Film de Matt Reeves (Etats-Unis – 2014 – 2h10) avec Andy Serkis, Judy Greer, Gary Oldman, Keri Russell, Jason Clarke…


Planete des singes affrontement affiche uneFilm proposé en 2D ou en 3D selon les séances

Une nation de plus en plus nombreuse de singes génétiquement évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui ont survécu au virus dévastateur qui s’est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui imposera l’espèce dominante sur Terre.

 

 

 

Critique “Cinéma Teaser”

LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES était l’une des seules grosses productions modernes de studio (la Fox) à rester mesurée en termes de spectacle. Le film préférait parier sur le pouvoir hypnotique de ses quelques images choc (les attaques de singes, en gros) et la portée inouïe de son sentimentalisme rappelant le poignant PROJET X de Jonathan Kaplan (1987). Il était nécessaire que L’AFFRONTEMENT soit plus impressionnant pour s’imposer comme une franchise-phare de l’époque. Et bien qu’on n’ait pas eu la larme à l’œil de tout le film (contrairement à son prédécesseur qui nous fait chouiner à tous les coups), cette suite est d’une efficacité absolument redoutable. Tout commence par l’harmonie régnant chez la communauté de primates qui, en dix ans, ont appris à communiquer en signant et, pour le cas des plus « évolués », en parlant. Ce calme va être mis à mal par l’arrivée surréaliste d’un groupe d’hommes et de femmes, survivants du rétrovirus ALZ- 113, cherchant à rallumer la centrale électrique locale. Problème, le bâtiment est sur le territoire des singes. Si César est diplomate, ses congénères n’ont pas vraiment un bon souvenir de l’être humain. Patriarche, César va jouer la carte de la réconciliation en pactisant avec Malcolm, émissaire autoproclamé de la partie adverse (Jason Clarke). Mais dans chaque camp, le consensus déplaît. La peur panique de l’inconnu, le passif douloureux et la haine vont surgir. De l’étude désenchantée du leadership aux dérives des révolutions (desquelles l’extrémisme profite parfois), L’AFFRONTEMENT dresse un portrait radical mais très pertinent de ce qu’est le chaos social post-révolution. Film sur le langage et la communication, mais aussi brûlot sur l’effet pervers de la démocratisation des armes à feu, ce nouveau volet va encore plus loin que LES ORIGINES quand il faut mettre l’Homme face à sa propre violence et à sa faculté toute singulière de s’éliminer lui- même. Et quitte à faire une grande tragédie, autant y inclure les passages obligés : les intrigants, les trahisons, les « coups d’état »… Matt Reeves a insufflé à son film une grandiloquence étrange, passant par de très solennels dialogues, une gravité oppressante, un sentiment de désolation bouleversant. Avec un scénario très simple (voire classique) et des sentiments complexes, Reeves parle de tous les conflits, de tous les actes fratricides, de toutes les tentatives avortées de paix. Il a extrait son histoire hors du temps. C’est pourquoi formellement, il se permet quelques audaces : parfois, sans avoir l’air d’y toucher, il rend hommage aux maquillages originaux – et somme toute pittoresques – de John Chambers ; d’autres fois, au détour d’un plan où un singe, défiguré et démantibulé par la haine, attaque sur fond de flammes de l’enfer, survient la réminiscence de l’effroi provoqué par les vieux films fantastiques ; enfin, alors que les primates surveillent les hommes du sommet d’un immeuble en ruines, comme des Indiens épieraient des cowboys du haut d’une falaise, un vieil air malicieux rappelant Lalo Schifrin retentit (ce dernier a d’ailleurs travaillé sur la série LA PLANÈTE DES SINGES en 1974). Mais ne vous y trompez pas, sous ses airs spectaculaires, voire ludiques, L’AFFRONTEMENT, entre film politique et film d’épouvante, fait régner la terreur.

 

Critique “Libération”

L’exaspérante propension du cinéma américain à gros budget d’exploiter jusqu’à la dernière goutte les sujets supposés plaire au plus grand nombre a, parfois, quelque chose de bon. Plutôt que de recycler inlassablement les mêmes vieilles recettes, certains essaient, timidement mais quand même, des formules un peu plus osées. C’est le cas de ce second volet du grand reboot de la Planète des singes, énorme succès de Franklin J. Schaffner en 1968, dans lequel Charlton Heston et ses considérables pectoraux passaient du statut d’astronaute gentiment paumé à celui d’esclave livré aux caprices de primates anglophones, bipèdes et puissamment armés. Adapté du roman de Pierre Boulle, le film avait marqué l’époque, notamment grâce à un ultime plan dans lequel le héros découvrait qu’il n’avait pas dérivé jusqu’à une planète inconnue dominée par les singes, mais qu’il était revenu, à la faveur d’une fausse route spatio-temporelle, sur sa bonne vieille Terre défoncée entre-temps par une guerre nucléaire.

Tout l’objet de cette nouvelle série de films, lancée en 2011, consiste à faire le lien entre le monde contemporain et celui décrit dans le roman de Boulle. Autrement dit, de remplir l’ellipse qui provoquait le frisson de la fameuse apocalypse dont le spectateur n’avait sous les yeux que le sinistre accomplissement.

Dans le premier épisode, judicieusement intitulé la Planète des singes : les origines, le propos tentait à rendre crédible une épidémie provoquée par une maladresse de scientifiques qui, en testant un remède contre la maladie d’Alzheimer, réussissaient d’un coup d’un seul à répandre un virus mortel à travers le globe mais aussi à rendre les singes de laboratoire au moins aussi futés que leurs maîtres.

Le second volet aujourd’hui sur les écrans, signé Matt Reeves (jadis auteur du convaincant Cloverfield, faux film fauché et vrai blockbuster en mode found footage), reprend le récit dix ans après que les primates ont pris la poudre d’escampette, laissant les humains à leurs (gros) problèmes de survie. Son parti pris tient en une seule idée, toute simple : les personnages principaux, ce sont les singes. A vue de nez, une bonne moitié des scènes se déroulent intégralement dans la communauté simiesque et les personnages humains sont, souvent pour ne pas dire systématiquement, relégués à une distance respectable du statut de héros de l’histoire. Ecrit comme ça, sur une feuille de journal qui emballera le poisson ce soir même, ça n’a l’air de rien, mais on peut aisément imaginer quels débats enflammés une telle initiative a dû susciter quand il a fallu signer les premiers chèques de cette machine estivale à 120 millions de dollars (90 millions d’euros).

Cette société en pleine création a sauté la case primitive chère à Kubrick et s’organise à grande vitesse, grâce aux nouvelles facultés cognitives de leurs membres, à la manière d’un état de nature plutôt séduisant, même si on n’est pas loin d’une monarchie absolue et que la question du droit des guenons ne semble pas à l’ordre du jour avant un bon moment. Tandis que les mâles chassent, les femelles font la popote et les petits vont à l’école dirigée par Maurice, l’orang-outan, qui leur apprend à lire et à écrire. Et le soir, tout le monde se retrouve dans une chouette cabane nichée dans un grand arbre. Un vrai rêve de singe donc, en route vers une société idéale, le tout sous la direction de César, dictateur éclairé qui fut, dix ans auparavant, l’instigateur de la révolte.

Or, en gagnant en intelligence, les sympathiques quadrumanes font également l’apprentissage des passions. Ce qui est plus délicat. Ils découvrent la jalousie (le fils aîné de César ne peut pas piffer son frère nouveau-né), la vengeance (un vieux borgne veut exterminer les humains), l’exercice du pouvoir et, donc, la tentation de la tyrannie. Affirmer que la Planète des singes : l’affrontement relève de la tragédie serait un poil excessif, mais l’ambition est bien là.

Côté humains, la situation n’est pas plus reluisante, du moins selon les standards en vigueur aujourd’hui. Les survivants de l’épidémie, mal habillés et d’une hygiène douteuse, survivent dans des bâtiments en ruines, même pas foutus de trouver une source d’énergie. C’est d’ailleurs au cours d’une mission consistant à remettre en état de marche un vieux barrage hydraulique que se produit le choc des civilisations entre primates en pleine ascension évolutive et humains sur la pente abrupte de la déliquescence. Et la confrontation, d’autant plus tendue que les hommes ont conservé leurs manies de sortir des flingues à tout bout de champ, anéantit l’hypothèse d’une paix durable.

Certes, le cahier des charges de la série impose quelques passages obligés pas très passionnants, dont une débauche réglementaire de destructions diverses dans un torrent de flammes. Comme, de surcroît, il faut que tout cela retombe sur ses pattes arrière de la continuité des épisodes, la toute fin du film a plutôt des allures de pré-bande annonce du troisième volet dont la Fox a d’ores et déjà annoncé la date de sortie, le 29 juillet 2016, toujours avec le duo Matt Reeves et le scénariste Mark Bomback aux manettes.

Pour autant, le scénario pas si bête aux accents shakespeariens a ouvert en grand la porte à une utilisation des effets spéciaux qui, pour une fois, servent vraiment à quelque chose. Il est ici évident que les efforts ont surtout porté sur les visages, les yeux et les expressions des singes, afin de traduire de manière convaincante les tourments intérieurs dont les personnages sont le jouet. Même si le comédien Andy Serkis, décidément abonné à ce genre de performances (le garçon a fait Gollum puis King Kong chez Peter Jackson avant d’hériter du rôle de César), y est forcément pour quelque chose, le trouble suscité chez le spectateur au moment de déceler, sur les visages velus, où s’achève sa condition d’animal et où commence celle d’humain – la grande question du film -, est surtout à mettre au crédit des équipes techniques. Ainsi, cet épisode de la Planète des singes est, d’une certaine manière, davantage un film d’animation, sombre et porteur d’une belle énigme formelle, qu’une simple étape sur le chemin des sommets du box-office.

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