Un film de Hiner Saleem avec Golshifteh Farahani (Kurdistan – 2013 – 1h40)

 

– Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

my sweet pepper land affiche uneAu carrefour de l’Iran, l’Irak et la Turquie, dans un village perdu, lieu de tous les trafics, Baran, officier de police fraîchement débarqué, va tenter de faire respecter la loi. Cet ancien combattant de l’indépen- dance kurde doit désormais lutter contre Aziz Aga, caïd local. Il fait la rencontre de Govend, l’institutrice du village, jeune femme aussi belle qu’insoumise.

 

 

 

 

 

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Le film commence par une scène burlesque : la pendaison ratée d’un criminel, qui devra s’étouffer au bout d’une corde deux fois avant de mourir. Le ton est donné : il s’agit de parler de faits graves mais sur un ton léger et avec un humour déroutant. Alors que les deux personnages principaux se rencontrent dans un village, où ils fuient pour éviter leurs familles respectives qui veulent les marier (ou leur mettre la corde au cou ?), deux mondes s’opposent au cœur des montagnes kurdes. Dans un hommage revendiqué au western, le passé et le présent, ainsi que des mœurs qui changent forcément avec l’ouverture du Kurdistan sur le monde, se heurtent à travers une série de personnages rocambolesques pour certains, tendres pour d’autres.

Govend et Baran représentent sans conteste cette vision moderne du pays : ils veulent avoir le droit de choisir leurs vies, leurs conjoints et leurs métiers, sans que leurs familles et surtout les mâles dominants n’interviennent. Govend cherche une liberté dont veulent la priver son père et surtout ses très nombreux frères, désespérés à l’idée que leur sœur ne soit toujours pas mariée à l’âge de vingt-huit ans. Elle entretient une relation amicale avec Baran, le seul homme avec lequel elle se sente en sécurité, puisqu’il n’existe aucun rapport de domination entre eux. La vision du monde qu’a le jeune homme, qui a des idées bien éloignées de ses compatriotes sur l’égalité homme-femme, lui permet de gagner la confiance de Govend, qui ne peut que constater les différences entre les autres hommes qu’elle côtoie et lui. Cherchant à rester maîtresse dans son école pour elle, et chef dans son commissariat pour lui, ils revendiquent une indépendance que leurs entourages leur refusent.

Face à eux, une série de personnages montre que les traditions demeurent, ainsi que l’idée qu’une femme doit obéir à son mari, ou se caser rapidement si elle ne veut pas déshonorer sa famille ; la question de l’honneur et de sa conception par les uns et les autres étant une idée très présente dans le film. Alors qu’un petit groupe de malfrats fait régner la terreur dans la petite communauté, où Baran reste l’étranger, ces hommes violents et influents n’acceptent pas qu’une femme puisse ne serait-ce que travailler sans l’autorisation d’un mâle, ou rester seule dans une pièce avec un homme s’il n’est pas son mari. Entre les femmes qui font la guerre pour leur indépendance en prenant le maquis et ce nouveau policier qui arrive de la ville et ne respecte pas la mafia locale en cherchant à démanteler un trafic de médicaments (véritable fléau au Kurdistan, où des gélules ne contiennent en fait que de la farine), ils symbolisent cette part écrasante de la population kurde qui refuse de voir évoluer la société et les relations entre ses membres.

Baran ne peut compter que sur l’aide de son adjoint, un personnage pittoresque qui semble sans cesse se demander si son patron n’est pas complètement fou (qui serait assez inconscient pour défier le parrain local ?) ! Leur relation, basée sur la confiance et le respect mutuel, montre la difficulté de choisir un camp entre le passé et le respect dû aux anciens, et le présent qui cherche à s’adapter au monde afin d’offrir un futur florissant au Kurdistan. Comment prendre parti alors que la peur règne et que des années de crispation et de contrôle sur la vie des femmes empêchent le bonheur mutuel ?

C’est toujours avec humour que le réalisateur montre ses idées et son désir de faire de son pays un état moderne. Alors que des scènes rocambolesques serpentent le film, au fur et à mesure que la relation entre Govend et Baran évolue – au grand dam du reste du village – la musique est l’élément clé qui achève de montrer le décalage immense de perception entre ceux qui restent sur leurs acquis et ceux qui voient tout l’intérêt de s’ouvrir aux autres. Face à la musique traditionnelle qui accompagne les passages du film où les habitants du village s’opposent à toutes formes de modernité et de liberté, surtout de la part de Govend, la jeune femme écoute des chants français et joue d’un instrument suisse.
Baran est, lui, fan d’Elvis Presley, offrant une scène incroyable lorsqu’il est sur le chemin des plaines : quelle surprise d’entendre ce chant américain au cœur des montagnes kurdes, où tout semble figé ! Tourné justement en décors naturels, le film oppose la beauté du paysage avec les difficultés qu’il dissimule. Comme il est dommage, semble dire Hiner Saleem, de tant se battre et de s’opposer les uns aux autres dans un décor aussi sublime…

Le choix des acteurs est primordial et offre un réalisme surprenant, afin de mieux réfléchir à la situation politique du Kurdistan, à travers l’histoire de Govend et Baran. Le réalisateur retrouve l’actrice Golshifteh Farahani, qu’il avait fait jouer dans son précédent film Si tu meurs je te tue. Envoûtante de beauté, offrant une tendresse et une force surprenantes à son personnage de femme qui se bat pour contrôler sa vie, elle distille des scènes envoûtantes, notamment lorsqu’elle joue du hang au cœur des montagnes. L’émotion qui se dégage de chaque scène qui la réunit à Korkmaz Arslan nous fait aimer ces personnages et leur souhaiter de pouvoir décider de leur destin, qu’il soit commun ou pas. Face à eux évoluent des acteurs non professionnels, qui semblent interpréter leurs propres rôles tant ils sont convaincants et impliqués.

Film majeur sur la quête d’indépendance et l’estime de soi, My sweet pepper land donne envie de découvrir le Kurdistan et d’étudier sa population, afin de savoir si l’humour présent jusque dans les scènes les plus dramatiques se retrouvent vraiment dans la vie courante. Entre rires et larmes, le réalisateur kurde Hiner Saleem offre surtout un pur moment de grâce.

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