Film de Claudia Sainte-luce (Mexique – 2013 – 1h29) avec Ximena AYALA,Lisa OWEN,Sonia FRANCO,Wendy GUILEN…

 

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Opération à 4 euros pour tous

Claudia a 22 ans et vit seule dans une grande ville du Mexique. Une nuit, elle atterrit aux urgences pour une crise d’appendicite. Elle y rencontre Martha, qui occupe le lit voisin. Martha a 46 ans, quatre enfants et une inépuisable joie de vivre malgré sa maladie. Touchée par cette jeune femme solitaire, Martha invite Claudia à habiter chez elle à sa sortie de l’hôpital. Claudia est d’abord désorientée par l’organisation parfois chaotique de la maisonnée, mais trouve progressivement sa place dans la tribu. Et tandis que la santé de Martha s’affaiblit, le lien de Claudia avec chaque membre de la famille se renforce jour après jour.

 

 

Critique “Télérama”

Cette histoire-là est à la fois fragile et immensément précieuse. Elle vient de la vie… Quand elle avait 22 ans, Claudia Sainte-Luce a rencontré Martha, une femme gravement malade, qui lui a ouvert les portes de sa maison, l’a accueillie dans sa famille. Elle en est remerciée, aujourd’hui, par ce film où s’exprime la fidélité au passé, où les personnages portent le nom de leurs modèles. La première rencontre de Martha et de la future réalisatrice a lieu dans une chambre d’hôpital : quelques mots sont échangés, rien d’important. Et pourtant, tout l’est. Tout commence…

En regardant sa propre histoire, la réalisatrice explore, avec délicatesse, un mystère. Que s’est-il passé, que s’est-il joué entre elle et Martha ? Claudia, qui vit dans une grande solitude, est, d’abord, spectatrice de cette tribu où chacun a son grain de folie. Et puis, progressivement, elle entre dans la danse… Pour Martha, ce temps d’adaptation n’existe pas. Auprès d’elle, Claudia a tout de suite sa place. Comme si elles se reconnaissaient… Une jeune fille qui n’a pas eu de mère en trouve une, et une femme qui aime ses enfants trouve une fille de plus. La réalisatrice réussit à suggérer la grâce de ce croisement miraculeux. Au moment où la vie se dénoue — car chacun sait Martha condamnée — un lien se noue. C’est dit avec une pudeur magnifique, à l’image du titre, qui désigne un petit aquarium cocasse et accessoire, chargé d’une affection secrète. L’attachement est une drôle d’histoire. Qui finit, ici, par devenir carrément déchirante.

 

Critique “La Croix”

Entre elle et le monde, Claudia, 22 ans, a installé une forteresse de silence et de distance. Comme il lui faut bien gagner sa vie, elle travaille dans un supermarché où elle s’emploie à tenir les autres au loin – collègues et clients qu’elle dissuade de lier contact.

Opérée pour une crise d’appendicite, elle partage sa chambre d’hôpital avec Martha, 46 ans, mère de quatre enfants. Les visites sont bruyantes et gaies. Après avoir dessiné des smileys sur la pulpe de ses doigts, son fils se cache sous son lit dans l’espoir de rester toute la nuit auprès d’elle. La chambre désertée et le calme revenu, Martha confie à Claudia à demi-mot sa peur de l’avenir. À la sortie de l’hôpital, elle propose à la jeune femme de s’installer chez eux le temps de sa convalescence.

Sans fard, Claudia Sainte-Luce raconte sa rencontre avec Martha et l’histoire de cette femme atteinte du sida qui élève seule ses enfants. Ce portrait se double d’un autoportrait et du récit de la métamorphose que l’une permet à l’autre.

Lorsque la très réservée Claudia est propulsée dans le quotidien chaotique de la famille, le choc est rude. Alejandra, l’aînée, cherche son souffle dans des histoires d’amour compliquées. Plus expansive, Wendy, la seconde, dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Mariana et Armando s’efforcent de mener une vie normale d’écoliers, mais le simple fait d’arriver à l’heure en classe n’a rien d’aisé. Pourtant, tous s’entraident et Martha, malgré la maladie, fait régner la bonne humeur sur la maisonnée et dans sa chambre d’hôpital à chaque nouveau séjour.

Effacée, silencieuse, Claudia demeure en dehors du champ, avant de rentrer progressivement dans le cadre, allégorie de son acceptation de faire partie du joyeux désordre de la tribu. Après avoir évoqué des parents dans une ville au loin, elle avoue son immense solitude depuis la mort de sa mère plusieurs années plus tôt. À petites touches, elle trouve sa place, aide chacun à tenir debout et épaule Martha pour réaliser le rêve d’un dernier séjour en bord de mer.

La mise en scène réaliste et austère glisse peu à peu vers plus de couleurs, de tendresse et de poésie, sans céder au pathos. En confiant le rôle de Wendy à la « vraie » Wendy, la fille de Martha, la réalisatrice a donné plus de poids à ce personnage et déséquilibré la fratrie.

L’actrice Lisa Owen incarne une Martha lumineuse ; Ximena Ayala prête à Claudia ses airs de chaton effarouché avant de se laisser apprivoiser. Les silences, les plans fixes sur des scènes peu dialoguées, empruntées à un quotidien presque ordinaire, s’ils semblent parfois un peu longs, donnent à ce film délicat un rythme lent qui sied bien à son propos : retenir le temps quand la vie s’en va.

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