Documentaire de Danièle Incalcaterra et Fausta Quattrini (Argentine – 2012 – 1h32)

 

Soirée Développement Durable

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

El impenetrable affiche uneA la mort de son père, Daniele Incalcaterra a hérité de 5.000 hectares de terres dans l’un des derniers espaces du monde à conquérir : le Chaco paraguayen.
Le Chaco est à la fois cette dernière terre vierge où l’on aurait l’espoir d’écrire une autre histoire, et en même temps ce lieu que l’on pressent tragique, où risque de se rejouer un western classique avec l’aboutissement de la conquête de l’Ouest : une nature sauvage à dompter, une terre à coloniser, des richesses à exploiter, des Indiens à exterminer.
Daniele Incalcaterra a pris la décision de restituer ses 5000 hectares aux Indiens qui vivent depuis toujours sur ce territoire. Ses voisins – compagnies pétrolières, cultivateurs de soja transgénique et éleveurs de bétail – qui défrichent la forêt, ne semblent pas très favorables à cette idée…
El Impenetrable est un western contemporain dont tous les protagonistes sont bien réels.

 

 

Critique « Critikat.com »

À la mort de son père, Daniele hérite d’un petit lopin de terre au milieu de la foret paraguayenne, cinq mille hectares de nature sauvage coincés entre les concessions des groupes pétroliers, les champs de soja transgénique du riche propriétaire terrien Favero et les maigres réserves indiennes. Parti à la découverte de ce patrimoine insolite avec pour compagnon de route son vieil ami ornithologue Jota et la ligne de fuite des routes rectilignes et poussiéreuses du Chaco, Daniele n’est pas au bout de ses peines. Pour arriver jusqu’à son petit morceau de terre, il lui faudra traverser des frontières gardées par les coriaces pistoleros du coin, s’allier aux Indiens contre le puissant Favero et l’industrie pétrolière, réveiller les fantômes de la dictature, arpenter des kilomètres de pistes et déjouer les pièges de l’administration locale.

Dans le Chaco, Far-West paraguayen où les criminels prospèrent pour le malheur des autochtones et de la faune sauvage, Daniele, Don Quichotte devant l’injustice, apprend à composer avec les coutumes locales : les routes barrées par des gardes lourdement armés, la redoutable bonhomie du mafieux Favero et les indémêlables imbroglios administratifs. L’accompagnant dans ce jeu de pistes qui tient moins de la quête mystique d’un Aguirre que d’une leçon d’histoire caustique sur l’héritage empoisonné du colonialisme et de la dictature paraguayenne, la caméra de Fausta Quattrini offre une présence amicale, tandis qu’en voix-off, Daniele narre les rebondissements de son aventure kafkaïenne dans les méandres administratifs et politiques de l’histoire paraguayenne.

Sans jamais se perdre dans les multiples directions ébauchées par le film, ni verser dans la complaisance d’une croisade écolo-humanitaire, le montage accuse la grossièreté des ruses ubuesques qui ont valeur de lois dans une région où tout argent est bon à prendre. À cette féroce compétition, Daniele oppose son humilité et un sens de l’humour à toute épreuve. Comme un pied de nez à ses féroces adversaires, il décide de transformer sa concession en une réserve naturelle, un jardin d’Arcadie ou la faune trouverait un petit havre de paix pour se mettre à l’abri de la déforestation sans fin des terres alentours. C’est dans cette quête utopique que le film trouve son rythme, oubliant parfois le combat contre les géants de l’industrie agro-alimentaire ou pétrolière pour se perdre au milieu des cactus – une végétation aussi hostile que ses habitants note Jota, philosophe – avec des nuages de papillons pour compagnons.

 

 

Critique « La Croix »

Une piste poussiéreuse, une forêt basse et touffue où les taillis impénétrables de feuillus à grosses épines cachent les longs bras de cactus tout aussi accueillants. On ne sait trop à quoi s’attendre en s’embarquant à bord d’El Impenetrable, dernier film du documentariste Daniele Incalcaterra – formé aux Ateliers Varan à Paris, ancien enseignant à la Femis, auteur de I Rouge, U vert, O bleu avec Marianna Otero, en 1987.

Et pourtant ! Saisissante histoire de révolte individuelle – avec ce que cela veut dire de naïveté première –, El Impenetrable s’est construit sur un événement très personnel. À la mort de leur père, le cinéaste et son frère ont reçu en héritage 5 000 hectares dans le Chaco paraguyen, dans l’ouest du pays, immense région boisée et sauvage couvrant aussi une partie de l’Argentine, de la Bolivie et du Brésil – l’une des dernières au monde où les hommes se livrent encore à d’âpres et gigantesques conquêtes terriennes.

Dépositaire d’un bien acheté par sa famille pendant les années de la dictature Stroessner, Daniele Incalcaterra, d’un commun accord avec son frère, envisage de le rendre aux Indiens qui vivent encore dans cette région, cernés par les bulldozers des compagnies pétrolières, des éleveurs de bétail et des cultivateurs de soja transgénique, qui ont en commun de déboiser sans vergogne d’immenses superficies.

Dans cette aventure kafkaïenne, nouvelle illustration de la lutte du pot de terre contre le pot de fer, la première épreuve n’est pas la moindre. À bord de son indispensable 4×4, le cinéaste se heurte à des barrières cadenassées, tenues par des hommes parfois armés : enclavées, ses deux parcelles sont inaccessibles. Les voisins, puissants propriétaires – certains possèdent jusqu’à 700 000 hectares et figurent parmi les familles les plus riches du pays –, se les renvoient ; on l’oblige à parcourir des dizaines de kilomètres de piste pour aboutir au même refus.

Contraint d’obtenir l’appui d’un juge, Daniele découvre qu’un autre propriétaire revendique les mêmes lots cadastraux que lui. Il en va de même pour près de 30 % des terres dans un Paraguay où la possession foncière, interdite à grande échelle aux fonctionnaires, répond souvent à des règles occultes…

« Acteur » et coréalisateur de ce documentaire aussi édifiant que captivant – avec son épouse, Fausta Quattrini, elle-même cinéaste –, Daniele Incalcaterra revient sur son projet initial. Puisqu’il s’avère impossible de rendre la terre aux Indiens, il en fera, à leur profit, une réserve naturelle baptisée Arcadia. Au lieu de restituer cette terre mal acquise, il en fait le symbole d’une lutte pleine de sens, refuge d’une flore et d’une faune grignotées de toutes parts. Encore faut-il obtenir la signature du président de la République…

Remarquable de maîtrise, mêlant clarté du propos et suspense du récit, ce documentaire porté par quelques personnages – responsable d’ONG, expert en environnement mais aussi puissant magnat local… – se regarde comme un western contemporain. Ce qui ne l’empêche pas d’illustrer avec force les enjeux d’un combat inégal et exemplaire, sur fond de spoliation des droits des Indiens, de destruction des ressources naturelles et d’agriculture mondialisée.

 

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