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Monument men

Monument men

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Film de George Clooney (Etats-Unis - 2013 - 1h58) avec George Clooney, Matt Damon, Jean Dujardin, Cate Blanchett, John Goodman, Bill Murray...


 

 

MONUMENTS-MEN-Affiche-France uneLa plus grande chasse au trésor du XXe siècle est une histoire vraie. MONUMENTS MEN est inspiré de ce qui s’est réellement passé.
En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…

 


 

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Captain America, le soldat de l’hiver (3D)

Captain America, le soldat de l’hiver (3D)

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Film de Anthony Russo et Joe Russo (Etats-Unis - 2014 - 2h08) avec Chris Evans, Robert Redford, Scarlett Johansson, Anthony Mackie, Samuel L. Jackson, Sebastian Stan...


 

 

captain america affiche uneAprès les événements cataclysmiques de New York relatés dans Avengers, Steve Rogers, alias Captain America, vit désormais à Washington, où il s’efforce de s'adapter au monde moderne. Mais lorsqu’un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d’intrigues qui menace le monde entier. Avec Black Widow, il va tenter de déjouer une conspiration de plus en plus tentaculaire, et d’échapper aux tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l’étendue du complot maléfique est enfin révélée, Captain America et Black Widow sollicitent l'aide d’un nouvel allié, le Faucon. Ils sont bientôt confrontés à un ennemi aussi redoutable qu’inattendu : le Soldat de l’Hiver.

 

 

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Aimer, boire et chanter

Aimer, boire et chanter

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Film d'Alain Resnais (France - 2013 - 1h48) avec Sabine Azéma, André Dussollier, Michel Vuillermoz, Hippolyte Girardot, Sandrine Kiberlain, Caroline Sihol...


 

Aimer boire chanter affiche uneDans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley.

Lorsque le médecin Colin apprend par mégarde à sa femme Kathryn que les jours de son patient George Riley sont sans doute comptés, il ignore que celui-ci a été le premier amour de Kathryn. Les deux époux, qui répètent une pièce de théâtre avec leur troupe amateur locale, persuadent George de se joindre à eux. Cela permet à George, entre autres, de jouer des scènes d’amour appuyées avec Tamsin, la femme de son meilleur ami Jack, riche homme d’affaires et mari infidèle. Jack, éploré, tente de persuader Monica, l’épouse de George qui s’est séparée de lui pour vivre avec le fermier Simeon, de revenir auprès de son mari pour l’accompagner dans ses derniers mois. Au grand désarroi des hommes dont elles partagent la vie, George exerce une étrange séduction sur les trois femmes : Monica, Tamsin et Kathryn.

Laquelle George Riley emmènera-t-il en vacances à Ténérife ?

 

 

Critique "Critikat.com"





S’il fallait offrir un titre au diptyque que composent désormais Vous n’avez encore rien vu et Aimer, boire et chanter, on pourrait opter pour Laughing / Not Laughing tant les deux films ne cessent de se renvoyer la balle d’une même obsession (la mort), mais en s’appliquant chacun à prendre l’autre à contre-pied par le biais de tons et d’effets opposés (rien que l’inversion de la palette chromatique est éloquente). Sans cet échange entre les deux œuvres – entre la froideur tombale de la première et l’atmosphère plus guillerette et malicieuse de la deuxième – il est probable que le dernier film d’Alain Resnais ne constituerait qu’une étape mineure dans la filmographie du cinéaste récemment disparu.

Lorsque le réalisateur, alors âgé de pratiquement 90 ans, avait présenté Vous n’avez encore rien vu à Cannes en mai 2012, beaucoup avaient immédiatement rangé le film dans la catégorie des œuvres testamentaires, fortement incités par les effluves funestes qui émanaient de ce rassemblement de comédiens dans la « dernière demeure » d’un dramaturge récemment décédé. Pourtant, déjà à l’époque, Alain Resnais avait bien progressé sur Aimer, boire et chanter, film qui, comme son prédécesseur, s’organise autour d’un absent – l’invisible George Riley, doublement coincé dans un angle mort puisque non seulement il n’apparaît jamais à l’écran, mais aussi parce que le récit s’ouvre sur l’annonce de son décès imminent, sûr d’être emporté en six mois par un cancer foudroyant.

Une fois ce compte à rebours lancé – progressivement rythmé par les cartons annonçant les changements de saisons, nous rapprochant chaque fois un peu plus du mois de septembre fatal pour le malade –, Aimer, boire et chanter esquive les plots de son amorce dramatique pour s’amuser plutôt à faire graviter ses six personnages (trois couples) autour des dernières lubies d’un George plus dragueur que jamais. Petit à petit, ce mort particulièrement récalcitrant attire vers lui les trois femmes dans une ambiance de comédie vaudevillesque qui laisse les maris un peu pantois.

Toujours aussi espiègle, Alain Resnais semble ainsi tourner en dérision le désir de mort qui a souvent traversé ses personnages depuis Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour à Denis Podalydès singeant son décès dans Vous n’avez encore rien vu, en passant par le couple suicidaire de L’Amour à mort et Claude Rich dans Je t’aime, je t’aime. Cette fois-ci, il sera question d’un très littéral et burlesque désir du mort : pendant la deuxième moitié du film, chacune des trois protagonistes féminines espère que George la choisira pour partir deux semaines en vacances romantiques à Tenerife.

Ne se bornant pas uniquement au scénario, cette attirance pour la mort fait tache d’huile et vient également recouvrir l’esthétique du film qui, pourtant, s’épanouit dans un bain de couleurs chaudes. Seulement, tous ces jaunes et verts ont la même fonction que le plumage du paon que l’on entend piailler dans un des jardins : séduire et attirer, créer une illusion de vitalité quand en réalité la végétation des décors se réduit (à l’exception de chez Georges) à des photos imprimées sur des cartons ou de l’herbe synthétique – à des natures mortes en somme. L’intégralité de l’attirail théâtral (maisons peintes sur des longs draps pendants, plateaux composés comme une scène avec une poignée d’accessoires) est d’ailleurs symboliquement mise à mort par la réplique du personnage de Dussollier lorsqu’il revient du théâtre où ont joué les autres protagonistes : « Je préfère le cinéma. » « Alors, la prochaine fois on ira au cinéma », lui répond Sandrine Kiberlain.

Tristement, il n’y aura pas de prochaine fois. Mais force est de constater que, même dans ces décors artificiels, Alain Resnais ne faisait rien d’autre que du cinéma – contrairement à ce que certains détracteurs affirment en voulant réduire ses derniers films uniquement à du « théâtre filmé ». Comme dans Vous n’avez encore rien vu, le hors-champ dans Aimer, boire et chanter suscite à maintes reprises un émerveillement chez les personnages, comme s’il s’agissait de prolonger le film au-delà de son cadre – au-delà de son plateau théâtral – et créer le spectacle d’un monde invisible. Une manière pour le réalisateur de nous faire comprendre combien ses films ont toujours su puiser, dans la contemplation des (angles) morts, une vitalité salvatrice.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Comme le dit Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, à l’annonce de la mort du cinéaste le 2 mars dernier : "Ce n’est pas tant qu’Alain Resnais est mort, c’est qu’il n’y aura plus de film d’Alain Resnais". Ce rendez-vous quasi-annuel du plus "jeune" de nos illustres cinéastes va nous manquer… Aimer, Boire et Chanter sera donc son dernier cadeau. Présenté au dernier festival de Berlin, le film a notamment obtenu l’Ours d’Argent "Prix Alfred Bauer", récompensant l’ouverture vers de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique. Et quelle belle dernière récompense pour un cinéaste qui n’a de cesse tenté de réinventer son cinéma, sans complexe et sans avoir peur de décontenancer.
Ce film est une nouvelle adaptation d’une pièce du dramaturge anglais Alan Ayckbourn, après le diptyque Smoking/No Smoking et Coeurs . Ce film est centré sur un personnage n’ayant plus que quelques mois à vivre, ce qui va chambouler le quotidien de son groupe d’amis. Ce personnage, absent du film, va monopoliser les conversations de nos six personnages. Alain Resnais propose à nouveau une réflexion sur la mort, après Vous n’avez encore rien vu. Le cinéaste aime jouer avec cette matière théâtrale et déjoue constamment les attentes que créé ce dispositif. En effet, il aime combiner à la fois ces décors d’extérieurs formés de rideaux, cette dimension cartoon avec les dessins de Blutch, éclate la structure narrative… Le cinéaste a constamment fait preuve d’inventivité, ne se refusant aucune limite. Et c’est cela qui va nous manquer.

 



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Supercondriaque

Supercondriaque

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Film de Dany Boon (France - 2013 - 1h47) avec Dany Boon, Kad Merad, Alice Pol et Judith El Zein...


 

Supercondriaque affiche uneRomain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenska, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le docteur Zvenska pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Flaubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu...

 


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Ida (VOST)

Ida (VOST)

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Film de Pawel Pawlikowski (pologne - 2013 - 1h20) avec Agata Trzebuchowska...


 

ida affiche uneDans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l'occupation nazie.

 


 

Critique "aVoir-aLire.com"


Pawel Pawlikowski rebondit après les circonvolutions fantastico-psychologiques de l’étrange Femme du Ve qui n’avait guère séduit la critique et donc éconduit le public. Le réalisateur de Summer of love démontre qu’il n’est donc pas le réalisateur d’un seul film, mais bel et bien un auteur sur lequel il faut compter. En regagnant sa Pologne natale pour évoquer une histoire ancrée au début des années 60, il revient à l’essence même d’une culture empreinte de souffrance, qui s’est nourrie des massacres opérés par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Une culture forgée par le devoir de mémoire et manifeste dans un art pictural dépressif et surréaliste (Beksinski, Starowieyski, Gorowski...). Au cinéma, l’emprise féconde de la mélancolie et de la religiosité locale a permis aux sensibilités fabuleuses de Zulawski, Wojciech Has, Jerzy Kawalerowicz, Wajda ou Polanski, de s’exprimer dans des œuvres à la beauté et à la force imparables, qualité locale partagée entre voisins quand on pense au Russe Elem Klimov et à son ultime chef d’œuvre Requiem pour un massacre.
Avec Ida, Pawlikowski délaisse la Pologne contemporaine pour se faire le chantre de sa reconstruction de l’après-guerre. Dans un noir et blanc sublime, écrin du temps passé, il dépeint une nation de non-dits, recelant de secrets déchirants, où la campagne et la ville sont juxtaposées avec la même volonté de justesse de reconstitution. L’objectif est clairement de retrouver la texture émotionnelle (les jeunes qui s’amusent sur des airs de jazz) et esthétique (les édifices fissurés) d’une époque, un peu comme chez Béla Tarr, en version courte, puisque le film ne dure qu’1h20.



Le récit initiatique en forme d’enquête personnelle sur sa propre histoire, est âpre dans son propos ; on suit le parcours de la jeune Ida, catholique qui se découvre d’origine juive, la veille de prononcer ses vœux. Des racines insoupçonnées pour celle qui a vécu cloîtrée loin du monde et de ses tourments. En quête de ses origines, la jeune femme peu loquace de par son mode de vie qui l’a entraînée à l’intériorité, quitte quelque temps sa réalité du monde, un couvent austère, pour découvrir la nouvelle Pologne, emplie de vie et de jeunesse, d’un avenir conjugal pour elle, peut-être. Les sentiments fougueux deviennent charnels en la personne d’un jeune artiste bohème, qui pourrait apaiser ses questionnements. Mais le rapport aux racines familiales qu’incarne sa tante, qu’elle découvre, va la mener sur la route d’une tragédie du sang traumatisante.


Avec la finesse de son personnage principal, l’innocence d’un regard juvénile qui, en fin de compte, n’est pas tout à fait naïf, car Ida se montre d’une force psychologique insoupçonnée, le film de Pawel Pawlikowski ravive des plaies non cicatrisées. Il appose à la jeune femme une contrepartie familiale abîmée par la vie, dans le personnage, a priori solide et militant de la tante, dont la dépression et l’alcoolisme révèlent la réalité du poids du passé, celui d’une nation dans le déni, ou certains se tournent vers la religion comme pour mieux panser les blessures, et d’autres doivent affronter des tourments insupportables avec les moyens psychologiques du bord. Alors que le futur s’ouvre sur la Pologne, qu’une jeunesse s’éprend de son cycle de vie avec l’étincelle qui la caractérise, dans les villes reconstruites qui préfigurent d’autres perspectives, Ida arbore des cadrages somptueux, une réalisation délicate qui confine à la perfection esthétique... Le film se fait la récitation magnifique d’un poème mélancolique empreint de religiosité, de militantisme athéiste, et se savoure en un devoir de mémoire exemplaire, suffisamment adroit pour ne pas asséner le spectateur d’un message fastidieux. Les âmes ici sont grises et l’humain dépeint dans toute sa complexité. Pawel Pawlikowski n’est pas juge, mais un brillant artiste, avec une authentique vision de cinéma. Et en 2014, c’est sûrement l’une des plus belles.



Critique "EcranLarge.com"


Le premier élément patent lorsque commence Ida, c'est son format : un 1.37 pratiquement disparu (sauf chez Andrea Arnold et Kelly Reichardt), tout droit venu d'une autre époque. Pawel Pawlinowski, pour son premier film en Pologne, délaisse donc les formats larges et le Scope à propos duquel Fritz Lang avait pu dire qu'il n'était pas fait pour les gens mais pour les serpents et les funérailles, soit deux éléments liés à la symbolique christique et à une certaine idée de la mort. De là à penser que la religion soit une affaire de cadre, il n'y a qu'un pas.

Et il n'y a qu'à voir la première séquence pour comprendre à quel point cette donnée est déterminante. Les personnages ne se déplacent que dans la partie basse du cadre, plus rarement en haut et nul ne parvient à atteindre le centre de l'écran. Les mouvements sont rares, les plans étant fixes et l'ensemble d'une austérité sans faille. Non pas que le cinéaste cherche à documenter des lieux vides et ternes, que le noir & blanc vient renforcer, mais plutôt à montrer à quel point la religion pèse sur la protagoniste. C'est comme si nul ne pouvait emplir un espace destiné à un Dieu omniprésent, invisible mais qui tend à effacer les personnalités et les esprits. Le format, tendant davantage vers le carré que l'horizontalité, permet au travail quasi maniériste de Pawlinowski de se déployer. On est dans un enfermement qui confine à la disparition.

N'oublions pas que le film se déroule en Pologne, l'un des pays où la religion catholique est encore aujourd'hui la plus prégnante et ancrée dans la culture comme dans le cinéma. Aime et fais ce que tu veux de Malgorzata Szumowska, sorti début janvier, ne peut que le confirmer.

A partir de là le film sera, pour Ida, le personnage principal, la recherche d'une nouvelle existence, non plus pour Dieu mais aussi pour elle-même et les autres ; donc une tentative d'aller vers le mouvement et de remplir le cadre pour apparaître enfin à l'image. Son passage vers l'extérieur est d'ailleurs significatif où, assise dans un tramway, elle voit le paysage défiler devant ses yeux et le spectateur uniquement le reflet de celui-ci dans une vitre. Elle est encore dans l'expectative, fixe, inanimée mais déjà sa présence se fait plus manifeste, le mouvement également bien que secondaire.

Et l'influence de la tante à la vie dissolue, le voyage qui fait d'Ida une sorte de road-movie dans les tréfonds d'une mémoire que tout le monde préfère oublier, les révélations qui s'accumulent, bien plus terrestres que divines, vont permettre à la jeune femme de s'assumer. Une fois n'est pas coutume (surtout dans le cinéma polonais), la seconde guerre mondiale et ses traumatisme remontent à la surface mais cette fois cette histoire de morts sera liée au pardon et au désir d'aller de l'avant. Ida vit. Elle existe, elle est rattachée à une terre qu'elle arpente comme un nouveau né, à un passé qui l'a menée là où elle est et à un futur auquel elle n'avait jamais songé. On la verra rire, pleurer, parler, gagner en expressivité comme en force et tout simplement devenir humaine. Ceci jusqu'à cette dernière minute très belle, où transcendant la mortification originelle du récit, la caméra va elle aussi se mettre en marche.


 

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Bethléem (VOST)

Bethléem (VOST)

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Film de Yuval Adler (Israël - 2013 - 1h39) avec Tsahi Halevi, Shadi Mar'I, Hitham Omari...


 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

bethleem-affiche uneBethléem, sud de Jérusalem. Sanfur, un jeune palestinien vit dans l’ombre de son frère Ibrahim, un terroriste à la tête d’un réseau influent. Razi, un agent des services secrets israéliens qui recrute des informateurs dans les territoires occupés s’en fait un allié, lui offrant ce qui manque à sa vie, l’estime et la bienveillance d’un père.
Tentant d’assurer son rôle tout en restant loyal envers son frère, Sanfur navigue comme il peut d’un camp à un autre, commettant des impairs. Les services secrets découvrent qu’il participe aux activités de son frère, plongeant Razi dans un profond dilemme : doit-il donner une seconde chance à son indic ou obéir aux ordres ?

 

 

Critique "Nouvel Observateur"


2005. Alors que la nouvelle autorité palestinienne a décidé de mettre un terme à la militarisation du conflit et au financement des Brigades d’Al-Aqsa membres du Fatah, une nouvelle vague d’attaques terroristes menée par une frange d’Al-Aqsa et financée par le Hamas secoue Israël. Elle vient encore complexifier la relation qui lie Razi, agent secret des services israéliens, à Sanfur, son jeune informateur palestinien, adolescent mal dans sa peau qui se sent méprisé par sa famille, et dont il est devenu le confident, le père de substitution et… le patron. Le jeune garçon lui est d’autant plus précieux qu’il est le frère cadet d’un des leaders à l’origine des attentats. Mais tandis que l’adulte pense manipuler le teenager, ce dernier navigue en réalité entre deux eaux, satisfaisant le premier tout en aidant le second.

Démarre entre les deux protagonistes un dangereux jeu du chat et de la souris qui les mènera au bout des contradictions animant cette relation contre nature. Loin des clichés nimbés de violence qui entourent habituellement le milieu des agents et des indics, le premier long-métrage de l’Israélien Yuval Adler nous entraîne dans une réalité autrement trouble. Modes de recrutement et gestion des informateurs, intimité des liens qui se tissent entre les deux camps sont décortiqués ici de façon presque clinique, soulignant la folle ambiguïté du système. Tourné à Bethléem, au sud de Jérusalem, avec des non-professionnels et au terme de quatre longues années d’enquête, le film, passionnant de bout en bout, ne prend jamais parti, se limitant à creuser, avec une rare objectivité, les cas de conscience des uns et des autres.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Bethléem est un film à polémiques. Certains l’accusent d’être pro-israélien, puisqu’il présenterait une vision caricaturale des palestiniens, qui se verraient endosser le costume des « méchants », comme souvent dans les productions cinématographiques. Pour Yuval Adler, qui réalise ici son premier long-métrage, il n’en est rien. Pour preuve : le scénario a été écrit par Ali Waked, ancien reporter palestinien, qui a longtemps couvert le conflit israélo-palestinien pour de grands médias israéliens. Waked affirme ainsi que l’expérience du terrain a été son unique source d’inspiration. « Nous avons passé des mois à interviewer les palestiniens pour les besoins du scénario. C’est un reflet très précis de la réalité », insiste ce polyglotte parlant arabe, hébreux, français et anglais.

Si les auteurs du film se défendent de privilégier tel ou tel point de vue sur le conflit qu’ils mettent en scène, difficile de nier que résonne en Bethléem un subtile message politique : dans cette ville aux multiples fractures, le conflit est partout, chacun des habitants se devant de choisir un camp. Le personnage de Sanfur, jeune informateur palestinien, cristallise alors cette problématique, lui qui vit dans l’ombre de son grand frère, dirigeant d’un réseau considéré comme terroriste. Pour Razi, agent des services secrets israéliens, il délivre des informations capitales sur les projets de son frère. La famille, la justice : le choix de l’absurde s’imposera alors à lui, matérialisé par une terrible séquence finale.

Bethléem opte pour un récit où le spectateur est omniscient, puisque tous les points de vue sont représentés : le spectateur voit en effet se développer en parallèle les stratagèmes des différentes parties prenantes. Ce schéma narratif impose au spectateur un certain effort, tant les acteurs sont nombreux – Hamas, El Aqsa, autorité palestinienne – et leurs connexions complexes. Cette manière d’étayer avec une certaine sobriété les multiples enjeux du conflit offre alors au film l’intensité des plus grands thrillers politiques, ceux qui parviennent à jongler sans cesse entre deux registres, à savoir celui du documentaire, et celui de la fiction. On pense notamment à Zero Dark Thirty, de l’américaine Kathryn Bigelow, certaines séquences lui faisait directement écho dans leur construction et leur mise en scène – notamment celle de l’assaut d’une villa en territoire ennemi.

Candidat malheureux aux Oscars, Bethléem est un film qui marque autant par sa puissance narrative que par le fatalisme de son propos ; à Bethléem, l’intime est toujours lié au politique : ce conflit sans fin déchire des familles, des amitiés, des nations. Surtout, il déchire des individus, au plus profond de leur être.

 

 

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Holy Field Holy War (VOST)

Holy Field Holy War (VOST)

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Documentaire de Lech Kowalski (Pologne - 2013 - 1h45)


 

Soirée Développement Durable


Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

Holy field holy war affiche unePartout dans le monde, les petits agriculteurs sont menacés. Leur lutte pour survivre se fait loin des caméras et des médias. En Pologne, un pays où plus de 60% de la surface est occupée par l’agriculture, de nouveaux acteurs sont en compétition pour s’accaparer les terres. Ce qui se passe en Pologne est un avertissement à prendre au sérieux.

 

 

Critique "Les inrockuptibles"


Documentariste réputé pour ses films sur le rock et le punk, Lech Kowalski propose ici la version docu du Promised Land de Gus Van Sant, soit L’affrontement inégal entre multinationales et populations locales sur la problématique des gaz de schiste.

Dans le nord des Etats-Unis ou en Pologne, la situation est proche : des techniciens forent les sols à quelques mètres des cultivateurs, parfois sur leurs terres sans même leur avoir demandé leur avis ni l’autorisation. Ces prospections gazières provoquent des minitremblements de terre et, à plus long terme, des pollutions des sols d’une ampleur encore inconnue.

Sans commentaire, traçant de beaux plans topographiques de la région, Kowalski filme un sourd affrontement local, incarnation de la guerre économique et mondiale. Une longue séquence lors d’une réunion d’information municipale (tardive, les forages ayant déjà débuté) en dit long sur l’arrogance des multinationales, l’inaction ou la complicité « court-termiste » des politiques locaux, l’intelligence pugnace d’agriculteurs qui posent toutes les bonnes questions.

Simple observateur-filmeur, Kowalski signe, l’air de rien, un beau film politique dont l’ancrage ultra local revêt une résonance globale.

 

Critique "Etudes"


Dans Le fond de l’air est rouge, Chris Marker intercalait par des cartons cette question dans le défilement des plans de manifestations de Mai 68 : « Pourquoi / quelquefois / les images / se mettent-elles / à trembler ? » La même interrogation se pose pour le documentaire Holy Field, Holy War de Lech Kowalski. La première réponse, la plus évidente, est qu’elles tremblent à cause des machines qui viennent sonder par vibration la campagne polonaise à la recherche de gaz de schiste. La seconde, non moins évidente : parce qu’il y a eu un homme, là, faisant front avec sa caméra contre la voracité des grandes compagnies et la complicité du pouvoir politique. Si la caméra est un sismographe, le degré de tremblement des images est l’indicateur le plus sûr de l’urgence.
Documentariste britannique d’origine polonaise, Lech Kowalski a entamé son oeuvre en suivant à partir de la fin des années 1970 certains des groupes phares de la scène punk-rock de New York. Par la suite, il filmera les drogués ou les sans-abris de Manhattan. Parmi la constellation de ses films et de ses projets multimédias, il convient de dire un mot de Camera War, réalisé entre 2008 et 2009, et toujours visible sur
www.lechkowalski.com. Au rythme d’une mise en ligne par semaine, la durée des fragments variant de quelques minutes à une demi-heure, Kowalski a mesuré à travers le monde les secousses de la crise économique et les résistances qui s’organisaient. Ce faisant, il offrait, en même temps qu’un contre-modèle de diffusion libre et globale du cinéma, un des portraits les plus formellement inventifs et politiquement acérés de notre époque.
Holy Field, Holy War poursuit, en se concentrant sur un lieu et une situation, ce travail d’investigation au moment où une multinationale américaine, Chevron, commence à s’implanter en Pologne. Interdit de filmer le site acheté par la compagnie pour ses forages, Kowalski déplace son angle en s’attachant à la parole des paysans. Et le constat, avant même qu’une nouvelle catastrophe n’advienne, est terrifiant : l’élevage industriel et l’agriculture intensive sont déjà la cause de la pollution de l’eau ou de la disparition massive des abeilles. Pourtant, plus qu’à constater en la déplorant l’impuissance des individus ordinaires, le film s’attache à montrer la constitution d’une communauté politique. Il faut en effet voir comment, face à un représentant de Chevron qui conjugue lors d’une réunion publique présentation powerpoint et propos creux, les citoyens prennent la parole et font soudain corps, opposant à la communication le droit, les faits bruts et un langage parfois poétique.
Comme avant lui sur le versant de la fiction Promised Land, de Gus Van Sant, Holy Field, Holy War nous signifie peut-être avec son titre aux connotations bibliques qu’il est désormais question de survie. Le panoramique qui clôt le film passe d’une zone interdite d’accès pour risque d’effondrement à un champ de blé doré. L’alternative est posée.

 

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El Impenetrable (VOST)

El Impenetrable (VOST)

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Documentaire de Danièle Incalcaterra et Fausta Quattrini (Argentine - 2012 - 1h32)


 

Soirée Développement Durable


Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

El impenetrable affiche uneA la mort de son père, Daniele Incalcaterra a hérité de 5.000 hectares de terres dans l’un des derniers espaces du monde à conquérir : le Chaco paraguayen.
Le Chaco est à la fois cette dernière terre vierge où l’on aurait l’espoir d’écrire une autre histoire, et en même temps ce lieu que l’on pressent tragique, où risque de se rejouer un western classique avec l’aboutissement de la conquête de l’Ouest : une nature sauvage à dompter, une terre à coloniser, des richesses à exploiter, des Indiens à exterminer.
Daniele Incalcaterra a pris la décision de restituer ses 5000 hectares aux Indiens qui vivent depuis toujours sur ce territoire. Ses voisins - compagnies pétrolières, cultivateurs de soja transgénique et éleveurs de bétail - qui défrichent la forêt, ne semblent pas très favorables à cette idée...
El Impenetrable est un western contemporain dont tous les protagonistes sont bien réels.

 

 

Critique "Critikat.com"




À la mort de son père, Daniele hérite d’un petit lopin de terre au milieu de la foret paraguayenne, cinq mille hectares de nature sauvage coincés entre les concessions des groupes pétroliers, les champs de soja transgénique du riche propriétaire terrien Favero et les maigres réserves indiennes. Parti à la découverte de ce patrimoine insolite avec pour compagnon de route son vieil ami ornithologue Jota et la ligne de fuite des routes rectilignes et poussiéreuses du Chaco, Daniele n’est pas au bout de ses peines. Pour arriver jusqu’à son petit morceau de terre, il lui faudra traverser des frontières gardées par les coriaces pistoleros du coin, s’allier aux Indiens contre le puissant Favero et l’industrie pétrolière, réveiller les fantômes de la dictature, arpenter des kilomètres de pistes et déjouer les pièges de l’administration locale.

Dans le Chaco, Far-West paraguayen où les criminels prospèrent pour le malheur des autochtones et de la faune sauvage, Daniele, Don Quichotte devant l’injustice, apprend à composer avec les coutumes locales : les routes barrées par des gardes lourdement armés, la redoutable bonhomie du mafieux Favero et les indémêlables imbroglios administratifs. L’accompagnant dans ce jeu de pistes qui tient moins de la quête mystique d’un Aguirre que d’une leçon d’histoire caustique sur l’héritage empoisonné du colonialisme et de la dictature paraguayenne, la caméra de Fausta Quattrini offre une présence amicale, tandis qu’en voix-off, Daniele narre les rebondissements de son aventure kafkaïenne dans les méandres administratifs et politiques de l’histoire paraguayenne.

Sans jamais se perdre dans les multiples directions ébauchées par le film, ni verser dans la complaisance d’une croisade écolo-humanitaire, le montage accuse la grossièreté des ruses ubuesques qui ont valeur de lois dans une région où tout argent est bon à prendre. À cette féroce compétition, Daniele oppose son humilité et un sens de l’humour à toute épreuve. Comme un pied de nez à ses féroces adversaires, il décide de transformer sa concession en une réserve naturelle, un jardin d’Arcadie ou la faune trouverait un petit havre de paix pour se mettre à l’abri de la déforestation sans fin des terres alentours. C’est dans cette quête utopique que le film trouve son rythme, oubliant parfois le combat contre les géants de l’industrie agro-alimentaire ou pétrolière pour se perdre au milieu des cactus – une végétation aussi hostile que ses habitants note Jota, philosophe – avec des nuages de papillons pour compagnons.


 

 

Critique "La Croix"


Une piste poussiéreuse, une forêt basse et touffue où les taillis impénétrables de feuillus à grosses épines cachent les longs bras de cactus tout aussi accueillants. On ne sait trop à quoi s’attendre en s’embarquant à bord d’El Impenetrable, dernier film du documentariste Daniele Incalcaterra – formé aux Ateliers Varan à Paris, ancien enseignant à la Femis, auteur de I Rouge, U vert, O bleu avec Marianna Otero, en 1987.

Et pourtant ! Saisissante histoire de révolte individuelle – avec ce que cela veut dire de naïveté première –, El Impenetrable s’est construit sur un événement très personnel. À la mort de leur père, le cinéaste et son frère ont reçu en héritage 5 000 hectares dans le Chaco paraguyen, dans l’ouest du pays, immense région boisée et sauvage couvrant aussi une partie de l’Argentine, de la Bolivie et du Brésil – l’une des dernières au monde où les hommes se livrent encore à d’âpres et gigantesques conquêtes terriennes.

Dépositaire d’un bien acheté par sa famille pendant les années de la dictature Stroessner, Daniele Incalcaterra, d’un commun accord avec son frère, envisage de le rendre aux Indiens qui vivent encore dans cette région, cernés par les bulldozers des compagnies pétrolières, des éleveurs de bétail et des cultivateurs de soja transgénique, qui ont en commun de déboiser sans vergogne d’immenses superficies.

Dans cette aventure kafkaïenne, nouvelle illustration de la lutte du pot de terre contre le pot de fer, la première épreuve n’est pas la moindre. À bord de son indispensable 4x4, le cinéaste se heurte à des barrières cadenassées, tenues par des hommes parfois armés : enclavées, ses deux parcelles sont inaccessibles. Les voisins, puissants propriétaires – certains possèdent jusqu’à 700 000 hectares et figurent parmi les familles les plus riches du pays –, se les renvoient ; on l’oblige à parcourir des dizaines de kilomètres de piste pour aboutir au même refus.

Contraint d’obtenir l’appui d’un juge, Daniele découvre qu’un autre propriétaire revendique les mêmes lots cadastraux que lui. Il en va de même pour près de 30 % des terres dans un Paraguay où la possession foncière, interdite à grande échelle aux fonctionnaires, répond souvent à des règles occultes…

« Acteur » et coréalisateur de ce documentaire aussi édifiant que captivant – avec son épouse, Fausta Quattrini, elle-même cinéaste –, Daniele Incalcaterra revient sur son projet initial. Puisqu’il s’avère impossible de rendre la terre aux Indiens, il en fera, à leur profit, une réserve naturelle baptisée Arcadia. Au lieu de restituer cette terre mal acquise, il en fait le symbole d’une lutte pleine de sens, refuge d’une flore et d’une faune grignotées de toutes parts. Encore faut-il obtenir la signature du président de la République…

Remarquable de maîtrise, mêlant clarté du propos et suspense du récit, ce documentaire porté par quelques personnages – responsable d’ONG, expert en environnement mais aussi puissant magnat local… – se regarde comme un western contemporain. Ce qui ne l’empêche pas d’illustrer avec force les enjeux d’un combat inégal et exemplaire, sur fond de spoliation des droits des Indiens, de destruction des ressources naturelles et d’agriculture mondialisée.

 

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Parce que j’étais peintre (VOST)

Parce que j’étais peintre (VOST)

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Categories: Cette semaine

Film de Christophe Cognet (France - 2013 - 1h45) avec Yehuda Bacon, José Fosty, Walter Spitzer, Samuel Willenberg, Kristina Zaorska...


 

Dans le cadre du Salon de l'Aquarelle


Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

Parce que j'etais peintre affiche uneCe film mène une enquête inédite parmi les œuvres réalisées clandestinement dans les camps nazis. Il dialogue avec les rares artistes déportés encore vivants et avec les conservateurs de ces œuvres : des émotions qu'elles suscitent, de leur marginalisation, leurs signatures ou leur anonymat, de leur style, ainsi que de la représentation de l'horreur et de l'extermination.
Surtout peut-être, il contemple longuement les dessins, croquis, lavis, peintures, conservés dans les fonds en France, en Allemagne, en Israël, en Pologne, en Tchéquie, en Belgique, en Suisse...
Dans ce voyage parmi ces fragments d'images clandestines et les ruines des anciens camps, il propose une quête sensible entre visages, corps et paysages, pour questionner la notion d’œuvre et interroger frontalement l'idée de beauté. L'enjeu en est dérangeant, mais peut-être pourrons-nous mieux nous figure ce que furent ces camps, appréhender les possibles de l'art et éprouver ce qu'est l'honneur d'un artiste - aussi infime et fragile que soit le geste de dessiner.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Ce film mène une enquête inédite parmi les oeuvres réalisées clandestinement dans les camps nazis. Il dialogue avec les rares artistes déportés encore vivants et avec les conservateurs de ces oeuvres : des émotions qu’elles suscitent, de leur marginalisation, leurs signatures ou leur anonymat, de leur style, ainsi que de la représentation de l’horreur et de l’extermination. Surtout peut-être, il contemple longuement les dessins, croquis, lavis, peintures, conservés dans les fonds en France, en Allemagne, en Israël, en Pologne, en Tchéquie, en Belgique, en Suisse... Dans ce voyage parmi ces fragments d’images clandestines et les ruines des anciens camps, il propose une quête sensible entre visages, corps et paysages, pour questionner la notion d’oeuvre et interroger frontalement l’idée de beauté. L’enjeu en est dérangeant, mais peut-être ainsi pourrons-nous mieux nous figurer ce que furent ces camps, appréhender les possibles de l’art et éprouver ce qu’est l’honneur d’un artiste – aussi infime et fragile que soit le geste de dessiner.

Notre avis : Si Parce que j’étais peintre est bien le premier long-métrage de Christophe Cognet, il ne s’agit pas de son premier travail de mémoire sur les artistes ayant survécus aux camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Il a déjà consacré au sujet deux courts datant de 2004 et 2005 et l’on sent d’ailleurs qu’il maîtrise son propos de bout en bout. Ce qui frappe de prime abord dans ce premier essai, c’est le respect absolu du cinéaste envers son sujet, ainsi que la grande pudeur avec laquelle il l’aborde. Sans éclat de voix, sans texte lyrique, sans musique intrusive, le réalisateur laisse la parole aux artistes survivants dans un grand effort d’humilité – et ceci même si le cinéaste apparaît plusieurs fois à l’écran et intervient directement dans les conversations. Il interroge également des conservateurs de musées et des historiens, se rend en Israël où sont conservés quelques-uns des plus beaux témoignages picturaux des camps de concentration, tout en questionnant systématiquement les intervenants sur le contexte de création de ces dessins. Datent-ils réellement de l’incarcération de son auteur ou sont-ils des reconstructions a posteriori d’une situation vécue ? Autant de questions qui font sens pour tout historien digne de ce nom afin d’établir la véracité des faits, à une époque où ils sont de plus en plus souvent contestés par des négationnistes ayant pignon sur rue, notamment par le biais d’internet.
Mais là où Christophe Cognet gagne des points, c’est dans ce questionnement qui peut d’ailleurs choquer en soi : peut-on trouver de l’esthétique et du Beau dans l’horreur ? Bien entendu, le réalisateur se garde bien de donner une réponse à cette interrogation majeure, mais il invite les anciens déportés à se la poser. Ils ne sont pas tous d’accord puisque l’un vous dira qu’il est absolument inconcevable de trouver de la beauté dans le massacre d’êtres humains, tandis que d’autres estiment que les événements pouvaient receler une part d’esthétique. Le spectateur s’aperçoit peu à peu que le besoin de créer était surtout pour ces artistes un moyen de résistance comme un autre. Si certains cherchaient par ce biais à témoigner de leurs conditions d’existence, la plupart ont dessiné les camps afin de mettre comme un écran entre eux et le réel, un semblant de beau au milieu de la laideur la plus innommable. De même qu’un caméraman de guerre se sent à l’abri derrière sa caméra (la plupart en témoignent), les personnes qui ont créé ces dessins dans les camps se sentaient sans doute hors de portée des coups tandis qu’ils exerçaient leur art.
Ce sont ces réflexions – parmi de nombreuses autres – que suscite ce très beau documentaire, à la fois très bien documenté et d’une dignité absolue. Si le rythme est quelque peu languissant parfois, il contribue à laisser un espace de réflexion suffisamment ample au spectateur qui n’est pas prêt d’oublier certains dessins, malheureusement à jamais anonymes.

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