Film de Nils Tavernier (France – 2013 – 1h26) avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy et Fabien Héraud

 

De toutes nos forces affiche uneComme tous les adolescents, Julien rêve d’aventures et de sensations fortes. Mais lorsqu’on vit dans un fauteuil roulant, ces rêves là sont difficilement réalisables. Pour y parvenir, il met au défi son père de concourir avec lui au triathlon «Ironman» de Nice : une des épreuves sportives les plus difficiles qui soit. Autour d’eux, c’est toute une famille qui va se reconstruire pour tenter d’aller au bout de cet incroyable exploit.

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Documentariste de formation, Nils Tavernier nous avait gratifié de quelques fleurons du genre avec Tout près des étoiles (sur les danseurs de l’Opéra de Paris), L’Odyssée de la vie et plus récemment Que reste-t-il de nos erreurs ? qui prenait à bras le corps la question de l’erreur médicale. Engagé, il l’est, incontestablement. Et pourtant, De toutes nos forces n’apparaît pas le moins du monde comme un film à thèse sur l’insertion des handicapés. Par l’intermédiaire du sport et du goût de l’effort, le film privilégie une approche moins frontale, plus grand public, sans pour autant éluder la réalité du handicap. Si De toutes nos forces fait indiscutablement du bien au spectateur, c’est avant tout parce que l’histoire dépasse le cadre de la déficience et prend une valeur quasi universelle. Avec une construction en diptyque (l’avant course et le moment de vérité), Tavernier fait le choix de ne pas montrer l’après, laissant en suspens un instant de gloire éternelle comme un ultime message d’espoir. Vivre avec un handicap, c’est possible, et les personnes handicapées peuvent elles aussi aussi avoir le sourire et repousser toujours plus loin le champ des possibles. Toujours très juste, le réalisateur ne tombe jamais dans l’écueil de la complaisance ou du misérabilisme facile, se focalisant sur la joie de vivre de Julien -incroyable Fabien Héraud dont le sourire ne cesse d’irradier la pellicule- et son besoin d’être reconnu pour lui-même au delà de son handicap. Intransigeant, persuasif et bourré d’auto-dérision, le personnage fascine par sa capacité à ne rien lâcher. Mu par la volonté simple de vivre sa vie comme il l’entend , il est, plus qu’un simple héros de cinéma, un modèle d’humanité et de courage. Mais le véritable enjeu du film réside dans la notion de don de soi. Ce sacrifice du père pour accompagner son fils jusqu’au bout de son rêve permet aux deux protagonistes d’abord de se trouver, de se comprendre à demi-mots pour finalement faire battre leurs deux cœurs à l’unisson . Avant de les jeter dans l’arène, Tavernier, avec une grande pudeur, prend le temps de restaurer le lien brisé entre ce père et ce fils que tout oppose et qui réapprennent à s’aimer en affrontant l’épreuve ensemble.

Au delà de l’exploit sportif, filmé avec brio, De toutes nos forces est une magnifique fable sur la paternité, le passage à l’âge adulte, la transmission et le partage et restaure l’idée de cohésion familiale à une époque minée par la perte des repères traditionnels. Quelqu’un a dit un jour que les parents grandissaient avec leurs enfants. D’abord difficile, la communication s’établit lorsque le père absent qui avait pris jusque là la tangente dépasse sa peur de ne pas être à la hauteur et assume enfin pleinement son rôle. Malgré un démarrage un peu longuet qui sent le conventionnel et la larmantine à plein nez (hormis une fabuleuse séquence d’introduction qui nous plonge habilement dans les vertiges intérieurs du père), le métrage passionne dès lors qu’il se recentre sur le point de vue de Julien. En dépit de son handicap, Nils Tavernier fait du garçon une figure identificatoire pour tous ceux qui se sont un jour ou l’autre sentis en marge qui s’impose très vite comme la véritable raison d’être du film. Chose éminemment louable, alors que d’autres auraient sans doute insisté lourdement sur les difficultés propres au handicap, le réalisateur n’a besoin de que de quelques plans pour faire comprendre l’essentiel, et laisse ainsi toute sa place à l’aspect épique. Petite anecdote qui a son importance, l’une des scènes clefs montre Julien regardant le combat ultime de Rocky 3 à la télévision. De quoi donner des idées… Transformer David en Goliath n’était pas chose facile, mais toutes les différences semblent s’envoler dès lors que nos deux outsiders prennent le départ de la course à l’unisson avec tous les athlètes de l’ « Iron man ». Épreuve titanesque par excellence (3,8 km de natation, 180 km de vélo, 42 km de course à pied), il ne s’agit décidément pas d’une course ordinaire. Tant mentale que physique, la compétition ne s’envisage pas en terme de gain ou de perte. Pour Paul (Gamblin) et Julien, il s’agit, plus qu’un challenge, de donner corps à leur renaissance en tant que père et fils. 2 700 participants, des images magnifiques, un suivi de la course avec commentaires à l’appui, on sent le documentariste à l’aise. Pour autant, le cadre de Nils Tavernier n’est jamais figé. Il parvient, par un mouvement perpétuel qui suit le tandem au plus près, à rendre compte de l’atmosphère si particulière de l’épreuve (le départ dans l’eau filmé à bord d’un hélicoptère est un vrai choc visuel et rappelle les compositions d’un Yann Arthus-Bertrand) et nous fait ressentir par procuration la souffrance, les moments de doutes mais surtout la joie qui perle sous l’effort avec une grande maîtrise. Jacques Gamblin, galvanisé par la bonne humeur communicative de son jeune compagnon, signe une composition toute en pudeur et en retenue, à la fois physique et infiniment tendre, et confirme une nouvelle fois qu’il est l’un des acteurs les plus talentueux de sa génération. Au final, De toutes nos forces, à la croisée des genres, est une course contre la montre haletante qui dépasse de loin la beauté du geste pour trouver son second souffle dans la chair même de ses personnages.

 

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