Film de Neil Burger (Etats-Unis – 2014 – 2h19) avec Shailene Woodley, Kate Winslet, Jai Courtney, Ansel Elgort

divergente affiche uneTris vit dans un monde post-apocalyptique où la société est divisée en cinq clans (Audacieux, Érudits, Altruistes, Sincères, Fraternels). À 16 ans, elle doit choisir son appartenance pour le reste de sa vie. Cas rarissime, son test d’aptitude n’est pas concluant : elle est Divergente. Les Divergents sont des individus rares n’appartenant à aucun clan et sont traqués par le gouvernement. Dissimulant son secret, Tris intègre l’univers brutal des Audacieux dont l’entraînement est basé sur la maîtrise de nos peurs les plus intimes.

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Il n’échappera à personne que Divergente est devenu une nouvelle référence dans le domaine de la franchise littéraire pour adolescentes. Là où la plupart des adaptations se heurtent à l’indifférence du public (Les âmes vagabondes, The Mortal instruments), Divergente a dépassé aisément les 100M$ au B.O. américain. Le distributeur n’a d’ailleurs pas attendu les chiffres du box-office pour lancer le sequel, conforté par les premiers échos, des préventes solides et l’assiduité des fans qui ont apporté massivement leur soutien au projet depuis le début du tournage. Il est vrai que Divergente surpasse la plupart de ses concurrents avec des ambitions de récit et de retranscription d’un univers futuriste autrement plus séduisantes que ce qu’on a pu voir récemment dans le genre, Hunger Games mis à l’écart. Toutefois peut-on vraiment mettre les deux films adaptés de l’œuvre de Suzanne Colins à l’écart tant Divergente se rapproche de l’univers de Hunger Games ? L’initiation adolescente dans les deux cas se situe dans un futur où le totalitarisme prend la forme d’une manipulation des masses divisées en tributs dans H.G. et en factions dans Divergente. En l’occurrence celles des Audacieux, des Erudits, des Sincères et des Fraternels dans ce dernier. L’héroïne, qui ne s’appelle pas ici Katniss mais Tris (sic) doit à 16 ans faire le choix de son clan qu’elle embrassera pour la vie, en fonction de ses qualités intrinsèques. Malheureusement pour elle, elle se découvre être un élément subversif pour le pouvoir en place, puisqu’elle fédère des qualités propres à chacun des clans… Une suspicion de rébellion accompagne ces « divergents » dont il faut se débarrasser par tous les moyens, alors que l’éradication de l’une des factions couve au cœur d’une cité abritée d’un extérieur post apocalyptique potentiellement monstrueux, par de gigantesques remparts. L’histoire est réellement séduisante, malgré les résonances aux autres sagas du genre (Les Ames Vagabondes n’était pas très éloignée de ce schéma initiatique portée par le refus d’une personnalité féminine de se soumettre aux normes extra-terrestres) et l’on comprend aisément l’engouement de la jeunesse pour ce type de récit empreint d’une puissance d’incarnation alors que l’héroïne refuse de suivre sa famille et les valeurs d’altruisme de son sang pour rejoindre le rang des Audacieux. Elle choisit des casse-cous qui se délectent du danger et font subir aux nouvelles recrues des tests d’intégration et autres bizutages qui risquent de briser les vocations, forçant ceux qui ratent les examens d’entrée à devenir des sans-factions, des parias errant en marge d’une société hiérarchisée qui ne pardonne pas l’échec. En effet, le transfert d’un clan à l’autre est interdit, comme pour signifier à l’adolescent l’impossibilité de revenir en arrière une fois ses premiers choix de jeune adulte réalisés. Cette société aseptisée et compartimentée est représentée en son sommet par la beauté froide de Kate Winslet. L’héroïne de Titanic et de Créatures célestes resplendit en Machiavel convaincu de la nécessité des génocides pour mieux régner. Classe et élégance la positionnent dix rangs plus haut que l’héroïne qui manque cruellement de charisme à l’écran. La faute en incombe moins au personnage crée par Veronica Roth qu’au casting de l’actrice Shailene Woodley, choix assez peu heureux, alors qu’on la voit, pour près de la moitié du film, revêtue d’un sac à patate en guise de fringue. Il s’agit en fait de la tenue unique peu glamour des Altruistes qui se porte de mère en fille, et qui ne va vraiment pas à Ashley Judd non plus, peu crédible dans son rôle de mère modèle qui, elle aussi, a sa part de secrets). La jeune comédienne aperçue en 2013 dans la romance indépendante The Spectacular now et la série culte La vie secrète d’une ado ordinaire (rôle principal des 5 saisons !) n’est pas un choix crédible aux côtés du bellâtre musclé Theo James, plus à l’aise dans son rôle, mais moins en amoureux transi d’une héroïne dont la moue dissimule mal les tentatives d’approfondissement psychologique voulues par les auteurs du scénario. Autrement dit, Divergente qui commence très bien souffre parfois des tics de certaines productions adolescentes. Outre le jeu inégal de certains acteurs, l’on peut aussi signaler la présence d’une musique omniprésente destinée principalement à vendre du single sur Itunes, notamment le répertoire d’Ellie Goulding ; la chanteuse britannique trouve effectivement en la B.O. du film l’expédient parfait pour s’imposer comme méga star en Amérique après avoir déjà étoffé la soundtrack de Hunger Games 2 quelques mois auparavant. On n’oubliera pas la déficience de certains effets spéciaux et la présence de quelques scènes assez indigentes (l’ascension peu crédible d’une grande roue par les deux tourtereaux lors d’un jeu de simulation) pour séduire un public essentiellement adolescent. Tout cela ne fait pas de Divergente un mauvais jalon du genre, loin de là, mais on se situe forcément en retrait du solide Hunger games : l’embrasement où la violence n’était jamais sourde et où Jennifer Lawrence crevait vraiment l’écran. Divergente se pose donc en divertissement vertueux qui contentera largement son public cible sans chercher à exploiter le sillon d’une science-fiction d’anticipation au-delà des canons du produit jeune, qui éconduira à raison les adultes. Bref, dans le genre, on préférera revoir La stratégie Ender, échec malheureux sur les marchés de la planète et pourtant autrement plus valeureux.

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