Film de Jean Cocteau (France – 1946 – 1h36) avec Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair, Mila Parély….

 

Belle-et-la-bete affiche uneCycle Patrimoine – Version restaurée

 

Il était une fois, une jeune fille, Belle, qui était bonne et affectueuse. Son père étant tombé au pouvoir de la « Bête », un monstre doté d’un pouvoir magique, elle s’offrit comme otage. Et, peu à peu, elle se prit de pitié, de compréhension, puis d’amour pour le monstre qui devint le Prince Charmant.

 

 

Critique “EcranLarge.com”

Ce qui frappe immédiatement à la vision de La Belle et la Bête, c’est la (re)découverte de ces décors enchanteurs, baroques et féeriques qui concourent encore et toujours à faire de cette histoire, adaptée par Cocteau lui-même d’une fable écrite au XVIIIème siècle par Leprince de Beaumont, un véritable plaisir des yeux et des sens. Bien entendu, le raffinement extrême des textes, la direction d’acteurs en tous points remarquable et la maîtrise technique de l’arsenal propre au cinéma (même si Cocteau n’est pas seul ici puisqu’il a demandé et a bénéficié des conseils techniques avisés de René Clément), participent aussi à faire de ce film le chef-d’œoeuvre que l’on sait. Il n’en reste pas moins que la beauté plastique indéniable de l’ensemble dont les inspirations sont à rechercher du côté de certaines toiles de Vermeer et d’illustrations de Gustave Doré, imprime à tout jamais les rétines de bonheur, même les plus blasées.

Avec La Belle et la bête Cocteau réalisait là son second film près de seize ans après Le Sang d’un poète qui en 1930 avait divisé le mouvement surréaliste lui préférant plutôt Un chien andalou ou encore L’Age d’or de Buñuel. Il est vrai que Le Sang d’un poète était plus une sorte de poème esthétique en 24 images par seconde préfigurant sans aucun doute possible la réussite visuelle de La Belle et la Bête alors que les motivations de Luis Buñuel étaient plus d’ordre sémantique, lui dont les métaphores visuelles originales et violentes n’avaient que pour unique ambition d’attaquer l’Église, les institutions et les représentants de la bourgeoisie.Mais si La Belle et la Bête procède bien de cette filiation directe et d’une recherche formelle de plus en plus épurée au service de thèmes identiques — l’amour impossible, la mort, la beauté de l’âme qui doit transcender celle des corps et faire tomber les masque —, c’est aussi et surtout une émouvante déclaration d’amour à l’intention de son acteur principal, Jean Marais. De fait, si Cocteau s’est intéressé à nouveau au cinéma au début des années 1940 (il est scénariste et dialoguiste de nombreux films à succès de l’occupation dont L’Éternel Retour avec Madeleine Sologne et justement Jean Marais) et qu’il s’est plongé à corps perdu dans cette aventure jusqu’à mettre en danger sa santé (atteint d’une infection cutanée, il fut en effet obligé d’interrompre pendant une semaine le tournage et de paraître ensuite sur le plateau avec un voile recouvrant son visage), c’est bien pour ce jeune homme et accessoirement son protégé qu’il le fait. D’ailleurs, qu’il l’affuble du masque de la bête est comme un écho troublant à sa propre condition physique d’alors et renvoie donc au plus profond de la thématique de son cinéma. Et même si l’on sait que Jean Marais s’éloignait déjà de son amant de metteur en scène durant le tournage, il est évident que la caméra de Cocteau ne fait qu’enregistrer langoureusement les battements de son coeœur meurtri et couche à jamais sur la pellicule son amour éperdu. Quelle plus belle déclaration en fait ?

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Triomphe du cinéma français d’après-guerre, cette adaptation d’un conte est à la fois le plus gros succès de Jean Cocteau, un chef-d’œuvre du symbolisme et, avec Orphée, son film internationalement le plus connu. Il s’agit de son second long métrage en tant que réalisateur, après Le sang d’un poète (1930). Scénariste et dialoguiste inspiré sous l’Occupation, Jean Cocteau réalise un film culte en narrant le récit d’une belle (la délicate Josette Day), éprise de l’ami de son frère, et qui doit un jour accepter de cohabiter avec une Bête monstrueuse qui l’aimera d’une passion sincère. Après L’Éternel retour, le film confirma le statut de vedette de Jean Marais qui tient ici un triple rôle, l’être aimé Ludovic et le Prince charmant complétant le personnage de la Bête. Jean Cocteau y développe ses thématiques du double et des faux semblants, et s’avère le maître d’un réalisme magique, dans le digne héritage d’un Méliès : les trucages artisanaux, mais techniquement supérieurs pour l’époque (le gant qui permet de traverser le mur, les fleurs qui s’ouvrent, l’envolée des amants au dénouement), s’avèrent être d’une force poétique majeure.« Mais vous êtes un animal, la Bête », réplique la Belle à la demande en mariage. On songe à Fay Wray prise en otage par King Kong, à la fois effrayée et subjuguée par une créature hors norme, mais dont le sentiment de compassion l’emporte sur celui de répulsion. La Belle et la Bête est au carrefour du film d’auteur (bien avant que la Nouvelle Vague n’ait la prétention d’inaugurer le genre) et d’une mythologie authentiquement populaire, bien servie par les meilleurs artisans du cinéma de l’époque. La photo de Henri Alekan, les costumes de Marcel Escoffier, le maquillage d’Arakelian ou la musique de Georges Auric forment autant de contributions majeures à une œuvre personnelle mais enrichie d’un travail collectif. Il faut aussi souligner la réussite des seconds rôles avec Marcel André en père aimant, Mila Parély en peste divine et Michel Auclair en jeune premier ténébreux. La Belle et la Bête a été présenté dans la sélection officielle Cannes Classics du Festival de Cannes 2013 à l’occasion d’une soirée Jean Cocteau. La copie a été restaurée en numérique par SNC/Groupe M6 et la Cinémathèque française, avec le soutien du Fonds Culturel Franco-Américain.

 

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