Film de Hany Abu-Assad (palestine – 2013 – 1h37) avec Adam Bakri, Waleed Zuaiter, Leem Lubany

Film proposé en Version originale sous-titrée

Prix du Jury “Un Certain Regard” au Festival de Cannes 2013

 

Omar affiche uneOmar vit en Cisjordanie. Habitué à déjouer les balles des soldats, il franchit quotidiennement le mur qui le sépare de Nadia, la fille de ses rêves et de ses deux amis d’enfance, Tarek et Amjad. Les trois garçons ont décidé de créer leur propre cellule de résistance et sont prêts à passer à l’action. Leur première opération tourne mal.
Capturé par l’armée israélienne, Omar est conduit en prison. Relâché contre la promesse d’une trahison, Omar parviendra-t-il malgré tout à rester fidèle à ses amis, à la femme qu’il aime, à sa cause?

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Sélectionné à Cannes, dans la catégorie Un Certain Regard, le nouveau film d’Hany Abu-Assad s’installe au cœur des territoires occupés, en Cisjordanie, dans une Palestine émiettée où s’érigent des murs gigantesques qui séparent amis et jeunes amoureux, mais ne parviennent pas à contrer les vents de révolte qui se font l’écho de la colère. Cette rébellion apparaît ici sous la forme d’assassinats terroristes que fomentent Omar et ses deux amis pour une cellule de résistance palestinienne.
Au-delà l’aspect politique du combat de ces révoltés contre la présence de l’occupant, l’amour est l’autre préoccupation majeure de ce film où les forces masculines bouillonnent de contradictions et d’utopies d’une société sans barrière. Omar, héros romantique qui ne remet pas en question son engagement pour une cause à ses yeux juste, est aussi un amoureux transi, de ceux qui sont capables de déplacer des murs pour parvenir jusqu’à leur bien-aimée. Ses escapades de l’autre côté de la frontière de béton étonnent par la puissance physique du jeune homme, qui prend son destin en main, au risque d’une rafale de balles qui peuvent l’emporter à chaque traversée… Omar, peu bavard mais au regard expressif, aime passionnément et rêve d’une vie auprès de la sœur de son meilleur ami terroriste. Pas prêt à mettre ses songes romantiques au second plan, il se plie pourtant au moule conjugal voulu par une société étouffée par les dogmes, jusqu’à en être manipulé, par ses proches ou les forces secrètes israéliennes qui vont l’utiliser pour parvenir à faire tomber des têtes…

Le poids du destin et des manipulations machiavéliques auront-elles raison de sa force de caractère et de son idéalisme ? Le ténébreux Omar, incarné par un acteur qui crève l’écran, le jeune Adam Bakri, n’est jamais présenté comme une victime naïve qui se laisse abattre. Son évolution vers toujours plus de détermination, avec une prise en charge implacable de son destin, en fait un incroyable personnage de cinéma, tout comme sa jeune bien-aimée, jouée par la belle Leem Lubany, qui irradie l’écran à chacune de ses apparitions.

Leur beauté, dans un décor lumineux magnifiquement soigné par le réalisateur de Paradise Now, ainsi que le recours aux métaphores un peu lourdes, pourront peut-être rebuter certains cinéphiles exigeants. Elles n’enlèvent pourtant rien à la pertinence du constat dramatique du réalisateur qui sait brillamment éviter le manichéisme d’un cinéma faussement engagé pour mieux saisir le parfum de confusion générale qui agite les mentalités locales.

 

Critique “La Croix”

Interprété par des acteurs impressionnants, ce nouveau fim de Hany Abu-Assad, le réalisateur de Paradise Now (2005), est tranchant comme une lame. Il avance sans fléchir comme le mécanisme implacable d’une machine infernale qui broie les sentiments et les amitiés, détruit sournoisement la confiance, mité par le soupçon. Au-dessus des personnages, la force occupante s’emploie à briser toute forme de résistance, par tous les moyens.

Film oppressant et réaliste, Omar est à la fois une dénonciation de la situation actuelle des Palestiniens et une tragédie intime qui atteint tous les protagonistes, de chaque côté du mur.

Cinématographiquement, Hany Abu-Assad, ancien ingénieur aéronautique, ajuste des mécanismes de précision pour enclencher le thriller psychologique, en alternant scènes tragiques et comiques, sans jamais relâcher le rapport de forces qui règle la vie quotidienne de ses personnages. Jusqu’à la dernière scène de ce film, tiré au cordeau, efficace et percutant qui a reçu le prix du jury au Festival de Cannes, dans la sélection « Un certain regard ». Il pénètre dans la complexité des situations, avec sa part de désespoir, enfermant tous les protagonistes de cette guerre dans un cycle sans fin de violence et de radicalisation.

 

 

Critique “Les Inrockuptibles”

Depuis Michel Khleifi, on sait que le cinéma palestinien existe, et pas seulement sous la lumière d’une empathie géopolitique ou d’un militantisme qui passerait le cinéma par pertes et profits. Comédiens, réalisateurs de grand talent (Elia Suleiman, Hiam Abbas…) et bons films proviennent de ce peuple qui attend toujours d’avoir un Etat. Le cinéma est d’ailleurs en avance sur la géopolitique puisque de nombreux films labellisés palestiniens se fabriquent avec capitaux, producteurs et techniciens israéliens, à l’image de l’excellent Ajami, coréalisation palestino-israélienne.

Avec ce tout aussi excellent Omar, prix spécial du jury Un certain regard 2013, Hany Abu-Assad a veillé en revanche à constituer un casting et une équipe majoritairement palestiniens. L’imbrication inégale entre les deux peuples est d’ailleurs l’un des sujets du film. Omar, la vingtaine, constitue une cellule de résistance armée avec deux amis d’enfance. Pour rejoindre ses compères qui vivent côté israélien, Omar a pris l’habitude de franchir clandestinement le Mur. Au cours d’une des opérations, il est arrêté, torturé, puis emprisonné. Un officier israélien lui propose alors un marché : contre sa libération, il devra livrer ses compagnons.

La première grande qualité d’Omar est sa complexité psychologique, digne des romans de le Carré ou des grands films d’espionnage hollywoodiens. Omar va-t-il trahir ses amis et sa cause ? Ou va-t-il faire mine de jouer le jeu en manipulant ceux qui veulent le manipuler ? Ces dilemmes cornéliens sont enrichis par une donnée sentimentale : il y a une fille, enjeu de rivalité amoureuse entre Omar et ses copains, situation qui épaissit le réseau de loyautés contradictoires et de duplicités potentielles au sein même du camp palestinien.

Dans ce mikado de choix à faire, qui privilégier, qui sacrifier ? Sa cause politique, son peuple, son amour, ses amis, ses intérêts personnels ? Abu-Assad retient les informations puis les distille au bon moment, jouant avec les attentes du spectateur, ménageant le suspense avec un sens du timing impeccable, maintenant une tension dramaturgique et morale constante. L’autre qualité du film, c’est que tous ces nœuds scénaristiques ne se réduisent pas à leur seule fonction dramaturgique mais revêtent aussi une dimension politique. Le violent clivage généré par la situation israélo-palestinienne contamine tout, telle une maladie contagieuse : amours, amitiés, vie quotidienne sont progressivement infectées à cause de la mère de tous les virus qu’est l’état de domination permanent d’Israël sur les populations palestiniennes.

On se demande si Omar le passe-Mur ne serait pas prêt aussi à jouer à saute-mouton avec ses amis, ses engagements et ses fidélités. Pour autant, Abu-Assad évite la caricature manichéenne. En plus de montrer que la duplicité existe aussi chez les Palestiniens, il semble avoir retenu une leçon cardinale d’Hitchcock : plus séduisant est le méchant, meilleur est le film. Loin d’être une brute épaisse et raciste, l’officier israélien qui tente de manipuler Omar et ses amis est un être sophistiqué, intelligent, rusé, parlant parfaitement arabe. La première fois qu’il apparaît dans le film, c’est sous l’apparence d’un imam intégriste, piégeant autant Omar que le spectateur. Façon aussi pour Abu-Assad de dire que Juifs et Arabes sont cousins, se ressemblent, ce qui rend le conflit d’autant plus absurde et douloureux. Ce personnage de méchant suave et fascinant est joué par le remarquable Waleed Zuaiter (par ailleurs coproducteur du film), qui domine par son élégante ambiguïté un très beau casting où l’on remarque aussi le jeune premier Adam Bakri ou la convaincante et superbe Leem Lubany.

Après Paradise Now, Hany Abu-Assad prouve avec Omar qu’il est possible d’avoir un point de vue engagé sans chosifier l’adversaire, et qu’il est loisible de traiter le conflit israélo-palestinien par le biais de récits prenants et d’un cinéma au meilleur de sa complexité et de son efficacité.

 

 

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