Film de Justin Chadwick (Etats-Unis – 2013 – 2h19) avec Idris Elba et Naomie Harris…

 

Film proposé en VF ou VOST selon les séances

 

Mandela affiche uneNé et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.
Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.
À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement.

 

 

Critique « La Croix »

La nouvelle de la mort de Nelson Mandela le 5 décembre a bouleversé le monde entier. De partout ont surgi hommages et louanges, comme rarement homme en a suscité. Récit épique et intime, le film de Justin Chadwick retrace ce parcours d’exception à partir de son livre Un long chemin vers la liberté.

Nelson Mandela rédigea clandestinement cette autobiographie à la prison de Robben Island où il passa près de vingt ans, avant d’être transféré à Pollsmoor, dans la banlieue du Cap. Le texte est exfiltré du centre pénitentiaire en 1976. Il ne paraîtra qu’en 1995, alors que Madiba (du nom de son clan) est devenu le premier président élu démocratiquement de l’Afrique du Sud.

Le projet d’une adaptation cinématographique est né avant même sa publication. Issu d’une lignée d’immigrants indiens (donc « citoyen de couleur » selon la nomenclature du régime), le producteur Anant Singh a commencé sa carrière en diffusant à l’étranger des films contre l’apartheid.

Dès la sortie de prison de Mandela en 1990, il le rencontre et ils deviennent amis. Invité par Mandela à lire le manuscrit de Un long chemin vers la liberté, Anant Singh envisage aussitôt de le transposer au cinéma et obtient l’exclusivité des droits d’adaptation. Il choisit William Nicholson pour écrire le scénario, mais condenser ces 80 années d’une vie hors du commun exigera 16 ans de travail et 34 versions…

Au terme de cette patiente élaboration, le film échappe aux écueils de l’hagiographie compassée, de l’hommage pontifiant, du portrait asphyxié par un désir d’exhaustivité. Mandela détestait qu’on le décrive comme un saint.

Le long métrage raconte l’homme derrière le héros, ses défauts, les sacrifices qu’a impliqués son engagement, sans perdre de vue son destin singulier dans un contexte politique terrible. À Johannesburg, en 1942, Nelson Mandela est l’un des tout premiers avocats noirs.

Mais s’il peut obtenir un non-lieu en faveur d’une domestique noire manifestement accusée à tort de vol, il échoue quand il dénonce un passage à tabac par la police d’un Noir dont la mort est attribuée à une syphilis congénitale… Beau et charismatique, il enchaîne les conquêtes amoureuses, se marie, rejoint l’ANC au détriment de sa vie de couple et de famille.

Impossible de tracer l’histoire de Nelson Mandela sans esquisser celle de Winnie, sa seconde épouse. Ces militants se connaissent de réputation avant même de s’être rencontrés : il est l’un des principaux leaders de l’ANC, elle est la première travailleuse sociale noire.

Impossible également de faire l’impasse sur la question, centrale, de la violence comme moyen d’action politique. Le massacre de Sharpeville le 21 mars 1960, dans lequel près d’une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants sont tués par balles dans leur fuite, sonne le glas du militantisme pacifique. « Nous n’acceptons pas l’autorité d’un État qui mène la guerre contre son peuple, déclare Mandela, qui brûle ses papiers d’identité comme ses camarades de l’ANC. Je passe à la clandestinité. Le mouvement a toujours été non-violent. Il ne l’est plus. »

Si Winnie, pasionaria radicale restée seule pour élever leurs deux filles, humiliée et arrêtée à plusieurs reprises, tient ferme au moyen de la haine, Mandela révise ses positions pendant ses longues années de détention. C’est par ce retour à la non-violence et la permanence de cette ligne qu’il s’impose parmi les plus grands hommes de ce monde, avec Gandhi et Martin Luther King.

Qui mieux que lui pourra appeler à la paix quand la vengeance après des années d’oppression paraît à portée de main ? « J’ai passé vingt-sept ans de ma vie en prison. Je leur ai pardonné. Si je peux le faire, vous le pouvez aussi. Nous ne pouvons pas gagner une guerre, mais nous pouvons gagner une élection », explique-t-il à la télévision quand les violences déchirent le pays.

Sans se soucier d’être son sosie, l’acteur Idris Elba, élégant et digne, incarne merveilleusement, par son charisme paisible, la profondeur et la bienveillance de Nelson Mandela, de sa jeunesse à son accession à la présidence.

Son jeu sobre s’accorde parfaitement à un récit plein de souffle ponctué de scènes bouleversantes, autant que l’a été l’existence de cet homme d’exception. Cette magnifique épopée porte haut son message : « L’Afrique du Sud n’est pas un pays voué à être une terre de haine. Les hommes apprennent à haïr. On doit aussi leur enseigner l’amour. »

 

 

Pricing table with id of "mandela" is not defined.