Film de Cécile Telerman (France – 2013 – 2h02) avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart, Patrick Bruel….


Yeux jaunes crocodile affiche uneDeux sœurs que tout oppose. Joséphine, historienne spécialisée dans le XIIème siècle, confrontée aux difficultés de la vie, et Iris, outrageusement belle, menant une vie de parisienne aisée et futile. Un soir, lors d’un dîner mondain, Iris se vante d’écrire un roman. Prise dans son mensonge, elle persuade sa sœur, abandonnée par son mari et couverte de dettes, d’écrire ce roman qu’Iris signera, lui laissant l’argent. Le succès du livre va changer à jamais leur relation et transformer radicalement leurs vies..

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Vendu à près de deux millions d’exemplaires et traduit dans 31 langues, le roman de Katherine Pancol Les yeux jaunes des crocodiles entre clairement dans la catégorie des best-sellers de librairie, et ceci depuis sa sortie en 2006. Un tel engouement ne pouvait pas laisser indifférent les producteurs de cinéma, et notamment Manuel Munz (La vérité si je mens) qui a acheté les droits d’adaptation du bouquin et de ses deux suites. Après avoir travaillé avec la fille de Katherine Pancol sur une première version du scénario, le producteur a proposé à la réalisatrice Cécile Telerman de porter cette histoire à l’écran. La cinéaste derrière Tout pour plaire s’est donc retrouvée avec une tâche immense, elle qui n’avait jusqu’alors jamais adapté de matériel littéraire. Le défi fut notamment de rester le plus fidèle possible à l’univers du livre, tout en taillant quand même dans le vif puisque l’histoire était trop foisonnante.

Après un premier quart d’heure qui demande au spectateur une petite adaptation face à la pléthore de personnages (heureusement tous incarnés par des valeurs sûres qui nous les rendent immédiatement identifiables), le long-métrage de Cécile Telerman parvient à retranscrire les hésitations des différents protagonistes, leurs envies de se rapprocher les uns des autres, mais aussi leurs caractères bien trempés qui les font s’entrechoquer à de nombreuses reprises. La réalisatrice arrive à peu près à s’affranchir du caractère bourgeois de l’intrigue en opposant justement les deux sœurs, dont l’une est superficielle et riche (excellente Emmanuelle Béart) et l’autre est brillante, mais fauchée depuis que son mari l’a largué pour aller élever des crocodiles en Afrique (toujours juste Julie Depardieu). Le film séduit tout d’abord par l’acuité des dialogues, souvent cinglants et vachards. Ces dames de bonne compagnie s’envoient des piques à chaque phrase, dans un grand élan bitchy qui nous fait rire à de nombreuses reprises.

Mais peu à peu, cette histoire de contrat entre deux sœurs complices (l’une écrit un livre en secret et l’autre se fait passer pour l’auteure) finit par révéler les fêlures à l’œuvre depuis l’enfance. Elle met en exergue les ravages que peuvent notamment occasionner les parents en préférant un de leurs enfants plutôt que l’autre. Paré de toutes les vertus, le personnage d’Emmanuelle Béart est une enfant gâtée qui n’a jamais réussi à s’accomplir en-dehors du regard des autres. A l’inverse, sa sœur souffre d’un déficit de confiance lié au traitement qu’on lui a infligé depuis toute petite. Par la magie du cinéma, le rapport finira par s’inverser. Les yeux jaunes des crocodiles offre également un point de vue intéressant sur les relations mère-fille, visiblement marquées du sceau de la concurrence. Si Cécile Telerman est donc parvenue à retrouver l’essence même du livre, elle en a parfois oublié de livrer un objet cinématographique enthousiasmant pour les yeux. Sa réalisation appliquée n’est là que pour mettre en valeur ses comédiens – tous excellents avec une petite mention pour un Patrick Bruel digne et sobre – et s’abandonne trop souvent à une esthétique télévisuelle. Quelques scènes auraient également pu être écourtées afin de dynamiser davantage l’ensemble, un brin lassant sur deux heures de projection. Mais ces détails importeront sans doute peu aux lectrices assidues de Katherine Pancol qui seront ravies de retrouver leurs héroïnes à l’écran. Un franc succès commercial permettrait même de produire les deux suites et on ne sera pas mécontent de les découvrir.

 

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