Film de Jean-marc Vallée (Etats-Unis – 2013 – 1h57) avec Matthew Mcconaughey, Jennifer Garner, Jared Leto….

– Prix du Meilleur Acteur dans un film dramatique pour Matthew Mcconaughey et du Meilleur Acteur dans un second rôle pour Jared Leto aux Golden Globes 2014

– Prix du Meilleur Acteur pour Matthew Mcconaughey et du Meilleur Acteur dans un second rôle pour Jared Leto aux Screen Actors Guild Awards 2014

 

Dallas buyers club affiche une1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause…et pour sa propre vie.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Etats-Unis, 1981. Premières manifestations du Sida, virus inconnu à l’époque, touchant essentiellement la population homosexuelle. Rapidement, la maladie se voit sottement statuer de « cancer gay », bouleverse le monde médical et braque certains conservateurs à l’encontre des homos. A peine cinq ans plus tard, dans le Texas profond, c’est au tour d’un hétéro burné, Ron Woodroof, incarné par le brillant Matthew McConaughey, aux traits émaciés, de devoir faire face à l’honteux virus, estampillé gay.
Les mentalités humaines étant ce qu’elles sont, le protagoniste voit ses relations se détériorer inexorablement, à l’image de son propre corps, alors que la médecine fait montre d’impuissance. Ron, en quête désespérée d’un remède, oppose alors à cette situation sans issue autre que la mort rapide le système D, en mettant à sa disposition toutes les armes nécessaires pour combattre la maladie.
A travers la caméra de Jean-Marc Vallée (Café de Flore, un flop ; C.R.A.Z.Y, son triomphe personnel), il nous est proposé de suivre la quête désespérée d’un homme à l’agonie. Usant d’une esthétique très terre à terre typée télé-film que l’on retrouvait dans Ma vie avec Liberace (Steven Soderbergh, 2013), Dallas Buyers Club nous fait ressentir le vertige d’une situation insensée. Un parti pris dont l’intensité dramatique est décuplée par la transformation tant physique qu’idéologique subie par le personnage de Ron. On observera ainsi son corps maigrir, pâlir, en bref : mourir. Mais à l’inverse, son esprit au départ hostile à la communauté LGBT, connaît une certaine renaissance et va peu à peu s’intégrer dans ce microcosme qu’il rejetait virilement, au détriment de ses anciens amis ; le cinéaste gay-friendly est d’ailleurs un peu caricatural en forçant les traits de “méchant” de certains de ses proches.
Dallas Buyers Club portrait fidèle d’une époque fait preuve d’une humanité qui subjugue et qui nous parle toujours, des décennies après le début des ravages. « On ne fait pas dans la politique mais dans le constat d’urgence » aurait dit le groupe NTM. Les années passent, les faits demeurent. Jean-Marc Vallée dépoussière la grille de lecture. En effet, Ron Woodroof est tout de même parvenu a prolongé sa vie de façon inenvisageable lors de la découverte de sa séropositivité qui devait le condamner à une déchéance mortelle rapide. En un sens, le film se réapproprie le sempiternel message hollywoodien, consistant à clamer que rien n’est impossible si on le veut vraiment. Mais le film ne s’arrête pas à cette banalité et parvient ainsi à courber le message. En effet, si l’on veut survivre, il faut aussi s’ériger contre ceux qui sont prêts à s’interposer aux libertés de chacun. Sans aucune fantaisie, c’est dans cet état de lente et inexorable chute que Dallas Buyers Club se place et finit sa boucle sur une épanadiplose, rejoignant le premier plan. L’image d’un homme lambda en plein rodéo sur le dos d’un taureau enragé. Ron Woodroof se sera battu contre ces cornes durant les sept dernières années de sa vie. Luttant pour sa survie et celle des autres de quelque manière que ce soit. On reste encore attentif à son message.

 

Critique “Critikat.com”

Prenez un sujet sensible, une histoire authentique, des acteurs physiquement méconnaissables tels que l’industrie hollywoodienne aime souvent produire, et vous obtiendrez peut-être le parfait calibrage d’un film pressenti pour rafler quelques statuettes aux prochains Oscars. On pourrait alors craindre une œuvre filmique davantage formatée pour solliciter les mouchoirs que pour réellement honorer une histoire biographique étonnante. Pourtant, ce serait oublier qu’au cinéma les bonnes surprises restent souvent possibles.

Avec la délicate épreuve de rodéo, la séquence d’ouverture de Dallas Buyers Club est à elle seule symptomatique des principaux enjeux du film. En lutte avec un taureau déchaîné, qu’il tente de maîtriser sous les cris d’une foule en délire, le défi pour Ron Woodroof (interprété par Matthew McConaughey) est de tenir le plus longtemps possible en selle, comme pour affirmer le plus durablement sur la scène publique sa propre virilité. L’enjeu consiste donc à résister, à persévérer, dans un univers physique et social supposé le soumettre constamment à l’épreuve. Le combat est d’autant plus intense que le personnage ignore encore que cette épreuve de quelques minutes restera le pendant métaphorique du combat de toute sa vie.

Rodéo, sexe, drogue, violence… et VIH. Il suffit au champion texan l’expérience d’un simple accident du travail pour prendre connaissance de sa séropositivité et apprendre qu’il ne lui reste que 30 jours à vivre. Le combat pour la survie constitue ainsi la thématique principale du nouveau film de Jean-Marc Vallée, après le très mitigé Café de Flore et son ambition dramatico-romanesque, étirée sur plusieurs générations. Dallas Buyers Club adopte un montage à contre-pied des précédentes réalisations du cinéaste, tant la primauté est ici donnée, dès l’annonce de la maladie, à la survie de tous les instants. Le film s’octroie ainsi la forme d’une compilation chiffrée de jours, restreinte par la proximité d’une mort annoncée. Cette forme narrative permet cependant au film de déjouer sans cesse les attentes du spectateur, de feindre la finitude sans jamais réellement l’accomplir, comme pour souligner la survie extraordinaire et inespérée de Ron Woodroof.

Si le montage général souligne la singularité de la trajectoire personnelle de notre anti-héros -qui succombe progressivement à l’organisation d’un trafic de médicaments alternatifs- il orchestre néanmoins une série d’ellipses narratives, comme s’il pliait sous le poids d’une certaine standardisation attendue pour un film préformarté pour les Oscars. Un tel raccourcissement informatif compromet dès lors le potentiel dramatique de quelques scènes, comme lors du diagnostic de la maladie, et trahit le traitement expéditif de certains dialogues du film. Étrangement, c’est peut-être dans cette constance elliptique que le film dévoile également ses plus beaux atouts, tant il s’agit moins de reproduire sciemment des raccourcis narratifs que de les détourner, de les faire rentrer en résonance avec une conscience sélective des derniers instants d’une vie hantée par la crainte de la perte.

Ce surdécoupage général se prolonge à l’intérieur même des séquences, qui utilisent des coupes répétitives afin de reproduire l’instantanéité de l’urgence. L’excellent travail sonore permet à Jean-Marc Vallée de relayer au sein même de son dispositif de mise en scène l’accélération d’une altération physique ; le récurrent « bip » clinique devient le prolongement psychique d’un homme désemparé, parcouru par l’effroi de la mort et la recherche d’une jouissance extrême des derniers moments de vie. Cette quête se trouve également matérialisée par l’utilisation d’un cadre centrifuge, dont les limites sont sans cesse repoussées par les deux anti-héros, qui tentent désespérément d’y opposer une pulsion de vie, une intention de survie, comme pour mieux préserver les conditions de possibilité, malheureusement illusoires, d’un hors-champ.

Narrative, la résistance des personnages face à la maladie devient par essence un acte physique, littéralement incarné par la métamorphose des deux comédiens Matthew McConaughey et Jared Leto. Le corps devient ici un moyen d’affirmation ; un ancrage de la dégénérescence, de la maladie dans le temps, et permet au cinéaste d’en faire un outil dramaturgique à part entière. Féminin et Rock-Glam avec Rayon (Jared Leto) ou foncièrement négligé comme avec Ron, le corps transcende sa propre expressivité et se donne à voir comme une modalité d’être face à la fatalité. Que ce soit dans le cercle familial de CRAZY, dans celui de la royauté avec Victoria ou celui, plus élargi, d’un Café de Flore qui entrecroise les trajectoires personnelles, Jean-Marc Vallée transforme le corps physique en un reflet désenchanté du corps social et du corps idéologique. Et insuffle à l’acte de résister sa fonction créatrice.

 

Pricing table with id of "dallas" is not defined.