Film de Christophe Cognet (France – 2013 – 1h45) avec Yehuda Bacon, José Fosty, Walter Spitzer, Samuel Willenberg, Kristina Zaorska…

 

Dans le cadre du Salon de l’Aquarelle

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

 

Parce que j'etais peintre affiche uneCe film mène une enquête inédite parmi les œuvres réalisées clandestinement dans les camps nazis. Il dialogue avec les rares artistes déportés encore vivants et avec les conservateurs de ces œuvres : des émotions qu’elles suscitent, de leur marginalisation, leurs signatures ou leur anonymat, de leur style, ainsi que de la représentation de l’horreur et de l’extermination.
Surtout peut-être, il contemple longuement les dessins, croquis, lavis, peintures, conservés dans les fonds en France, en Allemagne, en Israël, en Pologne, en Tchéquie, en Belgique, en Suisse…
Dans ce voyage parmi ces fragments d’images clandestines et les ruines des anciens camps, il propose une quête sensible entre visages, corps et paysages, pour questionner la notion d’œuvre et interroger frontalement l’idée de beauté. L’enjeu en est dérangeant, mais peut-être pourrons-nous mieux nous figure ce que furent ces camps, appréhender les possibles de l’art et éprouver ce qu’est l’honneur d’un artiste – aussi infime et fragile que soit le geste de dessiner.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Ce film mène une enquête inédite parmi les oeuvres réalisées clandestinement dans les camps nazis. Il dialogue avec les rares artistes déportés encore vivants et avec les conservateurs de ces oeuvres : des émotions qu’elles suscitent, de leur marginalisation, leurs signatures ou leur anonymat, de leur style, ainsi que de la représentation de l’horreur et de l’extermination. Surtout peut-être, il contemple longuement les dessins, croquis, lavis, peintures, conservés dans les fonds en France, en Allemagne, en Israël, en Pologne, en Tchéquie, en Belgique, en Suisse… Dans ce voyage parmi ces fragments d’images clandestines et les ruines des anciens camps, il propose une quête sensible entre visages, corps et paysages, pour questionner la notion d’oeuvre et interroger frontalement l’idée de beauté. L’enjeu en est dérangeant, mais peut-être ainsi pourrons-nous mieux nous figurer ce que furent ces camps, appréhender les possibles de l’art et éprouver ce qu’est l’honneur d’un artiste – aussi infime et fragile que soit le geste de dessiner.

Notre avis : Si Parce que j’étais peintre est bien le premier long-métrage de Christophe Cognet, il ne s’agit pas de son premier travail de mémoire sur les artistes ayant survécus aux camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Il a déjà consacré au sujet deux courts datant de 2004 et 2005 et l’on sent d’ailleurs qu’il maîtrise son propos de bout en bout. Ce qui frappe de prime abord dans ce premier essai, c’est le respect absolu du cinéaste envers son sujet, ainsi que la grande pudeur avec laquelle il l’aborde. Sans éclat de voix, sans texte lyrique, sans musique intrusive, le réalisateur laisse la parole aux artistes survivants dans un grand effort d’humilité – et ceci même si le cinéaste apparaît plusieurs fois à l’écran et intervient directement dans les conversations. Il interroge également des conservateurs de musées et des historiens, se rend en Israël où sont conservés quelques-uns des plus beaux témoignages picturaux des camps de concentration, tout en questionnant systématiquement les intervenants sur le contexte de création de ces dessins. Datent-ils réellement de l’incarcération de son auteur ou sont-ils des reconstructions a posteriori d’une situation vécue ? Autant de questions qui font sens pour tout historien digne de ce nom afin d’établir la véracité des faits, à une époque où ils sont de plus en plus souvent contestés par des négationnistes ayant pignon sur rue, notamment par le biais d’internet.
Mais là où Christophe Cognet gagne des points, c’est dans ce questionnement qui peut d’ailleurs choquer en soi : peut-on trouver de l’esthétique et du Beau dans l’horreur ? Bien entendu, le réalisateur se garde bien de donner une réponse à cette interrogation majeure, mais il invite les anciens déportés à se la poser. Ils ne sont pas tous d’accord puisque l’un vous dira qu’il est absolument inconcevable de trouver de la beauté dans le massacre d’êtres humains, tandis que d’autres estiment que les événements pouvaient receler une part d’esthétique. Le spectateur s’aperçoit peu à peu que le besoin de créer était surtout pour ces artistes un moyen de résistance comme un autre. Si certains cherchaient par ce biais à témoigner de leurs conditions d’existence, la plupart ont dessiné les camps afin de mettre comme un écran entre eux et le réel, un semblant de beau au milieu de la laideur la plus innommable. De même qu’un caméraman de guerre se sent à l’abri derrière sa caméra (la plupart en témoignent), les personnes qui ont créé ces dessins dans les camps se sentaient sans doute hors de portée des coups tandis qu’ils exerçaient leur art.
Ce sont ces réflexions – parmi de nombreuses autres – que suscite ce très beau documentaire, à la fois très bien documenté et d’une dignité absolue. Si le rythme est quelque peu languissant parfois, il contribue à laisser un espace de réflexion suffisamment ample au spectateur qui n’est pas prêt d’oublier certains dessins, malheureusement à jamais anonymes.

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