Film de Yuval Adler (Israël – 2013 – 1h39) avec Tsahi Halevi, Shadi Mar’I, Hitham Omari…

 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

bethleem-affiche uneBethléem, sud de Jérusalem. Sanfur, un jeune palestinien vit dans l’ombre de son frère Ibrahim, un terroriste à la tête d’un réseau influent. Razi, un agent des services secrets israéliens qui recrute des informateurs dans les territoires occupés s’en fait un allié, lui offrant ce qui manque à sa vie, l’estime et la bienveillance d’un père.
Tentant d’assurer son rôle tout en restant loyal envers son frère, Sanfur navigue comme il peut d’un camp à un autre, commettant des impairs. Les services secrets découvrent qu’il participe aux activités de son frère, plongeant Razi dans un profond dilemme : doit-il donner une seconde chance à son indic ou obéir aux ordres ?

 

 

Critique « Nouvel Observateur »

2005. Alors que la nouvelle autorité palestinienne a décidé de mettre un terme à la militarisation du conflit et au financement des Brigades d’Al-Aqsa membres du Fatah, une nouvelle vague d’attaques terroristes menée par une frange d’Al-Aqsa et financée par le Hamas secoue Israël. Elle vient encore complexifier la relation qui lie Razi, agent secret des services israéliens, à Sanfur, son jeune informateur palestinien, adolescent mal dans sa peau qui se sent méprisé par sa famille, et dont il est devenu le confident, le père de substitution et… le patron. Le jeune garçon lui est d’autant plus précieux qu’il est le frère cadet d’un des leaders à l’origine des attentats. Mais tandis que l’adulte pense manipuler le teenager, ce dernier navigue en réalité entre deux eaux, satisfaisant le premier tout en aidant le second.

Démarre entre les deux protagonistes un dangereux jeu du chat et de la souris qui les mènera au bout des contradictions animant cette relation contre nature. Loin des clichés nimbés de violence qui entourent habituellement le milieu des agents et des indics, le premier long-métrage de l’Israélien Yuval Adler nous entraîne dans une réalité autrement trouble. Modes de recrutement et gestion des informateurs, intimité des liens qui se tissent entre les deux camps sont décortiqués ici de façon presque clinique, soulignant la folle ambiguïté du système. Tourné à Bethléem, au sud de Jérusalem, avec des non-professionnels et au terme de quatre longues années d’enquête, le film, passionnant de bout en bout, ne prend jamais parti, se limitant à creuser, avec une rare objectivité, les cas de conscience des uns et des autres.

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Bethléem est un film à polémiques. Certains l’accusent d’être pro-israélien, puisqu’il présenterait une vision caricaturale des palestiniens, qui se verraient endosser le costume des « méchants », comme souvent dans les productions cinématographiques. Pour Yuval Adler, qui réalise ici son premier long-métrage, il n’en est rien. Pour preuve : le scénario a été écrit par Ali Waked, ancien reporter palestinien, qui a longtemps couvert le conflit israélo-palestinien pour de grands médias israéliens. Waked affirme ainsi que l’expérience du terrain a été son unique source d’inspiration. « Nous avons passé des mois à interviewer les palestiniens pour les besoins du scénario. C’est un reflet très précis de la réalité », insiste ce polyglotte parlant arabe, hébreux, français et anglais.

Si les auteurs du film se défendent de privilégier tel ou tel point de vue sur le conflit qu’ils mettent en scène, difficile de nier que résonne en Bethléem un subtile message politique : dans cette ville aux multiples fractures, le conflit est partout, chacun des habitants se devant de choisir un camp. Le personnage de Sanfur, jeune informateur palestinien, cristallise alors cette problématique, lui qui vit dans l’ombre de son grand frère, dirigeant d’un réseau considéré comme terroriste. Pour Razi, agent des services secrets israéliens, il délivre des informations capitales sur les projets de son frère. La famille, la justice : le choix de l’absurde s’imposera alors à lui, matérialisé par une terrible séquence finale.

Bethléem opte pour un récit où le spectateur est omniscient, puisque tous les points de vue sont représentés : le spectateur voit en effet se développer en parallèle les stratagèmes des différentes parties prenantes. Ce schéma narratif impose au spectateur un certain effort, tant les acteurs sont nombreux – Hamas, El Aqsa, autorité palestinienne – et leurs connexions complexes. Cette manière d’étayer avec une certaine sobriété les multiples enjeux du conflit offre alors au film l’intensité des plus grands thrillers politiques, ceux qui parviennent à jongler sans cesse entre deux registres, à savoir celui du documentaire, et celui de la fiction. On pense notamment à Zero Dark Thirty, de l’américaine Kathryn Bigelow, certaines séquences lui faisait directement écho dans leur construction et leur mise en scène – notamment celle de l’assaut d’une villa en territoire ennemi.

Candidat malheureux aux Oscars, Bethléem est un film qui marque autant par sa puissance narrative que par le fatalisme de son propos ; à Bethléem, l’intime est toujours lié au politique : ce conflit sans fin déchire des familles, des amitiés, des nations. Surtout, il déchire des individus, au plus profond de leur être.

 

 

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