique, Suzanne imprime avec audace son propre style narratif à l’écran : accidenté, cabossé, heurté, l’histoire d’une fatalité. Et si l’originalité de la forme peut surprendre, la cinéaste n’hésitant pas à faire l’ellipse sur cinq ans de vie en un plan de coupe, l’épure et la justesse de ton permettent l’embardée. Raccrochés au regard perdu de Suzanne, on trouve notre rive quand l’héroïne ne pense qu’à prendre le large... Emportée dans le tourbillon de la vie, Suzanne, femme-enfant grandit trop vite sur le point de devenir mère, navigue à l’abandon quand sa sœur tient parfaitement la barre. Les années s’enchaînent et Suzanne continue de rêver. A quoi, on ne sait pas vraiment. Jusqu’à la rencontre avec Julien. Sidérante de sensualité. Prise au piège d’une force supérieure qui l’attire et la pousse à plonger, Suzanne craque. Et sombre au trou.




Fragilité et sauvagerie, il y a du Pialat chez Suzanne, Katell ne s’en cache pas. Et si le prénom titre éponyme renvoie au morceau de Leonard Cohen, l’hommage à Maurice est évident. Ne serait-ce que par la puissance de son réalisme pulsionnel. Instinctif et rentré, Suzanne est un film sous tension. Rien ne se dit et tout s’y frustre. Au point d’exploser gestuellement en une gifle ou en un baiser. Ca dépend. Porté par un casting explosif, le film mélange avec brio la gaucherie sensible du père routier (François Damiens), l’insolente force de Maria (Adèle Haenel, comme toujours, d’une intensité rare) et la fascinante imprévisibilité de la trop fragile Suzanne (Sara Forestier). Le tout saupoudré d’une belle découverte, Paul Hamy (Julien, vu précédemment dans Elle s’en va), dont le magnétisme mutique crève littéralement l’écran. Emportés sur la vague de la jeunesse, Maria, Suzanne et Julien roulent jusqu’à l’écume. En cabriolet jaune. Comme des enfants sur une auto-tamponneuse. Sans craindre de s’emboutir. Hanté par l’absence de sa mère, Suzanne ne cesse de vouloir aimer. Entière, passionnée et insaisissable, Suzanne est une écorchée vive. Profondément mélancolique, elle tente de remplir un vide. Instinctivement elle fait un enfant, pour s’aider à vivre. Puis deux. Sans jamais parvenir à soulager son besoin d’absolu.




Fusionnelle, la relation familiale se décline en trois temps : sœur, père et fils. Sur les routes, Nicolas s’est toujours dérobé. Par dévotion. Aussi quand Suzanne choisit d’abandonner son fils Charlie, l’incendie s’embrase et la guerre se déclare. Entre les deux camps, Maria amortit les tirs. Et prend sur elle. Jusqu’à ce qu’elle aussi disparaisse. A croire que Suzanne n’est qu’une longue histoire de destruction... Esthétiquement, l’accord est parfait. De sa lumière froide et éthérée, Tom Harari illumine la profonde gravité du visage de Sara. Et souligne son mystère. Surcomposé, le cadre brille par son naturel et son apparente simplicité. Dans l’angle, un détail fait passer le temps. Discrètement. A l’image, la grâce de quelques plans marque : Suzanne et son gros ventre sur un jeu d’enfant, l’ombre de Suzanne et Julien au creux d’un pont, Suzanne et Maria arrimées à la barrière de leur enfance, en train de siffler les garçons...




Spontanéité, insolence et fraîcheur Suzanne c’est l’avant et l’après de la liberté, jamais le récit de l’échappée belle. Délaissant le spectaculaire dans le hors-champ de ses ellipses, Katell se concentre sur les temps faibles de l’héroïne, quand pris au piège de la réalité, elle doit assumer l’inconséquence de ses actes. Revenus sur terre, les pieds de Suzanne ne peuvent plus s’envoler mais son esprit reste ailleurs. Ancré dans le cœur de Julien, du moins celui de son pendentif. Rythmé par l’héroïne, ses présences comme ses absences, ses départs comme ses retours, ses coups de cœur comme ses coups de gueule, le film n’en reste pas moins atypique, accélérant et décélérant l’action, au rythme de l’émotion. Alternant saccade dramatique et lenteur chronique, le film prend le temps de s’attarder sur les instants de vie de personnages pas si secondaires. Et de démultiplier l’angle de vue : si Nicolas n’était pas si souvent en voyage, peut être ne lui aurait-on pas retiré son petit fils, Charlie. Suzanne rêve de cavaler mais sur la route elle est souvent rattrapée. Par le déterminisme social. Presque déjà condamnée.




A noter dans ce paysage du second plan, la présence de Corinne Masiero, d’une parfaite sobriété. Attirée dans les filets de la criminalité, Sara tente de remonter le courant. Et d’éviter le naufrage. Suzanne perd le nord. Et cherche le port pour s’évader. Sur le ferry pourtant, le rêve prend l’eau. Ni cinglée, ni égoïste, ni insensible, Suzanne c’est la liberté. Celle qui claque, qui blesse, qui dérange et qui ne pardonne pas. ’’And you want to travel with her’’ disait la chanson. Échouée, Sara a vécu pleinement. Vingt-cinq années passées à s’y brûler les ailes. Une héroïne viscérale, qui se jette à cœur perdu, jamais jugée par une cinéaste qui réussit à faire de sa part d’ombre, l’éclat de son humanité. Subtil portrait de femme, Suzanne tranche par sa beauté, sa violence et sa complexité. Suzanne s’échappe et nous échappe. Et c’est ce qui fait son charme fou. Tragique, tout simplement.

Critique "La Croix"


Pour son deuxième long métrage, après Un poison violent en 2010, Katell Quillévéré signe une œuvre très forte sur le destin et ses mauvais tours, qui tout à coup enrayent la simplicité d’une vie supportable. Il est une orpheline qui rêve d’une existence plus grande, d’amour intense et de grisante liberté, quitte à s’en brûler les ailes : dans le rôle de Suzanne, Sara Forestier, toujours plus stupéfiante de film en film, livre une prestation bouleversante.

Comme en hommage à l’un de ses maîtres de cinéma, Maurice Pialat, la réalisatrice opère un troublant rapprochement physique entre sa comédienne et la Sandrine Bonnaire des années 1980-1990, actrice fétiche du cinéaste décédé en 2003. Autour d’elle, un trio affectif remarquable de justesse, qui mérite lui aussi de vrais éloges.

Réalisatrice et coscénariste (avec Mariette Désert) de ce film à la fois rude et subtil, Katell Quillévéré explore avec beaucoup de finesse l’univers de cette Suzanne que l’on n’oubliera pas, être fragile et en demande, devenue mère trop tôt, à la fois faible et forte, qu’un regard sans compassion inciterait à juger sans ménagement. Elle se garde bien de le faire, et c’est toute la richesse de ce film dont la dernière partie, sidérante, renforce encore la valeur.


 

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Le Père Frimas

Le Père Frimas

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Categories: Cette semaine

Film d'animation de Iouri Tcherenkov (Russie - 2012 - 0h46)


Cycle "Ciné-Mômes" - Tarif unique : 3 euros


 

pere frimas affiche uneAu sommet des Alpes, vit le Père Frimas, un merveilleux personnage aux pouvoirs enchanteurs. Chaque hiver, il veille à ce que la neige recouvre bien toute la forêt. Mais cette année, rien ne se passe comme prévu. Sylvain, l’esprit de la forêt, sort brusquement de son hibernation affamé et grognon.

 




Critique "La Croix"


Précédé du Noël de Komaneko (2009) de Tsuneo Goda, court métrage mélancolique magnifiquement animé, Le Père Frimas est un moyen-métrage malicieux et poétique. Cousin du Père Noël, ce merveilleux personnage aux pouvoirs magiques veille à ce que la neige recouvre bien toute la forêt. Mais Sylvain, l’esprit de la forêt, sort brusquement de son hibernation, affamé et grognon. Fable sur l’amitié et la solidarité, Le Père Frimas est aussi un très joli travail d’animation en papier découpé et dessins traditionnels.

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