Film d’animation de Grégoire Solotareff et Eric Ormond (France – 2013 – 1h20)

 

loulou affiche provisoire uneLoulou est un loup. Tom est un lapin.
Etonnamment, Loulou et Tom sont inséparables depuis leur tendre enfance.
Aujourd’hui adolescents, ils se la coulent douce au Pays des Lapins.

Mais Loulou qui se croyait orphelin apprend d’une bohémienne que sa mère est vivante.
Les deux amis partent alors à sa recherche dans la principauté de Wolfenberg,
le Pays des Loups.
Ils arrivent en plein Festival de Carne, rendez-vous annuel des plus grands carnassiers du monde.

L’amitié de Loulou et Tom survivra-t-elle dans ce pays où les herbivores finissent esclaves ou au menu du jour?
Quel incroyable secret entoure la naissance de Loulou ?

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Loulou n’a pas pris une ride en 25 ans. Au cœur d’une animation crayonnée qui convoque le meilleur des contes pour enfants (la séquence d’ouverture dans la forêt, à la rencontre d’une sorcière, est superbe !), l’éternel adolescent aux crocs inoffensifs, accompagné de son pote lapin, part pour une grande aventure en ville. En quête maternelle d’une louve atypique, totalement farfelue, qui l’a jadis abandonné, le voilà confronté à la vraie nature des carnassiers, dans une cité qui accueille chaque année une manifestation dédiée à la chair.
Dans ce conte un peu moins poétique que l’artisanal U du même auteur, on s’amuse à découvrir la beauté esthétique d’une ville imaginaire perchée au sommet d’une montagne en forme de tête de loup, où cachots et couloirs obscurs mènent à un somptueux palais digne d’un Versailles de fable où princes et princesses sont des animaux animés par les mêmes vices et caprices que les hommes. Mesquinerie, bonhomie, naïveté constituent l’essentiel de ce conte écolo qui aime opposer sans pour autant apposer une critique lourde, la ville à la campagne, le bio à l’artifice…
L’humour se fraie la part belle du métrage grâce aux personnages secondaires, une renarde précieuse du nom de Scarlett (voix d’Anaïs Demoustier), qui aime abuser de ses charmes et rêve de grandes aventures, et surtout la présence du compagnon d’infortune de Loulou, l’irrésistible lapin Tom, proie pas si facile au pays des mangeurs de protéine sanguine (voix Stéphane Debac) ; il y a aussi le rustre macho Paul-Loup qui représente les bas instincts de l’homme réduit au statut de militaire imbu de sa personne et dévoreur de bonne chair, sans oublier la grosse cochonne Rosetta, à la générosité débordante de partout, surtout au balcon… Loulou, venu “à poil” de la campagne, a été vite revêtu d’un costume de dandy pour se conformer aux civilités urbaines, dans une cité où il espère trouver sa louve de mère, une excentrique un peu décevante à vrai dire (s’il n’y avait pas sa plante carnivore facétieuse qui, elle, est une géniale idée). Le personnage mignonnet de Loulou plaira sûrement aux parents, mais paraît plus fade pour les adultes.

Peu importe, cette production calibrée pour les fêtes de Noël (sortie le 18 décembre) offrira une charmante alternative, 100% made in France, aux offensives de Disney et des autres majors américaines. On ne vous demandera pas de consommer français, mais dans ce cas de figure, le produit du terroir est suffisamment goûteux pour aller y pointer sa truffe humide de vieux loup enrhumé.

 

 

Critique “Kritikat.com”

Qu’on ne s’y trompe pas : s’il a beau être réalisé par Éric Omond – lui-même issu de la bande dessinée –, Loulou est, comme son affiche l’indique, un film « de » Grégoire Solotareff. Cet auteur de très beaux livres pour enfants (Un chat est un chat), déjà passé au long-métrage de cinéma avec brio en 2006 avec U, prolonge ici l’histoire d’un de ses personnages clés, Loulou, un jeune loup adopté et élevé par des lapins. Après plusieurs livres, il avait déjà été le centre du premier pas dans l’animation de Solotareff en 2003, en moyen métrage. Il part ici en compagnie de son « frère » (lapin) Tom, à la rencontre de ses origines, une dynastie de loups aristocrates, à l’occasion d’un « festival de carne » où carnassiers et herbivores ne font pas bon ménage.

La capacité qu’a l’écriture de Grégoire Solotareff à accrocher provient d’un joli travail de ton, qui se garde bien d’affecter d’ingénuité tous les timbres de voix au prétexte que cela serait un point indispensable du cahier des charges d’un film d’animation. U était déjà la preuve que non : esquivant soigneusement toute forme de régression candide, les films de Solotareff s’efforcent de sonner dur, de donner de leur voix rocailleuse (Sanseverino dans U), et amènent ainsi à s’entrechoquer d’une part un ton léger, familier, quotidien, et d’autre part tout de même une forme de merveilleux (s’approchant ainsi de la série de bandes dessinées Donjon, par exemple).

Le résultat est donc une sorte de dessin-animé-pour-enfants-pour-adultes, dont la trajectoire est celle du conte initiatique, mais dont les personnages ne semblent s’adresser qu’à moitié au jeune public tant le texte multiplie les clins d’œil aux grandes personnes (Simon-Edgar Finkel, « souvent renarde varie », « le loup est un loup pour le loup »…), notamment dans les voix. Le récit de Loulou prend son point de départ dans un de ces havres de bohème paresseuse chers à Solotareff, avec un arbre-maison qui n’est pas sans rappeler U, mais s’embarque rapidement dans l’exploration d’une cité médiévale en forme de tête de loup, dont le quotidien n’est que mondanités, réceptions et chasses dans la forêt avoisinante. Si l’on voit d’abord le film se laisser mollement porter par la courte ambition de dénouer une intrigue à trois ou quatre personnages à l’intérieur d’un espace clos, il faut bien reconnaître à Loulou une éclosion en deuxième partie qui voit Solotareff aller battre les terres de Miyazaki, lançant de francs appels du pied à des films comme Mononoké – la chasse au dieu-cerf ici mû en biche, la guerre entre la civilisation invasive, destructrice, et l’ordre naturel mangeur-mangé – ou Chihiro – la sorcière-corbeau multiforme. Citant le maître japonais par motifs plus que par atmosphère générale, Loulou en récupère néanmoins une forme de grâce poétique qui entonne une nouvelle voix dans le chœur du film, un appel onirique.

À l’arrivée, c’est toujours avec beaucoup de plaisir qu’on reconnaît cette façon de laisser le récit s’habiter autant qu’on le souhaite, se débarrassant ainsi de la tradition de candeur forcée du répertoire « jeunesse ». Cette race de films d’animation, qui est aussi celle de Fantastic Mr Fox par exemple, n’affleure que trop rarement et, il faut le dire, trop souvent de réalisateurs dont la participation au cinéma jeune public n’est que ponctuelle, irrégulière, aussi souhaite-t-on à Grégoire Solotareff d’attendre un peu de moins de sept ans, cette fois, pour produire son troisième long-métrage.

 

 

 

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