Film de Jean Denizot (France – 2013 – 1h33) avec Zacharie Chasseriaud, Nicolas Bouchaud, Jules Pelissier….


belle vie affiche uneYves vit dans la clandestinité avec ses fils, Sylvain et Pierre. Il y a dix ans, il les a soustraits à leur mère à la suite d’une décision de justice. Mais les garçons grandissent et la cavale sans fin les prive de leurs rêves d’adolescents. Cachés sur une île de la Loire, Sylvain, le cadet, rencontre Gilda : premiers regards, premier amour et première étape sur la chemin de la belle vie, la sienne.

 

Critique “EcranLarge.com.com”

La première chose qui sidère quand on voit La Belle Vie, c’est la maîtrise filmique de son réalisateur. Cadres impeccables, mise en scène pertinente et inspirée, photographie sublime qui renforce son ambiance envoûtante, on a bien du mal à croire qu’il ne s’agit que d’un premier film. A l’image de La pièce manquante de Nicolas Birkenstock, La Belle Vie prouve qu’une nouvelle génération de metteurs en scène émerge, une génération qui n’a pas peur de faire du cinéma et qui, plutôt que de s’enfermer dans le piège de la citation de surface, intègre sa culture pour affiner son style et raconter quelque chose. Et franchement, c’est salvateur, surtout en ces périodes troubles où le cinéma français s’enferme dans une impasse.

Voir un film comme La Belle Vie, c’est retrouver le cinéma des grands espaces, c’est s’approcher de l’humain dans toute son ambivalence, c’est enfin retrouver des sensations et des émotions que l’on pensait disparues. Car oui, le film émeut, énormément. En s’inspirant librement de l’affaire Fortin (qui avait kidnappé ses propres enfants pour vivre avec eux une vie nomade dans la campagne française), Jean Denizot nous raconte avant tout l’émancipation d’un adolescent, le rapport au père, aux femmes, à la sexualité. Mais surtout, il parle d’errance, philosophique, pragmatique et affective, et de ce besoin que l’on éprouve tous à un moment ou un autre de se poser et de se retrouver. Une véritable quête initiatique enrichie de personnages pour une fois solides, faits de chair et d’affects, crédibles de bout en bout.

Qui dit personnages dit comédiens et, là encore, La Belle Vie surprend et ravit. Le jeune Zacharie Chasseriaud (que l’on a vu dans l’extraordinaire Les Géants de Bouli Lanners et que l’on retrouvera dans quelques semaines dans Aux yeux des vivants du duo Bustillo-Maury) crève l’écran et compose un personnage inoubliable. Il est épaulé par la lumineuse Solène Rigot, très crédible dans son rôle d’adolescente. Seule ombre au tableau, Nicolas Bouchaud interprète le père errant avec une inconstance dérangeante.

Nous ne vous en dirons pas plus afin de ne pas déflorer La Belle Vie. Sachez néanmoins qu’il faudra vite vous déplacer pour lui donner une chance d’exister en salle, le film n’étant pas l’un des favoris dans la guerre des multiplexes. Petit budget (1 million d’euros), distributeur de taille modeste (en ce sens qu’il ne s’agit pas d’UGC ou de SND), La Belle Vie ne sera projeté que dans 3 cinémas à Paris (Reflet Medicis, Publicis, Cinéma des cinéastes).

 

Critique “Critikat.com”

Il y a toujours fort à redouter d’un film qui s’inspire d’un fait divers : entre la tentation d’un sensationnalisme forcément racoleur et le risque d’un académisme pompier, les marges de manœuvre sont étroites pour les cinéastes qui tentent d’adapter à l’écran les soubresauts féroces et édifiants du quotidien. Pour son premier long, le réalisateur Jean Denizot s’est inspiré d’une histoire qui avait fortement marqué l’opinion en 2009 : celle de Xavier Fortin, arrêté et jugé après 12 ans de cavale avec ses deux enfants, enlevés à leur mère suite à leur séparation en 1997. Fait marquant du procès : les deux enfants, devenus adolescents, défendirent ardemment leur père à la barre. Celui-ci fut condamné à deux ans de prison dont 22 mois avec sursis mais, ayant déjà purgé deux mois de détention préventive, sortit libre de la salle d’audience.

Pas de procès ni d’excès de scènes de courses-poursuites dans La Belle Vie : Jean Denizot verse plutôt dans un cinéma panthéiste proche d’un Malick ou d’un Jeff Nichols – à ce titre, la superbe photo signée Elin Kirschfink éloigne le film du tout-venant de la production française. Il y a là une ambition formelle qui fait plaisir à voir, un désir de beauté dénué de tout effet de mode et qui n’exclut pas une volonté de croire en la force du récit : bref, Jean Denizot fait du cinéma, pas un docu-fiction pour TF1. Et si le scénario reste proche du fait divers duquel il s’inspire, on sait gré au réalisateur de rester à distance de ses effets les plus spectaculaires sur le plan narratif pour se concentrer sur les états d’âme du plus jeune des deux enfants. La référence est on ne peut plus claire : Denizot montre dès le début du film le frère aîné en train de lire Huckleberry Finn, de Mark Twain… Des rives du Mississipi à celles de la Loire, du Nichols de Mud à cette Belle Vie, il n’y a qu’un fil que le cinéaste n’hésite pas à dérouler.

Film d’apprentissage, La Belle Vie commence comme un road-movie campagnard où les trois fugitifs (le père et ses deux fils) tentent de mener une vie plus ou moins normale malgré la clandestinité et la crainte d’être découverts par la police ; très vite, le frère aîné (l’excellent Jules Pelissier, passé des plateaux de La Nouvelle Star à ceux du cinéma français) se fait la malle pour vivre sa vie. Reste au plus jeune, Sylvain (Zacharie Chasseriaud, très bien) de décider s’il désire poursuivre la route avec son père (Nicolas Bouchaud) ou pas. Sa rencontre avec la jeune et jolie Gilda (Solène Rigot) va précipiter sa décision… Cette partie, façon bluette sentimentale, est traitée avec beaucoup de finesse et de sensibilité, mais elle reste anecdotique et éloigne le film de ce qui en est le véritable cœur. À quoi sert de fuir, si c’est pour protéger une liberté illusoire ? Comment quitter le foyer familial pour acquérir son indépendance quand ce foyer n’existe pas, littéralement ? C’est dans ces contradictions que La Belle Vie émeut le plus : le père, comme le fils, savent qu’ils sont arrivés au bout du chemin, et cette prise de conscience donne au film une note crépusculaire que la mise en scène, humble héritière d’un John Ford, sait magnifier. La fin, ouverte, splendide, offre à son jeune personnage une piste qui mène à tous les possibles. On aimerait bien encore l’y suivre, un petit peu.

 

 

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