Un film de Théo Angelopoulos (Grèce – France – 2007 – 2h05) avec Willem Dafoe, Bruno Ganz, Michel Piccoli…

 

Dans le cadre du mois du film documentaire : soirée mémoires D’Europe

Ce film sera couplé avec “Das kind” à 18H30

Buffet et rafraichissement entre les deux films

Tarifs : deux films et buffet : 10 euros ou un film au tarif normal

poussiere du temps affiche uneL’histoire d’un amour à travers le grand royaume de l’Histoire, des années 50 jusqu’à nos jours.
Un réalisateur américain d’origine grecque réalise un film sur le destin tragique de ses parents et leurs amours contrariés par l’Histoire au temps de la guerre froide. Pour son film, son enquête le mène en Italie, en Allemagne, en Russie, au Canada et aux États-Unis. Véritable voyage à travers le monde du XXème siècle et travail de Mémoire sur l’Histoire, une élégie sur la destinée humaine et l’absolu de l’amour… Que seule vient troubler la Poussière du Temps…

 

 

Critique “Les Inrockuptibles”

Présenté en compétition au Festival de Berlin en 2009, La Poussière du temps est le dernier film de Théo Angelopoulos, mort il y aun an après avoir été renversé par une moto dans une rue du Pirée, pendant le tournage de ce qui aurait dû être son film suivant.

La Poussière du temps est un film éclaté – dans l’espace et dans le temps.
Il raconte, sur plusieurs décennies, à coups de flash-backs ou flash-forwards incessants, comme le flux et le reflux qui ramèneraient les souvenirs à la mémoire, l’histoire d’une femme, Eleni (Irène Jacob, la plupart du temps), tiraillée entre deux hommes, un Grec, Pyros (Michel Piccoli), et Jacob, un Juif russe (Bruno Ganz) qui migrera vers Israël, laissant Eleni rejoindre son mari Pyros aux États-Unis.

Il met aussi en scène un metteur en scène américain, A (Willem Dafoe), le fils de Pyros et d’Eleni, venu à Rome tourner un film qui semble problématique. Ses parents et son “oncle” Jacob lui rendent visite, sa femme l’a quitté (il l’aime encore), sa fille a fugué, semble-t-il.

On voyage dans tous les sens de la Russie de la fin du stalinisme à Berlin aujourd’hui, mais le passé ne passe pas, les blessures ne cicatrisent jamais (Jacob âgé, retrouvant Eleni vingt ans après leur liaison, ne peut s’empêcher de continuer à lui crier absurdement “Ne t’en va pas”), c’est très beau, Angelopoulos maîtrisant toujours aussi bien son cinéma, les mouvements de foule comme les scènes plus intimes, raccourcissant aussi, semble-t-il, ses fameux plans séquences qu’on avait pu par le passé juger pesants, très pesants. À 76 ans, il semblait opter pour plus de fluidité, de légèreté dans le trait, de liberté dans le récit aussi.

Il y a dans Poussière du temps, peut-être aussi grâce à ses acteurs, des plans qui rappellent le meilleur Ferrara, étrangement. Et puis des images, des plans, des scènes d’une puissance émotionnelle dont on a du mal à saisir la raison pour laquelle ils nous bouleversent autant, comme ce décor désolé, jonché de restes de statues abattues après
la mort de Staline, où l’on retrouve un orgue en parfait état de marche alors que personne n’en a joué depuis très longtemps, et sur lequel un organiste tout d’un coup fait revivre un air de Bach. Miracle des guerres, qui détruisent tout, mais justement pas tout : avec le temps, la beauté repousse toujours à travers le bitume.

C’est le dernier film, le dernier soupir, la dernière confession de Théo Angelopoulos : la poussière du temps recouvre le présent, pour le meilleur et pour le pire.

 

Critique “La Croix”

Il y a un peu plus d’un an, le 24 janvier 2012, Theo Angelopoulos était victime d’un accident de la circulation, en plein tournage de son dernier film, resté inachevé, L’Autre Mer. Il était décédé de ses blessures, quelques heures plus tard, dans un hôpital du Pirée, à 76 ans.

Cette fin tragique d’un des plus grands cinéastes européens intervenait alors que son film précédent, La Poussière du temps, présenté hors compétition en ouverture du Festival de Berlin en 2009, n’avait toujours pas été distribué en France. Omission d’autant plus regrettable que le film était sorti partout ailleurs en Europe, et que la France joua naguère un rôle essentiel dans la reconnaissance du cinéma d’Angelopoulos.

Il aura donc fallu attendre quatre longues années pour que cette dernière œuvre achevée soit enfin proposée au public français, rappelant l’étrange malédiction dont fut victime l’un des derniers films d’Ingmar Bergman, En présence d’un clown, sortie en salle en 2010 – douze ans après sa projection au Festival de Cannes et trois ans après la mort de son auteur.

L’Autre Mer devait être, à l’origine, le troisième volet d’un triptyque commencé en 2003 avec Eleni, et dont La Poussière du temps peut être vu comme le second panneau. Le cinéaste hellène y met en scène… un réalisateur américain (Willem Dafoe) venu tourner dans les studios italiens de Cinecitta l’histoire mouvementée de sa famille d’origine grecque.

Cet être tendu, visité par un passé qui lui échappe en partie et effrayé par le mal-être de sa fille, se confronte fébrilement à des questions que son quotidien vient faire résonner de manière brutale.

Comme toujours chez Angelopoulos, les frontières temporelles s’effacent, laissant apparaître un récit à la structure complexe, tout en allées et venues entre les lieux et les époques, entre évanescence du réel et persistance souvent très douloureuse du souvenir qu’il engendre.

De ce passé, trois figures dominantes émergent rapidement : celle du père de cet homme, Spyros, émigré aux États-Unis (Michel Piccoli) ; celle de sa mère Eleni (Irène Jacob) ; celle de Jacob (Bruno Ganz), l’homme qui partagea des années de captivité avec Eleni et conçut pour elle un déchirant amour.

Lorsqu’ils purent enfin franchir le rideau de fer à la faveur d’un échange, Jacob et Eleni durent se séparer. Elle partit retrouver son mari aux États-Unis. Lui émigra vers Israël. La Poussière du temps repose avant tout sur cette histoire d’amour dont la triangulation aura traversé les décennies sur une passerelle fragile au-dessus de l’abîme.

Lorsque Spyros, Jacob et Eleni se retrouvent à Berlin à l’automne bien avancé de leurs vies, en compagnie du fils retrouvé, le vent de l’Histoire souffle encore en chacun d’eux.

À travers l’intimité de ce récit familial, Theo Angelopoulos propose une relecture de la deuxième moitié du XXe siècle, de ses grands rêves idéologiques tombés en éclats. « J’ai l’impression qu’on essaie d’être sujet de l’Histoire mais que finalement, on en est l’objet», confiait le cinéaste, en 2008, au critique de cinéma Michel Ciment (dans un entretien paru dans le numéro de février 2013 de la revue Positif).

Plans d’une grande force visuelle, présence appuyée de la neige et de l’hiver, scènes à l’onirisme puissant ou au symbolisme frappant (comme cette collection de bustes de Staline réunis dans un bâtiment désaffecté et signifiant la fin d’une ère soviétique) : tous les ingrédients du cinéma de Theo Angelopoulos sont réunis dans La Poussière du temps, même si le rythme du récit tend à s’accélérer quelque peu par rapport à certaines de ses œuvres antérieures.

Ce long-métrage de deux heures, aux multiples degrés de lecture, est aussi baigné de nombreuses références mythologiques. Si le milieu du récit se fait moins porteur que le mystère de son début et la magie de sa fin, l’œuvre est par moments envoûtante.

Le film trouve aussi sa grâce dans l’interprétation de ses comédiens. On pourra regretter le registre étroit réservé par le cinéaste à Willem Dafoe, mais le trio formé par Irène Jacob, Bruno Ganz et Michel Piccoli donne sa pleine puissance à l’élan lyrique du film.

 

 

 

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