Film de Tobias Lindholm et Michael Noer (Danemark – 2010 – 1h39) avec Pilou Asbæk, Claus Saric Pedersen ….

 

Soirée Cinéma danois : “un pays si tranquille…”

Film proposé en VOST

AFFICHE_R_A4.inddRune est un jeune criminel qui vient d’arriver en prison. Il découvre ce nouveau monde régi par les codes et les missions à exécuter. Réduit à néant, il n’est désormais qu’un numéro, que la lettre R. Dans sa quête de survie, il rencontre Rachid, un jeune musulman, avec lequel il met en place un trafic qui lui permet d’être désormais respecté. Mais leur réussite suscite la convoitise d’autres détenus, qui ne tarderont pas à leur faire savoir..

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Les deux réalisateurs danois à la barre de R sont pour ainsi dire déjà fichés de nos services. Ils ont en effet livré chacun de leur côté deux films qui ont excellé en 2013 : Hijacking pour Tobias Lindholm et Northwest pour Michael Noer. Le cinéma nordique vient sans doute de se trouver une relève de choix, mais attention, pas n’importe laquelle. On parle ici de celle capable de tenir la dragée haute aux Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, Bronson, Drive, Only God Forgives) et autres Niels Arden Oplev (Millénium). A même pas 40 ans les deux cinéastes semblent encore avoir des idées à revendre et toute la vie devant eux pour continuer à nous surprendre.

Pour en revenir à R, rappelons que sa production date de 2010 et qu’il a donc été tourné avant Hijacking et Northwest. Il gagne probablement une sortie en salles chez nous grâce au succès critique de ces deux films. Cette collaboration à la réalisation et au scénario entre les deux artistes vise à dépeindre l’univers carcéral moderne de leur pays, le Danemark. La caméra s’enferme très rapidement avec les détenus sur une bande sonore atmosphérique des plus pesantes. Elle n’en sortira plus. Rune (Pilou Asbaek), un jeune criminel tout juste incarcéré devra très vite se soumettre à la brutalité des lieux. La jeune brebis égarée est alors lâchée au milieu d’une meute de loups sanguinaires avides de chair fraîche. Le décor est planté, Rune devient un étranger dans une communauté où seuls les rapports de force comptent. Isolé et donc extrêmement vulnérable, il va devoir faire profil bas et jouer les larbins pour les autres détenus. Le jour où il parvient à mettre en place un trafic avec Rachid qu’il rencontre lors de son travail en cuisine va changer la donne, mais pour combien de temps ?

Le niveau de réalisme atteint par les auteurs subjugue jusqu’à ébranler le spectateur tel un bon uppercut. La sensation d’authenticité est d’autant plus prégnante que le tournage a eu lieu dans l’enceinte d’une vraie prison, quant aux acteurs, il s’agit pour la plupart d’anciens détenus. L’interprétation est d’ailleurs sans faille, quelques regards nous en disent ici parfois bien plus que des mots. Contrairement à d’autres films qui prennent pour cadre les prisons, point de tentatives d’évasion, de matons tortionnaires et de pamphlet sur la peine de mort ou l’administration pénitentiaire. Nous sommes plus proches de Un prophète et Felon que de L’évadé d’Alcatraz. Le seul but est de survivre à l’intérieur d’une micro-société ultra violente régie par ses propres codes. Comme dans Northwest, les portes de sortie sont minces, voire inexistantes, ce qui est renforcé par une structure narrative originale en forme de passage de témoin. Ici, les personnages les plus vulnérables cherchent désespérément une issue aux allures de chimère. Le sentiment nihiliste est ancré si profondément qu’il déstabilise. R apparaît alors comme un miroir dans lequel se reflète l’état des lieux de la morosité actuelle de notre société. On tient là un véritable coup de poing à l’estomac qui est, n’ayons pas peur de le dire, tout simplement le meilleur film de prison que l’on ait pu voir depuis Un prophète de Jacques Audiard. Ce qui n’est pas rien.

 

Critique “L’Humanité”

R pour l’initiale de Rune (Pilou Asbaek, acteur d’une rare intensité), prénom d’un jeune homme que nous rencontrons dans l’enceinte d’une prison le jour de son incarcération. Visage juvénile que l’angoisse sculpte d’âpreté, prunelles bleu vif ourlées de peur. Ici, plus de nom. Un corps dépouillé de ses pudeurs, les premières marques d’une dépossession de soi constituent les prémices de l’épouvante carcérale qui sera mise en scène sans concession. Les réalisateurs Tobias Lindholm – qui fut également coscénariste de la Chasse, de Thomas Vinterberg, et scénariste de la série Borgen – et Michael Noer, issu de l’école documentaire qui donne là son premier film de fiction, n’y vont pas de mainmorte. Leur narration, sous la lumière crue du réalisme, est tout entière enclose dans les récits que leur ont transmis matons et ex-détenus. Pas d’autres inventions que leurs choix formels, celles de leurs interprètes parmi lesquels plusieurs anciens prisonniers ayant séjourné dans la prison même, fermée depuis peu, qui sert de décor naturel. Les deux cinéastes, admirateurs des frères Dardenne, en ont utilisé toutes les ressources, suivant leurs personnages en tous lieux et circonstances, ne leur faisant parvenir que de rares indications. Pour survivre en prison, il faut d’abord tuer, fracturer sur ordre des caïds ses propres verrous internes, sous peine de mort. Il faut se soumettre jusqu’à l’abjection, bafouer les limites de l’indignation ou de la compassion. On comprend que Rune n’est pas un criminel d’envergure. Au sein d’un enfer de claustrophobie dont nous pénétrerons les cercles à notre esprit défendant, aux degrés du calvaire de Rune, aux diffractions de ses peurs et illusions, tout fracasse la conscience. Au point qu’un temps le film semblera dépourvu de hors-champ, tant la violence emplit le cadre et tient le regard captif. Ce serait obérer la responsabilité de la société qui lui laisse libre cours. Société danoise dont on retient souvent les aspects les plus lisses. En prison, les Danois, blancs, sont parqués dans une aile. Dans une autre, des hommes d’autres origines aux cultures ignorées que les détenus « de souche » nomment « les macaques ». Seuls les intérêts dangereusement partagés du trafic de drogue et les alliances punitives abolissent, très provisoirement, cette ségrégation organisée. Ainsi de Rune et de son comparse Raschid (Dulfikar Al Jabouri) en perdition dans le flot excrémentiel de leur complicité d’occasion. On sort de là un peu hébété, une sensation de cocards aux yeux, par bonheur dessillés avec force et rigueur.

 

 

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