Film de Jean-Michel Ribes (France – 2014 – 1h40) avec Didier Bénureau, Laurent Gamelon, Yolande Moreau, François Morel, André Dussollier, Chantal Neuwirth, Laurent Stocker, Bruno Solo, Grégory Gadebois…


Breves de comptoir affiche uneUne journée de la vie du Café L’Hirondelle, sur une petite place de banlieue, en face d’un cimetière.
De l’ouverture à 6h30 jusqu’à la fermeture à 22h30, les clients entrent, boivent, parlent, sortent, rerentrent, re-boivent et reparlent de plus belle. Ils composent un drôle d’opéra parlé, une musique tendre et cocasse, un cantique de pensées frappées au coin du plaisir d’être ensemble, un verre de vin blanc à la main. Le génie populaire danse.

 

 

Critique “Télérama”

C’est un bistrot comme on en fait tant, comme on n’en fait plus. Hors temps et hors norme. Un vrai bistrot de cinéma, aussi faux qu’il faut, plus vrai qu’un vrai. Jean-Michel Ribes l’a coincé entre deux fantômes : le réalisme poétique du cinéma français d’avant guerre et la poésie réaliste d’Alain Resnais, dont il a été le collaborateur pour Coeurs. Juste en face du bistrot s’étend, d’ailleurs, un cimetière qui pourrait bien être celui où se réunissent les personnages des deux derniers films de Resnais : Vous n’avez ­encore rien vu ! et Aimer, boire et chanter. Avec l’humour noir qu’on lui connaît, Jean-Michel Ribes fait défiler, à plusieurs reprises, dans la rue qui sépare le bar des tombes, de superbes convois funéraires. Sans doute comme pour rappeler aux soiffards inconscients l’issue fatale et, vu la quantité des boissons qu’ils avalent, extrêmement proche.

Le dialogue n’est fait que des « brèves de comptoir », recueillies, durant des années, par Jean-Marie Gourio, mais on croirait inventées les formules. « L’avenir, je préférais celui d’avant. » « Mon plus grand chagrin d’amour, c’est que personne ne m’aime. » Sans oublier celle-là, vraiment extra : « J’ai joué la date de naissance de ma femme, celle de ma mère, celle de ma fille, j’ai pas eu un seul numéro. C’est vraiment une famille de cons. »

L’habileté du cinéaste, c’est d’avoir su, autour de ces répliques, créer un monde. Cabossé. Excentrique. Peuplé de silhouettes magnifiques : ce peintre (Bruno Solo), de plus en plus hagard à force d’alterner la bière et le blanc. Ou cet irrésistible croque-mort (Laurent Gamelon) versant, en fin de ­journée, dans une démesure digne de W.C. Fields. L’irréalisme frôle, alors, le surréalisme. Quand un chauffeur de taxi massif, flanqué d’un chien minuscule, se voit répondre par la fille qu’il drague qu’elle aimerait avoir de grands pieds parce qu’elle aime les chaussures, on est en plein dada. Et lorsque la patronne, comme saisie de nostalgie, se met à danser face à un vieux client qui titube, ivre d’alcool et de chagrin, on est dans l’émotion pure. Une émotion émotionnante qui se moque d’être légèrement ridicule.

Peu à peu naît l’inquiétude. La nuit est là, le cimetière devient tout proche. Tous les clients, qu’ils soient affreux, sales et méchants ou gentils, purs et ­esseulés, se rapprochent ; ils ne veulent pas quitter ce lieu qui les tue et les sauve… C’est pas simple de boire. C’est pas simple de vivre non plus. Féroce et tendre, le film défend une notion surannée et essentielle : la solidarité.

 

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