Film de Akira Kurosawa (Japon – 1955 – 3h20) avec Takashi Shimura, Toshiro Mifune, Yoshio Inaba….

 

7+SAMOURAIS affiche uneEn 1672, au Japon. Las des incursions répétées des brigands qui s’emparent de leurs récoltes et de leurs femmes, les paysans d’un petit village décident, sur les conseils de l’ancien Gisaku, de faire appel à des samouraïs… Il leur faudra trouver des samouraïs suffisamment pauvres pour accepter de combattre pour de la nourriture.
Quatre villageois sont chargés de lees rechercher. Ils réussissent à convaincre le samouraï Kambei de les aider : celui-ci va recruter ses compagnons en leur faisant passer des épreuves. C’est finalement six samouraïs et Kikuchiyo, un jeune paysan qui veut se faire passer pour tel, qui arrivent dans le village. Là, lis vont apprendre aux villageois à se battre, à fortifier leur village…

 

 

Critique « La Croix »

Projet extrêmement ambitieux tourné au printemps 1953 dans des conditions très difficiles, soumis à d’importants dépassements de budget et de temps, distribué à l’étranger dans des versions furieusement amputées (jusqu’à 2 h 10 au lieu des 3 h 26 de la version intégrale), les 7 Samouraïs auraient bien pu se transformer en un tombeau cinématographique pour son réalisateur, Akira Kurosawa. On en connaît d’autres – Michael Cimino avec La Porte du Paradis – qui chutèrent et ne se relevèrent pas.

L’incontestable succès international du film, récompensé par un Lion d’argent à la Mostra de Venise (partagé, excusez du peu, avec La Strada de Fellini et Sur les Quais de Kazan !) aura toutefois conforté le statut de son auteur, élevé au rang de maître du 7e Art nippon. De Clint Eastwood à George Lucas, de John Woo à Alejandro Gonzales Inarritu, les cinéastes du monde entier n’ont cessé de lui rendre hommage.

L’influence des 7 Samouraïs fut telle qu’Hollywood ne tarda pas à s’en emparer : dès 1960, Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn et quelques autres contribuèrent à transposer le sujet, sous la direction de John Sturges, d’un village montagneux du pays du Soleil levant à la poussière brûlante d’un hameau mexicain (Les sept mercenaires).

Œuvre d’une force et d’un brio magistral, Les 7 Samouraïs se situe dans le Japon du XVIe siècle, soumis aux guerres de clans et aux pillages, viols et meurtres dont les paysans sont les victimes continuelles. Craignant le retour d’une bande de voleurs, les hommes d’un petit village entouré de rizières décident de solliciter l’aide d’un guerrier sage et respecté, Kombei, auquel se joignent peu à peu d’autres combattants d’expérience, un jeune disciple et un trublion nommé Kukichiyo.

Superbement restauré, cette version intégrale laisse tout son souffle et sa complexité au propos. Étude de caractère, réflexion sur l’art de la guerre, confrontation de classes, résistance à la fatalité, amours impossibles et amères victoires… Avec ce spectacle aussi éblouissant qu’haletant, Kurosawa offre une magnifique méditation sur le destin, le libre-arbitre et le sens de la vie.

 

Critique « Les Inrockuptibles »

Un groupe de guerriers contrastés mais complémentaires, réunis par le hasard pour défendre la veuve et l’orphelin : leur chef stratège et charismatique,un archer, un moustachu qui amusela galerie… Ce ne sont pas les avengers mais bien les éternels “7 samouraïs”.C’est la force du chef-d’œuvre de Kurosawa de résonner encore soixante plus tard
dès que l’on veut assembler des héro(ïne)s en bande – Desperate Housewives ou Expendables, même combat.

La pérennité du cinéaste, son exportation, assurés dès son vivant, c’était l’art de l’hybridation. Pas seulement entre personnages mais dans les ponts jetés entre le Japon et l’Occident, qu’il adapte Shakespeare (Le Château
de l’araignée, Ran) ou le film noir US (Chien enragé, Les salauds dorment en paix). Dans Les 7 Samouraïs, Kurosawa veut faire son John Ford, qu’il admire tant. Un western au milieu des paysans nippons et de ronins (samouraïs sans maître, donc libres mais déconsidérés) du XVIe siècle.

Suspect habituel dans les listes des best movies ever, le film n’a rien perdu de sa superbe. Kurosawa ne néglige jamais la construction, ce qui relie les scènes comme les personnages. Et le rythme. Comment expliquer sinon que ces trois heures et plus passent d’une traite, même quand il faut se préparer et attendre les bandits (soit l’essentiel du film) ?

Dans un va-et-vient harmonieux, constant, Les 7 Samouraïs module l’humour et la gravité, le souffle et l’intime, l’attente et l’action. Les morceaux de bravoure ont la grandeur épique d’un film de guerre jamais dupe (la bataille finale dans la pluie et la boue), la puissance intérieure du théâtre nô lorsqu’il s’agit de faire ruminer les samouraïs en intérieur ou la nuit, éclairés à la flamme. Et d’un détail comme une tonsure, Kurosawa extrait le maximum : Kanbei, le samouraï en chef, se rase la tête (déshonneur) pour sauver un enfant (altruisme), et l’on peut pratiquement voir ses cheveux repousser le long du film (mesure du temps qui passe).

Mais dans la jonction des contraires, Kurosawa reste réaliste. Infusé de marxisme (sa veine Eisenstein, qui ne lui sert pas qu’à penser les scènes de foule), le cinéaste insiste sur l’opposition de classes dans son Japon féodal. Elle lui permet de déconstruire l’héroïsme du samouraï, sa solitude de cow-boy fordien, à travers les yeux des paysans, pour qui ils sont des queutards n’existant que dans la violence. Elle offre un effet mélo – viales amours contrariées entre un samouraï jeune premier, fils de nantis, et une fille de paysans que son père grime en homme. Enfin, elle crée un monstre grotesque, moitié samouraï, moitié fils de paysans.

Toshirô Mifune prête admirablement ses grimaces et postures d’homme-enfant tragique, qu’on pourrait croire né dans la jungle, à ce “mutant”, pour reprendre le terme de Catherine Cadou, ancienne assistante et traductrice de Kurosawa. Cet été au cinéma, un autre mutant appelé Wolverine s’apprête à visiter le Japon. En 2013, Les 7 Samouraïs continue donc de boucler encore et encore la boucle.

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