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Supercondriaque (Sortie Nationale)

Supercondriaque (Sortie Nationale)

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Film de Dany Boon (France - 2013 - 1h47) avec Dany Boon, Kad Merad, Alice Pol et Judith El Zein...


 

Supercondriaque affiche uneRomain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenska, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le docteur Zvenska pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Flaubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu...

 


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Dallas buyers Club (VF & VOST)

Dallas buyers Club (VF & VOST)

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Film de Jean-marc Vallée (Etats-Unis - 2013 - 1h57) avec Matthew Mcconaughey, Jennifer Garner, Jared Leto....


- Prix du Meilleur Acteur dans un film dramatique pour Matthew Mcconaughey et du Meilleur Acteur dans un second rôle pour Jared Leto aux Golden Globes 2014

- Prix du Meilleur Acteur pour Matthew Mcconaughey et du Meilleur Acteur dans un second rôle pour Jared Leto aux Screen Actors Guild Awards 2014

 


Dallas buyers club affiche une1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause...et pour sa propre vie.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Etats-Unis, 1981. Premières manifestations du Sida, virus inconnu à l’époque, touchant essentiellement la population homosexuelle. Rapidement, la maladie se voit sottement statuer de « cancer gay », bouleverse le monde médical et braque certains conservateurs à l’encontre des homos. A peine cinq ans plus tard, dans le Texas profond, c’est au tour d’un hétéro burné, Ron Woodroof, incarné par le brillant Matthew McConaughey, aux traits émaciés, de devoir faire face à l’honteux virus, estampillé gay.
Les mentalités humaines étant ce qu’elles sont, le protagoniste voit ses relations se détériorer inexorablement, à l’image de son propre corps, alors que la médecine fait montre d’impuissance. Ron, en quête désespérée d’un remède, oppose alors à cette situation sans issue autre que la mort rapide le système D, en mettant à sa disposition toutes les armes nécessaires pour combattre la maladie.
A travers la caméra de Jean-Marc Vallée (Café de Flore, un flop ; C.R.A.Z.Y, son triomphe personnel), il nous est proposé de suivre la quête désespérée d’un homme à l’agonie. Usant d’une esthétique très terre à terre typée télé-film que l’on retrouvait dans Ma vie avec Liberace (Steven Soderbergh, 2013), Dallas Buyers Club nous fait ressentir le vertige d’une situation insensée. Un parti pris dont l’intensité dramatique est décuplée par la transformation tant physique qu’idéologique subie par le personnage de Ron. On observera ainsi son corps maigrir, pâlir, en bref : mourir. Mais à l’inverse, son esprit au départ hostile à la communauté LGBT, connaît une certaine renaissance et va peu à peu s’intégrer dans ce microcosme qu’il rejetait virilement, au détriment de ses anciens amis ; le cinéaste gay-friendly est d’ailleurs un peu caricatural en forçant les traits de "méchant" de certains de ses proches.
Dallas Buyers Club portrait fidèle d’une époque fait preuve d’une humanité qui subjugue et qui nous parle toujours, des décennies après le début des ravages. « On ne fait pas dans la politique mais dans le constat d’urgence » aurait dit le groupe NTM. Les années passent, les faits demeurent. Jean-Marc Vallée dépoussière la grille de lecture. En effet, Ron Woodroof est tout de même parvenu a prolongé sa vie de façon inenvisageable lors de la découverte de sa séropositivité qui devait le condamner à une déchéance mortelle rapide. En un sens, le film se réapproprie le sempiternel message hollywoodien, consistant à clamer que rien n’est impossible si on le veut vraiment. Mais le film ne s’arrête pas à cette banalité et parvient ainsi à courber le message. En effet, si l’on veut survivre, il faut aussi s’ériger contre ceux qui sont prêts à s’interposer aux libertés de chacun. Sans aucune fantaisie, c’est dans cet état de lente et inexorable chute que Dallas Buyers Club se place et finit sa boucle sur une épanadiplose, rejoignant le premier plan. L’image d’un homme lambda en plein rodéo sur le dos d’un taureau enragé. Ron Woodroof se sera battu contre ces cornes durant les sept dernières années de sa vie. Luttant pour sa survie et celle des autres de quelque manière que ce soit. On reste encore attentif à son message.

 

Critique "Critikat.com"




Prenez un sujet sensible, une histoire authentique, des acteurs physiquement méconnaissables tels que l’industrie hollywoodienne aime souvent produire, et vous obtiendrez peut-être le parfait calibrage d’un film pressenti pour rafler quelques statuettes aux prochains Oscars. On pourrait alors craindre une œuvre filmique davantage formatée pour solliciter les mouchoirs que pour réellement honorer une histoire biographique étonnante. Pourtant, ce serait oublier qu’au cinéma les bonnes surprises restent souvent possibles.

Avec la délicate épreuve de rodéo, la séquence d’ouverture de Dallas Buyers Club est à elle seule symptomatique des principaux enjeux du film. En lutte avec un taureau déchaîné, qu’il tente de maîtriser sous les cris d’une foule en délire, le défi pour Ron Woodroof (interprété par Matthew McConaughey) est de tenir le plus longtemps possible en selle, comme pour affirmer le plus durablement sur la scène publique sa propre virilité. L’enjeu consiste donc à résister, à persévérer, dans un univers physique et social supposé le soumettre constamment à l’épreuve. Le combat est d’autant plus intense que le personnage ignore encore que cette épreuve de quelques minutes restera le pendant métaphorique du combat de toute sa vie.

Rodéo, sexe, drogue, violence… et VIH. Il suffit au champion texan l’expérience d’un simple accident du travail pour prendre connaissance de sa séropositivité et apprendre qu’il ne lui reste que 30 jours à vivre. Le combat pour la survie constitue ainsi la thématique principale du nouveau film de Jean-Marc Vallée, après le très mitigé Café de Flore et son ambition dramatico-romanesque, étirée sur plusieurs générations. Dallas Buyers Club adopte un montage à contre-pied des précédentes réalisations du cinéaste, tant la primauté est ici donnée, dès l’annonce de la maladie, à la survie de tous les instants. Le film s’octroie ainsi la forme d’une compilation chiffrée de jours, restreinte par la proximité d’une mort annoncée. Cette forme narrative permet cependant au film de déjouer sans cesse les attentes du spectateur, de feindre la finitude sans jamais réellement l’accomplir, comme pour souligner la survie extraordinaire et inespérée de Ron Woodroof.

Si le montage général souligne la singularité de la trajectoire personnelle de notre anti-héros -qui succombe progressivement à l’organisation d’un trafic de médicaments alternatifs- il orchestre néanmoins une série d’ellipses narratives, comme s’il pliait sous le poids d’une certaine standardisation attendue pour un film préformarté pour les Oscars. Un tel raccourcissement informatif compromet dès lors le potentiel dramatique de quelques scènes, comme lors du diagnostic de la maladie, et trahit le traitement expéditif de certains dialogues du film. Étrangement, c’est peut-être dans cette constance elliptique que le film dévoile également ses plus beaux atouts, tant il s’agit moins de reproduire sciemment des raccourcis narratifs que de les détourner, de les faire rentrer en résonance avec une conscience sélective des derniers instants d’une vie hantée par la crainte de la perte.

Ce surdécoupage général se prolonge à l’intérieur même des séquences, qui utilisent des coupes répétitives afin de reproduire l’instantanéité de l’urgence. L’excellent travail sonore permet à Jean-Marc Vallée de relayer au sein même de son dispositif de mise en scène l’accélération d’une altération physique ; le récurrent « bip » clinique devient le prolongement psychique d’un homme désemparé, parcouru par l’effroi de la mort et la recherche d’une jouissance extrême des derniers moments de vie. Cette quête se trouve également matérialisée par l’utilisation d’un cadre centrifuge, dont les limites sont sans cesse repoussées par les deux anti-héros, qui tentent désespérément d’y opposer une pulsion de vie, une intention de survie, comme pour mieux préserver les conditions de possibilité, malheureusement illusoires, d’un hors-champ.

Narrative, la résistance des personnages face à la maladie devient par essence un acte physique, littéralement incarné par la métamorphose des deux comédiens Matthew McConaughey et Jared Leto. Le corps devient ici un moyen d’affirmation ; un ancrage de la dégénérescence, de la maladie dans le temps, et permet au cinéaste d’en faire un outil dramaturgique à part entière. Féminin et Rock-Glam avec Rayon (Jared Leto) ou foncièrement négligé comme avec Ron, le corps transcende sa propre expressivité et se donne à voir comme une modalité d’être face à la fatalité. Que ce soit dans le cercle familial de CRAZY, dans celui de la royauté avec Victoria ou celui, plus élargi, d’un Café de Flore qui entrecroise les trajectoires personnelles, Jean-Marc Vallée transforme le corps physique en un reflet désenchanté du corps social et du corps idéologique. Et insuffle à l’acte de résister sa fonction créatrice.

 


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Les demoiselles de Rochefort

Les demoiselles de Rochefort

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Film de Jacques Demy (France - 1967 - 2h00) avec Catherine Deneuve , Michel Piccoli , Françoise Dorléac , Gene Kelly , Danielle Darrieux , Jacques Perrin , George Chakiris , Grover Dale , Agnès Varda...


 

Dans le cadre du Cycle Patrimoine

 

demoiselles-de-rochefort affiche uneDelphine et Solange sont deux jumelles de 25 ans, ravissantes et spirituelles. Delphine, la blonde, donne des leçons de danse et Solange, la rousse, des cours de solfège. Elle vivent dans la musique comme d'autres vivent dans la lune et rêvent de rencontrer le grand amour au coin de la rue. Justement des forains arrivent en ville et fréquentent le bar que tient la mère des jumelles. Une grande foire se prépare et un marin rêveur cherche son idéal féminin...

 


Critique "DVDclassic.com"




Les Demoiselles de Rochefort (1) représente en 1967 un aboutissement dans la carrière de Jacques Demy. Réalisateur atypique et scénariste de l’intégralité de ses films, il représente dans les années 60 un auteur dans le sens le plus noble du terme. Né à PontChâteau près de Nantes en 1931, il fait des études de photographie et de cinéma en 1949 à l'école de la rue Vaugirard à Paris. En 1959, à l’époque où une ribambelle de réalisateurs de la Nouvelle Vague tournent leur premier film - Jean-Luc Godard avec A Bout de souffle, François Truffaut avec Les 400 coups ou encore Claude Chabrol avec Le Beau Serge - Jacques Demy rencontre Agnès Varda. C’est elle qui l’aide à monter son Lola (1960) qu’il tourne avec Anouk Aimée et Marc Michel. Le film est dédié à Max Ophuls.

La Baie des Anges (1962) marque une nouvelle collaboration de taille, cette-fois ci avec Jeanne Moreau, la splendide jeune actrice qui monte et qui l’avouera plus tard, en entrant à la Comédie-Française dont elle fut la plus jeune pensionnaire, déclencha l’impassibilité de son père : « Il pensait que ce n’était pas un métier sérieux, et que je n’avais rien à y faire. Mon admission ne souleva chez lui qu’indifférence. Même pas de mépris, ou si peu » dit-elle en substance des années après, interviewée par James Lipton de Inside the Actor‘s Studio. On pense bien sûr à la même réaction du père de Claude Berri quand celui-ci lui annonça qu’il voulait être acteur.

La France est alors en pleine ébullition. Les artistes nourrissent de nombreux projets, Serge Gainsbourg commence à se faire un nom du côté de la Rive Gauche, il a sorti Le Poinçonneur des Lilas en 1958 puis les deux albums Du Chant à la une !... et L'étonnant Serge Gainsbourg, sans véritable succès, mais son physique peu banal et sa voix en font une figure de plus en plus remarquée de la scène musicale. Les cinéastes remodèlent le cinéma et cherchent une nouvelle liberté dans leur façon de filmer et de raconter des histoires. Tout ce petit monde bouge sous l’émulsion parfois remarquable de certains auteurs.

La France a envie de se distraire après les années de guerre, les années noires, et vit en plein dans les Trente Glorieuses. (2) Un climat propice au divertissement qui offre l’opportunité de réaliser des œuvres en phase avec les préoccupations des jeunes adultes. Ainsi à partir d’un scénario traitant d’un thème commun et simple, à savoir la recherche de l’amour, le réalisateur parvient à créer des triangles amoureux qui vont tous finir par se rejoindre. Les Parapluies de Cherbourg est couronné d’une Palme d’Or à Cannes en 1964. On racontera plus tard que celle-ci divisa le Jury et les spectateurs. Entre ceux qui y voyaient une œuvre étincelante et digne de figurer au palmarès et d’autres plus réservés quant à la "naïveté" du script, il fallut trancher et c‘est la décision la moins pire qui l‘emporta. Quoi qu’il en soit, le cinéaste entre dans l’Histoire. Il s’attèle dès lors à un projet ambitieux, influencé par la comédie musicale américaine de Broadway et des films de Vincente Minelli comme Un Américain à Paris (1951), The Band Wagon (1953) ou Gigi (1958).

Jacques Demy fait appel à une brochette d’acteurs, pour la plupart débutants ou presque - on retrouve George Chakiris qui était à l’affiche de West Side Story - qui ont pour noms Jacques Perrin et Catherine Deneuve. L’un et l’autre auront des carrières exceptionnelles, soit en tant qu’acteur, soit en tant que producteur. Jeune, impertinente, Catherine Deneuve campe ici un personnage à l’apparente frivolité. En fait, comme ses ami(e)s, elle cherche l’amour. Dans de grands ballets chorégraphiés, les personnages expriment leurs désirs et leurs attentes. Dès lors, on sait tout de suite celles et ceux qui aimeront ou rejetteront en bloc ce film. A partir du moment où l’on ne supporte pas les paroles chantées poursuivant la narration des dialogues et décrivant les états d’âmes des personnages, associées à des pas de danse, on risque fort de ne pas aller plus loin que le chapitre deux. A contrario, si chanter la vie, ses déboires amoureux ou ses rencontres fortuites ou déterminantes vous emballe et vous fait voyager sur un petit nuage, le film est fait pour vous, car c’est un concentré de trouvailles du genre. A partir de cet instant, le regard des deux jumelles ne peut que vous faire succomber. Célèbre, la chanson éponyme reste dans toutes les mémoires : « Nous sommes deux sœurs jumelles nées sous le signe des Gémeaux, MI FA SOL LA MI RE, RE MI FA SOL SOL RE DO etc… » En fait, le "la" est donné dès ce début tonitruant et nous emmène dans une immense parade de couleurs et de sons. On pense à une certaine époque, à celle des Yé Yé qui fit un carton entre 1962 et 1966, à Salut les Copains ! Les Français découvraient le rock’n’roll américain, Les Beatles ou Johnny Hallyday après son Olympia en 1962. Ils écoutaient Elvis Presley ou se déhanchaient fiévreusement sur Les Chaussettes Noires (Eddy Mitchell of course) et Les Chats Sauvages (Dick Rivers, eh oui). Des chansons qui faisaient trépigner les adolescents tandis que les jeunes filles écoutaient Françoise Hardy ou France Gall leur chanter leurs émois en buvant une grenadine avant d’entamer un twist. Nos parents, pour les plus jeunes, avaient alors quinze ans.

Ce feu d’artifice des sens, Jacques Demy l’illustre grâce à sa caméra virtuose. Un tour de force technique qui met à profit toutes les techniques imaginables : grues, travellings arrière et avant, mouvements de caméra amples en panoramiques. La caméra ne cesse de bouger et Jacques Demy invente des plans osés comme celui montrant la caméra suivre deux danseurs puis monter et aller se faufiler dans la chambre ouverte des deux jumelles répétant devant leur piano, sans aucune coupe. Un peu plus loin, la caméra suit à nouveau Catherine Deneuve marcher sur deux trottoirs, et le plan des retrouvailles entre Gene Kelly et Françoise Dorléac (3), tourné dans la galerie, servira de clou final. Avec sa modernité, Les Demoiselles de Rochefort utilise à merveille les nuances de la langue et le jeu des mots. Jacques Demy est cultivé et, avec une grande précision, insuffle rythme et poésie à ses dialogues. Ils ne sont pas récités, ils sont joués. Il utilise ainsi la prosodie en vers et les rimes féminines ou masculines, croisées et embrassées, gage de richesse sonore pour retranscrire les différents états par lesquels passent les héroïnes, du bonheur au doute, de la tentation à l‘hésitation, enfin de la tristesse à la joie. Les mots résonnent et dansent, se percutent, s’entrechoquent, comme les noirs, les croches et les clés d’une partition. On peut certes dater les costumes, les coiffures et certains décors, les devantures de magasin en particulier. Mais du point de vue technique, le film reste intemporel. Par quel sorte de miracle, Les Demoiselles de Rochefort parvient-il à conserver sa jeunesse éternelle ? Sans doute parce qu’il compte une réunion de talents hors du commun : Michel Legrand à la musique, Gene Kelly (en français dans le texte, s‘il vous plaît), Michel Piccoli, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux...

Une œuvre qui, sous ses aspects de simple bluette ou d’amourette gentille et un peu fleur bleue, dévoile une richesse insoupçonnée. Françoise Dorléac et Catherine Deneuve se sont rapprochées grâce à ce tournage : « Heureusement qu'on a fait ce film-là. Jusque là, nous étions complices, on ne se voyait ou fréquentait pas tant que ça. Les Demoiselles nous ont rapproché physiquement. J'ai un souvenir de ce tournage, extraordinaire. » Mais la tragédie va rattraper le cours des évènements. « Aujourd'hui ça me demande un effort personnel, mais l'envie que le portrait d'elle existe est plus importante que mes préoccupations personnelles... Il s'agit de la déchirure la plus importante que j'ai éprouvée. Ça a changé mes relations avec les gens, ceux présents... Accepter l'inacceptable. (...) Nous étions comme deux sœurs jumelles, très complémentaires, très différentes. Françoise s'exprimait beaucoup, de façon violente... J'étais plutôt extrêmement discrète, rentrée, introvertie... » dit encore Catherine de sa sœur. Quel plus bel hommage que celui là ?

Les Demoiselles de Rochefort est une petite merveille exaltant la vie dans un océan de bonne humeur. Avec le recul, on peut dire avec joie que la comédie musicale n’est pas morte, et voir en Jeanne et le garçon formidable (1998), un hommage au cinéma de Demy sur un sujet bien plus lourd, certes, mais avec des comédiens heureux de jouer la comédie. Et puis, si l’amour frappait à votre porte, seriez vous assez fou pour laisser la clé sur la serrure et ne pas ouvrir ?

(1) Lorsque Jacques Demy écrit les premiers jets d'un scénario des Demoiselles de Rochefort, le film s'appelle "Boubou", nom du petit frère de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans le film.
(2) Terme trouvé par Jean Fourastié pour décrire l’essor économique et le plein emploi dont a jouit la France après-guerre, de 1945 à 1975, au moment de sa reconstruction et qui s’achèvera au moment du premier choc pétrolier en 1973.
(3) Françoise Dorléac, sœur de Catherine Deneuve, tourna quelques films dans les années 60. Elle décèdera tragiquement dans un accident de voiture le 26 juin 1967. Un livre de Patrick Modiano et Catherine Deneuve parle des relations des deux actrices, Elle s’appelait Françoise aux éditions Canal+ Editions.


 

Critique "Télérama"


Les soeurs Garnier sont deux jumelles de 25 ans : Solange enseigne le solfège, et Delphine, sa soeur jumelle, donne des cours de danse. Du plomb dans la cervelle, de la fantaisie à gogo, elles attendent le grand amour. Comme Maxence, le peintre marin, Andrew Miller, le compositeur américain, Simon Dame, le marchand de musique, et Yvonne, leur mère, qui tient un café sur la grand-place de Rochefort.

Dès la première image, Jacques Demy indique le chemin du paradis : pour accoster sur l'île aux trésors nommée Rochefort, montez à bord du pont transbordeur, et laissez-vous glisser dans l'air iodé. Votre vie en sera transformée. Regardez les effets du voyage sur le cortège de motards qui ouvre la route, dans le générique. Debout sur ce téléphérique des mers, chacun s'étire, pour s'extirper d'un sommeil léthargique. Et, petit à petit, les bâillements disparaissent sous les sourires, les craquements de jambes deviennent entrechats, les moteurs vrombissant se taisent au son du piano guilleret.

A partir d'une trame élémentaire (la recherche de l'âme soeur), Jacques Demy a su créer un univers unique, à mi-chemin entre ses souvenirs de provincial rêveur et l'imaginaire des contes de fées. En sortant d'un tel film, vous risquez de danser sur les trottoirs, de chanter au nez des passants et de parler en alexandrins avec le plus grand naturel!

 

 

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Minuscule – La vallée des fourmis perdues (2D ou 3D)

Minuscule – La vallée des fourmis perdues (2D ou 3D)

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Film de Thomas Szabo et Hélène Giraud (France - 2013 - 1h29)


 

Minuscule affiche uneDans une paisible clairière, les objets d'un pique-nique laissés à l'abandon après un orage vont être le point de départ d'une guerre entre deux bandes rivales de fourmis, ayant pour enjeu une boîte de sucre.
C'est dans cette tourmente qu'une jeune coccinelle va se lier d'amitié avec une fourmi noire et l'aider à sauver sa fourmilière des terribles fourmis rouges.

 




Critique "Le Parisien"


Ils ont osé… et ils ont bien fait. Pourtant, se lancer dans un film d’animation de quatre-vingt-dix minutes, à destination du jeune public, sans aucun dialogue, ce n’était pas gagné. Mais à l’arrivée, les spectateurs de « Minuscule » en restent… sans voix. Parce que ces fourmis, coccinelles et araignées animées nous embarquent dans une histoire digne des meilleurs thrillers, uniquement à coups de bruits, totalement hilarants, émis par les insectes.



Adapté de la série télé française du même nom, « Minuscule » conte la bataille entre deux groupes de fourmis, les gentilles noires et les méchantes rouges. En sous-nombre, les premières vont devoir leur salut à l’aide inespérée d’une petite coccinelle orpheline et temporairement incapable de voler, qui va user de stratagèmes courageux pour venir à la rescousse de ses amies. Et c’est là que l’on assiste à des épisodes dignes des meilleurs classiques du cinéma : poursuite façon James Bond en radeau, qui est en fait une boîte de sucre, scènes de guerre à la « Spartacus », envolées naturalistes dans le style « Lawrence d’Arabie »…


Parvenir à de tels prodiges n’a pas été simple. Il aura fallu presque quatre ans à Thomas Szabo et Hélène Giraud, les deux réalisateurs français de « Minuscule », pour terminer le film, qui mélange les décors naturels, filmés dans les parcs nationaux du Mercantour et des Ecrins en prises de vue réelles et les personnages animés. Sans parler des complexes réglages de la 3D, pour lesquels ils ont fait appel à la meilleure spécialiste du genre. Et on en prend plein les lunettes!Au final, ces microscopiques bestioles animées parviennent à faire trembler, rire ou pleurer enfants et parents comme seuls en sont capables les meilleurs comédiens : petits personnages, grand spectacle.




Critique "Télérama"


Avez-vous déjà vu une boîte à sucre escalader des rochers ? Descendre des rapides ? Traverser une route de montagne ? Et tout ça à dos de fourmis noires ? Pour elles, cet objet usuel, abandonné par des pique-niqueurs, représente un fabuleux trésor. Une sorte de Graal : assez de délicieux petits cubes blancs pour nourrir toute la fourmilière pendant une éternité. En la transportant, l'escouade d'ouvrières intrépides et déterminées affronte une bande rivale (l'infâme équipe des rouges), adopte au passage une adorable petite coccinelle perdue, et vit un tas d'autres épreuves, hilarantes, tendres ou trépidantes.

Dans Minuscule, tout est affaire d'échelle. Plus c'est petit, plus c'est grand. A hauteur d'insecte, les cailloux sont des falaises, les fleurs s'élèvent aussi haut que des baobabs, les lézards ressemblent à des tyrannosaures. Cette seule idée mérite le déplacement : les deux réalisateurs ont bâti une ébouriffante aventure, rien qu'avec une banale boîte en fer-blanc. Ce n'est certes pas la première fois que le cinéma d'animation observe à la loupe les mandibules et les élytres. Mais Minuscule fait tout oublier : les 1 001 Pattes de Pixar, le Fourmiz de DreamWorks, tout fait toc et plastique à côté de cette odyssée farfelue.

Adapté d'une fameuse série télé­visée du même nom, le film en reprend le principe : les décors, naturels, sont filmés en prises de vues réelles. Sur ces paysages radieux (la montagne, ses sous-bois, ses sommets, tout un crépitement de verts et de bruns), les personnages, animés en 3D, sont... biologiquement corrects : ils ne causent pas (du tout), ne marchent pas sur deux pattes, ne se comportent pas comme un ado capricieux ou une princesse de Disney. Après tant de dessins animés à l'anthropomorphisme forcé, voire niais, c'est rafraîchissant. Un long métrage sans une ligne de dialogue, il fallait oser. C'est réussi : même sans paroles, le film est d'ailleurs tout sauf muet. Ça vrombit, ça trompette, ça bourdonne sans cesse, dans une bande-son très expressive, pleine de surprises et de drôlerie.

Ce culot créatif, les auteurs l'ont poussé jusqu'à restituer, le plus fidèlement possible, les mouvements et comportements des « vrais » insectes. Ainsi une fourmi appelle-t-elle sa « base » en faisant vibrer ses antennes. Mais le bruit qu'elle produit alors n'est pas réaliste : l'aimable tut-tut d'un vieux télégraphe. Minuscule est un conte, un vrai, qui enchante. De l'araignée solitaire à la coccinelle débrouillarde, en passant par un gang de mouches énervantes, les animaux ont de gros yeux ronds et des dégaines cartoonesques.

Cet univers insolite ne s'interdit rien, pas même une incursion du côté de l'épique et du grandiose. Lorsque, entre fourmis rouges et noires, la guerre éclate pour de bon, on se croirait presque dans Le Seigneur des anneaux : plans vertigineux et rougeoyants de la fourmilière assiégée, ambiance héroïque et grand spectacle garantis. Minuscule, mais géant.



 

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Le loup de Wall Street (VF)

Le loup de Wall Street (VF)

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Film de Martin Scorsese (Etats-Unis - 2013 - 2h59) avec Leonardo Dicaprio, Jonah Hill, Jon Favreau, Jean Dujardin, Kyle Chandler....


 

Interdit aux moins de 12 ans


Loup de WS affiche uneLe nouveau film de Martin Scorsese raconte l’histoire de Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio), courtier en Bourse à New York à la fin des années 80. Du rêve américain à l’avidité sans scrupule du monde des affaires, il va passer des portefeuilles d’actions modestes et de la droiture morale aux spectaculaires introductions en Bourse et à une vie de corruption et d’excès. En tant que fondateur de la firme de courtage Stratton Oakmont, son incroyable succès et sa fortune colossale alors qu’il avait à peine plus de vingt ans ont valu à Belfort le surnom de « Loup de Wall Street ».

L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

 

Critique "Kritikat.com"


Avec ce remake des Affranchis en milieu boursier, personne ne s’étonnera de voir Scorsese revenir au sommet de son art – cet art de la narration polyphonique hallucinée, de la fresque bouillonnante et euphorique. Du haut de ces cimes qu’il n’a en vérité jamais quittées, il est en revanche plus surprenant que le réalisateur ait laissé échapper farce aussi insolente. Un film somme et centrifuge, qui dévale pour la mettre sens dessus dessous une filmographie depuis toujours aimantée par deux horizons : celui, intimiste et christique, du mâle blanc face à l’hubris ; celui, épique et ironique, de l’Amérique face au capitalisme.

Ces horizons – qui sont en fait les mêmes pour qui, comme « Ace » Rothstein à Las Vegas (Casino), comme Henry Hill à Brooklyn (Les Affranchis), comme Howard Hugues à Hollywood (Aviator), veulent faire de leur vie une grande tranche de gloire – sont ici noyés dans la brume, évanouis dans l’incertitude. Les héros de Scorsese étaient ces êtres immenses que l’histoire, en accaparant in fine leur mégalomanie, venait rendre dérisoires et pathétiques. Mais le programme de cette nouvelle cuvée – qui est celui d’un broker de haut vol, Jordan Belfort, synthèse dégénérée et lisse des grandes crapules scorsesiennes – se déroulera sans expiation ni héroïsme. Un destin bigger than life tiraillé entre démesure et régression, sniffé comme un rail de coke, traversé en courant d’air, extraordinaire et pourtant cousu de fil blanc. Nombriliste et auto-satisfait, Le Loup de Wall Street est de ce fait d’autant plus tragique. C’est qu’ici l’histoire, cette juste créance de la morale, ne reprendra rien à Belfort. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus d’histoire. Et parce qu’il n’y a plus rien à reprendre. Deux raisons terribles, qui valent bien cette satire sans ironie, implacable et monstrueuse.

Avachi dans son yacht, Belfort discute avec l’inspecteur en charge d’enquêter sur son étrange et fulgurante réussite. À l’orée de cette conversation délicieusement hypocrite, ce dernier fait part de sa surprise – qui est plutôt une consternation : au lieu d’un habituel "fils de" perpétuant les vicissitudes familiales, il se trouve en face d’un homme devenu une enflure par lui-même – diablotin sans origine, création ex nihilo. Dans Les Affranchis, Henry Hill ne faisait guère mystère de son désir de carrière (« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster »), mais pour ce petit Irlando-Américain né de parents anodins, il s’agissait avant tout d’intégrer une tradition, une culture, une mythologie : raffinement du vêtement, immutabilité du code d’honneur, ivresse de l’outlaw. Au début du Loup de Wall Street, Belfort est un travailleur simple et logique, sans idéal et plein de bonnes volontés, complètement hermétique au laïus délirant de son supérieur (Matthew McConaughey), qui avait pourtant le mérite de parfaitement résumer la situation : à Wall Street, ce qui compte, c’est la superposition perpétuelle de toute pulsion-addiction – gicler et engranger, en même temps. Au diapason de cette philosophie, le film ne sera que ça : une débauche mirobolante de stupre et de psychotropes.

Sans jamais y croire une seule seconde, Belfort se retrouve pourtant aspiré par cette pompe à turpitudes. Affublé de la pire panoplie de la décadence nineties (coke, cash, partouze), il parcourt la vie à la façon d’une gigantesque fête. Et c’est précisément au milieu d’une d’entre elle, célébrée en l’honneur d’un associé tout juste sorti de prison, que Belfort s’étonnera en off de penser à Mozart, mort exactement au même âge que l’associé en question – qui croule, à l’image, sous deux couches de dollars et trois call girls. Il s’étonne de ce rapprochement incongru et il a raison : roi d’un monde sans loi, Belfort n’a pas encore le recul pour comprendre qu’il trône au zénith d’une Babylone sans culture (le monde réduit à des orgies et des bureaux, à des orgies dans des bureaux). C’est ce grand vide historique et culturel qui, au fond, favorise la maintenance de cette machine à crise perpétuelle – inexorable logique de Sisyphe qui, malgré une décennie de recul, confère au film sa désespérante actualité.

Si Scorsese aime les bandits depuis ses débuts, cet intérêt teinté d’admiration s’est toujours entendu à l’aune d’un tropisme très américain pour les grands fondateurs (Casino, Gans of New York, Aviator). Le gangster, le criminel, l’affairiste ne sont que la face sombre du pilgrim, un mal nécessaire sur le terreau duquel prospère le mythe du rêve américain. C’est un circuit parallèle, au-dessus des lois, mais une histoire alternative toujours remise dans le rang un jour ou l’autre. Pris au piège de sa propre démesure, le wiseguy (ce revers crâneur du citizen) finit invariablement par faire profil bas. On se souvient de la chute éminemment moraliste de Henry Hill : en étirant jusqu’à l’excès son american dream, il se retrouvait condamné au modeste perron de l’american way of life. Aucun réalisateur n’a su mieux que Scorsese figurer cette maturation lente, tangente, extralégale du capitalisme américain, ce jeu de masque entre law et outlaw – un relais tacite qui était du reste la trame littérale des Infiltrés, sa série B faustienne.

Sauf qu’à Wall Street, rien ne se perd et rien ne se créé, tout circule et se confond, s’oublie et se répète, disparaît puis repousse. Comment récupérer ce qui n’existe pas ? Belfort, moins loup que champignon, intègre cette aporie et la claironne face caméra. Il ne lui en coûtera d’ailleurs pas grand chose d’avoir joué à découvert jeu aussi cynique : vingt-quatre mois de prison, une grosse amende ponctionnée sur ses futurs revenus. Et puisque nul code d’honneur bafoué, nulle dignité à recouvrir. Si la justice ne peut plus faire main basse sur ces fossoyeurs de l’ombre, c’est parce que ces criminels sont devenus des guignols. Prisonnier d’un cercle vicieux et parodique, l’histoire multiplie donc les ironies : avant même sa sortie, les droits d’adaptation du livre de Belfort s’arrachaient aux enchères ; livre qui lui même deviendra best-seller ; adaptation sur laquelle, évidemment, l’intéressé touchera des royalties. À l’aube du XXIe siècle, les téléphones et ordinateurs ayant définitivement remplacés les flingues, la purge régulatrice (ce grand dénouement scorsesien) n’est plus possible et les rats (ceux dont Jack Nicholson appelait de ses vœux à l’extermination) continuent de pulluler : puisque Wall Street d’Oliver Stone inspira Belfort dans son entreprise de turpitude, on peut s’assurer que son biopic saura provoquer de nouveaux épigones. Crises et naufrages ne font plus quitter le navire, ils sont la fontaine de jouvence de ces rongeurs dépravés : la Rota Fortunae se mue tranquillement en ruban de Möbius.

Elle se mue d’autant plus que c’est devenu une bonne habitude chez les champions de la décadence business que de ne pas regarder les films jusqu’au bout (on ne compte plus les caïds libertaires érigeant Scarface en Sainte Bible). D’où une double défection dans Le Loup de Wall Street ; et qui, de la part d’un réalisateur comme celui de La Dernière Tentation du Christ, ne doit pas s’envisager comme un détail. Primo : la désertion de toute velléité transcendante. Secundo : un déficit de croyance définitif en la justice. Ni grâce, ni châtiment. En prenant le pli d’une true story si aberrante qu’elle en ferait presque craquer les coutures de sa mise en scène (un peu comme le No Pain No Gain de Michael Bay, son jumeau west coast beauf), Scorsese renverse subtilement son schéma habituel – ce terminus moraliste au devant duquel il lançait ses récits de rise and fall. Et au Loup de Wall Street de ressembler au déraillement d’un train qui ne s’écroulerait jamais.

Substituant à la tragédie la farce et renouant ainsi avec une de ses meilleures veines (celle de La Valse des pantins), Scorsese préfère rire ; mais ce rire est trop grinçant, trop appuyé, trop unilatéral pour ne pas faire affleurer l’angoisse. À ce titre, il ne faudrait pas mal interpréter la troublante et presque gênante complicité entre la fiction et son personnage : si la caméra hystérique et ubiquiste du réalisateur accompagne Belfort au plus près de son délire, c’est pour mieux rester imperturbable aux tréfonds de vulgarité qu’il est capable de creuser (l’escapade paralytique sous psychotrope, ironique morceau de bravoure voué à devenir culte). Cette complicité n’est pas de la mansuétude : c’est de l’indolence. Et c’est ce que peut faire de plus fort Scorsese, chrétien devant l’éternel, mais pas devant pareil bouffon : ne faire aucun sentiment, n’accorder aucune rédemption. C’est dire si, malgré les apparences, sa cruauté envers son personnage est énorme ; c’est dire surtout si, à ses yeux, notre monde est clairement perdu.

Au terme de cet épuisant carnaval, il suffit d’ailleurs d’un incongru plan de métro et de ses quelques quidams vivotant leur quotidien pour que tout d’un coup, l’on prenne conscience que jamais il ne fut question de contrechamp dans ce récit maintenu tête dans le guidon. Ce contrechamp, c’est-à-dire ces victimes qui, à l’autre bout du téléphone, ont accepté l’arnaque ruineuse des nervis de Belfort, on en retrouvera une trace encore un peu plus loin. Fraîchement sorti de ses vacances en prison, le loup se présente en coach professionnel lors d’une conférence à sa gloire. En face de lui, une audience de moutons attentifs et stupéfiés, incapable de renvoyer autre chose qu’une contenance débile. Ce contrechamp, qui est aussi le dernier plan du film, pourrait être parfaitement risible si, pour le spectateur, il n’avait pas valeur de potentiel miroir. C’est un plan terrible qui semble dire : « Pardonnez-nous. Pardonnez-nous d’être aussi cons. »

 

 

Critique "Regards"


Bien que quelques voix l’aient déploré aux États-Unis, on peut difficilement accuser Martin Scorsese d’avoir, avec Le Loup de Wall Street, péché par excès de complaisance avec le personnage de Jordan Belfort, même si son film est totalement centré sur lui, présent dans la quasi-totalité des scènes, dont il est aussi le récitant en voix off. Le parti pris est connu, c’est celui d’une large partie de ses films : suivre un parcours, de l’ascension jusqu’à la chute, de la conquête des autres à la perte de soi. À ceci près que, cette fois, l’empathie pour le Henry Hill des Affranchis ou le Howard Hugues d’Aviator est à peu près aussi impossible pour le réalisateur que pour le spectateur.

L’ambition est présentée comme un état de transe, une transe artificiellement entretenue : lorsque Belfort déjeune avec son éphémère mentor Mark Hanna – trader de L.F. Rothschild interprété par Matthew McConaughey dans une scène brillante qui donne le ton au film et le voit entonner une sorte de chant tribal –, il est encore un peu embarrassé par le regard des autres clients, décline l’invitation à boire de l’alcool et s’étonne de l’ostensible consommation de cocaïne de son interlocuteur. C’est le début de la ligne blanche que le héros converti va suivre, avec une phénoménale consommation de drogue qui va au-delà de la simple addiction.

Cette ouverture suggère qu’il n’y a pas d’état de nature dans la sauvagerie des appétits de notre animal, même s’il a d’évidentes prédispositions, mais plutôt qu’il a été l’objet consentant d’une sorte de dressage. Hanna explique au jeune Belfort qu’il faut s’adonner aux stupéfiants, avoir une sexualité multi-quotidienne, désirer gagner toujours plus d’argent afin de rester dans un état d’insatisfaction – et donc de conquête – permanent. Au départ, il n’y a pourtant que l’ambition un peu puérile d’un gamin du Queens d’appartenir au monde des courtiers, brisée prématurément avec le Black Monday de 1987 qui le renvoie à la rue, loin de downtown Manhattan. Son surnom ne sera même pas de sa propre initiative, mais résulte d’un article très critique à son encontre dans Forbes Magazine, qu’il prend initialement mal, avant d’en mesurer l’impact lorsque débarquent dans ses bureaux une meute de... jeunes loups attirés par cette paradoxale publicité. "Wolfie" est né.

La leçon inaugurale comporte cependant un autre précepte : le trading, c’est le vol des clients, fondé sur leur propre addiction et leur volonté irraisonnée de devenir encore plus riches. Sa renaissance et sa réussite, Belfort les construit sur une découverte simple : les gens modestes sont tout autant enclins à croire en des gains faciles et immédiats, et ses talents de commercial virtuose (d’abord capable, avec une violence verbale particulièrement bien restituée, de vendre son projet à ses employés) sont aussi efficaces auprès d’eux. Il ne s’agira, ensuite, que de parvenir à ferrer des poissons de plus en plus gros. L’aspect le plus sympathique du film cohabite, à ce moment, avec l’expression du cynisme le plus complet. Devant la bande d’aimables tocards qu’il réunit pour monter sa société et qu’il entraînera dans son ascension, hameçonner un client crédule est une partie de rigolade collective qui doit être exécutée sans l’ombre d’un scrupule.

Le film n’est finalement choquant qu’au travers d’un choix cependant parfaitement cohérent, celui de voir la trajectoire de Belfort depuis son point de vue à lui... qui consiste à littéralement escamoter l’humanité des clients mystifiés. Ses victimes restent invisibles, à l’autre bout du fil qui transmet, parfois, leur voix. Leur existence est maintenue constamment hors-champ, condition indispensable pour endiguer toute résurgence morale chez le héros. Le même principe est à l’œuvre dans la façon dont sa première femme Teresa disparaît de l’intrigue, dès lors qu’il décide du divorce, dans les débats "éthiques" sur les nains qui vont être proposés au lancer au cours d’une fête, ou dans le malaise suscité par la tonte d’une secrétaire contre 10.000 dollars (sans parler du recours frénétique à des prostituées).

Sa chute tient alors bien plus de la descente d’acide que de la prise de conscience, à l’image de ce réveil brutal par les agents du FBI et de sa sortie sur le perron de sa demeure, où il découvre la Lamborghini accidentée qu’il pensait avoir ramenée en bon état la veille. Une fois désintoxiqué, il semble victime d’une sorte de castration chimique (sa sublime compagne le laisse lui faire l’amour une dernière fois sans éprouver le moindre plaisir), mais il continuera à animer des séminaires de vente en usant des mêmes ficelles de motivational speaker, devant un public crédule.

Il n’y a pas de propos politique, de critique explicite dans Le Loup de Wall Street, ce qui n’en empêche en rien une lecture de cet ordre, quitte à en trouver les traces à l’arrière-plan : une mention de Lehmann Brothers, la préfiguration (dans l’arnaque légale des petites gens) de la crise des subprimes, l’aveu par le héros de "l’obscénité" de sa vie, le passage insensible des années Reagan-Bush sr aux années Clinton (dont le portrait, flou, apparaît sur le mur des locaux du FBI) [1] Avec la force de l’exemple, fut-il à ce point repoussant, Scorsese dépeint le basculement dans la démence du rêve américain de la réussite individuelle [2] en même temps que le développement d’un capitalisme cannibale dont Jordan Belfort n’est qu’un éphémère passager, vite débarqué.

Notes


[1] Une opposition classique s’exprime aussi dans la confrontation entre Belfort et l’agent fédéral Denham (Kyle Chandler), son adversaire qu’il renvoie, avec tout le mépris dont il est capable, à la misère relative de ses revenus de fonctionnaire. Scorsese n’insiste pas, mais joue d’un parallèle muet lorsque Belfort se dirige vers le pénitencier dans un fourgon grillagé, tandis que Denham regagnant son domicile (et peut-être la "femme moche" que lui prête celui qu’il a vaincu), balaye du regard les autres occupants de son wagon de métro.

[2] Dans la scène ou Belfort revient sur sa décision de cesser son activité pour échapper aux poursuites, il fait scander "Fuck USA" à ses troupes. Sur un mode plus explicitement ironique, les "clips" qui ponctuent l’ascension du héros en montrant ses acquisitions (Ferrari, villa, yacht...) semblent tout droit extraits de l’émission Lifestyles of the Rich and Famous.


 

 

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Jack et la mécanique du cœur

Jack et la mécanique du cœur

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Film d'animation de Mathias Malzieu et Stephane Berla (France - 2013 - 1h34)


 

Jack et la mecanique affiche uneÉdimbourg 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Le Docteur Madeleine le sauve en remplaçant son cœur défectueux par une horloge mécanique. Il survivra avec ce bricolage magique à condition de respecter 3 lois: premièrement ne pas toucher à ses aiguilles, deuxièmement maîtriser sa colère et surtout ne jamais Ô grand jamais, tomber amoureux. Sa rencontre avec Miss Acacia, une petite chanteuse de rue, va précipiter la cadence de ses aiguilles. Prêt à tout pour la retrouver, Jack se lance tel un Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais, à Paris jusqu'aux portes de l'Andalousie.

 



 

Critique "Télérama"


La mère de Jack l'abandonne, et il fait si froid à Edimbourg en cet hiver 1874 que le coeur du gamin gèle. Pour le maintenir en vie, une femme médecin, le Dr Madeleine (c'était le pseudonyme de Jean Valjean, dans Les Misérables), lui greffe une horloge mécanique : elle bat comme elle peut. Pour continuer à vivre, Jack n'a pas trois voeux à exaucer, mais trois règles à suivre, impératives, sous peine de mort : ne pas toucher aux aiguilles, éviter toute colère et, surtout, ne jamais tomber amoureux. Impossible, bien sûr, dès lors qu'il rencontre miss Acacia, la toute menue chanteuse myope que courtise le sombre et détestable Joe...

C'est un film étonnant. Né de l'imagination du chanteur Mathias Malzieu (Dionysos) dans un disque de chansons, d'abord, puis dans un album illustré par sa complice, Nicoletta Ceccoli. Avec l'aide d'un troisième larron à la réalisation, ils ont inventé ces personnages aux grosses têtes et aux yeux emplis de tristesse. On sent, très visible, l'admiration des auteurs pour Tim Burton mais, après tout, autant s'inspirer des meilleurs. On sent aussi leur goût pour les romantiques anglais à la Mary Shelley — même si ce n'est pas la créature de Frankenstein que l'on croise, mais Jack l'Eventreur, le temps d'une chanson ­interprétée par Alain Bashung.

L'hommage le plus fervent, le plus touchant, néanmoins, est celui qu'ils rendent à un art nouveau que nul, à l'orée du XXe siècle, ne prend encore trop au sérieux : le cinéma. Car, dans sa quête pour retrouver la femme de sa vie, Jack rencontre Méliès, comme lui victime des intermittences du coeur, mais toujours amoureux des femmes, au point de s'éprendre, dans un parc d'attractions andalou où il projette ses petits films, d'une fille à deux têtes, chacune aussi ensorcelante que l'autre...

Dans ce film qui célèbre avec ferveur et extravagance la magie du rêve règne une sourde mélancolie. Car tous les personnages restent à jamais des inguérissables, des éclopés, des rejetés : Jack et son palpitant artificiel, miss Acacia, dont le corps se couvre d'épines à la moindre frayeur, ou encore Arthur, le poète alcoolique qui squatte la maison isolée du bon Dr Madeleine. Ils ont tous ce charme fragile, désuet des survivants malgré eux se déplaçant tant bien que mal dans un monde hors du temps. D'où ce dénouement romanesque qui tranche avec la joie forcée, souvent artificielle, des films d'animation habituels. L'émotion qu'il suscite rappelle les larmes délectables que l'on versait en voyant, sur un écran, s'éteindre doucement dans la neige la petite marchande d'allumettes filmée par Jean Renoir




 



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Supercondriaque (Avant-Première)

Supercondriaque (Avant-Première)

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Categories: Cette semaine

Film de Dany Boon (France - 2013 - 1h47) avec Dany Boon, Kad Merad, Alice Pol et Judith El Zein...


 

Supercondriaque affiche uneRomain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenska, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le docteur Zvenska pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Flaubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu...

 


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