Film de Benedikt Erlingsson (Islande – 2013 – 1h21)


Des chevaux affiche une– Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Grand Prix du Jury au Festival de Cinéma Européen des Arcs
Prix du Meilleur Premier Film au Festival de San Sebastian
Prix de la ville et Prix d’interprétation féminine (Charlotte Bøving) au Festival international du film d’Amiens

Kolbeinn aime Solveig, et Solveig aime Kolbeinn, mais Kolbeinn est tout aussi attaché à sa jument Grána, et Grána piaffe pour Brúnn l’étalon. Ça ne peut que mal finir. Vernhardur adore la vodka mais Jarpur, le cheval, aime Vernhardur , son maître. Sur le chalutier russe, Gengis n’a pas de vodka mais il adore les chevaux comme Jarpur. Cela non plus ne va pas bien finir. Et ainsi de suite. Comment tout cela finira-t-il? Eh bien, tout se termine à l’automne quand les bêtes sont rentrés, hommes et chevaux ne forment plus alors qu’une grande mêlée.

 

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

C’est sur la rétine d’un cheval majestueux que se reflètent les silhouettes des hommes en mouvement s’affairant à la préparation des bêtes, images mouvantes qui n’auront de cesse de trouver leur alter-ego animal dans l’œil des maîtres chevaucheurs. Des chevaux et des hommes, par sa construction éclatée narrant différents épisodes de l’histoire d’une petite communauté islandaise dont la vie est inextricablement liée à celle des chevaux, ne cesse de relier le singulier et l’universel, le général et l’intime qui jaillit au sein du groupe. Si les paysages de l’île de seulement 200 000 habitants ne cessent de nous époustoufler par leur beauté irradiante, Benedikt Erlingsson ne sombre jamais dans le piège de l’esthétisme gratuit et se concentre sur les relations complexes qui unissent les différents personnages avec un humour corrosif ravageur dans la droite ligne de celui proposé par son mentor Fridriksson. On reconnaît la patte du réalisateur des Anges de l’univers dès la première scène où l’excellent Ingvar Eggert Sigurðsson (acteur fétiche de Fridriksson), juché sur sa jument blanche et immaculée, fanfaronne avant que celle-ci se fasse monter dessus par un étalon en rut, le dépossédant du même coup de sa virilité. Sous ses aspects foutraques et ses saynètes qui lorgnent souvent du côté de l’absurde (un homme traverse la mer à cheval pour récupérer de la Vodka à bord d’un chalutier russe, un autre se crève les yeux avec des barbelés en voulant passer par le champ interdit de son voisin), le film dépasse le simple divertissement de luxe pour disséquer avec brio une partie de la société traditionnelle islandaise engoncée dans ses codes. Avec une grande économie de parole, qui correspond bien à une certaine pudeur de la part de personnages isolés et écrasés par une montagne de non-dits, le réalisateur insuffle à son film un rythme singulier, berçant voire envoûtant, où hommes et chevaux semblent évoluer ensemble vers un destin commun.

Les deux espèces, mises sur un pied d’égalité par une réelle volonté d’anthropomorphisme, s’enracinent au cœur d’une nature quasi vierge à la beauté sensuelle empreinte d’une sorte de mysticisme ancestral. Mais cette nature s’avère excessivement capricieuse et c’est dans les épreuves qu’hommes et chevaux se rapprochent le plus et semblent veiller l’un sur l’autre avec une infinie tendresse. Image la plus bouleversante du film -et la plus emblématique de la dévotion totale de l’animal à son maître-, c’est le cœur déchiré qu’un jeune touriste égaré dans les plaines à la nuit tombée sacrifie son cheval et se protège du froid en se réfugiant dans ses entrailles. Erlingsson ne cesse de travailler sa matière cinématographique, multipliant les angles de caméra pour donner corps et chair aux moments les plus incongrus mais le fait toujours avec un sens aigu de la mesure. Avec ses ruptures de tons perpétuelles, des images choc à la beauté glacée (disséminées là où l’on s’y attend le moins) qui percutent le spectateur de plein fouet et rappellent la toute puissance de la nature mais aussi la capacité de résilience humaine et l’imperfectibilité de notre condition, les regards profonds de chevaux altiers lancés à pleine vitesse dans un même élan de grâce, le film glace autant qu’il émerveille, et ne cesse jamais d’innover. Si la progression dans le récit n’est pas toujours évidente et que l’ensemble reste malgré tout un peu décousu, Des chevaux et des hommes jouit d’un statut presque expérimental et surtout d’une franchise totale. Et c’est avec plaisir que nous suivons ces hommes et leurs bêtes combattant d’arrache-pied pour survivre et perpétuer leur mode de vie. Ça c’est du cinéma !

 

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