Film de Denis Villeneuve (États-Unis – 2013 – 2h33) avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis

Film proposé en VF ou en VOST selon les séances

Interdit aux moins de 12 ans

 

prisoners affiche uneDans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent…

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

On pourrait croire le thriller aujourd’hui sous-exploité au cinéma. Les films signifiants dans le genre sont rares, probablement en raison d’une appropriation incessante de leurs ficelles à la télévision (Ncis, Les Experts : Miami, Manhattan, Tombouctou, Dexter, Bones…) causant ainsi la quasi disparition du bon thriller au cinéma, alors qu’il fleurissait dans les années 90 (Seven, Le silence des agneaux, Basic Instinct…). On peut dire sans trop se mouiller que l’équipe de Prisoners est parvenue à générer un nouveau jalon qui fera sans nul doute date dans le genre, laissant une empreinte forte sur les spectateurs.
Il faut à peine quinze minutes de film, pour nous retrouver happés et paralysés par l’anxiété et la tension que génèrent les premières images de Prisoners. Ce drame saisissant inscrit sa narration sur une enquête autour de la disparition de deux enfants, confrontant les troubles des parents des jeunes kidnappées (notamment Hugh Jackman en père, remarquable) à ceux d’un inspecteur aux pensées tortueuses qui ressasse ses propres traumas de gamin abusé.
Si le point de départ peut paraître banal, la réussite, elle, est patente. Esthétiquement, le film est superbe et baigne dans une ambiance prégnante. On trouve naturellement les superbes compositions presque mono-chromique de Roger Deakins (Skyfall, L’assasinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) et un traitement de l’image très sobre, lorgnant du côté de l’hyper-réalisme à l’image de l’opus précédent de Denis Villeneuve, primé aux Oscars : Incendies. On notera surtout, la qualité d’écriture du scénario qui par chance ne réduit pas les enjeux à ceux d’un film à tiroir scripté, mais préfère plutôt développer les personnages en utilisant la trame scénaristique comme outil. Sur deux heures trente de métrage, parfois peut-être un peu trop long, une multi-chorégraphie de points de vue est exposée, alternant les regards internes des familles (Hugh Jackman, Viola Davis ou encore Terrence Howard) avec un point de vue extérieur, tout aussi dépressif, celui du détective incarné par Jake Gyllenhaal. Prisoners redouble d’intelligence en incluant même un troisième angle, celui des suspects qui déclenchent inexorablement des réactions en chaîne chez les autres personnages, alors qu’avance l’investigation.


On pourra néanmoins regretter que ce troisième point de vue semble un peu plus lâche, voire bâclé. En effet, si toute la tension dramatique se focalise essentiellement sur les familles, la figure du criminel, prisonnière d’un parti pris du réalisateur, reste clairement sous-employée. Denis Villeneuve fait un choix très discutable, versant dans le cliché quand il n’attribue au meurtrier qu’un simple prétexte pour justifier ses actes. C’est peut être le seul point qui sépare la réussite de Prisoners de celle de Zodiac, référence première ici, le thriller de Fincher un peu dégradé à sa sortie, mériterait au passage d’être rediscuté. On perçoit ici clairement les influences de ce titre méconnu, tant par l’esthétique sobre et classieuse que par la capacité à maintenir les spectateurs en haleine en dépit d’une durée excessive.
Si Prisoners n’est pas le film policier de la décennie, il reste un superbe drame familial sublimé par une trame scénaristique infernale, ainsi que par des acteurs épatants dans des rôles où on ne les attendait pas. Le polar au budget moyen, a cartonné aux USA (50M$ en moins de 18 jours), il devrait en faire autant en France. En tout cas, il en possède le potentiel commercial et émotionnel.

 

Critique « EcranLarge.com »

En 2007 débarquait dans les salles Zodiac, retour au polar signé David Fincher. D’une durée imposante, le long-métrage s’affirmait comme une magistrale enquête sans fin, magnétisant par son rythme singulier et la précision métronomique de ses cadrages. Œuvre majeure de son cinéaste, elle aura entraînée quelques pâles copies dans son sillage jusqu’à ce qu’un certain Denis Villeneuve redistribue aujourd’hui, avec Prisoners, les cartes d’un genre dont on pensait avoir fait le tour.

A priori, rien ne semble distinguer Prisoners d’un autre thriller du même genre, avec son crime odieux et son insatiable soif de vengeance. Rien, si ce n’est tout d’abord un script qui dévoile avec malice ses nombreux mystères. L’enquête policière à proprement parler n’est pas d’une invention folle et il n’est pas très difficile d’en saisir les aboutissants. Sa mythologie est d’une cohérence à toute épreuve, mais elle puise sa source dans de nombreux faits divers maintes fois narrés dans les canards à sensations. Sauf qu’en segmentant sa structure en deux, le récit densifie ses effets de surprise et trouve l’équilibre entre le professionnalisme policier et l’adrénaline paternelle. Ses deux facettes agissent d’ailleurs en miroir, puisque du papa Keller au détective Loki s’opère progressivement un rapprochement, étau conduisant à une image finale mémorable.

Doté d’un double niveau de lecture, Prisoners est aussi un film qui met en balance la morale américaine et ses ramifications, qui la met en jeu dans une situation critique, jusque dans une foi qui sert d’assise désespérée au père de famille. Tout cela sous l’œil d’un canadien de génie, Denis Villeneuve, qui fait réellement de ce long-métrage une œuvre d’envergure. Son audace formelle est celle d’un rythme hypnotisant et doucereux, radiographiant dans de longs plans l’insoutenable tension qui s’y joue. Ne se laissant jamais prendre dans la pulsation frénétique de son suspens narratif, Villeneuve imprime une atmosphère désespérée qui va à contre-courant du style hollywoodien en vigueur, jusque dans une durée qui excède les deux heures et demie. Enfin, il révèle à la face du monde l’immense talent dramatique de Hugh Jackman, qui ouvre ses tripes en périssant psychologiquement minute après minute comme aucun autre acteur n’en aurait été capable.

Littéralement acclamé par William Friedkin himself, Prisoners est bel et bien un long-métrage d’envergure, sorte d’entrée en force de son réalisateur dans le circuit miné de la production hollywoodienne, bousculant le genre si codifié du film policier.

 

Critique « La Croix »

Thanksgiving, un jour d’automne froid et pluvieux, dans la banlieue anonyme d’une ville de Pennsylvanie, cernée de forêts où se décomposent les feuilles mortes. Pour cette fête traditionnelle, un couple de voisins et leurs enfants se retrouvent autour d’une bonne table pour partager ces réjouissances amicales. Les filles, Anna, 6 ans, et Joy, 7 ans, ont la permission de sortir quelques minutes dehors.

Quelques heures plus tard, les parents affolés constatent que les fillettes ont disparu. La police retrouve la trace du suspect qu’elle est contrainte de relâcher, faute de preuves. Keller Dover, le père d’Anna (Hugh Jackman), paniqué à l’idée que le « coupable » soit en liberté et sa fille en danger, décide de chercher la vérité, par tous les moyens, y compris les pires. Braqué contre les méthodes du policier qui mène l’enquête, il entraîne son voisin, qui résiste avant de céder, dans ses méthodes expéditives pour sauver les fillettes.

Prisoners explore les zones les plus sombres de l’âme humaine quand l’impensable se produit : l’enlèvement d’enfants. Ce film noir, au scénario tendu comme un arc, décrit les tensions des familles, écartelées entre l’énergie d’un père désespéré, prêt à tout, l’effondrement de sa femme, la sidération de l’autre famille recroquevillée sur sa douleur et, au milieu, l’action d’un policier, à l’apparence impavide, tourmenté par le cours labyrinthique de son enquête.

Le suspect au psychisme insaisissable lui échappe et le père vindicatif détruit par sa violence le fragile puzzle qu’il s’efforce de reconstituer, sans le soutien de sa hiérarchie qui ne croit pas à ses intuitions. Le policier, magistralement interprété par Jake Gyllenhaal, doit se tenir à la bonne distance et tenter de maîtriser ce déluge de réactions incontrôlées, sans perdre de vue que le temps presse.

Réalisateur de Incendies et de Polytechnique, Denis Villeneuve, réalisateur québécois, a quitté la Belle-Province pour se frotter aux méthodes et à l’efficacité du cinéma américain. Non seulement il entre de plain-pied dans ce nouveau monde, mais le public outre-Atlantique plébiscite son film. Ce metteur en scène prometteur maîtrise les ingrédients du genre, usants pour les nerfs du spectateur, et y injecte la part d’humanité qui, trop souvent, fait défaut, sans sombrer dans le pathos larmoyant ou les bons sentiments. Denis Villeneuve se tient en équilibre, malgré quelques scènes dérangeantes de torture, au cœur du dilemme de ce drame, et avance, avec sûreté, vers l’épilogue.

Dès la scène d’ouverture, ce thriller psychologique est placé sous l’incantation du « Notre Père », comme un appel au pardon et un plaidoyer pour la faiblesse des hommes. Film d’atmosphère baigné par la pluie lugubre d’automne dans le décor sinistre de ces invariables banlieues pavillonnaires de l’Amérique du Nord, Prisoners, avec sa part soudaine de tragédie, navigue entre la violence incontrôlable du stress et la désintégration des individus, minés par la douleur. « Prisonniers » de leurs pulsions instinctives de survie et le retour de traumatismes, anciens et refoulés.

 

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