Film de Philippe Muyl (France – 2013 – 1h40) avec Li Bao Tian, Yang Xin Yi, Li Xiao Ran, Qin Hao….


Promeneur oiseau affiche une

Opération à 4 euros pour tous

Zhigen, a quitté son village du Guangxi il y a 18 ans pour accompagner son fils Chongyi à Pékin et lui permettre de faire des études à l’Université.
Chongyi est devenu un architecte célèbre, marié à Qianing – riche et belle femme active- ils ont une fille unique Renxing élevée dans le luxe et la modernité d’une grande métropole chinoise.
Pour tenir la promesse qu’il avait faite à sa femme lors de son départ, Zhigen, décide de faire le grand voyage de Pékin à Yangshuo afin de ramener à son village l’oiseau qui a été son seul compagnon durant toutes ces années passées loin de chez lui.
QIANING, sa belle-fille, lui demande d’y emmener sa petite fille Renxing.
Tandis que ces deux personnages cheminent, Zhigen vers ses souvenirs, Renxing vers la découverte de ses origines, Chongyi et Qianing, au bord de la rupture, se penchent sur le sens de leur vie uniquement axée sur la réussite et l’argent.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Tous les chemins mènent en Chine : en effet, le succès colossal du film Le Papillon (sorti sur les écrans français en 2002) auprès du public de l’Empire du milieu permet aujourd’hui au réalisateur Philippe Muyl de filmer une nouvelle histoire, mais cette fois-ci avec des acteurs chinois qui évoluent dans un film tourné exclusivement en chinois au cœur de paysages chinois. Alors que Le Papillon mettait en scène la rencontre entre un septuagénaire joué par Michel Serrault et une petite fille curieuse et espiègle interprétée par Claire Bouanich (qui a également joué dans un téléfilm intitulé La promeneuse d’oiseaux – un signe ?), cette nouvelle production s’intéresse à la transmission du savoir de génération en génération, alors que l’intérêt pour la nature est biaisé au profit des téléphones portables et autres objets électroniques qui remplissent le quotidien.La petite Renxing est une vraie citadine. Âgée de dix ans, elle a un emploi du temps calculé à la minute, entre l’école, ses leçons de danse, de piano, de chant… Ne se séparant jamais de son iPad, elle n’a pas une minute à elle et fait la fierté de ses parents, qui cherchent avant tout à l’occuper pendant qu’ils sont tous les deux au travail. Évoluant dans de grandes entreprises, ils sont tellement accaparés par leurs projets et leurs réunions qu’ils négligent leur fille et leur relation de couple. Ce quotidien réglé comme du papier à musique connaît malgré tout un bémol lorsque les vacances scolaires arrivent et que la nourrisse s’accorde un congé. Entre le père qui s’acharne sur un gros contrat et la mère qui doit partir à Paris pour ses affaires, qui va donc s’occuper de Renxing ?

C’est là que le grand-père fait son apparition. Veuf, pauvre et passionné par les oiseaux, il n’a pas vu sa petite-fille depuis qu’elle a échappé à sa surveillance dans un marché, ce que le père de l’enfant ne lui a jamais pardonné. C’est donc sans prévenir le père de Renxing que la mère de la petite lui confie l’enfant pour une semaine. Traînant au début des pieds, elle va découvrir l’histoire de sa famille, quitter la ville polluée pour visiter la campagne chinoise et créer des liens très forts avec un grand-père qui va lui apprendre l’importance des relations familiales et lui révéler la beauté de la nature, toujours accompagné de son fidèle volatile.

Ce voyage initiatique est l’occasion de mettre en parallèle deux époques et deux manières de penser, afin de mettre en valeur l’évolution des mœurs. Les liens sacrés du mariage sont notamment évoqués : alors que ses grands-parents étaient séparés de nombreux mois, entre sa grand-mère qui restait dans son village natal et son grand-père qui travaillait sur les chantiers dans une ville en construction, la petite fille découvre que le couple n’a jamais pensé à se séparer pour autant. A l’inverse, ses parents évoquent le divorce car ils ne supportent plus le rythme effréné de leurs emplois respectifs. Se voyant pourtant tous les jours ou presque, ils se croisent sans se voir vraiment. L’absence de leur fille est justement l’occasion pour eux de faire une mise au point, bien délicate cela dit car ils parlent d’une décision capitale pour leur famille uniquement au téléphone.
Autre point de divergence : la valeur sentimentale accordée aux animaux, aux maisons ou encore aux objets du quotidien. Alors que le grand-père se contente de peu, il ne peut que constater que sa petite-fille est totalement démunie lorsque, au cœur des rizières, elle ne peut plus utiliser sa tablette ou son téléphone faute de batterie. Lui apprendre à s’amuser avec peu, en profitant de la présence d’autres enfants sans se plonger dans ses écrans est l’objet de tout un apprentissage, bénéfique d’ailleurs puisqu’elle découvre de nouvelles valeurs et de nouveaux jeux qui ont l’air de la combler.

Chaque étape menant de Pékin à la maison familiale, où le grand-père veut se recueillir sur la tombe de sa femme, est l’occasion de découvrir d’autres habitudes, d’autres manières de penser et de revenir sur l’histoire familiale afin d’expliquer à la petite fille d’où elle vient. N’étant qu’une ombre parmi tant d’autres dans une ville grouillante où, du haut de ses dix ans, elle n’a pas de temps à accorder à des loisirs ou à de simples amusements, Renxing oublie pour un temps la pression familiale qui s’abat sur elle en raison de la politique de l’enfant unique. Concentrant d’habitude tous les espoirs de ses parents, elle devient une enfant ordinaire grâce à son grand-père, en multipliant bêtises, jeux et confidences avec d’autres enfants.
De simples vacances, cette semaine avec son grand-père devient rapidement une quête d’identité où elle découvre des valeurs dont elle n’avait pas idée et où elle finit par commettre un acte d’amour envers ce papi qu’elle adore, ce qui montre à quel point elle a changé en seulement quelques jours. Laissant au bord de la route égoïsme, excentricité et sentiment de solitude, elle se rend compte qu’elle fait partie d’une famille et que ce patrimoine ancestral est bien plus précieux que les objets dont elle s’entoure. Fière de ce constat, elle va aider à reconstruire une famille jusque-là éparpillée.

En filmant cette rencontre entre un grand-père et sa petite-fille au cœur des magnifiques paysages chinois, Philippe Muyl permet de s’émerveiller de ce lien qui se crée entre générations mais également de la beauté de la Chine. Forêts, clairières, rizières, lacs… Sa caméra se pose au plus près des éléments pour en distinguer toutes les couleurs, contrastant ainsi avec la grisaille des métropoles. Le film est une invitation au voyage et à la découverte, incitant à respirer l’air pur de la campagne où les oiseaux émettent des sons familiers et poétiques. Véritable renaissance pour un aïeul qui se sentait jusque-là bien seul, cette aventure inattendue incite à partir loin, à la recherche de ses racines et à la conquête de son histoire personnelle. Une chance, vraiment, si cela vous mène dans des contrées lointaines, avec dans les oreilles le chant mélodieux d’un oiseau.

 

Critique “La Croix”

Un père en voyage d’affaires à Tokyo, une mère à Paris, une nounou qui marie son fils dans leur province… Faute d’autres solutions de garde, la jeune Renxing, 8 ans, part pendant les vacances avec son grand-père paternel, Zhigen, qu’elle n’a pas vu depuis quatre ans.

Il veut revenir dans son village avec son oiseau pour tenir une promesse faite à sa femme décédée depuis. Sa petite-fille, citadine ultra-privilégiée de Pékin, ne dissimule pas sa réticence à voyager sans confort avec ce vieil homme, un quasi inconnu pour elle.

Réalisateur comblé par l’accueil public de l’adaptation sur grand écran de la pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, Cuisine et dépendances, Philippe Muyl a connu aussi un immense succès en Chine avec Le Papillon en 2002. De sa rencontre avec un producteur français installé sur place, Steve René, est né en 2009 le projet d’y tourner un film.

Philippe Muyl ne parle pas la langue, ne connaît pas la culture. Pourtant, il relève le défi, prend des cours de chinois intensifs, s’imprègne du pays. L’écriture du scénario prend du temps : il faut vérifier chaque détail (se serre-t-on la main pour se saluer ?), chaque ressort de l’intrigue (comment se traduit le conflit entre un père et un fils quand le confucianisme impose le respect des aînés ?). De cette longue immersion dans une Chine aux contrastes saisissants surgit une intrigue universelle.

Quoi de mieux pour rapprocher un grand-père et sa petite-fille que de se passer des parents ? Entre eux deux, le chemin à parcourir est long. Coupable de l’avoir perdue sur un marché aux oiseaux, Zhigen doute de bien savoir s’occuper d’elle. Habituée au cadre luxueux de sa vie à Pékin, où son père est un architecte renommé, Renxing accepte mal les trajets interminables, les moustiques, les pannes de bus…

Peu à peu, elle se détache de son téléphone portable et de sa tablette, ouvre les yeux sur la campagne, les chenilles colorées, les buffles imposants, son grand-père. Vive et futée, elle joue des technologies dont elle est familière depuis toujours pour être en lien avec ses parents ou les mettre à distance.

Malgré ses tâtonnements, Zhigen trouve la voie d’une complicité avec cette enfant unique, enfermée dans une cage dorée. À l’inverse de ces retrouvailles, le couple des parents, accaparés par leur vie professionnelle, menace de voler en éclats.Si le film évite de justesse l’écueil du manichéisme ville-campagne, modernité-tradition, notamment par l’humour, il réussit le récit tendre d’une rencontre entre deux générations qu’une brouille et une ascension sociale fulgurante ont éloignée.

Li Bao Tian interprète un grand-père bourru et chaleureux avec justesse. Yang Xin Yi excelle à faire passer le personnage de Renxing de la petite peste à la fillette dégourdie et attachante.

Ils évoluent ensemble dans une Chine idéale, exemptée de toute critique, loin de celle que montre habituellement le cinéma. Passent d’un Pékin ultramoderne aux campagnes sublimes de la province du Guangxi, avec ses rizières en terrasses et ses villages traditionnels en bois.

À voir en famille, toutes générations confondues.

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