Documentaire de Luc Jacquet (France – 2012 – 1h18)

 

 

IL-ETAIT-UNE-FORET affiche unePour la première fois, une forêt tropicale va naître sous nos yeux. De la première pousse à l’épanouissement des arbres géants, de la canopée en passant par le développement des liens cachés entre plantes et animaux, ce ne sont pas moins de sept siècles qui vont s’écouler sous nos yeux. Depuis des années, Luc Jacquet filme la nature, pour émouvoir et émerveiller les spectateurs à travers des histoires uniques et passionnantes. Sa rencontre avec le botaniste Francis Hallé a donné naissance à ce film patrimonial sur les ultimes grandes forêts primaires des tropiques, au confluent de la transmission, de la poésie et de la magie visuelle. “Il était une forêt” offre une plongée exceptionnelle dans ce monde sauvage resté dans son état originel, en parfait équilibre, où chaque organisme – du plus petit au plus grand – connecté à tous les autres, joue un rôle essentiel.

 

 

Critique “La Croix”

Le temps presse : au rythme actuel, les forêts tropicales primaires, celles qui n’ont jamais été détruites par l’homme ou qui ont eu le temps de se reconstruire, pourraient bien avoir disparu dans dix ans. Elles ne couvrent que 6 % des terres émergées de notre planète, mais abritent 70 % des espèces végétales et 80 % des espèces de vertébrés. Une biodiversité exceptionnelle.

Pour sensibiliser à la nécessité de leur préservation, le botaniste Francis Hallé et le cinéaste Luc Jacquet offrent un voyage inoubliable au cœur de ces forêts. Le Monde du silence du commandant Cousteau avait permis de découvrir les fonds sous-marins alors inconnus du grand public. Sans provoquer une révolution aussi radicale dans les représentations, Il était une forêt bouleverse néanmoins le regard.

A priori, la forêt apparaît comme peu cinégénique : elle est immobile et pousse de quelques centimètres par an, quand la caméra a pour vocation de capter le mouvement ; elle s’élève jusqu’à 70 mètres de haut, alors que le cadre et l’écran sont horizontaux. Et pourtant, avec la rencontre du scientifique et du réalisateur de La Marche de l’empereur, la forêt primaire devient le décor et le héros d’un film captivant et poétique, aux images sublimes.

Le film s’ouvre sur un impressionnant travelling, d’un détail infime au bas du tronc jusqu’à la cime dominant la canopée où est installé Francis Hallé, qui a passé une partie de sa vie dans les arbres. C’est par son regard et ses mots que l’on pénètre ce monde méconnu et que l’on apprend à l’aimer.

Pour mieux comprendre cet univers touffu, surnommé à tort l’enfer vert, Il était une forêt part d’un lieu dévasté par les hommes et fait le récit de sa renaissance en sept siècles à l’abri des destructions. Des arbres pionniers, tous semblables, à la mort des géants, signe ultime de maturité de la forêt primaire, tout surgit sous nos yeux, images virtuelles à l’appui, pour montrer en accéléré la lente croissance ou dévoiler l’invisible, comme les parfums que libèrent les arbres pour alerter contre une menace ou appeler la pluie.

« L’animal règne sur l’espace, le végétal règne sur le temps », explique Francis Hallé. Tourné dans les forêts primaires du Pérou et du Gabon, le film en mélange les images pour en montrer les richesses, comme l’immense moabi, l’inquiétant figuier étrangleur ou les successives adaptations de la liane passiflore et du papillon dont la chenille dévore les feuilles. Un film beau, spectaculaire et instructif, que toute la famille prendra plaisir à voir.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Le botaniste Francis Hallé aime la canopée. Ses sommets érigés vers l’infiniment grand, qui regorgent sous leur couverture feuillue d’une richesse de vie luxuriante, insoupçonnée… Il a appris à observer pendant des décennies les moindres frémissements de ces géants centenaires que d’aucuns ne verraient bouger ou évoluer aussi bien que son œil expert. Il en a eu l’idée d’un scénario insolite, un documentaire agité sur la vie du monde organique des grandes forêts primaires. Un sujet fou, à la fois inaccessible à budgéter, ou bien trop peu vendeur dans le domaine de l’image qui bouge qu’est le cinéma où mêmes les spectateurs ont la bougeotte. Les oiseaux, les insectes, la vie aquatique… les documentaires animaliers ne manquent pas de grands personnages que les enfants s’émerveillent à retrouver et que les parents s’amusent à redécouvrir, mais une œuvre entièrement bâtie sur les arbres… était-ce bien raisonnable ?
Les plus grands producteurs ont tous dit non au Français amoureux du tronc, jusqu’à la rencontre avec Luc Jacquet, l’homme des paris fous. Jacquet, qui peut s’enorgueillir d’avoir réalisé le film français le plus vu aux USA, La Marche de l’empereur, a connu les conditions climatiques les plus extrêmes pour percer le secret des manchots, mais a aussi réalisé l’un des plus beaux hommages à la forêt que le cinéma français ait bien pu rendre avec l’incroyable Le Renard et l’enfant, une fable irréelle, où documentaire et fiction s’épousaient sur un script de goupil fûté qui a encore séduit les foules.
Les deux hommes ne pouvaient que trouver un terrain d’entente au creux des arbres.
Le résultat est épique, vertigineux. Par delà des cimes, la caméra s’envole grâce à des procédés techniques qui méritent bien des heures de making-of et qui prouvent qu’avec peu de techniciens, mais avec les plus grands talents, on peut parvenir à des merveilles cinématographiques. La scène d’ouverture à elle seule nous emporte très haut dans l’émotion, notamment grâce au souffle vertigineux de la composition d’Eric Neveux. Nous voilà happés de notre siège, au plus profond de la passion de Francis Hallé, témoin et observateur de l’évolution des forêts, qui ne fait plus qu’un dans cette constellation organique, où on le retrouve juché sur le plus haut des arbres de la canopée.
Dans ces forêts intactes, où la lumière n’arrive jamais (ou presque) à percer la couverture épaisse de feuilles, l’homme est absent du film, sauf lors de l’une des premières scènes, ou parti pris malin, la destruction de l’espace millénaire par l’homme, la fameuse déforestation massive, est évacuée dès le début, pour faire passer le message plus intelligemment que le récent Amazonia, autre ode aux contrées végétales qui sortira curieusement le même mois. Jacquet et Hallé détruisent immédiatement la matière de leur sujet pour mieux la faire renaître, puisqu’ici, c’est l’histoire d’une naissance de forêt qui nous est contée, d’une renaissance même, cycle perpétuel de la vie, où le développement des géants se fait à un rythme de lenteur incongru à l’échelle humaine, mais qui va donner aux monstres les racines suffisamment robustes pour dominer leur espace pendant des siècles, survivant à l’existence éphémère de l’homme et des habitants de son environnement, destinés à se décomposer dans le humus où d’autres prédateurs viendront se repaître de leurs restes.
La magie du conte relève de l’insensé : mettre en scène à l’écran les stratagèmes des arbres devenus créatures quasi réflexives, pour se perpétuer, évoluer et voyager, toujours de façon immobile… Les fruits par exemple, gorgés de sucres, magnifiés de couleurs vives, ne sont que des objets de séduction destinés à attirer ceux, animaux extraordinaires comme l’éléphant, qui lui permettront de se multiplier ailleurs, par-delà les déserts… Attaqué, le géant feint des mutations insolites à l’instar des bestioles locales qui s’adaptent au danger et en une décennie multiplient les stages d’une évolution perpétuelle.
La richesse d’enseignement du film est totale, peut-être plus dense que la plupart des documentaires que l’on nous propose et qui se contentent, comme seul discours, d’aligner de belles images. L’intelligence des propos explicités ici par la voix d’un doubleur, donne matière à réfléchir, alors que la mort d’un arbre majestueux en fin d’une longue vie de plusieurs siècles suscite une infinie tristesse, d’autant plus poignante qu’inattendue. Pouvait-on s’attendre à sentir des larmes monter à la vue d’un arbre en fin de vie ? Avec Luc Jacquet aux commandes, l’émotion est garantie.

La réalisation excelle et sert d’écrin magnifique à un décor majestueux et aux explications scientifiques du botaniste. Dans cette fantasmagorie, l’on gardera toutefois un vrai regret et non des moindres, la volonté d’insérer des images de synthèse pour le coup primitives dans leur naïveté recherchée, pour évoquer les battements d’ailes d’un papillon, ou le développement des branches. Le procédé n’est pas, en soi, déplacé, mais le rendu des effets peu séduisant tend à diminuer la portée des images. Mais peu importe, Il était une forêt demeure un très grand film, aux messages essentiels.

 

Critique “Télérama”

En 2011, Francis Hallé, botaniste spécialisé dans l’écologie tropicale, et Luc Jacquet, cinéaste fou de faune, s’apprêtaient à se lancer à l’assaut de la canopée, l’étage supérieur de la forêt. Avec des tas de questions en tête : comment bâtir un récit sur les arbres, ces héros immobiles ? Comment éviter le catastrophisme et les leçons de morale sur la disparition des grandes forêts primaires ? Comment faire comprendre la richesse de ce monde ?

Il était une forêt a l’ampleur des géants qu’il met en scène : impressionnant, foisonnant, mais aussi maîtrisé et cohérent. Essentiellement tourné au Gabon et au Pérou, le film parvient à évoquer le temps long du végétal, l’infiniment petit et l’infiniment grand, en mêlant gros plans et vues du ciel, prises de vue réelles et images de synthèse. S’il réussit son pari — contrairement à Home, de Yann Arthus-Bertrand, green blockbuster au gigantisme anxiogène —, c’est parce qu’il mise sur le ton familier du conte pour relater de fabuleuses histoires d’arbres faiseurs de pluie ou de corps-à-corps homériques entre titans de bois.

Au-delà des paysages, dont la splendeur (quand avez-vous contemplé pour la dernière fois la jungle depuis la canopée ?) pousserait le plus indécrottable des citadins à s’intéresser à la botanique, l’atout maître de ce film humaniste sur la nature s’appelle Francis Hallé. Un colosse « chlorophyllophile » capable de vous faire passer la moindre pousse de sous-bois pour la plus belle des fées de la forêt. A raison, Luc Jacquet s’appuie sur son art de la transmission, sa voix off forte et limpide, sa volonté de mobiliser par la connaissance et l’émerveillement.

« Quand j’ai commencé, en 1960, il y avait pléthore de forêts tropicales primaires. On aurait fait rigoler n’importe qui en annonçant leur extinction cinquante ans plus tard. La déforestation est allée très vite, le temps d’une vie, en l’occurrence la mienne. » Assis sur un entrelacs de branches, à la cime de l’un des plus grands arbres, Francis Hallé contemple la forêt. Ce passeur passionné sait que le combat est déjà en partie perdu. Mais aussi que le peu qui reste à sauver, diamants sur canopées, vaut tout l’or du monde.

 

Pricing table with id of "foret" is not defined.