Film d’Arnaud Larrieu et Jean-marie Larrieu (France – 2013 – 1h50) avec Mathieu Amalric, Karin Viard, Maiwenn, Sara Forestier, Denis Podalydès…

 

Amour-est-un-crime-parfait-affiche uneProfesseur de littérature à l’université de Lausanne, Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes.
Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa fille disparue …

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Cela fait maintenant plus de dix ans que les frères Larrieu dégoupillent à intervalles réguliers des œuvres au ton décalé qui ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Alors qu’ils avaient adapté un roman de Dominique Noguez pour leur étrange Les derniers jours du monde (2009), ils s’attaquent cette fois à l’univers doucement pervers de Philippe Djian et de son polar Incidences publié en 2010. Même s’ils se lovent ici dans l’écriture d’un auteur tiers, les frangins ne s’affranchissent pas de leurs obsessions et livrent un nouvel objet cinématographique aux contours incertains. Que ceux qui attendent un polar noir traditionnel passent donc immédiatement leur chemin puisque les compères préfèrent s’attarder sur les dérives psychologiques de personnages troubles plutôt que sur les ressorts d’une intrigue policière bien huilée. Ce sont les à-côtés qui font tout le sel de cette œuvre au doux parfum de stupre. Si un certain mystère entoure la disparition d’une jeune fille du campus où enseigne un Don Juan pervers interprété avec beaucoup d’aisance par Matthieu Amalric, ce sont finalement les relations complexes qui lient ce professeur à sa sœur (excellente Karin Viard) qui retiennent surtout l’attention du spectateur.
© Gaumont Distribution
Dans cet univers bourgeois, l’étrangeté va se nicher jusque dans les décors (l’université de Lausanne au design futuriste crée une atmosphère froide aussi tortueuse que l’esprit du personnage principal), tandis que les différents protagonistes se livrent à des jeux de séduction et de domination qui débouchent sur un sentiment de schizophrénie particulièrement enthousiasmant. L’intrigue n’évoluant pas vraiment, le long-métrage donne souvent l’impression d’être replié sur lui-même, à l’instar de personnages qui ne sortent jamais de leur univers feutré, mais régulièrement contaminé par une violence sourde. Comme gagné progressivement par la folie, L’amour est un crime parfait ose aborder les thèmes de la pulsion incestueuse, de l’irrépressible désir sexuel et de l’incapacité des êtres à sortir de leurs névroses sans faux-semblant. L’histoire d’amour inattendue qui s’instaure peu à peu entre Amalric et Maïwenn n’en est que plus belle, puisque vouée par nature à l’échec.
© Gaumont Distribution
Filmé dans des décors neigeux de toute beauté et emporté par un vent de folie qui rend l’ensemble à la fois drôle (merci à Sara Forestier dans un rôle irrésistible de délurée) et inquiétant, ce nouveau long-métrage conquiert par sa capacité à sans cesse désarçonner le spectateur. Et les frères Larrieu de signer leur meilleur film à ce jour, parfait équilibre entre un scénario tenu et une étrangeté vénéneuse.

 

Critique “L’Humanité”

Qui a déjà vu un film des frères Larrieu sait qu’il n’y en a pas de dépourvu d’intérêt, appelons cela le savoir-faire. Pourtant, celui-ci n’est pas une simple copie des précédents. D’abord si l’on y retrouve des paysages de montagne chers à cet inséparable duo dont les composantes sont nées à neuf mois et trois jours d’intervalle, nous ne sommes pas dans les Pyrénées où ils avaient l’habitude de s’ébattre, normal pour des natifs de Lourdes, mais dans une terre magnifiée comme ont pu déjà le faire les auteurs dans la postérité d’un Caspar David Friedrich, ce maître du romantisme allemand, une fois revisité par Johann Heinrich Füssli, ce natif de Zurich, précision donnée pour ancrer ce nouveau film dans son helvétisme, celui qui court de Jean-Luc Bideau au Claude Chabrol de Merci pour le chocolat. Nous sommes donc bien dans les Alpes.

L’autre différence est qu’on sent plus que d’habitude le poids du roman dont est tirée l’œuvre. Il est vrai qu’elle est signée Philippe Djian, dont les adaptations sont souvent marquantes, voir Bleu comme l’enfer, par Yves Boisset, 37°2 le matin, par Jean-Jacques Beineix, ou Impardonnables, par André Téchiné. Cette fois, c’est donc Incidences qui y passe.

Pour autant, familiarité, les frérots retrouvent leur comédien de prédilection, Mathieu Amalric, qui était déjà en 2000 dans la Brèche de Roland ou en 2005 dans le magnifique Peindre ou faire l’amour, tout en restant fidèle à un cahier des charges, une thématique, des motifs récurrents qui confinent à l’obsession et qu’ils résument ainsi : « Notre idée a toujours été de filmer des corps dans le paysage ou des corps comme des paysages. » Ici, nous sommes servis. Tout étonne, de la pesanteur de la nature, son impavidité, du gel sépulcral qui étouffe les sons et rend les corps comme enchâssés, jusqu’au jeu des comédiens et comédiennes qui entourent le héros, Karin Viard, Maïwenn Le Besco, Sara Forestier, Denis Podalydès, autant de papillons qui, dans ce drame de nature policière avec disparation à l’appui, se font séduire pour les dames ou s’opposent pour les messieurs, étayent la pièce maîtresse, Marc, ce professeur de littérature dans la pimpante université de Lausanne (beaux numéros de diction à la manière de Fabrice Luchini quand il joue les universitaires) qui collectionne les aventures amoureuses jusqu’au jour où l’une d’entre elles finit aux abonnés absents tandis que l’érotomane patenté entretient avec sa sœur, rôle tenu par Karin Viard, une relation que la tragédie antique aurait qualifié d’incestueuse.

Que voilà du cinéma désarçonnant. D’ailleurs, il faut du temps pour être enfin persuadé de là où les auteurs nous entraînent, à la manière du pêcheur qui laisserait son appât vagabonder avant 
de ferrer brutalement. L’oxymore du titre aurait pourtant pu nous mettre sur la voie.

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