Film de Sheldon Larry (Etats-Unis – 2013 – 1h45) avec Ephraim Sykes, Barbie-Q, Andre Myers

Film proposé en Version originale sous-titrée

Dans le cadre du cycle « Danse 2013-2014 »

 

Leave-It-On-The-Floor affiche uneLorsque Deondra découvre que son fils Brad est homosexuel, elle le met à la porte. Il erre dans les rues de Los Angeles et atterrit par hasard dans un lieu de la scène underground californienne où a lieu une compétition de voguing.
Il découvre alors les membres hauts en couleurs des différentes équipes qui s’affrontent dont celle dirigée par la légendaire Reine de la scène, Queef Latina. Brad va tenter de s’intégrer à cette nouvelle famille.

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Que le spectateur soit prévenu : dès la première séquence de Leave it on the floor, il entre dans un tourbillon de paillettes multicolores, de talons trop hauts et de poses flash et trash destinées à faire tomber les concurrent(e)s comme des mouches. C’est le monde des ballrooms gays, initié par les homosexuels américains noirs et latinos dans les années 1960, et « découvert » par le grand public au détour d’un célèbre clip de Madonna… Plus de vingt ans après le formidable Paris is burning, Leave it on the floor attrape la culture voguing par l’angle de la fiction, en assumant toutes les exubérances formelles suggérées par le choix de son sujet, et en plongeant même les deux pieds dans le plat du genre musical. Le film de Larry Sheldon se présente donc d’emblée comme une comédie musicale à l’ancienne, pour entremêler séquences dramatiques et séquences chantées (certes musicalement très inégales…), montées comme de véritables petits clips vidéo. En résulte un traitement très frontal et parfois franchement surprenant du sujet, documentant sur un ton à la fois bienveillant et humoristique les codes de la culture voguing (hiérarchie des différentes « familles », règles vestimentaires et sociales, etc.). De ce monde où la représentation joue un rôle essentiel dans la constitution de l’identité personnelle, le cinéaste tire une autre représentation, qui n’est elle aussi qu’une pose, mais au bon sens du terme – une pose presque photographique, où les acteurs rejouent bien souvent des situations vécues ou vaguement inspirées d’un canevas réel. Il y a un plaisir certain du metteur en scène à aligner les séquences de vie et/ou de célébration, où le dialogue fait honneur à la pratique du reading (dénigrer les autres « reines » potentielles grâce à des bons mots ou des répliques bien balancées).

Là où le film perd toutefois de sa grâce, c’est dans la place certes assumée, mais plus douteuse, accordée à un pathos sirupeux qui glisse lentement de l’outrance de la comédie musicale aux pentes dangereuses du soap pur et dur. Au-delà de l’ineptie formelle qui accompagne en général ces moments « touchants », la complaisance dans les larmes et l’émotion facile ne rend pas le récit plus humain, au contraire il le désigne comme quelque chose de soudainement anecdotique. Pour que le mélodrame fonctionne, il faut le considérer, cinématographiquement et humainement, de la manière la plus sérieuse qui soit – et non en se cachant derrière le paravent du « message militant ». Or ici on est tout d’un coup tenté de prendre tout cela non plus au second degré, comme nous le suggérait l’univers du film, mais au troisième ou au quatrième, ce qui vide le sujet de sa substance. L’énergie qui traverse Leave it on the floor retombe ainsi par moments dans un rythme de feuilleton du jeudi après-midi, diminuant sérieusement la force de cette fête à paillettes sur laquelle s’ouvre et se clôt le film avec bonheur.

 

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