Film de Nadav Lapid (Israël – 2014 – 1h59) avec Sarit Larry….


Institutrice affiche une

– Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Une institutrice décèle chez un enfant de 5 ans un don prodigieux pour la poésie. Subjuguée par ce petit garçon, elle décide de prendre soin de son talent, envers et contre tous.

 

 

 

 

Critique « La Croix »

Il y a des films dont le premier plan a valeur de programme. L’institutrice est de ceux-là. On y voit une femme qui, après avoir regardé un instant et sans enthousiasme une émission de divertissement à la demande de son mari, s’éloigne, entraînant la caméra à sa suite, jusqu’au petit bureau où elle tâche d’écrire malgré le bruit de la télévision.

Nira, institutrice dans une école maternelle, est passionnée de poésie. Pas une passion éthérée ni académique, mais une passion viscérale, urgente, qu’exprime son regard fiévreux. Elle souffre de vivre dans une société israélienne qui, selon elle, « déteste les poètes », valorise l’argent et le prestige social. Cette mère de famille n’a que trop conscience qu’elle est elle-même atteinte d’un mal condamnant ses mots à la banalité ou la prétention. Coupée de sa propre créativité, elle découvre qu’un de ses élèves, Yoav, a un don. Plusieurs fois par semaine, le garçonnet de cinq ans déclame d’une traite l’une de ses créations avant de replonger dans son mutisme et ses jeux d’enfant.

Pour Nira, cette découverte est une convocation. Une poésie pure, que n’a pas entachée l’atmosphère empuantie qui l’oppresse, se perd sans que personne, pas même la nounou, ne s’y intéresse vraiment. Il est de son devoir de recueillir ces mots, de comprendre d’où ils viennent et de préserver l’enfant de l’indifférence de son entourage. Qu’importe s’il lui faut pour cela mentir, dénoncer ou tromper, la voix de Yoav sera entendue et reconnue grâce à elle, l’institutrice.

Ce film de Nadav Lapid, qui a lui-même écrit ces poèmes entre quatre et sept ans, offre une belle leçon de mise en scène. La poésie des mots fait écho à celle des mouvements de caméra, comme celui suivant le parcours trois fois répété de Yoav et son ami dans la cour de récréation, arbitraire, libre et fluide. Les jeunes acteurs s’approchent parfois si près de la caméra qu’ils la heurtent. Mais leur mystère reste entier. Yoav ne semble pas faire de différence entre ses poèmes et les slogans brutaux d’une équipe de foot. S’il s’ouvre un instant à sa protectrice, c’est pour mieux se dérober et peut-être la manipuler par la suite.

Le jeune Avi Shna Idnam incarne cette innocence ambiguë face à une Nira (Sarit Larry) non moins trouble et magnifique. Et l’opposition qu’on aurait pu craindre simpliste entre matérialisme vulgaire et élan spirituel se complexifie lorsque Yoav et son institutrice se confrontent à une communauté artistique tout aussi égocentrique et vaine.

 

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