Film de Alfonso Cuarón (États-Unis – 2013 – 1h30) avec Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris…

Film en 3D proposé en VF ou en VOST selon les séances

 

gravity affiche unePour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers. Le silence assourdissant autour d’eux leur indique qu’ils ont perdu tout contact avec la Terre – et la moindre chance d’être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d’autant plus qu’à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d’oxygène qu’il leur reste.

Mais c’est peut-être en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de l’espace qu’ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre…

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Tout ce que vous avez pu lire ici et là depuis sa présentation en ouverture du festival de Venise, est vrai. Gravity est de loin une expérience sensorielle inoubliable qui s’impose immédiatement parmi les plus grands films américains proposés cette année sur nos écrans. Mieux, à l’instar d’un Inception de Nolan en 2010, c’est enfin un scénario original de blockbuster qui nous fait grimper au firmament des étoiles, sans être dans la redite geek (le très sympa Pacific Rim) ou la surenchère maîtrisée de formules (Conjuring). Gravity est, avant d’être une grosse production Warner, un film d’auteur à part entière, et dans ce sens, il se détache immédiatement des impératifs commerciaux qui ont plus ou moins bien réussis aux films de SF en 2013 (du décevant Elysium au fascinant, mais partiellement abouti Oblivion).

Le concept de nous plonger dans l’espace, en apesanteur, avec deux seuls protagonistes pendant 1h30, relève du défi. Peu de rebondissements possibles à l’horizon, a priori, tant les partis pris dramatiques et psychologiques sont posés comme exigus dans l’immensité spatiale où dérivent Sandra Bullock et George Clooney, à la suite d’un accident survenu lors de la réparation d’un satellite. Une pluie de débris volants tournoyant à toute vitesse autour de notre globe les propulse tous les deux loin de leur navette, de leur station, dans l’infiniment grand, à la fois si loin et si proches de la Terre dont ils peuvent toutefois contempler la beauté, alors que les heures passant lui insufflent un caractère poétique évident (le coucher de soleil crépusculaire…).

Livré à un exercice de survie insolite, dont on n’imagine pas, sur le papier, les périls, les péripéties et l’incroyable force de caractère des 2 protagonistes, les égarés de l’espace deviennent des satellites en perte de contrôle, alors que menace toujours le retour de cette pluie de déchets aériens, prêt à déchiqueter n’importe quel véhicule spatial sur leur passage… En gravité, sans accroche, ils deviennent des marionnettes qui auraient perdu le fil, celui d’un grand prestidigitateur qui aurait coupé les liens avec son engeance. Livrés à eux-mêmes, à leur persévérance pour s’extirper de cette situation sans issue apparente, à leur intelligence qui pourra seule les tirer d’un naufrage sidéral, les personnages de Gravity affirment leur caractère dans des combinaisons qui pourraient au premier abord les déshumaniser, mais qui les met à nue dans leur vulnérabilité quasi fœtale.

Alfonso Cuaron, qui est désormais, on peut le dire, un cinéaste immense (on lui doit le meilleur Harry Potter, le numéro 3, qui a redonné un sens artistique à la saga, mais aussi le film d’anticipation humaniste Les fils de l’homme, c’est-à-dire une pure bombe) s’intéresse principalement au personnage féminin, interprété par Bullock. Pour sa première sortie dans l’espace, le docteur qu’elle incarne, est ainsi livré à ses propres démons qui tendraient à la faire céder à la fatigue, le deuil impossible vient accentuer le grand vide ressenti par son personnage, dont soudainement tout s’écroule sous ses pieds, alors qu’elle flotte en pesanteur au-dessus de nos têtes. L’une des scènes les plus spectaculaires, probablement unique dans l’histoire du cinéma, alors que le spectateur est plongé dans une immersion totale (aucun plan terrestre, réduction radicale du nombre de personnages, recours à une 3D enivrante, bande-son hypnotique avec bande-originale émotionnelle épique), montre l’espace s’effondrer sous nos yeux, aspirant le peu de matière qui flottait sous nos yeux.

La perfection faite science-fiction ? Gravity est sans nul doute une oeuvre magnifique, qui consacre le vide comme objet ultime de fascination ; elle souligne l’impuissance humaine face à ce nouveau western, indomptable, imprévisible, qui nous resitue dans notre humble finitude. Le choix de Bullock, au physique et à la voix atypique est peut-être audacieux. Si la comédienne a été révélée dans l’action flick (Speed 1&2, c’est surtout dans des rôles comiques qu’elle a fait carrière, principalement aux USA. Elle est réellement formidable, seule, face à un défi de survie impossible qui la fait flirter avec le fantastique lors d’une scène assez surprenante qui pourrait déconcerter. Aussi grandiose qu’il est, Gravity n’est sûrement pas exempt de menus défauts, mais sa radicalité qui pourrait confiner l’ensemble à un gigantesque exercice de style, fait surtout de ce spectacle à découvrir sur l’écran le plus large de votre ville, un thriller spatial où la solitude extrême des errants nous renvoie à nos propres méditations sur la vie, et surtout nous pétrifie dans notre fauteuil devant un suspense entier et viscéral. Du grand art, donc, qui consacre Cuaron parmi les plus grands cinéastes de ce début de siècle.

 

Critique « Kritikat.com »

Jusqu’alors, on pouvait encore rester de marbre devant le style de plus en plus emphatique d’Alfonso Cuarón, cinéaste mexicain touche-à-tout et polyvalent, dont les plans-séquences virtuoses laissaient poindre une part d’esbroufe et une emprise techniciste sur la vie des images – en gros, un fâcheux surmoi kubrickien. Mais Gravity vient à point résorber ces doutes et nous montre que Cuarón, difficile à cerner, aussi étonnant dans le blockbuster (le meilleur épisode de la série des Harry PotterLe Prisonnier d’Azkaban) que lourd dans la SF (les messages politiques fumeux, placardés dans Les Fils de l’Homme), cherchait certes à nous en mettre plein la vue, à nous impressionner, mais pour atteindre à une certaine forme – totale, globalisante, panoptique – de sidération.

Le plaisir qui se dégage de la vision de Gravity est, d’abord, purement enfantin, c’est-à-dire forain : celui d’être ballotté, comme dans un grand huit, dans toutes les coordonnées de l’espace euclidien, happé par les profondeurs du vide, entraîné par une accélération exponentielle, lancé en l’air comme un projectile, débarrassé des notions de haut et de bas, de gauche ou de droite. Le premier plan est un ahurissant morceau de près de vingt minutes où l’on découvre deux astronautes – Sandra Bullock et George Clooney – travaillant en apesanteur à réparer le système informatique d’un module spatial en orbite autour de la Terre. Les deux acteurs déclinent chacun leur partition : lui, celle du briscard jovial qui fait des blagues ; elle, celle de la professionnelle un peu terne, trop sérieuse et trop conforme au code de conduite. La caméra décrit alors un hypnotisant mouvement de rotation, d’abord tranquille, dont le pivot est la station spatiale et l’horizon la Terre : son rayon de courbure, quelques milliers de kilomètres au loin, revient ponctuellement traverser notre champ de vision, dans une mesure enivrante. Bientôt, les débris d’un satellite lancés dans l’espace à haute vitesse viennent percuter la station et perturber la mission des deux scientifiques, les propulsant dans le vide et vers cette mort immense qui les entoure.

En bon survival, Gravity fonctionne à la course, à la fuite en avant, dans un environnement hostile à l’homme, dont les fonctions vitales sont pressées par la pénurie (d’oxygène principalement). Mais le parcours d’obstacles, extrêmement serré, que Cuarón oppose à ses personnages n’a rien d’une ligne droite – et c’est de là que le film tire son originalité frappante : le décor des diverses stations orbitales ressemble à un mobile géant qui évolue en permanence, dont les parties s’escamotent et se combinent, se détachent ou se percutent. Sauter de l’une à l’autre, c’est se confronter à chaque fois à un nouveau problème de géométrie dans l’espace : appréhender une forme avec toutes ses aspérités, comprendre son fonctionnement, en trouver l’entrée, en briser le code. Mais le plus grand danger, qui donne son caractère à la fois abstrait et hypnotique à l’action, c’est la vitesse d’inertie : les corps en suspension y sont soumis absolument et doivent à chaque instant composer avec sa loi d’airain, souveraine, incompressible, esquiver les objets lancés sur eux, ou toute forme contondante qui vient à leur rencontre. Ainsi abstraite de tout ancrage terrestre, l’action devient un pure problématique de trajectoire et d’accrochage, pour résister à la dérivation et au lent engloutissement par l’espace, cette matrice sans fond et sans visage (les personnages semblent carrément plongés dans la mort elle-même). Ce grand problème de physique, magistralement posé dans un grand étouffoir à trois dimensions, rejoint assez miraculeusement le sujet du film, simple et efficace comme un courant d’air : jusqu’où va l’affirmation du vouloir-vivre, le désir de s’accrocher, d’en découdre avec la matière ou, à l’inverse, de s’abandonner, de se livrer corps et âme à l’anti-matière (le caractère dépressif du personnage de Sandra Bullock – on apprend qu’elle a perdu sa fille – est souvent tenté de s’abandonner à la mort ambiante, flottante et douce comme une caresse) ?

À terme, Gravity se révèle un beau film sur la sensation, sur la nature haptique de l’image. Combien de fois, coincés derrière leur visière comme des spectateurs de leur propre impuissance, la survie des personnages dépend-elle d’une petite barre de fer, d’une mince anfractuosité de matière, sur laquelle leur main va pouvoir se crisper afin de freiner leur élan ? Combien de fois, au contraire, les harnais qui sanglent leurs combinaisons les ramènent-ils, comme un cordon ombilical infernal, vers le danger qu’ils essaient de fuir ? Agripper, lâcher. Il faut savoir prendre, puis rendre, dans un deuxième temps. À la fin du film, après avoir traversé le vide, le chaud et le froid, l’écrasement et l’étouffement, le choc des tôles et la caresse de l’apesanteur, la main de Sandra Bullock se referme sur une petite motte de glaise originelle, un petit coin de boue qui lui glisse entre les doigts comme un dernier souffle de vie.

 

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