Film d’Eva Neymann (Ukraine – 2012 – 1h20)

Film proposé en Version originale sous-titrée

 

Grand Prix du Festival Black Nights de Tallinn, Estonie 2012
Prix The East of the West, Festival International du Film de Karlovy Vary 2012
Prix du Jury, Festival du Film de Batumi, Georgie 2012

 

affiche1200x1600_finale.inddHiver 1944. Une mère et son fils de huit ans traversent l’Union Soviétique à bord d’un train pour rejoindre leur famille. Au cours du voyage, la mère tombe gravement malade et doit être hospi- talisée d’urgence. L’enfant se retrouve alors livré à lui-même dans une ville inconnue et rapidement confronté au règne de la misère et l’indifférence.

 

 
 

Critique « aVoir-aLire.com »

Passionnée par l’œuvre romanesque de Friedrich Gorenstein depuis le début des années 2000, la réalisatrice ukrainienne Eva Neymann s’est de suite sentie proche de l’univers sombre de l’écrivain, par ailleurs collaborateur de Tarkovski sur son Solaris. En 2007, elle a déjà adapté l’une de ses œuvres au cinéma dans le long-métrage Au bord de l’eau, malheureusement resté inédit dans nos contrées. Cette fois, elle s’est attachée à retranscrire le plus fidèlement possible son livre le plus autobiographique, à savoir La maison à la tourelle. L’auteur y contait l’histoire d’un petit garçon (lui-même) contraint de voyager avec sa mère à travers l’Union Soviétique ravagée par la guerre durant le très dur hiver 1944. Ce long périple fit de lui un orphelin et un adulte avant l’heure. C’est cette réalité extrêmement rude que tente de reconstituer la réalisatrice dans un film d’une très grande noirceur où l’espoir semble s’écraser sur les murs gris des hôpitaux militaires.

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Le choix du noir et blanc permet sans doute de mettre le spectateur à distance par rapport aux événements en créant une sorte de licence poétique atténuant l’aspect mortifère du propos, et ceci même si la réalisatrice ne parvient qu’occasionnellement à s’affranchir du réalisme pour s’aventurer sur les terres du rêve. Toujours à hauteur d’enfant, La maison à la tourelle s’impose dès le début par sa science des cadrages, par la beauté de sa photographie et la majesté de ses plans, pour la plupart hérités de la tradition russe (on pense énormément à Tarkovski), mais aussi d’un certain cinéma d’auteur des pays de l’Est (Merci à Bela Tarr). Corseté dans un dispositif formel très étudié, le film risque à tout moment de basculer dans la démonstration de maestria technique au détriment de l’émotion. Fort heureusement, la réalisatrice a eu le flair d’attribuer le rôle principal à un gamin absolument extraordinaire (orphelin lui-même) qui bouffe littéralement l’écran par sa présence magnétique. Il empêche donc le long-métrage de sombrer dans l’indolence et offre une prestation exemplaire. Il est entouré par une Katerina Golubeva impeccable dont ce fut la dernière apparition à l’écran avant de décéder deux mois plus tard.

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Avec son rythme à la lenteur hypnotique, La maison à la tourelle ne fera sans doute pas l’unanimité, mais le film parvient à s’élever au niveau des plus belles œuvres vues cette année lorsque la réalisatrice se laisse aller à la rêverie enfantine. Quand l’enfant finit par esquisser un sourire pour la première fois lors d’une ultime séquence à la beauté évanescente, le spectateur sait qu’il tient là un moment à la fois simple et fort qu’il n’est pas prêt d’oublier.
 
 

Critique « L’Humanité »

Voyage au bout de l’enfance. En 1944, un petit garçon et sa mère traversent l’Union soviétique pour rejoindre leur maison à Kiev. Mais la mère tombe malade et l’enfant est livré à lui-même dans une ville inconnue… Reconstitution impeccable, noir et blanc, froid, neige, ambiance poétique. C’est parfait, mais presque trop propre. Une misère pittoresque. On pourrait écarter le film d’un revers de main pour ces raisons mêmes. Ce serait oublier l’Enfance d’Ivan, de Tarkovski, sur la même période avec également un enfant dans le rôle principal. Certes, la comparaison est sans doute écrasante. La première œuvre de Tarkovski déployait un souffle lyrique et une ampleur cosmique absents ici. N’empêche que, petit à petit, au gré des vicissitudes de l’enfant dans le froid et dans 
la neige, une véritable mélancolie sourd de cette lutte opiniâtre contre l’adversité. D’abord lorsque le gamin tente de retrouver sa mère à l’hôpital, puis quand il reprend vaillamment sa route, seul, en train. Malgré une certaine tentation expressionniste, presque littéraire, le film est également 
en filigrane un discret et déchirant bloc de silence. Voir la figure élégiaque de Katerina Golubeva, qui incarne la mère, dans son dernier rôle, terminé deux mois avant sa tragique disparition. Elle boucle la boucle de sa carrière dans un climat et un registre évoquant de loin ses prestations chez Sharunas Bartas. Ce drame prenant joue graphiquement 
sur les clairs-obscurs, les lieux, les visages, la neige. Deux grands moments. Le plus beau : 
la longue séquence de l’hôpital où l’enfant, rendant visite 
à sa mère, sera à son tour pris en charge. Luxe de la durée, attention aux détails (le repas 
de l’enfant, les attentions 
ou inattentions du personnel). 
Le plus vivant : la séquence 
du train, un peu dix-neuvièmiste, où le bambin est accompagné par un couple mesquin. Facture extrêmement classique complétée par une utilisation inattendue, mais idéale dans le contexte, d’une Gnossienne d’Erik Satie, probablement réorchestrée ; elle oriente encore plus le film vers le conte, 
que suggèrent le titre et la vision récurrente d’une maison 
où vivent un vieil homme 
et une petite fille. Un conte froid et nu qui, malgré sa dureté 
– la confrontation sans fard de l’enfant avec la mort –, est une sorte de parenthèse enchantée dans un cinéma contemporain 
à la trivialité parfois abrutissante.

 

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