Film de Roman Polanski (France – 2013 – 1h33) avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric

 

 

VENUS-A-LA-FOURRURE affiche uneSeul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

 

 

Critique “EcranLarge.com”

A 80 ans, Roman Polanski a encore beaucoup de choses à raconter. A commencer par celle qui partage sa vie depuis tant d’années, Emmanuelle Seigner. Et La Vénus à la fourrure, d’être ce cadeau magnifique d’un cinéaste-mari à sa muse (remember The Artist).Déclaration d’amour à la toute puissance des actrices et des femmes en général, le nouveau film de Polanski est un festival de virtuosité dans sa capacité à sans cesse faire tomber le mur des préjugés. Tout n’est qu’apparence nous dit le réalisateur et de la manière la plus ludique qui soit. Dans un jeu de ping pong euphorisant, le metteur en scène et sa comédienne se jaugent, s’affrontent, se titillent, se séduisent. Un combat cérébral, où chaque mot et chaque regard, comptent et se veulent signifiants. Et le spectateur de prendre un plaisir fou devant ces permanents allers-retours entre la pièce qu’ils répètent et la réalité. Et quand la barrière s’estompe et qu’il est alors presque impossible de faire une quelconque distinction, on se rappelle le passé du cinéaste pour se rendre compte que finalement, Polanski ne parle peut être que de lui.

Et pour ce faire, il offre à sa femme l’occasion de se montrer sous son meilleur jour. Si Mathieu Amalric est absolument parfait, c’est effectivement le Seigner show durant tout le film. Investie comme jamais, la comédienne ose tout, cabotine avec un sens du contrôle étonnant, et démontre avec maestria à quel point l’homme n’est rien sans la femme. Grandiose !

 

Critique “La Croix”

Dans un théâtre vide, un dramaturge et metteur en scène vitupère au téléphone. Il vient de perdre sa journée, passée à auditionner des comédiennes sans talent pour la pièce, inspirée du livre de Sacher-Masoch, qu’il doit mettre en scène. Surgit en retard, trempée de pluie, une ultime candidate. Thomas veut s’en débarrasser. Vulgaire, inculte, mâchant du chewing-gum, tout en elle lui déplaît.

Vanda, qui porte le même prénom que l’héroïne de la pièce, l’oblige à lui donner sa chance. Elle se change, troque ses vêtements de jeune femme délurée et tatouée pour apparaître, sous un jour nouveau, en aristocrate du XVIIIe siècle. Intrigante, vive et secrètement subtile, elle révèle, par petites touches ironiques et insolentes, qu’elle connaît la pièce par cœur et discerne des intentions que le metteur en scène qui la toise n’a pas vues.

Vanda commence à jouer au chat et à la souris avec cet intellectuel rogue et prétentieux. Peu à peu, elle prend l’ascendant sur lui et le dirige, inversant les rôles. Dans le huis-clos de ce théâtre désert, l’audition devient un étrange et sulfureux ballet sur un fil tendu où alternent le trouble et la complicité, la distance et le désir, la confrontation de deux esprits et l’attirance charnelle. Le texte de la pièce sert de paravent à ce pas de deux périlleux.

Roman Polanski signe un film brillant et jubilatoire, astucieux et vénéneux, autour du rapport dominant-dominé, en poussant l’argument metteur en scène-actrice, filmant sa propre femme (Emmanuelle Seigner) et un comédien (Mathieu Almaric) qui lui ressemble.

Mécanique de précision, enveloppée par la musique d’Alexandre Desplat, La Vénus à la fourrure brasse les thèmes habituels du cinéaste (enfermement diabolique, manipulation, travestissement, humour, érotisme, basculement vers la folie). Emmanuelle Seigner est fabuleuse dans ses changements incessants de registre. Face à elle, Mathieu Amalric se glisse avec délectation dans la peau d’un metteur en scène qui se décompose face à l’effet de révélation intime produit par cet affrontement pervers.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

La présentation en toute fin de Festival de Cannes du dernier Polanski aurait pu s’avérer celle du film de trop dans une compétition de qualité, la fatigue gagnant généralement les festivaliers l’avant-dernier jour du marathon… Il n’en a rien été et l’équipe de La Vénus en fourrure a connu une ovation largement méritée, les rires et l’émotion dans la salle pendant la projection témoignant d’une adhésion complète du public. Après Carnage, le cinéaste continue dans la veine de la comédie au vitriol en proposant une variation autour d’un matériau littéraire, ici un roman érotique de Sacher-Masoch, à l’origine d’une pièce de David Ives. On retrouve d’ailleurs des similitudes avec l’adaptation de Yasmina Reza, à commencer par un prologue et un épilogue montrant des plans d’extérieur, avant de filmer un huis-clos entre personnages. Mêmes rapports policés et tendus de protagonistes quittant progressivement leur carapace sociale pour entrer dans un jeu destructeur de manipulation et domination. La comédienne supposée vulgaire et inculte s’avère une lettrée critique et subtile, le metteur en scène intellectuel et égocentrique se révèle cynique et fragile. Les deux s’affrontent via des dialogues d’une verve jubilatoire, qui montrent un Polanski de plus en plus détaché et léger, en dépit de la noirceur progressive des situations. En vieillissant, le réalisateur semble donc afficher une sérénité et une simplicité, tout en épurant ses films, à l’instar du Resnais de Smoking et No smoking qui rompait avec le drame et s’amusait, lui aussi, à tenir le pari d’une confrontation entre deux seuls acteurs.

Jamais le récit ne tombe dans les pièges d’un certain « théâtre filmé » : de l’entrée de Vanda s’incrustant sur la scène au moment où Thomas s’apprête à quitter le théâtre, au jeu sado-maso, menottes en mains, au cours duquel elle semble prendre définitivement le pouvoir, la narration suit un suspense authentiquement cinématographique, digne du Limier de Mankiewicz, mais il ne faudrait pas non plus réduire cette Vénus à un simple exercice de style brillant et bavard, culturel et vain. Derrière sa joliesse, les zones d’ombre de l’univers (artistique et privé) de Polanski sont tout à fait présentes et il est permis de penser que Mathieu Amalric incarne ici un double de l’auteur. L’acteur est remarquable d’élégance et d’intelligence, loin du cabotinage manifesté dans Jimmy P., également en compétition cette année à Cannes. Mais c’est Emmanuelle Seigner qui nous bluffe littéralement et crève l’écran par une composition toute de sensualité et un jeu d’un incontestable métier. Elle casse son image d’interprète lisse et superficielle, ce qui a aussi été le cas de Léa Seydoux dans La vie d’Adèle. N’était la concurrence dans cette catégorie, Emmanuelle Seigner aurait pu mériter le prix d’interprétation féminine.

 

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