Film de Paul Greengrass (Etats-Unis – 2013 – 2h14) avec Tom Hanks, Catherine Keener, Barkhad Abdi

Film proposé en Version française ou en Version originale sous-titrée selon les séances

 

Capitaine Philips-Affiche uneCapitaine Phillips retrace l’histoire vraie de la prise d’otages du navire de marine marchande américain Maersk Alabama, menée en 2009 par des pirates somaliens. La relation qui s’instaure entre le capitaine Richard Phillips, commandant du bateau, et Muse, le chef des pirates somaliens qui le prend en otage, est au cœur du récit. Les deux hommes sont inévitablement amenés à s’affronter lorsque Muse et son équipe s’attaquent au navire désarmé de Phillips. À plus de 230 kilomètres des côtes somaliennes, les deux camps vont se retrouver à la merci de forces qui les dépassent…

 

 

Critique « LePoint.fr »

A l’image de son personnage dans Seul au monde, on l’avait perdu de vue, le croyant naufragé à bord de superproductions à la Da Vinci Code ou échoué pour de bon dans ses propres réalisations naïves (Il n’est jamais trop tard). Et de fait, Tom Hanks n’a plus été nominé aux oscars depuis douze ans, une éternité pour un acteur qui, de Philadelphia à Vous avez un mess@ge-, incarnait à lui seul les années 90.

Mais le voici redressant la barre avec Captain Phillips, tenant le bon cap dans la course à la statuette. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il y réendosse son costume préféré : celui de l’Américain moyen, héros ordinaire aux prises avec des événements extraordinaires. Au début, Richard Phillips embrasse sa femme, lui dit qu’il l’aime et lui assure que « tout ira bien ». Tout n’ira cependant pas bien. Capitaine du navire marchand « Maersk Alabama », Phillips et son équipage sont pris en otages par des pirates au large de la Somalie. Le thriller maritime, basé sur une histoire vraie, aurait pu tourner à un affrontement manichéen entre le bon père de famille et des flibustiers sans foi ni loi. C’était compter sans la vigilance de Paul Greengrass, réalisateur britannique qui, avec des films d’inspiration documentaire (United 93, Green Zone) comme de purs divertissements (la série des Jason Bourne), insuffle depuis une décennie de l’intelligence et du réalisme dans le cinéma d’action. »Quand j’ai vu Bloody Sunday, (du même Paul Greengrass ndlr) je me suis dit : « Qui que soit ce type, il a découvert une nouvelle façon de faire un film sur un événement réel » », confie Hanks, 57 ans, dont la sveltesse de jeune homme s’explique par un diabète l’obligeant à contrôler son poids.

La star est ici le visage de l’Amérique face à quatre acteurs débutants incarnant des Somaliens qui réclament leur part du gâteau. « Ils viennent d’un endroit désespérant, corrompu, chaotique. Quoi de plus dangereux qu’un jeune homme avec un fusil et qui n’a rien à perdre ? ». Haletant, musclé, complexe, le film dépeint moins un choc des civilisations qu’une lutte des classes à l’échelle planétaire. »It’s just business », affirme ainsi Muse, le leader des pirates. »J’ai fait des films post-11 Septembre. Mais je pense que nous sommes en train d’évoluer vers un autre monde, où le grand problème sera les gagnants et les perdants de l’économie globalisée. Un nouveau système qui crée un nombre gigantesque de gens se sentant exclus », assure Greengrass.

Pour dépeindre ce nouveau monde, il peut compter sur un Tom Hanks magistral qui n’a pas hésité à braver des conditions de tournage éprouvantes en mer. D’abord maître de soi, son personnage bascule peu à peu vers le seul instinct de survie, avant une dernière scène, totalement improvisée, inoubliable d’intensité émotionnelle.  » Tom a construit sa carrière là-dessus, explique Greengrass. Dans une époque cinématographique dominée par les superhéros, il a joué l’homme ordinaire. En acceptant ces restrictions, il a créé des personnages immortels. »

 

Critique « Libération »

La production d’adrénaline est une spécialité de Paul Greengrass, qui n’en finit pas d’explorer les ressources de la caméra à l’épaule, coursant des personnages stressés dans des situations que personne ne souhaite particulièrement vivre. Dans Vol 93, il nous permettait de ressentir le genre d’émotions qui percutent le passager découvrant que des terroristes d’Al-Qaeda sont en train de détourner l’avion pour une mission suicide un certain 11 septembre. Capitaine Phillips est à nouveau un récit de prise d’otages, ici en haute mer, dans la zone de l’océan Indien où sévissent les pirates somaliens. Le scénario s’inspire du récit du capitaine Richard Phillips, dont le navire en avril 2009 fut coursé et abordé par quatre Somaliens en armes qui, au terme d’une razzia ratée, prirent la fuite dans un canot de sauvetage et le gardèrent prisonnier dans l’espoir d’en tirer une rançon.

Tom Hanks interprète le rôle-titre, et il est devenu imbattable dans la capacité à interpréter l’Américain moyen qui fait le job et réserve, derrière sa façade de banalité grisonnante, des ressources d’héroïsme calme et de compréhension de l’autre stupéfiante. Greengrass est anglais, ex-journaliste, il a la culture du direct et du reportage coup-de-poing. Il fait toujours mine de saupoudrer ses films d’un peu de gauchisme géopolitique, c’est-à-dire que l’assaillant, qu’il soit un arabe islamiste (Vol 93), un afghan occupé (Green Zone) ou un pêcheur africain devenu hors la loi mafieux (Capitaine Phillips), est traité avec quelques nuances que, peut-être, d’autres cinéastes plus à droite ne prendraient pas la peine d’avoir. C’est, en tout cas, ce que l’on se raconte, même si les films de Greengrass démontrent une fascination pour le pouvoir américain, pour son armée, pour ses forces d’intervention et son matériel logistique ultrasophistiqué. La représentation des Somaliens, roulant des yeux féroces et habillés de vêtements en haillons et crasseux d’un côté, et celle du staff du navire, propre et bien nourri, mais visiblement terrifié, ne cache pas de quel côté se situent ceux qui pensent, écrivent, financent et mettent en scène une telle reconstitution de faits divers. Alors, bien sûr, on est scotché à son siège pendant plus de deux heures, et Hanks tente de toute évidence de décrocher un oscar pour la grande scène du type sain et sauf, mais en profond état de choc.

Reste que Greengrass a été obligé de répondre aux critiques qui ont surgi à la faveur de la sortie du film aux Etats-Unis. Une dizaine de membres de l’équipage du Maersk Alabama poursuivent en effet le véritable capitaine Phillips pour des manquements graves aux consignes de sécurité. Sous couvert d’anonymat, ils décrivent un homme arrogant qui n’avait pris aucune disposition particulière. Dans la même période, 16 porte-conteneurs avaient été abordés dans la zone et 8 avaient fait l’objet de prises d’otages. Greengrass et son scénariste affirment avoir fait une grosse enquête de terrain pour être au plus près de la vérité. Le seul pirate ayant survécu à l’attaque militaire pour libérer Phillips, Abduwali Muse, purge aux Etats-Unis une peine de trente-trois ans de prison.

 

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