Film d’Edgar Reitz (Allemagne – 2013 – 2h08) avec Jan Dieter Schneider, Antonia Bill, Maximilian Scheidt, Marita Breuer, Rüdiger Kriese, Philine Lembeck, Mélanie Fouché, Eva Zeidler, Reinhard Paulus

 

Festival “Télérama” : 3 euros avec le pass “Télérama”

Film proposé en VOST

Heimat affiche une1842–1844, L’histoire de la famille Simon. Johann le père forgeron, Margret la mère, Lena la fille ainée, Gustav et Jakob les fils, Jettchen et Florinchen leurs futures épouses. Les coups du destin risquent de détruire cette famille mais c’est une histoire de courage et de foi en l’avenir.
Des dizaines de milliers d’Allemands, accablés par les famines, la pauvreté et l’arbitraire des gouvernants, émigrent en Amérique du Sud. « Un sort meilleur que la mort, ça peut se trouver partout ».
Jakob Simon le cadet, lit tous les livres qu’il peut se procurer, il étudie les langues des Indiens d’Amazonie. Il rêve d’un monde meilleur, d’aventure, de dépaysement et de liberté. Il décide d’émigrer.
Le retour de son frère Gustav du service militaire dans l’armée prussienne déclenche une série d’évènements qui met à rude épreuve l’amour de Jakob et bouleverse son existence.

 

Critique “La Croix”

C’est un voyage au long cours, dans lequel il faut accepter de se laisser embarquer sans être comptable de son temps. Mais quelle magnifique œuvre ! Prix de la critique internationale à la Mostra de Venise 1984, Heimat 1 – Une chronique allemande mettait en scène la vie quotidienne de la famille Simon et des habitants d’un petit village de la région du Hunsrück (au sud de l’ancienne Prusse) entre 1919 et 1982.

D’une durée de 15 h 40, diffusé en quatre parties au cinéma et en onze épisodes à la télévision, ce film fleuve avait été complété de Heimat 2 – Chronique d’une jeunesse (25 h 30, centré sur les années 1960-1970 et le terrorisme, présenté à la Mostra 1992) et de Heimat 3 – Chronique d’un tournant d’époque (10 h 58, centré sur les années 1989-2000, sur la chute du mur de Berlin et ses conséquences).

Ce nouvel ensemble de près de quatre heures, découpé en deux films sortant simultanément en salles, a également été présenté à la Mostra de Venise au mois de septembre dernier.

Il offre une sorte de prologue à l’histoire des Simon, situé cette fois au début des années 1840. Le père, Johann, est forgeron. La mère, Margret, tente de faire vivre la maisonnée – composée de la grand-mère, de l’oncle et du plus jeune fils, Jakob – en dépit de la misère ambiante et des hivers extrêmement rigoureux.

Deux autres enfants surgiront un peu plus tard : Lena, mariée à un catholique et rejetée par son père, protestant ; Gustav, de retour de l’armée, fils préféré du chef de famille.

Tournés dans un noir et blanc magnifique, où s’incrustent de temps à autre de petites touches de couleur, ces deux films mettent en scène le quotidien des Simon, mais aussi de plusieurs autres figures du village.

Ils s’articulent surtout autour du personnage de Jakob, jeune homme sensible et intelligent, épris de connaissance, amoureux des livres, rêvant comme tant d’autres d’une terre promise non loin des tropiques, mais sans cesse rudoyé par son père qui voit en lui un bon à rien.

À l’époque, de toutes les pauvres campagnes allemandes, des cohortes de chariots emmènent par centaines, milliers peut-être, paysans et artisans victimes des famines, écrasés par les taxes et soumis aux privilèges des nantis, désireux de tenter leur chance au Brésil ou ailleurs, là où on leur promet des terres à exploiter librement, un climat propice aux belles récoltes et une vie plus sereine… Bref, un destin à prendre en main.

Cette nouvelle chronique – celle du départ rêvé –, superbement mise en scène, ne cache rien de l’âpreté des existences de l’époque, tout en laissant s’exprimer à l’image le romantisme allemand. Une œuvre ambitieuse et réussie où, derrière le cours des existences singulières, le réalisateur est parvenu à montrer la force des mouvements collectifs et des grandes idées qui dessinent une époque.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Edgar Reitz, né en 1932 à Morbach im Hunsrück, sur la rive gauche du Rhin entre la Moselle et le massif de l’Eifel, n’est pas un nouveau venu. Co-signataire, en 1962, du Manifeste d’Oberhausen, il fut, pour Alexander Kluge, le chef-opérateur d’Abschied von Gestern /Anita G ainsi que le co-réalisateur de In Gefahr und größter Not bringt der Mittelweg den Tod (1974).
Ses nombreux courts-métrages (Baumwolle / Coton, Yucatan), réalisés à partir de 1953 (Gesicht einer Residenz) se distinguent par un souci de recherche formelle qui est très affirmé également dans ses longs-métrages :
- Mahlzeiten / Repas (1967) sacré Meilleur premier film au Festival de Venise.
- Cardillac (1968), d’après le conte d’E.T.A. Hoffmann Mademoiselle de Scuderi.
- Das goldene Ding / La chose en or (1971) relecture de l’histoire des Argonautes et de la Toison d’or jouée par des enfants).
- Die Reise nach Wien / Le voyage à Vienne (1973) , épopée tragicomique de deux jeunes femmes se rendant du Hunsrück à Vienne en pleine deuxième Guerre Mondiale.
- le magnifique Stunde Null / Heure zéro (1977) qui conte l’arrivée des armées américaines puis russes dans un petit village de Saxe en mai 1945).
- Der Schneider von Ulm / Le tailleur d’Ulm (1979) , hommage coloré et ému à Albrecht Ludwig Berblinger qui tenta de survoler le Danube avec sa machine volante en 1811.

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Tournée entre avril 1981 et octobre 1982, la série en onze épisodes Heimat, Chronique allemande du vingtième siècle dans le miroir d’un petit village du Hunsrück, rencontra, dès sa première au Festival de Munich en juin 1984, un succès phénoménal et une très large diffusion internationale.
Les treize épisodes et les 25 heures de projection du deuxième volet, Die zweite Heimat (1988 -1993), ample fresque consacrée à la jeunesse étudiante munichoise entre 1960 et 1970, connaît un succès public moindre mais constitue assurément une des entreprises les plus démesurées et les plus passionnantes de l’histoire du cinéma et de la télévision.
Le cycle connaît, en 2004, une conclusion provisoire avec les six épisodes de Heimat 3 – Chronik einer Zeitenwende consacrés aux années 1989 à 2000 et à l’Allemagne réunifiée. Suivra cependant, en 2006, un montage de scènes non utilisées précédemment présenté à Venise sous le titre Heimat-Fragmente – Die Frauen.
Après l’expérience de Ortswechsel, présenté au Festival de Donaueschingen en 2007, Reitz revient donc une nouvelle fois, mais sous un angle inattendu, à la chronique du village imaginaire de Schabach dans le Hunsrück et au cycle familial des Simon avec cette Autre Heimat évoquant le rêve d’un ailleurs sud-américain de paysans accablés par la misère et les vexations dans l’Allemagne morcelée issue du Congrès de Vienne.

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Pour faire revivre un monde disparu en évitant le misérabilisme Reitz recourt à un réalisme minutieux de la reconstitution sans la figer dans l’imagerie, mais aussi à une stylisation affirmée (superbe photo signée Gernot Roll, en noir et blanc avec des irruptions ponctuelles de la couleur ; amples mouvements de caméra ; rôle déterminant confié à musique de Michael Riessler) composant une véritable symphonie de près de quatre heure, où la virtuosité peut se faire étourdissante (la prodigieuse séquence de la fête d’automne, entre opéra et comédie musicale, où l’euphorie vire comme naturellement dans le drame) mais reste au service de la lucidité et d’une chaleureuse empathie avec les personnages (dont celui, central, de la mère est interprété par Marita Breuer, héroïne du premier Heimat).
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Le lyrisme avec lequel le film exalte la beauté d’une nature rude, omniprésente, en faisant parler les arbres, les ciels changeants, la neige, les vols d’oiseaux migrateurs, sait aussi, souvent, laisser place à l’humour (le dialogue amoureux passant par l’apprentissage des langues et coutumes des tribus indiennes d’Amazonie ; l’entrevue avortée avec le fameux explorateur Alexander von Humboldt, joué par Werner Herzog). Une ironie bienveillante accompagne d’ailleurs le parcours du héros, rêveur constamment sur le départ pour cet ailleurs qu’il parcourt dans les livres mais qui sera quasiment le seul, au bout du compte, à rester.

 

 

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