Film de Judith Kaufmann et Georg Maas (Allemagne – 2013 – 1h37) avec Liv Ullmann….


D'une vie a l'autre affiche uneEurope 1990, le mur de Berlin est tombé.
Katrine a grandi en Allemagne de l’Est, et vit en Norvège depuis 20 ans. Elle est le fruit d’une relation entre une norvégienne et un soldat allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. A sa naissance, elle a été placée dans un orphelinat réservé aux enfants aryens. Elle parvient à s’échapper de la RDA des années plus tard pour rejoindre sa mère. Mais, quand un avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l’Etat norvégien au nom de ces «enfants de la honte», curieusement, elle refuse.
Progressivement de lourds secrets refont surface, dévoilant le rôle de la STASI, les services secrets de la RDA, dans le destin de ces enfants. Pour elle et ses proches, quel est le plus important ? la vie qu’ils ont construite ensemble, ou le mensonge sur lequel elle repose ?…

 

Critique “LePoint.fr”

Les Lebensborne commencent à avoir le vent en poupe. Rien de plus logique : les enfants nés dans ces pouponnières nazies sont les plus jeunes “victimes” de la guerre. Ils seront donc les derniers à parler, à inspirer. En Allemagne, le sujet est d’autant plus sensible que ces gamins ont fait l’objet d’une double peine et d’une seconde manipulation dans les années 60 en RDA. La Stasi a en effet profité de leur identité brouillée – des centaines d’entre eux avaient été ramenés de l’étranger vers la Saxe en 1944 – pour faire d’eux des espions à son service. Les services secrets est-allemands les ont surtout envoyés en Norvège, le pays d’Europe où les Lebensborne avaient été le plus actifs, au nom de la supériorité supposée de ces Nordiques, bien vue chez les nazis. C’est ainsi que des dizaines d’individus ont fait croire à des mères norvégiennes qu’ils étaient leur enfant. Plus dure fut leur chute en 1989, lorsque la RDA a cessé d’exister et que certains dossiers ont été mis au jour.

Nazisme + Stasi + famille : voici la trame passionnante du thriller politico-familial de l’Allemand Georg Maas, qui plaira à tous ceux que touche l’imbrication de la grande Histoire avec les tourments de la vie intime. Le distributeur présente “D’une vie à l’autre” comme un mix réussi entre “La vie des autres” (du côté de la Stasi) et “Borgen” (du côté du Danemark). Maas n’a jamais vu “Borgen”, mais grâce à un grand duo d’actrices – Juliane Köhler, Liv Ullmann – il donne chair, sans aucun manichéisme, à des jeux de masques et d’identités dont on n’avait pas idée. Preuve une fois encore que le totalitarisme a continué de détruire les familles des décennies plus tard.

 

Critique “Le Nouvel Observateur”

D’où vient la réticence de Katrine, élevée dans un Lebensborn, à témoigner sur son histoire dans un procès intenté contre l’Etat norvégien, comme l’y invite un jeune avocat au lendemain de la chute du mur de Berlin ? Fruit des amours d’une Norvégienne et d’un soldat allemand, cette quadragénaire bien installée – bon job, bon mari et fille aimante – est l’une des rares “enfants de la honte” à s’être échappée de l’orphelinat où elle était placée en RDA ; l’une des seules, aussi, à avoir réussi à retrouver la trace de sa mère non loin de laquelle elle vit désormais. Obstinée dans son silence, malgré son histoire, unique, et en dépit de la pression de ses proches, Katrine s’enfonce dans les secrets et les mensonges sur lesquels elle a construit sa famille.

Georg Maas, qui s’inspire très librement du livre de Hannelore Hippe, ressuscite un pan peu connu de l’histoire norvégienne et lève le voile sur les liens troubles entretenus par la Stasi avec les enfants des Lebensborn, souvent utilisés comme espions dans toute l’Europe. Entre polar et drame identitaire, son film, porté par la comédienne Juliane Köhler, distille une petite musique sourde, lourde des violences du passé.

 

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