Film de Janos Szasz (Hongrie – 2013 – 1h49) avec László Gyémánt, András Gyémánt, Piroska Molnár, Ulrich Thomsen…

– Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


Grand cahier affiche uneLes Nazis sont entrés en Hongrie et la guerre fait rage dans les grandes villes. Pour l’éviter, une femme dépose ses jumeaux de 13 ans chez leur grand-mère, qu’ils ne connaissent pas, à la campagne. Celle-ci, vieille femme méchante, sale et avare, les admet tout juste chez elle. Les deux enfants, livrés à eux-mêmes, vont apprendre à surmonter le froid, la faim et les cruautés quotidiennes dans un pays dévasté. Afin de se protéger, ils vont rejeter toute morale voire toute valeur et, bien malgré eux, se construire les leurs pour tenter de survivre…

Le « grand cahier » est celui dans lequel les deux enfants s’astreignent à rédiger avec la plus grande objectivité possible leurs découvertes et leurs apprentissages.

D’après le best-seller d’Agota Kristof – Editions du Seuil / Editions Points

 

 

Critique “Le Nouvel Observateur”

Pour protéger ses jumeaux de la menace des nazis qui ont envahi le pays, une jeune Hongroise choisit, la mort dans l’âme, de les confier à sa mère, une fermière méchante et avare avec laquelle elle a coupé toute relation. Livrés à la férocité de la vieille femme, soumis au froid, à la faim et aux violences de la guerre, les deux garçons s’astreignent à s’endurcir à la douleur morale et physique en notant scrupuleusement chaque étape de leur transformation sur un cahier offert par leur père au moment du départ.

Souvent adapté au théâtre, le roman d’Agota Kristof fait enfin l’objet d’une adaptation cinématographique (après deux tentatives avortées d’Agnieszka Holland et de Thomas Vintenberg). La mise en scène de Janos Szasz est à la mesure de la monstruosité grandissante des deux frères : rigoureuse, sobre, inventive et d’une absolue noirceur, elle évoque mieux que bien les ravages de la guerre.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Lorsque le roman Le grand cahier d’Agota Kristof est publié en 1986 il rencontre un écho très favorable dans son pays d’origine – la Hongrie – permettant à l’écrivain de poursuivre l’histoire des deux jumeaux dans deux volumes supplémentaires qui forment ainsi une trilogie. Pourtant, le film de Janos Szasz se concentre essentiellement sur l’adaptation du premier volume, c’est-à-dire celui qui évoque la corruption progressive de deux jeunes garçons innocents au contact des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Abandonnés par leur propre mère, les jumeaux se retrouvent aux prises avec une grand-mère odieuse qui les exploite, les frappe et les insulte à longueur de journée. Ils feront également la connaissance d’une bonne citoyenne hongroise qui crache sur les juifs et profite de la naïveté des deux gamins pour en faire les complices de ses jeux sexuels, mais aussi d’un officier nazi homosexuel adepte du sadomasochisme… et quelques autres monstres.

Plongeant au cœur de la période la plus sombre de l’histoire hongroise (pour mémoire, la Hongrie est alors dirigée par l’amiral Horthy qui collabore étroitement avec les nazis, avant que l’Union Soviétique n’envahisse le territoire sous couvert de libération), le cinéaste décrit une humanité en état de décrépitude, aussi bien matérielle que morale. Au milieu de cette apocalypse, les deux jumeaux s’endurcissent pour survivre et font leur les théories sur le darwinisme social. Etant persuadés que seuls les plus forts survivent, ils mettent au point des stratagèmes qui leur assurent une certaine supériorité sur les adultes. Ils en viennent ainsi à pratiquer le chantage, le meurtre, tout en instrumentalisant leurs proches à des fins de survie personnelle. Le réalisateur parvient de cette manière à retranscrire au mieux les méfaits d’une idéologie totalitaire qui corrompt les esprits. Tel un jeu de massacre qui ne s’arrêterait jamais, Le grand cahier plonge donc les doigts dans la fange d’une humanité qui ne mérite finalement pas d’être sauvée.

Parfois traversé de fulgurances de mise en scène, provoquant un certain malaise comme autrefois Le tambour de Volker Schlöndorff, Le grand cahier est assurément un grand film misanthrope. Il est effectivement rare d’aller aussi loin dans la noirceur de l’âme humaine, à tel point que cela pourrait bien éconduire un certain nombre de spectateurs. Ceux qui se prendront au jeu, eux, devraient se régaler.

 

Critique “Ecran Large.com”

Pour révéler la noirceur de cette histoire, il fallait trouver les jumeaux capables d’incarner des monstres solitaires abîmés et durcit par la guerre. Ces deux perles, János Szász les a trouvé dans un village d’une région très pauvre de la Hongrie, rompus très jeunes à une vie difficile et un travail de dur labeur. Les deux acteurs en témoignent à travers un regard naturellement sombre et impassible, qui révèle une forme d’intrépidité instinctive. Il fallait autant d’aisance pour porter à bout de bras cette sombre histoire. Réfugiés chez leur grand-mère, cruelle et avare, pendant que la guerre gronde, les enfants vont devoir apprendre à vivre loin de leur confort d’autrefois pour embrasser les soupes douteuses et les nuits sur des paillasses infâmes. À mesure que cette nouvelle vie piétine leur innocence, ils vont enfermer leurs sentiments dans une forteresse intérieur, rejeter toute morale et toute valeur pour accepter de nouvelles priorités : survivre au froid, la faim et aux cruautés quotidiennes.

Le grand cahier impressionne par la justesse de son propos et par une solide maîtrise technique. Le langage filmique définit par János Szász est à l’image de l’atrocité émergente des jumeaux : sobre, inventive et d’une absolue noirceur. Cette évolution permanente des personnages est racontée intelligemment à travers les pages d’un cahier usé par le temps dans lequel les garçons écrivent quotidiennement leurs aventures, seul témoin de ce que la guerre a détruit chez eux. Au fur et à mesure les mots se font rares et en disent moins que les scarabées écrasés sur les feuilles du carnet. Cette subtilité dans la mise en scène manifeste l’envie chez le réalisateur de communiquer par l’image plutôt que par les dialogues, pour déjouer la brutalité et la douleur de certaines scènes sans pour autant la cacher.

En bref : Un récit riche et intelligent qui fait apparaître ce qu’est la guerre, ce qu’elle détruit et son influence sur l’homme, capable en ces temps sombres de notre histoire de se débarrasser de toute trace d’humanité.

 

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