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Saint Laurent

Saint Laurent

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Film de Bertrand Bonello (France - 2014 - 2h15) avec Gaspard Ulliel, Jérémie Rénier, Louis Garrel, Léa Seydoux, Amira Casar, Aymeline Valade et Helmut Berger...






Saint Laurent affiche uneInspiré de la vie du grand couturier Yves Saint Laurent, notamment pendant la période 1965/1976 au cours de laquelle la maison Saint Laurent connaît sa fulgurante ascension.

 


 

Critique "Les Inrockuptibles"




1974. Un hall d’hôtel filmé en plan très large à la manière d’une caméra de surveillance, vaste et froid comme un aéroport. Un élégant visiteur, de dos, s’approche du réceptionniste, demande une chambre, indique son nom : “Swann.” “Vous venez pour affaires, M. Swann ?” “Non, je viens pour dormir!” “Je suis si fatiguée, je voudrais dormir mille ans”, disait déjà au début du film une pensionnaire de L’Apollonide. Nous n’avons toujours pas vu son visage. Au plan suivant, toujours de dos, en ombre chinoise, dans sa chambre marronnasse, M. Swann décroche le téléphone : “Bonjour, ici Yves Saint Laurent.” Saint Laurent sera l’histoire d’une identité multiple, d’un homme très fatigué, d’une irrépressible envie de dormir, d’une tension entre se montrer et se cacher, d’un lent mouvement pour regarder (au dernier plan) cet homme en face. Une histoire de Swann aussi. Une histoire de cygne. De signes ? Mais de quoi ce Swann serait-il le signe ?

Un signe proustien en premier lieu, bien sûr. Saint Laurent, grand monomaniaque amoureux, obsédé jusqu’à en dépérir par un sulfureux jeune homme à la moustache diablement proustienne. Comme Odette, Jacques de Bascher n’était-il pas son genre ? Il disparaîtra en tout cas aussi brutalement qu’Albertine. Et après son évaporation, il ne restera à l’amoureux démuni qu’à errer dans la chambre de Proust, dont Pierre Bergé lui avait offert une petite reproduction peinte, et qui dans le dernier tiers du film, le plus mental, le plus onirique, devient un décor réel que traverse le héros.

Tout à son identification au martyre de son idole souffreteuse, le couturier ouvre les draps et se blottit foetalement dans la couche de Proust. Vivre dans La Recherche, souffrir comme le petit Marcel, à la fois grand mondain et handicapé social, enfant éternel et vieillard précoce, c’est le destin fantasmatique que s’est choisi le personnage. Une certaine sensibilité proustienne du temps, une façon de dénouer les fils dramatiques d’un récit pour ne le concevoir que comme un jeu d’échos, de réminiscences, d’associations, c’est la forme qu’a choisie Bertrand Bonello pour son biopic.

Un biopic peu épique, aux antipodes du rise and fall archétypal, plutôt une apnée dans les grands fonds marins d’un psychisme, l’exploration scrupuleuse d’une vie intérieure. C’est peu dire que la beauté du film gît dans sa construction, l’élaboration de son montage, ses images rémanentes, son charivari où s’entremêlent toutes les étapes d’une vie. Le temps n’est pas une flèche, il n’avance pas. Il s’enroule plutôt en anneaux, comme ces serpents qui hantent Saint Laurent la nuit. On est jeune et vieux en même temps. Tout se diffracte dans le grand kaléidoscope, et le film en restitue génialement le perpétuel scintillement.

Un cou tout allongé, une façon malhabile de se tenir les pieds sur terre, mais incomparablement majestueux lorsqu’il glisse dans son habitat aquatique, cet homme est à n’en pas douter un cygne. A propos des costumes de scène qu’il crée pour Zizi Jeanmaire, il dit à sa mère qu’il s’est peut-être un peu trop lâché, qu’il voulait faire disparaître les danseurs sous les plumes blanches, comme s’ils n’allaient plus toucher terre. “C’est toi qui a cessé de toucher terre”, rétorque sa mère.

Tout chez Saint Laurent fait cygne. Particulièrement son agonie. Dans le ballet (La Mort du cygne, d’après Saint-Saëns), le cygne n’en finit pas de mourir. Saint Laurent aussi, toujours déjà blessé, toujours encore survivant. Dès les premières minutes, on croit voir sa dépouille, abandonnée sur un chantier un lendemain de nuit sexuelle et sauvage. Dans la dernière séquence, les éditeurs du quotidien Libération le croient mort et cherchent un titre à sa nécro. Pierre Bergé les détrompe en les conduisant à son atelier. “Bouge un bras, Yves, pour que ces messieurs voient que tu n’es pas mort.” Il sourit étrangement. Quand est-il vraiment mort ? Peut-il vraiment mourir ?

Le film rumine cette énigme, la pétrit dans tous les sens, voltige comme un trapéziste d’une petite mort à une autre, jusqu’à ce devenir-zombie emmuré dans son luxueux sarcophage (sublime Helmut Berger). La mort du cygne est un état permanent. Le film célèbre jusqu’à s’y confondre son chant.

1974. Tandis que Saint Laurent prend un nom d’emprunt pour dormir, le Charles Swann proustien est concurrencé dans son patronyme par un personnage de cinéma qui naît cette année-là : Swan, le méphistophélique patron de Death Records dans Phantom of the Paradise de Brian De Palma. Qui est Swan, cet omnipotent patron qui n’autorise pas son compositeur vedette à mourir car il lui est contractuellement lié ? Une vision horrifique et hallucinée de Pierre Bergé ? N’y a-t-il pas dans cet attelage professionnel et conjugal un pacte faustien, signé dans le sang par-delà la vie et la mort ?

Il y a en tout cas du De Palma dans le film de Bertrand Bonello. Ne serait-ce que par l’époustouflante puissance expressive dans sa façon d’utiliser le split-screen. Que ce soit pour juxtaposer les mutations d’une France en plein choc post-68 et les inventions de la maison Saint Laurent, ou encore dans l’éblouissant défilé 1976, où dans une orgie de turbans et de volants les modèles tournoient de case en case sur un écran découpé comme une toile de Mondrian.

De Palma/Bonello. Une même appréhension de la mise en scène comme pur exercice d’un fétichisme. Avec Saint Laurent, Bonello embrasse tous ses fétiches (la nuit, le Velvet, la drogue, la damnation…) et les entraîne dans une danse macabre, suave, lyrique, et de bout en bout fascinante.


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A la une du New York Times (VOST)

A la une du New York Times (VOST)

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Documentaire de Andrew Rossi (États-Unis - 2011 - 1h18)





A la une du NYTimes affiche une- Dans le cadre du mois du film documentaire


- Soirée "La presse écrite à l'ère numérique"


- 2 films pour 10 € ou un film au tarif normal




En 1896, le New York Times adopte le slogan "Toutes les informations se doivent d’être imprimées". Aujourd’hui, Twitter et WikiLeaks bouleversent la diffusion des informations. La multiplication des blogs et la diminution conséquente des achats d’espaces publicitaires menacent la pérennité de la presse papier. Les journalistes du vénérable New York Times s’interrogent sur la collaboration à mener avec Julian Assange et la chute des modèles traditionnels des réseaux télévisés. Que va devenir le journalisme à l’ancienne ? Comment se passe la transition du papier vers le numérique? Le traitement de l’information change-t-il avec le support ? Quel avenir pour la presse ?

 

 

 



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Les gens du Monde

Les gens du Monde

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Documentaire de Yves Jeuland (France - 2014 - 1h22)





Les gens du monde affiche une- Dans le cadre du mois du film documentaire


- Soirée "La presse écrite à l'ère numérique"


- 2 films pour 10 € ou un film au tarif normal




Alors que la presse doit faire face aux grands bouleversements que représentent l’arrivée des blogs, tweets et autres révolutions du web, ce film propose une plongée au coeur du travail des journalistes du service politique du Monde, lors de la campagne électorale de 2012. Dans la rédaction comme sur le terrain, nous assistons ainsi aux débats qui traversent le grand quotidien du soir.
Spectateurs privilégiés des oppositions et des tensions de la rédaction, nous partageons aussi l’enthousiasme et les fous rires des journalistes, la fatigue et les doutes, le quotidien du quotidien.
Le portrait d’un métier en profonde mutation dans un des titres les plus prestigieux de la presse mondiale, qui s’apprête à fêter ses soixante-dix ans.

 

 

 


 

Critique "Les Inrockuptibles"




Ce documentaire ne traite pas de la jet-set mais du travail au sein du célèbre quotidien du soir, à l’occasion de ses 70 ans. Un peu à la manière de Nicolas Philibert, le cinéaste Yves Jeuland s’est immergé plusieurs semaines dans la rédaction du journal (principalement son service politique) pendant la période de la campagne présidentielle 2012, et livre un film sans commentaires dont l’écriture s’opère essentiellement au montage.

Ce que Jeuland montre de la fabrication du titre, référence de la presse écrite, ne contient aucune surprise ou scoop majeur mais incarne et confirme ce que l’on sait déjà (en tant que journaliste) ou pressent (en tant que lecteur). A savoir que le journalisme sérieux est d’abord une affaire de mots pesés au milligramme près, d’extrême précision sémantique, comme le montrent les scènes où l’on modifie tel ou tel substantif, où l’on supprime ou ajoute telle phrase, où l’on peaufine un titre à la virgule près. Ensuite, que ce métier est un artisanat (comme le dit Ariane Chemin), un ouvrage fragile sans cesse remis sur le métier.

Contrairement à ce que laisse croire la profusion d’écrits sur le net, cerner la vérité des faits et décrypter la complexe et chaotique marche du monde est un métier, avec ses règles, ses codes, son expertise : on le sait, ce film
le rappelle, et c’est utile face aux milliers d’autoproclamés spécialistes et autres éditorialistes de pacotille qui sévissent sur la toile. Les Gens du “Monde” suggère aussi que cette rédaction est indépendante du pouvoir, malgré les pressions et influences pouvant exister dans le milieu de l’info comme dans tous les secteurs professionnels.

A côté de ces généralités, le film excelle aussi dans certains détails : le travail acharné, les rapports hiérarchiques, les rituels des réunions, les hiatus de sensibilité entre l’expression collective de la rédaction et la personnalité de chacun de ses membres. Le film aborde aussi l’impact des nouvelles technologies sur le métier (vitesse, réactivité, interactivité avec les lecteurs, etc.) mais pas du tout l’avenir économique de la presse papier qui plane sur ce film tel un grand fantôme. Car on comprend qu’une entité telle que Le Monde est essentielle à notre vie démocratique et on espère qu’elle le restera dans l’ère numérique, pendant encore soixante-dix ans et plus.


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La Légende de Manolo (2D)

La Légende de Manolo (2D)

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Film de Jorge R. Gutierrez (Etats-Unis - 2014 - 1h35)





Legende de manolo affiche une- Film proposé en 2D


 


Depuis la nuit des temps, au fin fond du Mexique, les esprits passent d’un monde à l’autre le jour de la Fête des Morts.

Dans le village de San Angel, Manolo, un jeune rêveur tiraillé entre les attentes de sa famille et celles de son cœur, est mis au défi par les Dieux. Afin de conquérir le cœur de sa bien-aimée Maria, il devra partir au-delà des mondes et affronter ses plus grandes peurs. Une aventure épique qui déterminera non seulement son sort, mais celui de tous ceux qui l’entourent.


 

 

 

 


 

Critique "La Croix"






Dans La légende de Manolo, on est d’emblée dans la mise en scène. À la manière d’un narrateur de théâtre qui introduit le récit et le commente au fur et à mesure qu’il se déroule, l’histoire de Manolo est présentée à de jeunes adolescents en visite dans un musée comme l’une des histoires du Livre de vie, vieux manuscrit qui y est conservé. Les personnages sont représentés par des figurines en bois qui prennent vie dans l’imagination des enfants et devant les yeux des spectateurs.

Dans le village mexicain de San Angel, Manolo et Joaquin se disputent les faveurs de Maria dont le cœur balance entre les deux garçons. Le premier ne vit que pour la musique alors que sa famille, où l’on est toréadors de père en fils, voudrait le voir reprendre la cape rouge. Le second vit dans l’ombre de son défunt père, général qui a combattu pour l’indépendance du pays.

L’amitié des deux valeureux compagnons est mise à rude épreuve quand la belle Maria, exilée de longues années dans un couvent espagnol où lui ont été inculqués les valeurs chrétiennes et l’art de l’escrime, revient au village.L’affaire est d’autant plus compliquée que les esprits des lieux, le diabolique Xibalba, roi du Pays des âmes oubliées, et La Muerte, enjôleuse reine du Pays des âmes chéries, ont chacun leur champion. Manolo doit alors partir dans un au-delà plein de dangers et affronter ses plus grandes peurs.

Récit picaresque inscrit dans le folklore mexicain, La légende de Manolo est une adaptation colorée et réjouissante de celle d’Orphée et d’Eurydice, voyage à travers les mondes des vivants et des morts pour sauver un amour.Lyre et Cerbère ont été remplacés par une guitare de mariachis et un taureau de corridas, tandis que le royaume des enfers ressemble davantage à un carnaval du Jour des morts (1). Certains personnages sont d’ailleurs directement inspirés des calaveras, têtes de morts décorées de fleurs multicolores qu’affectionne l’art populaire mexicain. Créatures qui pourront effrayer les jeunes âmes sensibles.

Le film, techniquement impeccable et visuellement étourdissant, porte l’empreinte du cinéaste mexicain Guillermo del Toro (Le Labyrinthe de Pan), dont l’imaginaire foisonnant avait déjà imprégné Les cinq légendes, autre très jolie mise en scène de mythes universels.


 

Critique "Le Point"






De quoi s'agit-il ?


D'un film d'animation du petit studio indépendant Reel FX, réalisé par le Mexicain Jorge Gutiérrez. Il met en scène les aventures rocambolesques de Manolo, un jeune rêveur que sa famille pousse à devenir matador mais qui préférerait être chanteur. Il ignore que La Muerte et Xibalba, gardiens du paradis et de l'enfer, ont fait un pari sur sa destinée.

Pourquoi en parle-t-on ?


Parce que ce dessin animé visuellement étonnant tombe à pic pour nous rappeler que les 1er et 2 novembre (la Toussaint et le jour des Morts) ne sont pas forcément synonymes de monstres et de sorcières façon Halloween. "Plus qu'une fête, le jour des Morts est une philosophie", expose le réalisateur. "Il s'appuie sur la croyance que, tant que l'on perpétue le souvenir des morts, ils continuent de vivre." On visite ainsi dans La Légende de Manolo "le pays des âmes chéries" et celui "des âmes oubliées"...

En vaut-il la peine ?


C'est à croire que le meilleur du cinéma américain vient désormais du Mexique. On savait déjà que le géant hispanophone avait offert à Hollywood un brillant échantillon d'acteurs (Benicio del Toro, pour n'en citer qu'un). On a eu la preuve, ces dernières années, de la qualité de ses réalisateurs, qu'il s'agisse du prodigieux Alejandro Iñárritu (Babel, Biutiful, palmé à Cannes) ou du génial Alfonso Cuarón (oscarisé pour Gravity). On découvre aujourd'hui que le Mexique s'y connaît aussi en animation !

Produit par Guillermo del Toro, autre figure de la nouvelle vague latina, La Légende de Manolo est un hymne à la culture et au savoir-faire mexicains. On y explore la tradition populaire du "día de Muertos", où les cimetières sont visités en mémoire des fidèles défunts. Étrange sujet pour un film destiné aux enfants, et pourtant : rien de plus riant que cette histoire vive et colorée qui voit un guerrier et un artiste se disputer le coeur d'une jeune fille. Porté par une bande originale pétillante, melting-pot musical d'Elvis Presley, de Radiohead et de mariachis, on se laisse entraîner dans l'univers pittoresque de cette fête pas comme les autres.







 

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Mommy (VOST)

Mommy (VOST)

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Film de Xavier Dolan (Canada - 2014 - 2h19) avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément....





Mommy affiche une- Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


- Prix du Jury au Festival de Cannes 2014


Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l'aide inattendue de l'énigmatique voisine d'en-face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d'équilibre et, bientôt, d'espoir.

 

 

 


 

Critique "aVoir-aLire.com"



Après un début cannois mou du genou, la compétition commence enfin à prendre de l’envol avec la projection de Mommy. En fin de festival, il était temps. La claque mise aux festivaliers, c’est Xavier Dolan, 25 ans et déjà cinq films à son actif, qui nous l’assène. Elle fait mal, laissant les joues rouges et les yeux embués, de par son style, transcendé par la puissance de l’image, du son, et du scénario. Autant dire que si la baffe est douloureuse, elle revigore également, et ne manque pas d’un certain humour jubilatoire.

« Mommy », ou plutôt Diane Després (son vrai nom), c’est Anne Dorval (du Coeur à ses raisons, série Z culte, ndlr). Une veuve qui "hérite"de la garde de son fils, Steve, impulsif, violent, mais au fond attendrissant dans ses désordres et ses fêlures. Entre Diane et Steve, il y a des hauts, des bas … surtout des bas. Les tensions grandissent, à coup de noms d’oiseaux (les dialogues acides et incorrects sont hilarants) ou à coups de poing : le fils manifeste souvent une violence incontrôlée, jusqu’à ce que Kyla, voisine des Després, fasse irruption dans leur vie. Une présence qui, contre toute attente, va rétablir l’équilibre et garantir l’harmonie au coeur du foyer dysfonctionnel.
On a déjà vu Anne Dorval dans les films de Dolan (J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires et même Laurence Anyways). Mais dans Mommy, l’actrice québécoise explose tout. Excentrique, un peu folle, sans manières, Diane est en même temps vêtue de fragilité. En l’incarnant, Anne Dorval a su mettre cette facette en valeur et en faire la force de son personnage, qui, à son tour, devient attachant. Mais c’est aussi le jeune Antoine-Olivier Pilon, comédien que tout le monde s’arrachera d’ici peu, qui crève l’écran. On l’avait déjà aperçu dans le clip polémique College Boy, du groupe Indochine, dont Xavier Dolan avait déjà assuré la brillante réalisation. Cette fois, c’est son premier rôle dans un long-métrage, et on mise fort sur le fait que l’acteur ne tarde pas à percer, cette sélection cannoise ne pouvant que lui servir d’ascenseur.


Outre des acteurs exceptionnels, la mise en scène de Xavier Dolan atteint ici une maturité impressionnante. Le jeune cinéaste persiste a vouloir coupler l’image et la bande-son pour donner un corps sensoriel au script. Ce qui pouvait gêner autrefois, dans ses films que l’on pourra désormais qualifier de jeunesse, devient ici un atout évident, et propulse le résultat très loin dans les émotions.
Film d’esthète, Mommy accorde forcément une place primordiale aux dispositifs artistiques, notamment la photographie, toujours aussi maîtrisée et signifiante chez son auteur. Dolan écrit avec la lumière, et plus que jamais expérimente son style, là où on pouvait le trouver un peu piocheur de bonnes idées dans ses précédents longs, tous soignés, mais assurément sous influences extérieures. Ici, la mise en scène innovante du jeune Canadien retrouve un souffle nouveau, qui vivifie et revigore. Il persiste avec le ratio 1,33:1, toujours pour emprisonner ses personnages dans un format qui le fascine et qu’il utilise depuis Laurence Anyways. Ce manque d’espace à l’écran étouffe et suscite le malaise dans une famille exsangue, où la liberté n’est plus, probablement depuis la mort du père, qui a brisé l’équilibre entre la mère et son fils.
Mais nous n’en dirons pas mot de plus, les trouvailles de mise en scène demeurant la clé de voûte d’une oeuvre plébiscité à Cannes, qui aborde parallèlement et sans tabous d’autres sujets chers au cinéaste, comme la lutte contre les discriminations et le malaise adolescent.



Critique "Télérama"






Les Français de France, comme on dit au Canada, ne connaissent pas le joual, un argot québécois particulièrement fleuri. Une chance pour eux : sa découverte fait aimer encore plus le nouveau film de Xavier Dolan. Ce dialecte, dont on comprend un mot sur deux (il y a des sous-titres), mais dont on capte toute la crudité, fuse en tirades incendiaires, inventives, souvent hilarantes. Il est aussi raccord avec le voltage anormalement élevé des situations. Quelque chose doit craquer, exploser. La beauté un peu désespérée du film tient, entre autres, aux efforts du trio principal pour retarder au maximum cette déflagration fatale.


Il y a la mère, la « mommy », encore jeune pour être veuve, isolée, en pleine dégringolade sociale : on lui retire ses maigres piges à la rubrique courrier du coeur d'un magazine. Il y a le fils, Steve, 15 ans, déscolarisé, diagnostiqué hyperactif, tendance « opposant-provocant » : ce blondinet exubérant, autodestructeur, met tous ceux qui le côtoient en déséquilibre, sinon en danger. Et il y a leur nouvelle voisine d'en face, d'un milieu plus favorisé, mais avec nettement moins de peps : prof en congé sabbatique, elle a perdu ses mots et toute joie de vivre, malgré (ou à cause de ?) sa petite famille.


Avec Mommy, Xavier Dolan, 25 ans et déjà cinq films, franchit un cap, passe plusieurs vitesses à la fois. Il s'envole. Il n'a même plus besoin d'un sujet choc (le changement de sexe de Melvil Poupaud dans Laurence Anyways) ni d'emprunter au cinéma de genre (le thriller hitchcockien dans Tom à la ferme). Pour maintenir la tension pendant plus de deux heures, il lui suffit, cette fois, de faire exister intensément ses trois cabossés magnifiques et d'orchestrer une savante alternance d'accélérations et d'accalmies.


La légère touche de science-fiction qui ouvre le film n'est pas déterminante : quelques lignes font état d'une loi qui, dans un futur proche, autoriserait, au Canada, un parent en détresse à abandonner son enfant à l'hôpital public. Xavier Dolan aurait pu facilement s'en dispenser : les liens à la fois précaires et dévorants qu'il met en scène dépassent très vite la vraisemblance. L'émotion s'installe massivement dans le premier tiers du film, sur un air de Céline Dion, chanté et dansé par le trio dans une cuisine miteuse. Et elle ne retombe plus. Un exploit après lequel courent, en vain, nombre de cinéastes plus expérimentés.


La prouesse passe, évidemment, par ces actrices époustouflantes que sont Anne Dorval et Suzanne Clément (lire ci-contre). L'une et l'autre font irrésistiblement penser à Gena Rowlands chez John Cassavetes, sans que la comparaison leur fasse d'ombre. La mère, lasse, énervée, volontiers vulgaire, a quelque chose de Gloria, elle aussi flanquée d'un môme encombrant. La voisine à l'élocution bloquée rappelle une certaine « femme sous influence », héroïne dont l'émotivité extrême altérait l'expression. Et, face à elles, le jeune Antoine-Olivier Pilon incarne, avec une fougue à tout casser, une figure nouvelle dans l'univers du cinéaste : un adolescent strictement hétérosexuel, tour à tour taurillon agressif et agneau apeuré.


A ces héros boiteux, comme à cette banlieue prolétaire de Montréal, Xavier Dolan donne un style rutilant. C'est le paradoxe d'un auteur-réalisateur nourri depuis l'enfance de cinéma hollywoodien (il ne jure que par Titanic), mais resté, pour l'instant, dans son jus québécois et dans l'économie de l'art et essai. Mommy est donc merveilleusement hybride : mi-naturaliste mi-« bigger than life » (plus grand que la vie), tour à tour terre à terre et parcouru de somptueuses envolées lyriques ou oniriques. Mais aussi d'espiègles coups de théâtre formels : les dimensions de l'écran changent subitement, et avec elles l'horizon des personnages.


L'irruption des chansons est encore plus décisive que dans les films précédents. Elles sont le seul héritage du père, disparu quelques années plus tôt — il a laissé une simple compilation sur CD. Elles peuvent devenir le moteur d'une scène et de l'action. Exacerber les rapports de force qui sont le grand sujet du cinéaste. Ou bien les suspendre, le temps d'une parenthèse, d'un abandon voluptueux, d'une ivresse partagée. Là est sans doute la veine la plus bouleversante de Mommy : autour d'un buffet salami-mousseux, « c'est Versailles » à la portée des derniers de la classe, et une virée en voiture peut tourner à l'instant magique. Ou comment trois êtres fragiles, mal barrés et le sachant, s'inventent ensemble un répit. — Louis Guichard


Dans son premier film, J'ai tué ma mère (2009), Xavier Dolan met déjà en scène une mère quadra aux prises avec un adolescent en crise (joué par le cinéaste), mais aussi une prof pas comme les autres, qui encourage la quête de soi. Déjà, la maman est jouée par Anne Dorval et l'enseignante par Suzanne Clément - deux actrices populaires au Québec, que Dolan a d'abord aimées dans des feuilletons télé. Malgré ces similitudes, Mommy et J'ai tué ma mère diffèrent du tout au tout, et dans la forme et dans le fond. Le rapprochement montre comment un auteur reformule complètement une même équation, remodèle un matériau identique - en partie autobiographique : conflits avec la mère, affinité élective avec une prof. La comparaison met aussi en lumière le talent transformiste de ces actrices récidivistes. Impossible de reconnaître dans la (mé)mère jouée par Anne Dorval il y a cinq ans la flamboyante et pathétique « mommy » d'aujourd'hui...










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Samba

Samba

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Film d'Olivier Nakache et Eric Toledano (France - 2014 - 1h58) avec Charlotte Gainsbourg, Omar Sy, Izia Higelin, Tahar Rahim...






Samba affiche uneSamba, sénégalais en France depuis 10 ans, collectionne les petits boulots ; Alice est une cadre supérieure épuisée par un burn out. Lui essaye par tous les moyens d'obtenir ses papiers, alors qu'elle tente de se reconstruire par le bénévolat dans une association. Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu'au jour où leurs destins se croisent... Entre humour et émotion, leur histoire se fraye un autre chemin vers le bonheur. Et si la vie avait plus d'imagination qu'eux ?

 




Critique "aVoir-aLire.com"






Après la multinationale Intouchables, phénomène francophone à plus de 400 millions de dollars dans le monde, que toute la France a exalté pour devenir l’un des films préférés du public contemporain, il n’était pas aisé pour Olivier Nakache et Eric Toledano de rebondir, d’autant plus que si leur oeuvre a été acclamée et qu’ils ont fait le tour de la planète applaudis généreusement par les audiences du film, c’est Omar Sy qui ressortait le plus glorieux de cette histoire. Beaucoup de Français ignorent encore jusqu’àux noms des deux cinéastes.

Aussi, avec Samba, ils ne prennent guère leur distance par rapport à leur titre de gloire, puisqu’ils reviennent dans la comédie sociale où les contraires s’attirent. Néanmoins, là où l’amitié réunissait le tandem Omar SY et François Cluzet, c’est l’attirance physique, l’amour, qui sert de moteur entre le personnage de cadre joué par Charlotte Gainsbourg et le sans-papier en lutte constante pour rester sur le sol hexagonal, incarné avec brio par Omar. Comme dans Intouchables, toutefois, le personnage "blanc", bien assis socialement, est toutefois largement fragilisé : l’handicap moteur de l’un fait place à la dépression de l’autre. Gainsbourg joue d’ailleurs avec vulnérabilité cette caractéristique humaine, lui apportant toute sa beauté, dans sa simplicité et sa sobriété. Elle est remarquable.
Samba, une redite ? Pas forcément, on parlerait d’avantage d’un approfondissement dans la carrière d’auteurs cohérents qui se sont basés sur un matériau littéraire qui, a priori, n’avait rien à voir avec Intouchables. Nakache et Toledano aiment explorer les forces et les failles de leurs personnages et fondent pour les complicités qui transpirent à l’écran, on se souvient encore avec émotion du beau duo joué par Depardieu et Jean-Paul Rouve dans Je préfère qu’on reste amis, premier film, très prometteur en 2004. Il y a dix ans déjà...
Aujourd’hui, dans Samba, ils transgressent les règles de l’amitié, avec un vrai beau personnage féminin, comme il n’y en a jamais eu dans leur oeuvre. Brisée, fêlée, la cadre qui donne dans le soutien associatif aux sans-papiers, est un beau cliché de "bons sentiments" dans une société aveugle que l’on ne connaît que trop bien. Elle fait voler en éclats les cloisons qui séparent les communautés, sociales, ethniques ou de genre, pour se reconstruire aux côtés d’êtres démunis qui vont pourtant l’emplir de ce quelque chose qui lui manquait, communément appelé l’humanité.

La frontière entre les beaux et les bons sentiments n’est jamais très loin, et l’on sent poindre peut-être parfois un élan de manichéisme, ou du moins se manifeste-t-il dans la maladresse... L’ouverture, visuellement vertigineuse, forte d’un budget cossu évident, nous conduit du faste d’un grand restaurant où festoie la clientèle aisée, jusqu’aux cuisines, où labeur et détresse s’agitent en la personne défaite d’Omar Sy, qui semble synthétiser toute la misère du monde sur son visage triste. Cet aspect existait déjà dans Intouchables et n’avait nullement diminué sa portée. Il ne vient en rien rabaisser le discours fort de Samba, comédie, romance, mais aussi véritable thriller social, vision commerciale mais non inintéressante du cinéma d’Alain Gomis (L’Afrance).
Au final, Samba regorge de charmes, de drôleries et de moments dramatiques intenses. Il nous interpelle, en filigrane, sur notre vision de l’immigration, notre modèle d’intégration, le droit à l’accueil dans des conditions de labeur parfois contradictoires (quel emploi donner dans une société en panne ?), mais octroie l’essentiel de ses intentions sur l’humain, l’être, celui qui défie les appartenances communautaires pour toucher à l’universel. Avec la prestance de la caméra des deux auteurs, le résultat est probant.





 

 

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Ninja Turtles

Ninja Turtles

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Film de Jonathan Liebesman (Etats-Unis - 2014 - 1h41) avec Megan Fox, Alan Ritchson, Noel Fisher, Jeremy Howard, Pete Ploszek....


 

Ninja turtles affiche une




Tenez-vous prêts : quatre héros de légende vont bientôt faire parler d’eux à New York…
Leonardo, le leader, Michelangelo, le beau gosse, Raphael, le rebelle et Donatello, le cerveau, vont tout faire pour défendre la ville de New York, prise entre les griffes de Shredder. Entre deux dégustations de pizzas (sans anchois, bien sûr) et un entraînement intense aux arts martiaux, prodigué par leur maître Splinter, ils vont accomplir leur destin, aidés par la courageuse reporter, April O’Neil.


 

 

 



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Le Garçon et le Monde

Le Garçon et le Monde

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Un film d'animation d'Alê Abreu (Brésil - 2013 - 1h20)


 

Garcon_et_le_monde affiche une- Film du Cycle "Cine-Mômes" : Tarif unique : 4€


- Recommandé à partir de 7 ans


À la recherche de son père, un garçon quitte son village et découvre un monde fantastique dominé par des animaux-machines et des êtres étranges.
Un voyage lyrique et onirique illustrant avec brio les problèmes du monde moderne.

 

 

 




Critique "Télérama"





Petit miracle : ce film d'animation venu du Brésil est un pur moment de grâce, de temps suspendu. Un bonheur total. L'histoire n'a rien de neuf, pourtant : un petit garçon quitte son village à la recherche de son père et découvre un monde fantastique et mécanique, où la beauté et la musique ont bien du mal à résister au monstre qu'est le « progrès ». Les fleurs, la solidarité et l'amour filial valent mieux que les usines, la pollution et la guerre. On le savait, bien sûr. Mais, grâce à son incroyable liberté visuelle, le cinéaste redonne virginité et force à ce message candide, souvent exalté par le cinéma d'animation. Il choisit de dessiner « comme un enfant », en mélangeant toutes les techniques possibles : pastels à l'huile, crayons de couleurs, feutres hydrographiques et même stylos à bille, ainsi que tous les types de peintures et de collages. Et surtout, choix audacieux et poétique, il ne craint pas le... blanc. Dans certains plans, il part d'une page vierge et la colore progressivement pour finir en véritable feu d'artifice. A l'inverse, il efface un carnaval psychédélique pour rendre l'enfant et sa petite tête en forme d'ampoule à son tendre minimalisme.


Sans cesse, il alterne : à une splendide montée à vélo dans la ville, la nuit, où le ciel étoilé évoque celui de Van Gogh, succède le jour et une descente à toute allure vers une plage ­bariolée. Des scènes dans une plantation de coton dessinent brusquement, des formes totalement originales, tandis qu'un chantier naval prend des airs d'un tableau de Paul Klee... Chaque dessin est un étonnement. Un émerveillement. Le tout sans dialogues ou presque : juste quelques ­répliques, dans une langue inventée — du brésilien à l'envers ! Mais une ­musique très présente, elle, et constam­ment enthousiasmante. Depuis des années, il était de bon ton de ne plus employer le terme « dessin animé », considéré comme réducteur ou ringard, quand on parlait d'animation. Avec Le Garçon et le monde, grâce à ce réalisateur génial, l'expression reprend toutes ses lettres de noblesse.







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Les Recettes du bonheur

Les Recettes du bonheur

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Film de Lasse Hallström (Etats-Unis - 2014 - 2h02) avec Helen Mirren et Charlotte Le Bon....





Recettes du bonheur affiche une


Hassan Kadam a un don inné pour la cuisine : il possède ce que l’on pourrait appeler « le goût absolu »… Après avoir quitté leur Inde natale, Hassan et sa famille, sous la conduite du père, s’installent dans le sud de la France, dans le paisible petit village de Saint-Antonin-Noble-Val. C’est l’endroit idéal pour vivre, et ils projettent bientôt d’y ouvrir un restaurant indien, la Maison Mumbai. Mais lorsque Madame Mallory, propriétaire hautaine et chef du célèbre restaurant étoilé au Michelin Le Saule Pleureur, entend parler du projet de la famille Kadam, c’est le début d’une guerre sans pitié. La cuisine indienne affronte la haute gastronomie française. Jusqu’à ce que la passion d’Hassan pour la grande cuisine française – et pour la charmante sous-chef Marguerite – se combine à son don pour orchestrer un festival de saveurs associant magnifiquement les deux cultures culinaires. Le charmant village baigne désormais dans des parfums débordants de vie que même l’inflexible Madame Mallory ne peut ignorer. Cette femme qui était autrefois la rivale d’Hassan finira par reconnaître son talent et le prendre sous son aile…


 

 



 

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