Documentaire de Yves Jeuland (France – 2014 – 1h22)


Les gens du monde affiche une– Dans le cadre du mois du film documentaire

– Soirée « La presse écrite à l’ère numérique »

– 2 films pour 10 € ou un film au tarif normal


Alors que la presse doit faire face aux grands bouleversements que représentent l’arrivée des blogs, tweets et autres révolutions du web, ce film propose une plongée au coeur du travail des journalistes du service politique du Monde, lors de la campagne électorale de 2012. Dans la rédaction comme sur le terrain, nous assistons ainsi aux débats qui traversent le grand quotidien du soir.
Spectateurs privilégiés des oppositions et des tensions de la rédaction, nous partageons aussi l’enthousiasme et les fous rires des journalistes, la fatigue et les doutes, le quotidien du quotidien.
Le portrait d’un métier en profonde mutation dans un des titres les plus prestigieux de la presse mondiale, qui s’apprête à fêter ses soixante-dix ans.

 

 

 

 

Critique « Les Inrockuptibles »

Ce documentaire ne traite pas de la jet-set mais du travail au sein du célèbre quotidien du soir, à l’occasion de ses 70 ans. Un peu à la manière de Nicolas Philibert, le cinéaste Yves Jeuland s’est immergé plusieurs semaines dans la rédaction du journal (principalement son service politique) pendant la période de la campagne présidentielle 2012, et livre un film sans commentaires dont l’écriture s’opère essentiellement au montage.

Ce que Jeuland montre de la fabrication du titre, référence de la presse écrite, ne contient aucune surprise ou scoop majeur mais incarne et confirme ce que l’on sait déjà (en tant que journaliste) ou pressent (en tant que lecteur). A savoir que le journalisme sérieux est d’abord une affaire de mots pesés au milligramme près, d’extrême précision sémantique, comme le montrent les scènes où l’on modifie tel ou tel substantif, où l’on supprime ou ajoute telle phrase, où l’on peaufine un titre à la virgule près. Ensuite, que ce métier est un artisanat (comme le dit Ariane Chemin), un ouvrage fragile sans cesse remis sur le métier.

Contrairement à ce que laisse croire la profusion d’écrits sur le net, cerner la vérité des faits et décrypter la complexe et chaotique marche du monde est un métier, avec ses règles, ses codes, son expertise : on le sait, ce film
le rappelle, et c’est utile face aux milliers d’autoproclamés spécialistes et autres éditorialistes de pacotille qui sévissent sur la toile. Les Gens du “Monde” suggère aussi que cette rédaction est indépendante du pouvoir, malgré les pressions et influences pouvant exister dans le milieu de l’info comme dans tous les secteurs professionnels.

A côté de ces généralités, le film excelle aussi dans certains détails : le travail acharné, les rapports hiérarchiques, les rituels des réunions, les hiatus de sensibilité entre l’expression collective de la rédaction et la personnalité de chacun de ses membres. Le film aborde aussi l’impact des nouvelles technologies sur le métier (vitesse, réactivité, interactivité avec les lecteurs, etc.) mais pas du tout l’avenir économique de la presse papier qui plane sur ce film tel un grand fantôme. Car on comprend qu’une entité telle que Le Monde est essentielle à notre vie démocratique et on espère qu’elle le restera dans l’ère numérique, pendant encore soixante-dix ans et plus.

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