Film de Francis Lawrence (Etats-Unis – 2013 – 2h26) avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth

 

 

Hunger games 2 affiche uneKatniss Everdeen est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark.
Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais…

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

L’intelligence et la réflexion sombre sur la guerre, les manipulations, l’empathie étaient déjà au centre du judicieux et très abouti La stratégie Ender. Avec Hunger Games, on remet les couverts. Exit le survival adolescent intimiste qui émanait des images de série B du premier volet. Arborant plus de 690M$ de recettes dans le monde, l’essentiel aux USA (400M$), la première adaptation de Suzanne Collins peut s’offrir cette fois-ci un budget conséquent, des effets spéciaux anoblis et une forte empreinte esthétique qui ne trahit jamais le parti pris naturaliste du film de Gary Ross. Francis Lawrence aux manettes (le chichiteux réalisateur de Je suis une légende, De l’eau pour les éléphants), on pouvait redouter un style ampoulé, opposé à la simplicité touchante des premières pierres posées. L’apport esthétique est bien réel, mais il n’est en rien une trahison aux idées premières de la saga, puisque le film s’inscrit dans la lignée directe de son prédécesseur, avec une structure identique .


Hunger Games commençait par une séquence de chasse forestière, se développait en préparatifs d’un show télévisé bling bling pour se poursuivre en jeu de télé réalité sauvage, avec une chasse à l’homme filmée, assez violente pour un teen movie. En toute fin, se levait la promesse d’un embrasement politique, quand les opprimés croient reconnaître en la grande gagnante des jeux de la mort, Katniss, le leader potentiel ou du moins le symbole inespéré d’une rébellion contre un pouvoir dictatorial qui se nourrit du labeur du bas peuple divisé en sections qui n’ont en aucun cas le droit de communiquer entre elles. Le second segment, démarre de la même façon, avec des scènes qui font toujours écho au premier film : il s’agit de répéter les traumas d’une guerre aux conséquences psychologiques indélébiles pour la gagnante Katniss. On suit donc, des chemins narratifs assez semblables mis en exergue par une mise en scène vraiment impressionnante de beauté et d’efficacité. La copie de l’originale est ainsi évitée, a priori, par la prestance de la réalisation, à la fois fidèle mais plus puissante, plus belliqueuse, alors que même sur un plan politique, rien ne bascule vraiment, « l’embrasement » n’est qu’un titre… une parade pour alimenter le suspense et nous préparer à davantage de chaos. Hunger Games serait-il alors déjà en mode reboot ? Ne serait-ce pas là qu’une relecture friquée du premier opus ? Loin de là !

Si les premières minutes peuvent encore ennuyer, ce qui était le cas du premier chapitre qui était longuet, si l’on est encore accablé par la présence fade de Liam Hemsworth, au personnage romantique insipide digne d’un Twilight (d’ailleurs cette figure ressasse l’idée d’une hésitation sentimentale entre deux hommes pour l’héroïne), on comprend très vite où l’auteure et le réalisateur veulent en venir. Le scénario malin égraine intelligemment ses indices, jette des pistes, ouvre des portes et des perspectives d’un réel éclatement du système totalitaire. Dans un jeu de miroir où le double meurtrier n’est pas forcément celui que l’on croit, la manipulation opère et ose le rebondissement sur un pitch pourtant identique au premier. La fronde, la rébellion, est bien là, elle est latente, pesante, alors que la tyrannie agite encore sa main de fer, celle du fouet et des armes qui éradiquent la moindre saillie.



Hunger Games : l’embrasement prépare donc le boulot pour un final qui sera exploité en 2 films, mais en tant que segment transitoire, il se révèle nettement plus passionnant que son prédécesseur. Francis Lawrence muscle vraiment la réalisation, lui donne une race ; elle se fait magnifiquement l’oracle d’une tragédie, celle de l’oppression sur le peuple évidemment, d’un sacrifice individuel face au devoir collectif. Le sentiment d’injustice est prégnant face aux tours détestables du président Snow (Donald Sutherland), prêt à tout pour annihiler le symbole de rébellion potentiel que représente Katniss, y compris à altérer cruellement les règles du jeu de la mort pour l’y catapulter une seconde fois… L’anti-héroïne Katniss, intelligemment jouée par Jennifer Lawrence est froide, surtout animée par la rage, celle de vouloir défendre sa famille. Héroïne malgré elle… Élue malgré tout. Sa force virile de chasseuse née ne lui ôte nullement sa sensibilité et son sens de l’empathie qui est communicatif et nécessaire à sa survie et à la connivence du spectateur. Son calvaire, c’est d’abord celui des autres qui passe par son regard, ses sentiments naissants pour Peeta, personnage a priori plus faible de caractère, avec lequel elle forme un faux couple, en début de film, pour sauver sa peau aux yeux du capitole, la rend toujours plus remarquable d’humanité et donc plus tragique dans ses choix douloureux. Elle voit désormais la mort partout, ; le poids des cadavres laissés derrière elle est un lourd tribut à sa victoire. Cette destinée qui s’obstine à s’imposer à elle et qu’elle refuse de prendre à bras le corps, pendant tout le film, évoque celle d’Harry Potter qui doit très tôt se préparer au combat contre Voldemort et prendre conscience des desseins qui sont les siens, quelque-chose qui le dépasse pour s’inscrire dans l’acte sacrificiel C’est effectivement un dilemme monstrueux au centre duquel le réalisateur et les scénaristes situent la jeune femme et qui nourrit une pression qui semble ne jamais vouloir retomber. Le ton est poignant, le rythme de plus en plus haletant, oppressant. Peut-être dérangeant.



Dans Hunger Games : l’embrasement, il est difficile de savoir sur qui pouvoir compter ; alors, plus que jamais, la nécessité de trouver un allié pousse Katniss à des unions contre nature et les nouveaux personnages, adversaires ou non, sont de belles trouvailles que nous vous laisserons découvrir. Une fois plongé dans l’arène, un décor où tout évoque la série Lost, même un brouillard meurtrier, aux parfums vaporeux et morbide qui rappellent la fumée noire que l’on trouvait sur l’île énigmatique de J.J. Abrams, le danger devient total avec des éléments perturbants qui transcendent encore les pièges du premier film. La nature vierge et pourtant virtuelle de l’aire de jeu devient primitive, tout en restant futuriste. La fin est vénéneuse et le budget consistant opère un effet réel sur l’action qui, interrompue seulement par l’apparition du logo de la série, s’arrête soudainement, en plein milieu des événements.
On n’en reste pas avec un sentiment d’inachèvement, ni même de frustration, le spectacle ayant été intense, mais plutôt avec le goût délicieux d’une fin couperet que l’on n’attendait pas tomber si vite, lors d’un sommet d’intensité absolument capiteux.

 

 

Critique « Le Monde »

Après le premier Hunger Games sorti en mars 2012, le réalisateur Francis Lawrence (Je suis une légende) prend la suite de Gary Ross pour adapter le deuxième tome de la série romanesque à succès de Suzanne Collins. Toujours un peu lointain de l’enjeu passionnant que devrait constituer la population anonyme des districts, parfois un peu léger dans son questionnement sur les rapports complexes entre les dirigeants et la foule, la manipulation médiatique et l’équilibre universel à la romaine du « panem et circenses », ce deuxième opus n’est pas encore tout à fait à la hauteur de son potentiel.

Mais comme son prédécesseur, L’embrasement confirme à tous points de vue l’écrasante suprématie de la saga sur l’ensemble contrasté (et parfois consternant) des grosses productions pour adolescents et jeunes adultes : Twilight, Les Ames vagabondes, Sublimes Créatures et autres Mortal Instruments. Même incomplet, le questionnement politique qu’il propose reste une excellente matière à débat et un pont tout à fait valable vers l’approfondissement cinématographique et littéraire du sujet.

L’embrasement a par exemple l’intelligence de faire porter sa réflexion jusque sur certains détails a priori assez vides de sens. Le costume, par exemple, prend place au cœur de l’exposition des manipulations médiatiques, en devenant l’objet d’un questionnement intéressant sur le rôle du vêtement comme messager universel, et les passerelles étonnantes de l’accessoire au subversif : parce qu’il a aidé à construire puis à faire grandir le personnage médiatique de Katniss, le couturier Cinna, pourtant adulté par les nantis de Panem, est voué à être perçu par le Capitole comme une menace.

Ajoutons à cela une mise en scène efficace même sur la longueur (2 h 26), des traits intéressants dans les rôles secondaires (la glaçante et touchante Effie jouée par Elizabeth Banks), des acteurs investis et sérieux. Outre le vétéran Philip Seymour Hoffman dans le rôle du nouveau metteur en scène des Hunger Games, la petite bande des jeunes acteurs se tient bien, y compris dans ses partis pris les moins séduisants. Josh Hutcherson est et reste un Peeta réaliste dans son manque de carrure, et la belle Jennifer Lawrence continue de s’en tenir rigoureusement à son improbable charisme : froide, toujours à la limite de l’antipathie, brusque, têtue, moralement incertaine. Rien de tout cela ne relève du chef d’œuvre mais l’ensemble reste cohérent, solide, bien pensé, et constitue une sortie des plus recommandables à partager avec un adolescent en mal de divertissement intelligent.

 

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