Film de Doug Liman (Etats-Unis – 2013 – 1h29) avec Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton…

 

Edge of Tomorrow affiche FranceSéance en 3D

Dans un future proche, des hordes d’extraterrestres extrêmement organisés, appelés les Mimics, ont livré une bataille acharnée contre la Terre, réduisant les grandes villes en cendres et causant la mort de millions d’êtres humains. Aucune armée au monde n’est à même de rivaliser avec la rapidité, la violence et les capacités cognitives exceptionnelles des combattants Mimics, très bien armés, ou de leurs chefs dotés de pouvoirs télépathiques. Mais à présent, les armées du monde ont réuni leurs forces pour une ultime offensive à quitte ou double contre les extraterrestres…
Le lieutenant-colonel Bill Cage (Tom Cruise), qui n’a jamais combattu de sa vie, est rétrogradé du jour au lendemain et envoyé, sans entraînement ni équipement opérationnel, dans ce qui ressemble à une mission-suicide. Il meurt en l’espace de quelques minutes, parvenant malgré tout à tuer un des chefs extraterrestres dans sa chute. Mais, comme par miracle, il se relève et se retrouve au début de cette journée fatidique, contraint de se battre à nouveau et de mourir… une nouvelle fois. En réalité, le fait d’avoir été en contact direct avec l’extraterrestre l’a projeté dans une boucle temporelle, le condamnant à revivre le même combat, indéfiniment…
Mais à chaque salve, Cage gagne en force et en agilité et devient mieux armé pour affronter les Mimics, aux côtés de Rita Vrataski (Emily Blunt), agent des Forces Spéciales qui, parmi les soldats du monde entier, a infligé les plus lourdes pertes aux Mimics. Tandis que Cage et Rita affrontent ensemble les extraterrestres, ils découvrent, au fil des combats qui s’enchaînent, les moyens d’anéantir les envahisseurs et de sauver la Terre…

 

 

Critique “Critikat.com”

Edge of Tomorrow, signé Doug Liman (Fair Game, La Mémoire dans la peau), ne demeure pas moins pourtant un film de Tom Cruise, tant il parait intégralement articulé autour de l’aura et du physique inaltérable de l’acteur. À l’instar donc des derniers films de Tom Cruise, ce blockbuster SF ne semble être qu’un prétexte pour une démonstration du talent de l’acteur, toujours enclin à repousser par la voie de la fiction les limites de ce que peut réaliser un corps. Ainsi Oblivion ne convergeait que vers une scène, où Tom Cruise affrontait enfin un adversaire à sa mesure : lui-même. Cloné à l’infini, la star de Minority Report tutoyait alors une immortalité qui faisait enfin de lui, le wonder boy d’Hollywood ne cachant plus l’immensité de son ego (cf. la saga Mission Impossible, franchise consacrée à sa gloire), un véritable demi-dieu.

Edge of Tomorrow, dernier « Tom Cruise Movie » en date, va encore plus loin. Le film suit les pérégrinations de l’officier Cage, faible et veule soldat, qui, par un concours de circonstances, se retrouve embarqué malgré lui au front d’une guerre apocalyptique contre une redoutable espèce extra-terrestre. Suite à la rencontre avec l’un des aliens, le héros se retrouve doté d’un don sur lequel va reposer la machine narrative du film : s’il vient à mourir, le militaire recommence inlassablement à zéro cette même journée funeste, en conservant toutefois la mémoire de ce qui s’est préalablement passé.

Le principe du long-métrage, lointain cousin d’Un jour sans fin (sauce Inception, l’esprit de sérieux et les piètres velléités auteuristes en moins), confère à Tom Cruise deux instruments pour nourrir encore davantage sa persona de sauveur de l’humanité et de surhomme qu’il s’est façonnée de film en film. Tout d’abord, en conciliant le désir d’intemporalité de l’acteur (le pouvoir de « rembobiner ») à celui d’expérimenter le frisson d’une mort sur un écran – après tout, Tom Cruise n’a passé l’arme à gauche que trois fois au cinéma en près de quarante films et trente ans de carrière, soit dix fois moins que dans le seul Edge of Tomorrow –, puis en rabattant les cartes du désormais habituel triomphe du héros. Edge of Tomorrow joue ainsi astucieusement du récit de l’ascension d’un médiocre soldat (Tom Cruise menotté, Tom Cruise balourd, Tom Cruise lâche) au rang de machine à tuer, apprenant au fil de ses échecs à exploiter pleinement son potentiel – en somme, à (re)devenir Tom Cruise.

Le procédé – et à vrai dire tout le projet du film – pourrait n’être ainsi que l’expression d’un orgueil démesuré si Tom Cruise ne faisait pas preuve, une fois de plus, d’un charisme et d’une grâce physique rare. L’acteur n’a en effet guère perdu de sa dextérité dans les scènes d’action, et si ces dernières sont quelque peu brouillonnes dans leur découpage, Doug Liman a l’intelligence d’arc-bouter son filmage autour de la vedette-aimant. À l’instar de Joseph Kosinski (Oblivion) et de Christopher McQuarrie (Jack Reacher), le réalisateur de La Mémoire dans la peau s’en remet à une production artistique très correcte et confie les clefs de la mise en scène à son interprète phare. Braquez une caméra sur Tom Cruise, et c’est toute une chorégraphie qui se met en place, constituée de petits gestes techniquement très discrets (Tom Cruise marchant maladroitement avec une armure high-tech) et d’une vélocité physique dans le cœur de l’action.

Mais si Edge of Tomorrow est au-dessus des deux films précédemment cités, c’est parce qu’il consacre également l’interprète comme le maître du montage au sein même du dispositif narratif : menant la cadence des sauts et des « rembobinages » temporels, le héros ne laisse aucune place au moindre détour de la narration ou de la mise en scène. Les images ne se réduisent d’ailleurs qu’à cela, montrer Tom Cruise et montrer ce qu’il voit, le champ et le contre-champ, et rien de plus. Il faut beaucoup d’énergie – et le meilleur acteur au monde – pour faire tenir un programme in fine si ténu, mais constamment jubilatoire, sur presque deux heures. Car Tom Cruise n’a plus besoin de metteur en scène pour briller : tel un soliste qui volerait les prérogatives de son chorégraphe, il guide le mouvement de l’intérieur, en invitant les autres danseurs à se joindre à la ronde. Qu’importe donc aujourd’hui que l’acteur ne se tourne plus que vers des seconds couteaux, loin des temps bénis où il faisait étalage de son génie chez Spielberg, De Palma et consorts. Ses films sont désormais des cathédrales construites à sa seule gloire. Il est Tom Cruise, l’immortel.

Critique “Les Inrockuptibles”

Einstein peut se retourner dans sa tombe : Tom Cruise voyage plus vite que la lumière. Cela fait un certain temps qu’il courait après l’exploit, le garnement. Il est désormais acquis. Il est nécessaire de le rappeler : personne, au cinéma ne court mieux que Tom Cruise. Que les sceptiques revoient Mission: Impossible (les quatre), Minority Report, Collateral, La Guerre des mondes ou le récent Night and Day, à cette aune. Même les quelques scènes de course dans Jerry Maguire et Eyes Wide Shut sont sidérantes.C’est donc avec une certaine surprise que nous constations, dans Jack Reacher, son changement de régime : il ne courait plus, mais se contentait de partir à point. Toujours au bon moment, au bon endroit, il pouvait se payer le luxe de la tranquillité apparente. Avec Edge of Tomorrow, il va au-delà : le voyage dans le temps, c’est-à-dire la vitesse ultime. Et signe – car tout film avec Tom Cruise est un film de Tom Cruise, et ce de plus en plus – une de ses œuvres les plus vertigineuses. ‏A l’origine d’Edge of Tomorrow, il y a un high concept — adapté en fait d’un roman japonais All You Need is Kill de Hiroshi Sakurazaka –, une idée sexy résumable en quelques mots : les noces entre Un jour sans fin et Le Jour le plus long.

Pour le dire autrement, Tom Cruise est un rond-de-cuir de l’armée, envoyé contre son gré sur le front opposant une humanité au bord de l’extinction à des extra-terrestres conquérants (les Mimics, nom générique pour un design qui ne l’est pas moins : rien ici ne se joue sur l’originalité). C’est le grand débarquement, la mère de toutes les batailles, la survie de l’espèce est en jeu… et ceux qui veulent se préserver la surprise devraient arrêter la lecture ici. ‏Car l’ami Cruise, inexpérimenté au possible (on ne l’avait pas vu ainsi depuis des lustres), se fait massacrer dans les premières minutes de l’assaut, le visage détruit, comme une réminiscence de Minority Report. Game Over.

Mais tout de suite : “Même joueur, joue encore”. Le soldat Cage (belle idée de lui donner le nom de l’autre grand acteur spectral du cinéma américain contemporain) se réveille en effet au matin de son incorporation, prêt à se battre à nouveau, et à se refaire trucider de la même façon, si ce n’est qu’il garde avec lui le souvenir des jours précédents et peut modifier son comportement en fonction. Jusqu’à l’exécution parfaite. Comme dans un jeu vidéo. ‏Vertigineux disions-nous.

A vrai dire, le film ne vise même que ça, le vertige, que certains, ne goûtant pas les pirouettes théoriques de l’acteur-auteur, estimeront dérisoire. Depuis son tournant burlesque et parodique dans Tropic Thunder (où il jouait Les Grossmann, un producteur mégalo et grossier, sans doute son Mr Hyde), Tom Cruise a décidé de reprendre sa carrière en main, et de ne plus jouer que dans des véhicules qu’il pilote lui-même, à toute berzingue.

Il ne s’agit pas de nier le talent de Doug Liman, excellent artisan et cinéaste de la légèreté à tout prix (La Mémoire dans la peau, Mr and Mrs Smith, Jumper) ; seulement de constater que son habileté est ici totalement au service du projet cruisien : aller toujours plus vite, sans se retourner. Guidé par un scénario (de Christopher McQuarrie, réalisateur de Jack Reacher et du prochain Mission : Impossible) plus malin que rigoureux, Liman et Cruise s’amusent comme des petits fous, pendant une bonne heure et demie, des potentialités de leur high concept, avant de retomber dans les affres du blockbuster contemporain, bourrin et illisible (surtout en 3D, à éviter), lors du dernier level. ‏

Mais ce qu’ils réussissent, ils le réussissent à merveille. L’idée de trajectoire et de perfection, consubstantielle au concept Cruise, trouve là, par la grâce d’un montage acéré, une de ses plus belles expressions. L’acteur, plus toonesque que jamais, n’a plus de chair, plus d’âge, quasiment plus de réalité ni d’affect (ce qui affaiblit la partie sentimentale, avec la pourtant excellente Emily Blunt). Il n’est plus qu’un spectre, une pure créature de cinéma coincée entre deux coupes, un bug condamnée à errer dans les plis de l’espace-temps. Seul, pour l’éternité.

 

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