Film de Léa Fazer (France – 2014 – 1h25) avec Pio Marmaï, Michael Lonsdale, Déborah François, Alice Belaidi…


MAESTRO_120_DEF.indd– Film “Coup de coeur” : Tarif unique : 5€

 

Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans FAST & FURIOUS, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu.

 

Critique “Paris-Match”

Passer des bolides aux textes classiques, voilà un défi pour Henri. Jeune acteur dans la galère, il obtient entre deux soirées pâtes-pétards-jeux vidéos un rôle sur le dernier tournage du grand maître du film d’auteur Cédric Rovère. Démarre alors un tournage en jupette dans l’Indre, sur les grands textes du VIème siècle.

«Maestro» est inspiré de l’expérience de Jocelyn Quivrin sur le tournage des «Amours d’Astrée et Céladon», d’Eric Rohmer. Profondément bouleversé par ce film, l’acteur avait demandé à son amie la réalisatrice Léa Fazer de co-écrire le long-métrage avec lui. Il est décédé en 2009 à l’âge de 30 ans, avant de voir la version dialoguée de son scenario.

Entre rires et tendresse, «Maestro» raconte avant tout la rencontre entre un jeune acteur et un monstre du cinéma d’auteur, et ce qu’ils s’apportent mutuellement. Film sur la transmission, il rappelle des valeurs simples mais en perdition de la vie («Jouissez-en avant qu’il ne soit trop tard»), avec un regard nostalgique sur le cinéma «à la Rohmer».

Michael Lonsdale incarne à la perfection ce grand réalisateur, grand connaisseur des textes classiques, qui veut ouvrir son art à la jeunesse avec un casting éclectique, allant de la jeune première un peu coincée à l’acteur habitué des tournages d’auteur. Pio Marmaï peut enfin faire montre de son humour et de son talent pour la comédie, loin des rôles sombres ou de grincheux auxquels il est habitué. Il forme un duo très attachant avec Alice Belaïdi, à la fois complice et en concurrence.

Les autres intrigues de «Maestro», l’histoire d’amour et le film dans le film, donnent lieu à de grandes scènes à la fois drôles et profondément émouvantes, avec la mise en scène très juste de Léa Fazer («Notre univers impitoyable»).

 

Critique “La Croix”

Sensible et drôle, léger et grave, mélancolique et lumineux… Les qualificatifs ne manquent pas à la sortie de la salle, pour qui vient d’assister à la projection de Maestro. Derrière ce petit film programmé au cœur de l’été, à un moment où la concentration des cinéphiles est censée s’être relâchée, se cache un moment rare de cinéma, tout simplement réjouissant.

Cette pépite évoque la rencontre d’un vieux cinéaste, Cédric Rovère (Michael Lonsdale, fluide et suave) et d’un jeune comédien, Henri (Pio Marmaï, jolie figure montante). Le premier est une légende du cinéma d’auteur, intellectuel épris de beaux textes qu’il met en scène sans budget, dans des films très singuliers. Le second court après de misérables cachets en tournant dans des publicités ou en doublant des séries américaines. Auditionné par Cédric Rovère, Henri, totalement inculte mais touchant de maladresse, retient l’intérêt du maître.

Le voilà qui débarque sur le tournage en décapotable de sport, flanqué de son meilleur copain, persuadé d’avoir décroché la lune et impatient de découvrir la chambre de son cinq-étoiles… Au lieu des films d’action dans lesquels il se projette, Henri se retrouve en toge à susurrer les mots d’un auteur du XVIIe siècle, Honoré d’Urfé. Point de cinq-étoiles, mais une jolie partenaire, Gloria (Déborah François), aux antipodes de ses propres centres d’intérêt…

Une histoire vraie – tragique et belle – se trouve à l’origine du film de Léa Fazer, contactée il y a plusieurs années par un jeune comédien nommé Jocelyn Quivrin, qui avait tourné pour Éric Rohmer dans Les Amours d’Astrée et de Céladon (2007) – adaptation de L’Astrée d’Honoré d’Urfé – et voulait témoigner de cette rencontre et de cette expérience qui l’avaient transformé.

Las, après avoir travaillé au scénario avec Léa Fazer, Jocelyn Quivrin n’a pu mener à bien son projet de film : il s’est tué dans un accident de la route, à 30 ans, le 15 novembre 2009, deux mois avant qu’Éric Rohmer ne décède à son tour, à l’âge de 80 ans.fraîcheur potache et poésie exquise

Avec tout ce que la fiction peut prendre de libertés, préférant l’humour à l’affect, Maestro évoque de manière délicate cette histoire de transmission, entre deux hommes que tout oppose. Tour à tour nimbé d’une fraîcheur potache – il faut entendre Michael Lonsdale demander : « Qu’est-ce que ça veut dire : “Ta meuf, je la kiffe gros” ? » – ou d’une poésie exquise, cette œuvre toujours plus délicieuse à mesure qu’elle avance, dit beaucoup sur l’éveil d’un être à lui-même et à un univers poétique auquel il n’avait pas encore eu accès. Au-delà du récit, de ses péripéties et ses portraits gentiment moqueurs, le film traite aussi de l’accès à la culture, et propose de dépasser les frontières que chacun s’interdit de franchir. Dans l’ignorance comme dans la prétention.

 

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