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Les enfants des mille jours (VOST)

Les enfants des mille jours (VOST)

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Documentaire de Claudia Soto Mansilla et Jaco Bidermann (France- 2013 - 1h30)


 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Soirée spéciale Chili


Deux films et rencontre avec Eduardo Olivares, journaliste et éditeur du site Francochilenos.com


Les films seront suivis d'un débat et d'un pot de l'amitié

Tarif unique soirée complète : 8€ (ou un abonnement + 3€)


enfants des mille jours uneCe documentaire revient à l'aide de témoins non pas sur la répression mais sur les années de l'Unité populaire du gouvernement de Salvadore Allende entre 1970 et 1973. Le film a été construit à partir de témoignages de personnes ayant participé à la vie active chilienne durant ces années, d'images d'archives de cette époque et les images de l'hommage du Chili au chanteur Victor Jara, exécuté en 1973.

 


 

Critique "Les Inrockuptibles"


“Que peut-on lire sur les visages ?”, interroge Septembre chilien en 1973, dans les rues de Santiago. Nous sommes quelques jours après le coup d’Etat militaire de la junte fasciste, dirigée par le général Pinochet avec l’aide de la CIA. Bruno Muel et Théo Robichet – alors membres des groupes Medvedkine de cinéastes ouvriers – captent sur place les premières secousses de la catastrophe. Sans attendre, il fallait s’efforcer de voir et d’écouter : les regards perdus dans lesquels subsiste la lueur de l’espoir trahi, les voix forcées au murmure mais encore fermes de ceux, ouvriers, étudiants, qui avaient fêté et vécu les mille jours de mandat du président Allende. A l’enterrement du poète Pablo Neruda, ces regards et ces voix en choeur résistent, scandant les noms de la révolution assassinée : “Camarade Salvador Allende ? – Présent ! – Camarade Víctor Jara ? – Présent !”

En 2009, le défilé en hommage au chanteur Jara à Santiago fait résonner le même cri. Claudia Soto Mansilla et Jaco Bidermann lisent à leur tour sur les visages des Chiliens, rescapés de la dictature et continuateurs plus jeunes, la lutte contre l’oubli dans Les Enfants de mille jours. Et ces visages aujourd’hui parlent, alors que dans les rues retentissent les cris des partisans du futur président milliardaire Piñera : “Communistes pédés, vos parents ont été tués par leur connerie !” Ils parlent, avec ferveur et précision, des réalisations du régime socialiste, d’une révolution entièrement démocratique, de leur participation à un changement bientôt annulé par la première version d’un néolibéralisme dérégulé qui allait être mondialement adopté.

Ces deux films fortement liés et programmés ensemble cherchent à quarante ans d’intervalle les formes cinématographiques les plus directes pour contredire l’idée que l’argent commande et que le passé est mort. Il ne s’agit pas seulement de mémoire, mais de l’élan retrouvé à constater, en s’attelant à l’écriture de l’histoire des vaincus, qu’ils sont restés jeunes, de cette jeunesse révolutionnaire, et qu’ils le resteront toujours.

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Septembre chilien (VOST)

Septembre chilien (VOST)

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Documentaire de Valérie Mayoux, Bruno Muel et Théo Robichet (France- 1973 - 0h39)


 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Soirée spéciale Chili


Deux films et rencontre avec Eduardo Olivares, journaliste et éditeur du site Francochilenos.com


Les films seront suivis d'un débat et d'un pot de l'amitié

Tarif unique soirée complète : 8€ (ou un abonnement + 3€)


septembre chilien affiche uneCompte-rendu à chaud des journées qui ont suivi le coup d’état du général Pinochet. À Santiago la peur se lit sur les visages. Des militants de l’Unité populaire osent cependant parler, ébauchent des explications, font part au monde de leur détermination. Les obsèques de Pablo Neruda donnent lieu à la première manifestation contre le régime.

 


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Monument men (VOST)

Monument men (VOST)

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Film de George Clooney (Etats-Unis - 2013 - 1h58) avec George Clooney, Matt Damon, Jean Dujardin, Cate Blanchett, John Goodman, Bill Murray...


 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

MONUMENTS-MEN-Affiche-France uneLa plus grande chasse au trésor du XXe siècle est une histoire vraie. MONUMENTS MEN est inspiré de ce qui s’est réellement passé.
En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…

 


 

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L’homme de Rio

L’homme de Rio

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Film de Philippe De Broca (France - 1964 - 2h) avec Jean-Paul Belmondo, Françoise Dorléac, Jean Servais et Milton Ribeiro....


 

Homme de Rio  affiche blanche uneEn permission pour une semaine, le soldat de 2e classe Adrien Dufourquet arrive à Paris pour retrouver sa fiancée Agnès. Au même moment, une statuette amazonienne est volée au musée de l'Homme. Elle fait partie d'un ensemble de statues rapportées par trois explorateurs : le professeur Catalan, le professeur Villermosa, tragiquement disparu, et Mario de Castro, un riche homme d'affaires brésilien. Quelque temps plus tard, le professeur Catalan est enlevé devant le musée. De son côté, Adrien rejoint Agnès, laquelle n'est autre que la fille de l'explorateur disparu. Hélas, la jeune femme est enlevée à son tour. Adrien se lance à la poursuite des ravisseurs…

Sélection Cannes Classics 2013 - Version restaurée

«Chef-d’œuvre ! Tout est réussi. Aucun temps mort dans les aventures d’Adrien Dufourquet, militaire en permission lancé, au Brésil, à la poursuite de sa fiancée et de mystérieuses statuettes. Belmondo fougueux, Françoise Dorléac irrésistible. Ça pourrait être du Hawks, c’est du Philippe de Broca millésimé.» Télérama

 

 

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Fiston

Fiston

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Film de Pascal Bourdiaux (France - 2013 - 1h28) avec Kev Adams et Franck Dubosc...


 

Fiston affiche uneDepuis qu’il a 7 ans, Alex n’a qu’une obsession : séduire Sandra Valenti, la plus jolie fille d’Aix en Provence et, à ses yeux, la plus jolie fille du monde. Aujourd’hui, il lui faut un plan infaillible pour pouvoir enfin l’aborder. Il décide de s'adjoindre les services d'Antoine Chamoine qui presque 20 ans auparavant, a séduit Monica, la mère de Sandra.

 





 

Critique "aVoir-aLire.com"


On reproche souvent à la comédie française son aspect gaulois et mal dégrossi, enchaînant les gags avec une surenchère cucufiante à l’image des Profs (dans lequel jouait déjà un certain Kev Adams). Avec Fiston, Pascal Bourdiaux -réalisateur du truculent Le Mac fait non seulement preuve d’une certaine ingéniosité narrative en reprenant à sa sauce les codes de la comédie américaine et du teenage movie mais ajoute à sa marmite un ingrédient essentiel qui fait toute la force de son film : l’émotion. Le jeunot Kev Adams, dont c’est seulement le deuxième film, est plutôt convaincant dans son rôle d’ado gaffeur et amoureux prêt à tout pour séduire sa belle et s’octroie quelques jolis morceaux de bravoure -son placage par les types de la sécurité alors qu’il est en repérage pour séduire une jolie employée de banque restera dans les annales-. Mais si Kev, héros de la série télé Soda et coqueluche des adolescentes reste assez fidèle à lui-même, la vraie surprise vient d’un Dubosc tout en retenue loin du Patrick Chirac de Camping. Séducteur invétéré ayant perdu la joie de vivre, porteur d’un éternel col roulé (on pense évidemment à l’accoutrement de Diane Keaton dans Tout peut arriver), il campe un personnage complexe et abîmé par la solitude dont les réelles motivations restent troubles mais qui retrouve en Alex la fougue de sa propre jeunesse. Très vite, un lien fort se crée entre Alex, le garçon renfermé qui a grandi sans la présence d’un père, et Antoine, le vieux bourru de près de 25 ans son aîné qui n’a toujours pas digéré son passé amoureux et vit reclus dans sa jolie maison de pierre, là haut sur la colline.
A travers cette relation de substitution somme toute assez classique, Pascal Bourdiaux vise juste et s’amuse de l’opposition supposée entre deux personnages que tout semble opposer et qui ne cessent pourtant de se trouver des points communs. S’ensuivent quelques séquences épiques malheureusement trop rares, où le tandem devient réellement alchimique comme cette mémorable suite de baffes, clin d’œil à notre Ventura national (qu’on vous laisse découvrir) ou l’air penaud d’un Dubosc has-been incapable d’obtenir des croissants gratuits de la boulangère. Comme quoi la drague, ça s’entretient, et c’est aussi affaire d’époque... Tout à la fois fable initiatique -le jeune homme apprend à aimer et à devenir un homme par l’intermédiaire d’un substitut paternel qui lui transmet son expérience-, histoire de mœurs – la question de la famille recomposée, qui affecte tous les protagonistes du film, est plus que jamais brûlante d’actualité- et love story adolescente utilisant les clichés pour mieux les contourner, Fiston s’affirme comme un divertissement familial de qualité qui, par moments, parvient à toucher le spectateur au coeur. En dépit de nombreuses grosses ficelles qui détruisent toute possibilité de suspense, le film est porté par un souffle authentique ayant pour vecteur une véritable idée de transparence. Perdus à différents âges de la vie au moment où tout un chacun remet en doute sa manière même d’exister, les personnages fonctionnent comme un miroir déformé de nous-mêmes et incarnent de fait des êtres qui nous parlent, archétypiques sans être caricaturaux. Reine parmi les reines, petite pensée pour la pétillante Valérie Benguigui -consacrée pour son rôle dans Le Prénom-, parfaite en mère célibataire paumée, qui nous aura émus pour la toute dernière fois. Attachant sans pour autant sombrer dans la mièvrerie, un joli petit brin de film dans la lignée de LOL, qui devrait trouver sans peine un public d’ores et déjà conquis par le choix de ses interprètes. Pour tous les fans de Franck Dubosc et Kev Adams, mais pas que...

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The Grand Budapest Hotel (VOST)

The Grand Budapest Hotel (VOST)

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Film de Wes Anderson (Etats-Unis - 2013 - 1h39) avec Ralph Fiennes, Jude Law, Bill Murray, Edward Norton, Saoirse Ronan, Owen Wilson, Adrien Brody, Willem Dafoe, Tilda Swinton, Jeff Goldblum, Jason Schwartzman, Harvey Keitel, Mathieu Amalric, Léa Seydoux, F. Murray Abraham, Tom Wilkinson, Tony Revolori...


 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Grand-Budapest-Hotel-affiche uneThe Grand Budapest Hotel retrace les aventures de Monsieur Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’Entre-deux-guerres, et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d’un tableau volé, œuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au cœur de la vieille Europe en pleine mutation.

 


 

Critique "aVoir-aLire.com"


La filmographie de Wes Anderson est une avalanche vertueuse. Une boule de neige de dessin-animé grossie par l’expérience et le dévalement, qui digère tout ce qu’elle croise sans rien omettre de sa matière fondamentale. Irrigué par 18 ans de cadres maniaques, de panoramiques-éclairs, d’influences tatouées sur la rétine, de décors pointilleux, de légèreté placide, de familles dysfonctionnelles et de vannes d’un autre monde, The Grand Budapest Hotel a des allures d’aboutissement. Le point culminant d’une carrière débutée dans l’amateurisme éclairé, prolongée dans les terres du culte souterrain, et propulsée sur le devant de la scène indie-chic par un public aussi singulier que son œuvre, garni de barons de la mode, de cinéphiles-sociopathes, de mamans esthètes, de hipsters sans fond ou de profs bien formés. Recycleur de prestige, le réal le plus classe de l’ouest pose donc son hôtel dans l’est de l’Europe, entre deux guerres et des camions de références. Stefan Zweig, Thomas Mann, Ernst Lubitsch, Billy Wilder ou Hergé sont tous conviés pour cette grande sauterie à peine chorale mais définitivement luxuriante, et y rencontrent à la fois les obsessions d’Anderson (les hôtels, la symétrie, la filiation, l’absurdité mid-tempo, le pittoresque réinterprété, la contemplation temporaire ou les pointes de vitesse narratives), ses dernières marottes (le film noir, les cavalcades théâtrales de Moonrise Kingdom, l’animation de Fantastic Mr Fox) et la plupart des membres de sa très belle famille (Adrien Brody, Owen Wilson, Jason Schwartzman, Bill Murray, Willem Dafoe, Edward Norton etc). Résultat : ce mash-up pop-culturel aussi vigoureux que naphtaliné plane un ton au-dessus du réel, et du reste de l’œuvre de Wes.


Monsieur Gustave, joué façon premier prix de conservatoire par Ralph Fiennes, y apparait comme un Steve Zissou de l’hôtellerie, minus la morgue du simili-cousteau. Une figure paternelle magnétique abîmée par la fuite d’un monde dont il est la boite noire, et un concierge gérontophile plus aristo que les vielles choses qu’il culbute dans son palace. Aussi abrupt que romantique, et aussi lâche que chevaleresque, il incarne également la nostalgie flamboyante de son papa Anderson. Une symétrie résumée par Zero Moustafa, qui lâche à propos de son mentor et la disparition de son environnement naturel « il entretenait l’illusion avec une grâce merveilleuse ».


Oui, despote minutieux de son petit théâtre pastel, dans lequel il convoque donc les motifs ambivalents de l’âge d’or hollywoodien (comme la gravité poids-plume du scénario policier), et confronte des caricatures jaillies d’un Tintin jamais dessiné (le tueur teuton aux mains truffées de bagues-têtes de morts, la vieille comtesse cataractée) à l’euro-idéalisme déçu mais énergique de Zweig, Anderson ne raconte pas seulement la dérive d’une civilisation niant son propre engloutissement, il déterre aussi son panthéon personnel et le vaccine avec entrain contre la mort culturelle, façon méthode Coué. Son film est à l’image du Grand Budapest Hôtel en fin de vie ou envahi par les nazis : un asile désuet et perméable à la barbarie, hanté par d’admirables fantômes, mais toujours palpitant, pourvu qu’on arrose ses souvenirs avec suffisamment de panache bienveillant, cuvée 1930.


Plus lugubre, graveleux, haletant et grand-guignolesque que les autres enfants de WA (on compte un certain nombre d’homicides et d’organes orphelins), le métrage lutte pourtant contre la maturité en multipliant les séquences cartoonesques (la poursuite en luge, l’évasion de la prison) en brodant des sections inimaginables ailleurs que chez le texan fou, comme la brillante présentation de la société secrète des clés croisées (une congrégation de concierges solidaires), et en baignant le tout dans un comique chorégraphique ou purement cinématographique (Anderson se moque de ses propres cadres) rarement aussi virtuose. A la fois trésor artisanal ultra-personnel (travellings latéraux grand luxe, sûreté de l’art décoratif, intelligence du découpage, précision criminelle des compositions) et hommage forcené au cinéma d’avant-hier, The Grand Budapest Hotel prouve également qu’il est possible de se réinventer sans souiller une signature que les contempteurs du surdoué appelleront une formule, quand nous parlerons plutôt de vision.




Critique "Critikat.com"




Avec The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson taille une encoche imaginaire dans l’histoire du XXe siècle en s’installant dans une Europe fantasmée des années 1930. Pour ce cinéaste, qui a toujours maintenu ses films à une distance hygiénique avec la réalité, laissant ses petites fantaisies bourgeonner dans des bulles méticuleusement organisées, cette immersion dans l’entre-deux guerres – même si le contexte historique avance masqué sous les traits d’une fable – fait figure de petite révolution. Mais ce n’est pas tout. Avec ce huitième long-métrage, le Texan amorce ce qui pourrait bien être – paradoxalement – un tournant dans sa filmographie : si tout est, une nouvelle fois, parfaitement en place, il n’en demeure pas moins que pour la première fois les enfantillages psychorigides de Wes Anderson frôlent le surmenage. Tous ses tics formalistes et ses effets de signature – en somme, tout ce qui rendait son cinéma si innocemment aimable et qui participait aux paisibles roulis de ses récits – provoquent dans Grand Budapest Hotel une confusion quasi hystérique dans ce monde où tout est, pourtant, minutieusement étiqueté (des objets aux hommes, en passant par les lieux et même les scènes).

Cette manie de Wes Anderson à parsemer ses décors d’écriteaux n’est pas nouvelle, mais elle est si prégnante dans Grand Budapest Hotel qu’il en devient impossible de passer à côté d’une des ambitions premières du metteur en scène depuis ses débuts : réorganiser le monde, y introduire l’harmonie qui lui fait souvent défaut. Encore une fois, rien ne change vraiment pour le cinéaste, mais les choses se complexifient tout de même un peu. En témoigne l’entrée dans le film qui, par le biais d’un enchâssement de narrations – où trois voix-off se passent le relais –, remonte le cours de l’histoire pour passer ainsi de la fin du XXe siècle au début des années 1930.

À la base de cette astucieuse structure en gigogne, un écrivain vieillissant (Tom Wilkinson) nous livre, face à la caméra, la recette de sa tambouille littéraire (les auteurs n’inventent rien mais composent leurs œuvres en écoutant les histoires des autres) avant de céder la place à une version plus jeune de lui-même (Jude Law), déambulant dans les couloirs vides du Grand Budapest Hotel. Ce dernier rentre en contact avec le mystérieux Moustafa Zero (F. Murray Abraham), propriétaire des lieux, qui propose de lui raconter comment il a hérité de l’hôtel. Et c’est ainsi que, méthodiquement, par sauts de trente ans, on passe d’une idée (la théorie littéraire du préambule) à son illustration ; du romancier au véritable personnage principal de cette histoire : Monsieur Gustave (Ralph Fiennes), l’épatant concierge du palace éponyme à l’époque où cette institution vénérable (non sans rapport avec le sanatorium Berghof décrit dans La Montagne magique de Thomas Mann) connaît ses dernières heures de gloire – tout comme le continent européen qui s’apprête à basculer dans l’un de ses plus sombres épisodes.

Une fois installé le cadre des tribulations de M. Gustave (faussement accusé du meurtre d’une aristocrate dont il est l’un des potentiels héritiers), la fluidité un peu guindée du récit, semblable à celle des autres réalisations de Wes Anderson, s’emballe dans une intrigue fiévreuse, pilotée avec une frénésie inaccoutumée chez ce réalisateur habituellement friand de personnages pantouflards et de scènes filmées au ralenti. Serait-ce le contexte historique, à l’heure où une nation germanisante imaginaire s’apprête à entrer en guerre, qui impose ce sentiment d’urgence, cette tempête avant le cataclysme ? C’est assez possible, car, même si Anderson ne prend pas à bras le corps cette dimension pseudo-historique, il la laisse pousser comme des ronces menaçantes sur les bas-côtés de son intrigue (particulièrement emblématique de cette approche : la scène où le jeune Zero se rue pour apporter à M. Gustave un journal titrant en Une « Bientôt la guerre ? », tandis que cette information se trouve reléguée au second plan par un autre article annonçant la mort de l’aristocrate – drame qui lance véritablement le récit). Ainsi cerné par les flammes d’un sujet sérieux (la prise de pouvoir des Nazis, représentés ici avec la parodique « section Zig-Zag »), le formalisme du cinéaste fait front à cet assaut en doublant son contingent de tics et de bibelots vintage. Il est assez amusant de noter, au passage, que bien que Wes Anderson s’ouvre pour une fois à une forme de réalité, il applique, dans un même mouvement, une stratégie de repli sur ses marottes visuelles.

Cette formidable aisance avec laquelle le réalisateur est capable de décliner son univers enfantin et loufoque dans des contextes hétéroclites (scolaire, familial, sub-aquatique, sylvestre...) se frotte cette fois – intentionnellement – à ses propres limites. L’abondance des détails dans la mise en scène, conjugué au rythme particulièrement soutenu, provoque une saturation qui ne saurait, malgré tout, saper l’harmonie chère à Wes Anderson. C’est que, même si Grand Budapest Hotel est marqué par une densification des images – l’utilisation du format 4/3 n’y est bien évidement pas étrangère –, jamais le cinéaste dandy ne se départit d’un esprit de légèreté et d’espièglerie, comme lorsque M. Gustave (personnage particulièrement croustillant) souligne avec sérieux, alors que son enquête pour prouver son innocence avance : « The plot thickens » (l’intrigue se densifie), avant de contrebalancer cette remarque par une interrogation comique : « By the way, why “thickens” ? Is it a soup metaphore ? »

À la fois prolongement, intensification et mise à l’épreuve du cinéma de son réalisateur, Grand Budapest Hotel s’avère non seulement valoir pour lui-même, mais aussi pour la curiosité qu’il créé quant à comment Wes Anderson parviendra à donner suite à ce geste aussi épuisant que revitalisant.



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Rêves d’or (VOST)

Rêves d’or (VOST)

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Film de Diego Quemada-diez (Mexique - 2013 - 1h42) avec Brandon Lopez, Rodolfo Dominguez, Karen Martinez...


 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Prix un Certain Talent au Festival de Cannes 2013


reves d'or affiche uneJuan, Sara et Samuel, 15 ans, fuient le Guatemala pour tenter de rejoindre les Etats-Unis. Au cours de leur traversée du Mexique, ils rencontrent Chauk un indien tzotzil ne parlant pas espagnol et voyageant sans papiers. Les adolescents aspirent à un monde meilleur au-delà des frontières mexicaines mais très vite, ils vont devoir affronter une toute autre réalité.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Pendant ses années de formation en tant qu’opérateur caméra pour des cinéastes aussi prestigieux que Ken Loach, Fernando Meirelles, Alejandro Gonzalez Iñárritu, Tony Scott, Oliver Stone ou Spike Lee (un beau palmarès), le cinéaste espagnol Diego Quemada-Diez a collecté durant plus de dix ans des histoires liées aux flux migratoires entre l’Amérique centrale et les Etats-Unis. Cherchant à recueillir le plus de témoignages possibles afin de construire un scénario trépidant et crédible à la fois, l’apprenti-cinéaste n’a pu se résoudre à terminer la rédaction du script de ce qui deviendra Rêves d’or avant de parfaitement maîtriser le sujet. Après s’être fait la main sur des courts à portée documentaire, le réalisateur a fini par sauter le pas. Afin de créer une immédiate proximité entre le spectateur et les migrants, Quemada-Diez s’est appliqué à dénicher des jeunes qui suscitent l’empathie. Après un casting géant organisé dans les quartiers pauvres de la capitale guatémaltèque, le réalisateur a choisi le jeune rappeur Brandon Lopez – absolument remarquable de présence – l’attachante Karen Martinez et l’indien Rodolfo Dominguez (au jeu plus en retrait).
Le trio, complété par Carlos Chajon à la capacité d’incarnation plus fragile, décide de suivre la traditionnelle filière d’immigration clandestine qui va de l’Amérique centrale aux Etats-Unis. Totalement représentatifs des espoirs de ces migrants qui pensent aux States comme à un Eldorado, les ados en partance sont d’une naïveté touchante. Leur parcours se révèle pourtant rapidement être un chemin de croix qui les amènera à perdre une à une toutes leurs illusions sur le monde qui les entoure et sur la nature humaine. Malgré l’accumulation de drames intenses, Rêves d’or ne tombe jamais dans l’écueil du mélodrame par l’extrême rigueur de sa réalisation. Soucieux de livrer une œuvre à la lisière du documentaire, Quemada-Diez tourne caméra à l’épaule dans une sorte d’urgence qui sied bien à la situation. Capable de saisir des instants d’intimité entre les trois jeunes, il sait également rendre le périple trépidant par un recours au suspense et à des péripéties aux confins du thriller.Toutefois, la véritable force du long-métrage réside dans sa capacité à démontrer que les pauvres finissent toujours par se dévorer entre eux au lieu de se liguer contre leur ennemi commun. Durant le périple, le danger se niche à tous les niveaux : policiers corrompus, clandestins voleurs, truands qui recherchent des jeunes filles pour les prostituer sont autant de menaces qui planent au-dessus des trois héros. Grâce à un scénario implacable qui va jusqu’à éliminer des personnages importants à mi-parcours, Rêves d’or est une œuvre glaciale. Alors que le voyage est conçu par les migrants comme une libération, le film les enferme progressivement dans une spirale infernale qui débouche sur une dernière scène où l’asservissement prend des allures mortifères. Démontrant de manière grandiose qu’il est quasiment impossible de sortir de sa condition première, ce premier long-métrage sans concession est sans aucun doute l’un des coups de poing de la saison.



Critique "Télérama"


Fuyant le Sud, ils quittent tout et risquent tout pour gagner les Etats-Unis. Pour son premier film, l'Espagnol Diego Quemada-Díez, installé au Mexique, s'est inspiré de témoignages de migrants. Ancien assistant de Ken Loach, il semble proche du documentaire. Mais il sait utiliser, aussi, les outils de la fiction, la dramaturgie. Un mélange qui fait de Rêves d'or un film d'une force étonnante.

On y suit trois adolescents qui, partis du Guatemala, espèrent aller jusqu'à Los Angeles, en marchant à n'en plus finir, en s'embarquant sur des trains de marchandises. Deux garçons et une fille auxquels on s'attache vite. Ils ne sont jamais les porte-parole d'une réalité économique, qui semble, d'ailleurs, les laisser indifférents, même si elle les jette sur les routes. C'est leur jeunesse qui est montrée, une légèreté qui les accompagne quand ils s'amusent à marcher sur les rails comme des équilibristes sur une corde. Le monde s'ouvre à eux et semble presque donner raison à leur projet : trouver, enfin, une vie de rêve.

A cet élan magnifique, le réalisateur confronte une réalité dont la dureté s'affirme inexorablement. La fuite en avant devient voyage sans retour. Au coeur de paysages écrasants, la solitude et la fragilité des adolescents sont toujours plus visibles. Ils entrent dans un parcours qui fait d'eux des clandestins. Des proies. Une condition inhumaine dont le film donne, peu à peu, toute la mesure. Avec une rigueur et une sensibilité si éclairantes qu'on a le sentiment de voir cela pour la première fois.


 

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Le Secret de la pierre de lune

Le Secret de la pierre de lune

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Film d'animation de Heiki Ernits et Janno Põldma (Estonie - 2011 - 1h15)


 

Secret pierre de lune affiche uneUne nuit, deux mystérieux étrangers s'introduisent à Gadgetville, le village des inventeurs, pour fouiller la maison du vieil explorateur.
Lotte les surprend alors qu'ils s'enfuient en laissant tomber la pierre jaune qu'ils viennent de dérober. Son oncle lui raconte alors que, lors de son dernier voyage dans la montagne avec deux amis, ils avaient trouvé dans une grotte trois pierres mystérieuses, qu'ils s'étaient ensuite partagées.
Lotte devine que ce ne sont pas des cailloux ordinaires mais des pierres dotées de pouvoirs magiques et elle décide de les rassembler toutes trois pour résoudre le mystère. Ils partent alors sur les routes : ils iront au pays des rêves, traverseront un labyrinthe de pluie, sui- vis de près par les deux étrangers qui s'avèrent être des lapins venus de la Lune, bien décidés à retrouver eux aussi les fameuses pierres.

 

 

Critique "TeleCinéObs"


Huit ans après "Lotte, du village des inventeurs", la petite héroïne estonienne reprend du service. Hésitant toujours à suivre les traces de son père inventeur ou celles de son oncle explorateur, elle concilie ses deux vocations en se lançant avec le second sur les traces de mystérieuses pierres dotées de pouvoirs magiques. De Gadgetville, où elle habite, au pays des rêves en passant par le labyrinthe de pluie et la banquise, Lotte apprend le courage et la débrouillardise, se lie d’amitié avec un lapin venu de la lune, pêche des pancakes sucrés et visite le musée de la toile d’araignée. Bourré d’humour et de poésie, pédago mais pas trop, un film d’animation au trait délicat, pour les petits.




 



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