Film de Peter Jackson (Etats-Unis – 2013 – 2h41) avec Martin Freeman, Ian Mckellen, Orlando Bloom, Cate Blanchett, Benedict Cumberbatch

 

 

Hobbit 2 affiche epee uneLe Hobbit : La désolation de Smaug raconte la suite des aventures de Bilbon Sacquet, parti reconquérir le Mont Solitaire et le Royaume perdu des Nains d’Erebor, en compagnie du magicien Gandalf le Gris et des 13 nains, dont le chef n’est autre que Thorin Écu-de-Chêne.
Après avoir survécu à un périple inattendu, la petite bande s’enfonce vers l’Est, où elle croise Beorn, le Changeur de Peau, et une nuée d’araignées géantes au cœur de la Forêt Noire qui réserve bien des dangers. Alors qu’ils ont failli être capturés par les redoutables Elfes Sylvestres, les Nains arrivent à Esgaroth, puis au Mont Solitaire, où ils doivent affronter le danger le plus terrible – autrement dit, la créature la plus terrifiante de tous les temps qui mettra à l’épreuve le courage de nos héros, mais aussi leur amitié et le sens même de leur voyage : le Dragon Smaug.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Il y a plusieurs clans : les bergmaniens et les frigides esthétiques, qui ne voient en Peter Jackson qu’un maître-confiseur, et ressortent des salles les yeux ballonnés ; les comptables clairvoyants ou les indépendantistes aux lèvres humides, qui lui taillent une réputation d’escroc à la rente facile ; les nolaniens convaincus ou les handicapés de l’imaginaire, qui rêvent d’un hobbit sous xanax dans les rues de Gotham-Guldur ; les réformateurs militants, qui exigent, en piaillant devant Hunger Games, qu’on boucle Tolkien au musée ; les paranoïaques antifa, qui voient des svastikas à tous ses coins de chapitres ; vos grands-parents, qui vous mettent la main devant la bouche quand vous l’ouvrez pour dire « hobbit » ; tous ceux qui ont de bonnes raisons de ne pas aimer JRR ou Saint-Peter, mais pourraient faire l’effort de rentrer dans nos cases, et enfin nous, des enfultes persuadés que des émissaires de Jackson viennent sonder chaque nuit nos imageries intérieures pour faire de son hexalogie l’adaptation de Tolkien la plus classe – et le plus exacte – possible.

Pourtant, dieu sait que la Team Jackson ne donne pas dans le fondamentalisme. Pour se débarrasser des gentillesses nécessaires du premier volet, donner de l’ampleur à leur trilogie et noircir un tableau qu’ils voulaient plus grand que celui du premier livre saint, Philippa Boyens, Fran Walsh et big Pete accélèrent les cadences ici (la traversée de la forêt noire de Mirkwood réduite à l’essentiel), injectent des frissons là (le long apprivoisement de Beorn l’ours-garou transformé en course-poursuite), multiplient les orques comme des fournées de pain noir, et placent généralement l’ensemble de ce deuxième volet sous le signe de la nuit gangréneuse (cf, entres autres choses, les prophéties anxieuses de Gandalf ou sa visite de Dol Guldur, les fréquentes irruptions de Sauron – le mantra du mal – l’ambivalence de Thorin, ou la lumière lunaire qui remplace celle du soleil à rayon nommé pour dévoiler la serrure d’Erebor). Non, on ne baigne évidemment pas dans un sous-texte pétrifiant de subtilité, mais ce n’est pas l’objet ici, puisque le boulot est fait, et bien fait : d’une extrémité à l’autre de ce second volet, Peter et ses ouailles tendent une passerelle entre les deux trilogies, sur- impriment leur œuvre sur celle du maitre sans jamais trahir son esprit, maintiennent les cohérences parallèles des deux récits, offrent à leurs adeptes un fan-service plutôt légitime, et soufflent dans les bronches de la Désolation de Smaug des envies de fresque tranche-cynisme.

Seulement, une fresque, ça ne se pond pas les ailes croisées, et pour Jackson, le meilleur moyen de passer du point A au point E (comme émerveillement, ce gros mot qu’on ne prononce plus) reste encore une bonne traversée de son bac à sable CGI. Parce que l’animal est généreux, la séquence de la fuite en tonneaux, chorégraphiée au poil de nain près, relève du miracle et plane d’emblée un ton au-dessus des autres. Découpage assassin, fluidité rare, exploitation surdouée de l’espace, points de vue subjectifs, travellings à raz de torrent ou à fleur d’orque, bastons exponentielles mais abouties, sens du détail quasi-déviant : PJ et ses équipes se la jouent grands princes, donnent beaucoup, et on prend ce que l’on peut. Un principe qui vaut d’ailleurs pour les autres séquences d’action, dont la colère de Smaug et l’attaque de Laketown façon Assaut par des orques chasseurs de prime ne sont pas les exemples les moins probants. Tabassés de bonheur plastique, on irradie, mais il faudra revoir tout ça, et si possible en HFR (High Frame Rate), pour en saisir tous les mérites.

Cette Désolation de Smaug n’est pourtant pas qu’artillerie totale et spectacle lourd. Au-delà des belles lumières froides de Laketown –venise hivernale- et du travail de fond, dans tous les sens du terme, qui fait littéralement pousser des citadelles ou des bois maudits dans vos lunettes 3D, PJ adosse à l’intelligence méticuleuse de ses temps-forts la contre-danse souvent pertinente – mais pas toujours reconnue – de ses temps supposés faibles, et fait briller sur les séquences les plus anodines, comme celle qui voit l’égarement psychique des visiteurs de la forêt noire se déclarer en un seul plan, l’évidente clarté d’une mise en scène qui fonctionne en toute circonstance, que l’on remarque ou non ses rouages. Oui, c’est de l’anti-esbroufe, et oui, on parle toujours de Peter Jackson, un homme qui continue, breloque après breloque, trilogie après trilogie, de servir à genoux une certaine idée du divertissement prestige, et le monde d’un autre, sur lequel il laissera pourtant l’empreinte immortelle de sa grosse patte kiwi. Rendez-vous l’année prochaine Peter, parce qu’on a faim, et Smaug aussi, mais pas de la même chose.

 

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