Film de René Clément (France – 1960 – 1h54) avec Alain DELON, Marie LAFORÊT, Maurice RONET, Elvire POPESCO, Erno CRISA….

 

plein soleil affiche uneCycle Patrimoine – Version restaurée

 

Tom Ripley est chargé par un milliardaire américain, M. Greenleaf, de ramener à San Francisco son fils Philippe qui passe de trop longues vacances en Italie auprès de sa maîtresse Marge. Tom entre dans l’intimité du couple et devient l’homme à tout faire de Philippe qui le fait participer à toutes ses aventures sans cesser de le mépriser. C’est alors que Tom tue Philippe et usurpe son identité. Tout semble réussir. Au moment où il s’apprête a épouser Marge, Philippe réapparait.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Adapté d’un polar de Patricia Highsmith (M. Ripley), qui fit du personnage éponyme le héros de toute une saga littéraire, Plein soleil compte parmi les nombreux succès de René Clément. Il marque aussi sa première collaboration, fructueuse, avec Alain Delon, qui se poursuivra avec Les Félins et Paris brûle-t-il ? Fructueuse car l’acteur, au faîte de son talent, apporte beaucoup à cette histoire d’usurpation d’identité jalonnée de cadavres.

René Clément traite les thèmes de la convoitise, du désir et du mensonge avec une bonne dose d’ambiguïté qui fait toute l’ambiance délétère de Plein Soleil. Tout repose sur un art de la mise en scène et du rythme qui gonfle le temps, met le spectateur sous tension et provoque la fascination. Au début du film, la relation de maître-valet qui s’établit entre Philippe Greenleaf, riche et méprisant (Maurice Ronet) et Tom Ripley, plus modeste, mais parvenu et calculateur (Delon), se transforme en un jeu du chat et de la souris : à la fois attraction et répulsion, admiration et haine réciproque. Et lorsque Tom Ripley s’identifie à son (faux) ami jusqu’à l’ambivalence, comme dans cette scène troublante où il revêt ses vêtements et l’imite devant la glace, on sent monter un danger sourd, dans l’attente de l’explosion. Prêt à tout, Ripley convoite ses biens, sa vie, sa fiancé même (Marie Laforêt). La virée qu’entreprennent les deux hommes sur un petit bateau prend la forme d’un huis-clos, et le suspense se referme sur une scène de meurtre fulgurante, au sens du détail macabre. La suite est à l’avenant : Ripley, après avoir usurpé l’identité de Greenleaf, mène une existence de flambeur en Italie dans des décors de rêve, mais son mensonge enfle, le met dans des situations de plus en plus dangereuses, prend de telles proportions qu’il est vite entraîné dans une spirale criminelle, à la fois angoissante et excitante. Comme un Icare qui se serait trop rapproché de ce ’’plein soleil’’ de l’opulence, comme un personnage balzacien coupable d’arrivisme et de cupidité, son sort est suspendu à une menace constante : va-t-on le démasquer, va-t-on découvrir ses crimes ?

Insidieusement, perversement, René Clément crée un suspense haletant à partir de ces interrogations, en suivant le parcours de Ripley vers encore plus de dissimulation, encore plus de monstruosité. Le charme magnétique de Delon, fauve sans vergogne et follement séduisant, exerce un pouvoir de fascination et de malaise sur le spectateur, témoin de ses actes et complice de son secret… on en viendrait presque à espérer que Ripley échappe aux griffes des enquêteurs ! La réflexion en zones troubles sur l’identité et le déterminisme est ainsi enrichie par le jeu ambigu que René Clément mène avec son spectateur. Le final, à l’ironie froide et cinglante, est au diapason. A noter : Anthony Minghella tourna un remake de Plein soleil en 1999, intitulé Le Talentueux M. Ripley, avec Matt Damon et Jude Law, plus proche de l’œuvre originale de Patricia Highsmith.

 

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