Documentaire de Lech Kowalski (Pologne – 2013 – 1h45)

 

Soirée Développement Durable

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

Holy field holy war affiche unePartout dans le monde, les petits agriculteurs sont menacés. Leur lutte pour survivre se fait loin des caméras et des médias. En Pologne, un pays où plus de 60% de la surface est occupée par l’agriculture, de nouveaux acteurs sont en compétition pour s’accaparer les terres. Ce qui se passe en Pologne est un avertissement à prendre au sérieux.

 

 

Critique “Les inrockuptibles”

Documentariste réputé pour ses films sur le rock et le punk, Lech Kowalski propose ici la version docu du Promised Land de Gus Van Sant, soit L’affrontement inégal entre multinationales et populations locales sur la problématique des gaz de schiste.

Dans le nord des Etats-Unis ou en Pologne, la situation est proche : des techniciens forent les sols à quelques mètres des cultivateurs, parfois sur leurs terres sans même leur avoir demandé leur avis ni l’autorisation. Ces prospections gazières provoquent des minitremblements de terre et, à plus long terme, des pollutions des sols d’une ampleur encore inconnue.

Sans commentaire, traçant de beaux plans topographiques de la région, Kowalski filme un sourd affrontement local, incarnation de la guerre économique et mondiale. Une longue séquence lors d’une réunion d’information municipale (tardive, les forages ayant déjà débuté) en dit long sur l’arrogance des multinationales, l’inaction ou la complicité « court-termiste » des politiques locaux, l’intelligence pugnace d’agriculteurs qui posent toutes les bonnes questions.

Simple observateur-filmeur, Kowalski signe, l’air de rien, un beau film politique dont l’ancrage ultra local revêt une résonance globale.

 

Critique “Etudes”

Dans Le fond de l’air est rouge, Chris Marker intercalait par des cartons cette question dans le défilement des plans de manifestations de Mai 68 : « Pourquoi / quelquefois / les images / se mettent-elles / à trembler ? » La même interrogation se pose pour le documentaire Holy Field, Holy War de Lech Kowalski. La première réponse, la plus évidente, est qu’elles tremblent à cause des machines qui viennent sonder par vibration la campagne polonaise à la recherche de gaz de schiste. La seconde, non moins évidente : parce qu’il y a eu un homme, là, faisant front avec sa caméra contre la voracité des grandes compagnies et la complicité du pouvoir politique. Si la caméra est un sismographe, le degré de tremblement des images est l’indicateur le plus sûr de l’urgence.
Documentariste britannique d’origine polonaise, Lech Kowalski a entamé son oeuvre en suivant à partir de la fin des années 1970 certains des groupes phares de la scène punk-rock de New York. Par la suite, il filmera les drogués ou les sans-abris de Manhattan. Parmi la constellation de ses films et de ses projets multimédias, il convient de dire un mot de Camera War, réalisé entre 2008 et 2009, et toujours visible sur
www.lechkowalski.com. Au rythme d’une mise en ligne par semaine, la durée des fragments variant de quelques minutes à une demi-heure, Kowalski a mesuré à travers le monde les secousses de la crise économique et les résistances qui s’organisaient. Ce faisant, il offrait, en même temps qu’un contre-modèle de diffusion libre et globale du cinéma, un des portraits les plus formellement inventifs et politiquement acérés de notre époque.
Holy Field, Holy War poursuit, en se concentrant sur un lieu et une situation, ce travail d’investigation au moment où une multinationale américaine, Chevron, commence à s’implanter en Pologne. Interdit de filmer le site acheté par la compagnie pour ses forages, Kowalski déplace son angle en s’attachant à la parole des paysans. Et le constat, avant même qu’une nouvelle catastrophe n’advienne, est terrifiant : l’élevage industriel et l’agriculture intensive sont déjà la cause de la pollution de l’eau ou de la disparition massive des abeilles. Pourtant, plus qu’à constater en la déplorant l’impuissance des individus ordinaires, le film s’attache à montrer la constitution d’une communauté politique. Il faut en effet voir comment, face à un représentant de Chevron qui conjugue lors d’une réunion publique présentation powerpoint et propos creux, les citoyens prennent la parole et font soudain corps, opposant à la communication le droit, les faits bruts et un langage parfois poétique.
Comme avant lui sur le versant de la fiction Promised Land, de Gus Van Sant, Holy Field, Holy War nous signifie peut-être avec son titre aux connotations bibliques qu’il est désormais question de survie. Le panoramique qui clôt le film passe d’une zone interdite d’accès pour risque d’effondrement à un champ de blé doré. L’alternative est posée.

 

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