Film D’animation de Dean DeBlois (Etats-Unis – 2014 – 1h43)


Dragons-2-affiche uneFilm proposé en 2D ou en 3D selon les séances

La vie s’écoule paisiblement sur l’île de Beurk…
Astrid, Rustik le Morveux, Varek, Kranedur et Kognedur se défient lors de courses sportives de dragons devenues très populaires tandis qu’Harold et Krokmou, désormais inséparables, parcourent les cieux à la conquête de territoires inconnus et de nouveaux mondes.

Au cours de l’une de leurs aventures, ils découvrent une grotte secrète qui abrite des centaines de dragons sauvages, rotégés par un mystérieux dragonnier…
Harold et Krokmou vont alors se retrouver au centre d’une lutte visant à maintenir la paix et vont devoir défendre leurs valeurs pour préserver le destin des vikings et des dragons.

 

 

Critique « Les Inrockuptibles »

Dans les années 2000, le cœur battant de l’animation grand public n’était pas dur à trouver. Il avait même un nom, Pixar, qui enchaînait alors des projets originaux tous plus réussis les uns que les autres.

Le studio logeait ainsi entre les deuxième (2001) et troisième (2010) volets de Toy Story six films remarquables pour et sur l’enfance, ou plutôt justement quelque part entre l’enfant et l’adulte (Le Monde de Nemo, Monstres & Cie, Là-haut, etc.), y projetant des méandres d’angoisses primales et d’émerveillements candides.

Cet âge d’or est plus ou moins révolu, néanmoins une question reste : où le cinéma d’animation palpite-t-il désormais ? Heureusement au moins une franchise, signée DreamWorks, déploie aujourd’hui cette sorte d’envergure indicible, de feu sacré que Pixar, donc, détenait il y a peu, ou encore que Disney détenait au XXe siècle.

Soit Dragons, bijou insoupçonné lancé quelques mois après Avatar dans le sillon de la 3D. On y découvre des Vikings de carte postale (barbus, bourrus) vivant à flanc d’îlots sur un océan désert à perte de vue, et s’adaptant comme ils le peuvent à la présence de voisins au tempérament assez volcanique – voir le titre.

Le précédent volet était affaire d’apprivoisement : celui de Krokmou (Toothless) par Harold (Hiccup), jeune et pataud fils de chef se toquant de domestiquer les dragons plutôt que de les chasser. Quatre ans après, Dragons a, à la façon d’un Toy Story, pris de l’âge, et accompagne donc le vieillissement de ses héros autant que de son public. Ici, c’est l’âge adulte qui pointe le bout de son nez, avec la douleur des séparations, le poids des responsabilités.

Harold explore le vaste monde ; trouver sa petite place au village n’est plus suffisant, puisqu’il n’est pas à l’abri de devoir bientôt le diriger, c’est-à-dire de prendre la place de son père (on devine les résonances intimes que cela augure). Entre-temps, Dragons 2 a fait de son binôme central (le garçon et la bête) un couple fusionnel, où l’un sert pour l’autre de béquille. Une aile estropiée d’un côté, une jambe amputée de l’autre, font que le déplacement se compose forcément à deux. Et de déplacement, il en est toujours fortement question dans les Dragons, blockbusters chorégraphiques par excellence.

Les deux films semblent tout droit sortis de la turbine encore brûlante de l’animation, taillés pour le relief : on n’y bouge que par explosions et par saccades, dans des déflagrations d’éléments (les airs bien sûr, mais aussi le feu, très présent, et mêmes les lames de l’océan qui entraînent les drakkars). C’est tout le rythme délicieusement enlevé d’une telle série où, enfin, les motifs traversent en un éclair la largeur de l’écran, laissant loin derrière eux les piétons du cinéma live.

Confirmation donc du très bon pressentiment perçu il y a quatre ans, à savoir celui d’une prise de relais avec le chef-d’œuvre du cinéma d’animation des années 2000, Toy Story. A bien des égards, l’un et l’autre se rapprochent. Ils déploient un foisonnement similaire à partir du programme qu’annonce leur titre (sachant que pour l’un comme pour l’autre il y a bien sûr du merchandising à la clé), où un dragon et un jouet, c’est sensiblement la même chose : une déclinaison de couleurs et d’attributs, à partir d’un ADN commun.

Surtout, la proximité de Dragons et de Toy Story repose sur une certaine stature romanesque, une ampleur cachée qui survole de bien haut le règne du pitch et des “personnages secondaires rigolos” (une tare pourtant très connotée DreamWorks) qui ne cessent d’accroître leur emprise sur le cinéma d’animation.

Ici, il y a bien sûr de l’humour (avec Jay Baruchel, Jonah Hill ou encore Christopher Mintz-Plasse, un casting ouvertement apatowien en VO), mais il y a aussi et surtout ce qui manque à tant de films adressés au jeune public :
une vraie sérénité, une tenue qui ne trompe pas son ennui en enfilant les références pop et les parodies (coucou Shrek) ; un véritable esprit de conte initiatique, candide et poignant, qui jaillit somptueusement dans les airs.

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