Film de Lucía Puenzo (Argentine – 2013 – 1h34) avec Alex BRENDEMÜHL, Natalia OREIRO, Diego PERETTI

 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Soirée Focus réalisatrices d’Amérique Latine

Deux films pour 10€ ou un film au tarif normal

medecin de famille affiche unePatagonie, 1960. Un médecin allemand rencontre une famille argentine sur la longue route qui mène à Bariloche où Eva, Enzo et leurs trois enfants s’apprêtent à ouvrir une chambre d’hôtes au bord du lac Nahuel Huapi. Cette famille modèle ranime son obsession pour la pureté et la perfection, en particulier Lilith, une fillette de 12 ans trop petite pour son âge.

Sans connaître sa véritable identité, ils l’acceptent comme leur premier client. Ils sont peu à peu séduits par le charisme de cet homme, l’élégance de ses manières, son savoir et son argent jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils vivent avec l’un des plus grands criminels de tous les temps.

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Nous sommes au cœur de l’Argentine, infiltrée par l’émigration nazie. Josef Mengele, criminel, prend l’identité d’un médecin auprès d’une famille qui constituera sa proie. Très vite, le spectateur apprend la vérité sur le personnage. Le scénario est alléchant, troublant. Le médecin de famille est prenant, empli d’un suspense envoûtant. Le tout, retransmis dans une atmosphère particulière à la fois nerveuse et sinistre. En effet, durant tout le film, on est inquiet quant au devenir de cette famille. Hormis, le père qui émet une certaine méfiance envers ce personnage, la mère et Lilith, la fille, semble lui faire une confiance aveugle. Le criminel est fasciné par le retard de croissance de Lilith, au point d’effectuer une étude sur la jeune fille en pratiquant des expériences périlleuses. Pourtant, Lilith semble peu à peu apprivoiser cette figure haineuse, ce monstre obsessionnel. Un comportement presque incompréhensible aux yeux du spectateur tant Alex Brendemühl, dans la peau de Josef Mengele, semble incarner le mal en personne. L’acteur est fascinant par la justesse de son jeu, la figure insupportable qu’il parvient à porter à l’écran.Jusqu’où est capable d’aller Mengele ? Qui est-il vraiment ? Voici les questions qui hantent le spectateur jusqu’à la fin du film. On est embarrassé, angoissé pour Lilith. Une ambiance erratique et ombrageuse plane sur Le médecin de famille. Lucia Puenzo, la réalisatrice, traduit cette inquiétude par de petits indices qu’elle porte à l’écran. On peut par exemple noter cette usine d’assemblement de poupées morbides avec des corps de porcelaine démantelés, des cranes encore chauves et des visages inanimés. Une fois assemblées, ces poupées aryennes incarnent alors la perfection obsessionnelle recherchée par le criminel. La photographie est percutante et morbide à la fois, de par ces images et cette atmosphère sinistre. Une image pourtant souvent adoucie par la beauté du paysage profane de la Patagonie. Si on s’intéresse à l’histoire contemporaine, on découvre que la période que Josef Mengele passe à Bariloche demeure l’une des plus mystérieuses concernant sa cavale en Amérique Latine. On sait néanmoins que le criminel, obsédé par la perfection biologique, y avait fait plusieurs expériences sur des animaux et femmes enceintes. Lucia Puenzo s’est alors inspiré de l’histoire vraie de Josef Mengele en donnant vie à une famille qui aurait pu vivre au côté de l’un des plus célèbres criminels.
 

Critique « L’Humanité »

Patagonie, années 1960. Dans ces vastes étendues aux populations rares vit la famille de Lilith (Florencia Bado), gamine un peu frêle d’une douzaine d’années. Elle a deux petits frères, un couple de parents attentionnés, Enzo et Eva (Diego Peretti et Natalia Oreiro). Ils terminent leurs préparatifs en vue d’un long trajet qui les mènera à Bariloche, où ils s’apprêtent à reprendre l’auberge qu’y tenaient les parents d’Eva. Un homme singulier approche Lilith au moment de ce départ. Singularité qui s’exprime par l’élégante austérité de sa mise en ces lieux perdus, une courtoisie tellement implacable qu’elle lui confère des manières d’automate mu par des tringles de métal, à l’instar des inflexions de sa voix étrangère. Le regard, surtout, inquiète, qui scrute et transperce Lilith d’une évaluation dont le détachement dément les accents doucereux du ton avec lequel il interroge la fillette sur son âge et ses habitudes.L’homme (Alex Brendemühl, remarquable) est un médecin d’origine allemande. Il doit lui aussi se rendre à Bariloche exercer son métier et formera convoi avec la famille pour traverser les zones quasi désertiques qui les conduiront ensemble près du lac Nahuel Huapi, aux paysages qui pourraient se confondre avec ceux de la Bavière. La réalisatrice Lucia Puenzo, au cours de cette partie introductive en forme de road-movie, a su instiller un profond malaise, en même temps qu’elle a balisé sa trajectoire de divers repères. Sur les photos d’enfance d’Eva, d’origine allemande elle aussi, la croix gammée flottait en noir et blanc sur l’auberge de ses parents. Dans l’école allemande de Bariloche, où Lilith sera à son tour scolarisée, le docteur semble, pour certains, une haute figure. Lui s’est agrégé à la famille malgré l’antipathie qu’Enzo, le père, est seul à lui porter. 
Lilith, fillette confiante, souffre d’un retard de croissance. Le docteur propose un traitement d’injections plutôt brutales mais aux résultats, selon lui, certains. Eva l’acceptera, en mère affectueuse. Enceinte de jumeaux, elle devient elle-même objet de l’intérêt obsessionnel du médecin, de son obstination de plus en plus affichée à « parfaire et purifier la race ». Sous l’œil avisé de Lucia Puenzo, la tension prendra de l’ampleur au travers de sa scrupuleuse attention à l’intimité de la famille, au microcosme qui l’environne, aux liens entretenus avec le médecin, dont l’identité probable sera progressivement dévoilée. Quelques nazis locaux lui accordent une protection farouche. La photographe scolaire, qui chasse clandestinement ceux qui sont parvenus à s’échapper d’Allemagne, recompose les images. Du séjour, réel, qu’accomplit Josef Mengele en Argentine, on sait peu de chose. Lucia Puenzo en délivre une vérité fictionnelle qui transpose l’horreur de ses crimes en planches anatomiques frénétiquement annotées. Une séquence montre les poupées qu’Enzo fabriquait en artisan sortant défigurées de chaînes industrielles. « Promotion » que lui avait sournoisement fait miroiter Mengele pour l’attirer dans ses rets. De cette relation de l’Argentine au nazisme, Lucia Puenzo ouvre les champs et ne ferme pas la parenthèse.

 

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